AVANT-PROPOS IX
recommencent toujours et qu'ils 7i achèvent jamais.
Cest une joie sans pareille, d'errer parmi ces nobles débris^ de se rappeler, aux nombreuses interruptions de cette œuvre^ que nos meilleurs maîtres ?ie sont pas ceux qui se flattent d avoir tout dit sur une question, mais ceux qui nous élèvent insensiblement jusquà eux, et nous aident à continuer le tnoiivement de leurs propres pensées. Un des avantages de cette discipline, plus capricieuse peut-être, mais plus entraînante, est qu'elle nous oblige à ne jamais séparer l'auteur de son œuvre. Sans une intime familiarité avec celui qui a dessiné ces vives esquisses, nous ne saurions deviner de quelles couleurs il eût orné ses tableaux ; il faut sonder le tnystère de tant de pages restées blanches, il nous faut entrevoir au moins le charme de cette âme qui n'est jamais arrivée à s'exprimer elle-tnêine, et qui vaut mieux que les plus beaux livres.
Cest pourquoi on voudra bien me permettre de modifier quelque peu le plan ordinaire des volumes de la Pensée chrétienne. Sans avoir la prétention d'écrire un livre sur Gerbet, je crois nécessaire de donner quelques indications sur sa vie intérieure et publique, sur sa méthode et sur son esprit. Comme ces multiples introductions ne seront qu'un tissu de textes magnifques, et, pour la plupart, presque inédits, j'espère que le lecteur
ne les trouvera jjas trop encotubrantes. Il est bien entendu que, pour rester dans l'esprit de cette série, nous consacrerons la majeure partie du présent volume, au message doctrinal de l'abbé (Jerbet. Mais ces préoccupations, toujours plus ou moins illusoires et appauvrissantes, le seraient plus que jamais, dans le sujet qui nous occupe. Les expériences du directeur spirituel, les imaginations du poète font partie intégrante de renseignement de ce moderne docteur. Le Récit d'une Sœur et les Derniers entretiens d'Albéric d'Assise sont la préface et le commentaire indispensables de cette vivante et cordiale théologie, qui « considère la liaison des vérités en tant quelle correspond aux développements de r amour dans Lame humaine » (1).
Aix-en- Provence, Novembre 1906. "
Les éditeurs de Gerbet, MM. Haton et Tolra elSimonet, nousontaimablementpermis de fairequebiuesemprunts, le premier, aux trois volumes de l'Esquisse de Home chrétienne{i}, lesecond, au Dogme générateur etaux Mandements et Instruction<'(3). Commeces livres se trouvent encore dans le commerce, et comme, d'ailleurs, ils font ou devraient faire partie de toute bibliothèque reliisi^ieuse, nous ne leur avons emprunté qu'un nombre restreint de citations.
Je renvoie constamment aux trois volumes de Mgr de Ladoue [Mgr Gerbet, sa vie, ses œuvres et recelé mennai-
(1) Dogme générateur, Préface.
(2) En vente à la librairie Haton, 3.j, rue Bonapaite.
(3) En vente à la lilirairic Tolra et Simonet, 28. rue d'Assas.
AVANT-l'ROl'OS XI
sienne, par M. l'abbé de Ladotic, ancien vicaire général de Perpignan (depuis évèque de Nevers', (Paris, ïolra et Haton, i870). Ces trois volumes sont épuisés.
Allégés de quelques appendices et de certains développements oratoires, ils mériteraient d'être réimprimés, et trouveraient assurément un bon accueil. J'indique ici, mais seulement pour mémoire, l'ouvrage de Mgr Ricard : Gerbet et Salinis ^Plon' qui ne m'a été d'aucun secours. En revanche, je me suis servi de la rare, étrange et inpensable brochure de M. Bonnety (Université catholique... dernière lirraison, complétant la dernière série de /'Université, et comprenant en outre la liste complète de tous les articles publiés dans les 10 volumes et dans les Annales de philosophie chrétienne à dater de ISil ; et de plus /"histoire de l'apologétique et de la polémique catholique avec pièces à F appui, jusqu'à la fin de iSbo. — Paris, aux bureaux de l'Université catholique, rue de Babvlone, 39).
Cet étrange fascicule contient une foule d'indications très précieuses, et des documents de premier ordre.
Pour écrire le présent volume, j'ai dû me faire une âme mennaisienne i(), juger les honimes, les événements, les systèmes d'après les idées et les préoccupations de Gerbet et de ses amis. La plupart du temps, à vrai dire, je n'étais aucunement tenté de lutter contre le courant. D'ici de là, sur des points de détail, ou sur l'application des principes, j'aurais été tenté de formuler quelques réserves, si le caractère tout impersonnel de la Pensée Chrétienne m'avait laissé cette liberté. .Je n'ai pas pu néanmoins me résigner à. parler avec froideur d'un homme qui me paraît encore plus aimable qu'admirable, et d'une œuvre qu'à mon avis rien ne surpasse dans toute notre litt'^rature religieuse du dernier siècle, Lamennais toujours excepté.
(1) Il V a conllit enlre les hislorien>, aulour de l'orlliograplie de ce mol. Le clergé (Ladoue, Ricard. Boutard) adopte rncnaisien, les laïques (Maréchal, Feugère, etc."! trouvent plus nalurel d'écrire mennaisien. Même sur cepoint infime, je ne me séparerai pas de M. Maréchal.