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LE RECIT D UNE SŒUR

Parmi les articles et autres travaux que, faute de place, j'ai dû renoncer à recueillir, il en est un dont je veux citer au moins quelques lignes, qui nous aideront à définir l'originalité de Gerbet. Cet article est intitulé : Des Pères de f Église comme médecins moraux (l) :

Sous l'influence du christianisme, s'ouvrit comme un vaste enseignement de la médecine spirituelle, et une pratique continue de cet enseignement. Les branches diverses correspondent aux diverses parties de la médecine corporelle, et Ton pourrait faire aussi, à cet égard, un volumineux dictionnaire des sciences médicales... Les docteurs chrétiens se livrèrent à une longue étude expérimentale des maladies spirituelles sous toutes les formes... Mêlés à tous les rangs pour y observer le mal, ils tenaient en quelque sorte un registre quotidien de toutes les nuances, de toutes

(1) Univers religieux, 30 et 3i mr.rs 1835.

les phases de répidéinie spirituelle ; ils étaient constamment assis ou plutôt agenouillés au lit du malade : clitiitiue doublement sublime, car tandis qu'ils parcouraient ce lazaret social (ju'on appelait la société romaine, souvent à la porte on dressait leur échafaud.

Sans une lecture attentive des ouvrages des docteurs chrétiens, on ne saurait se faire une idée de la masse immense d'observations qu'ils renferment sur les mystères de l'àme humaine. On conçoit du reste, aisément pourquoi ils sont à cet égard si riches en faits. Le ministère sacerdotal met journellement les prêtrescatholiques en contact avec les âmes et surtout avec les àmos qui connaissent le mieux les abîmes de la misère de Ihomme, celles qui souffrent beaucoup et celles qui ont beaucoup péché... Quiconque ne les a pas lus — les écrits des docteurs chrétiens — peut connaître quelques faces de la nature humaine, mais il n'en a pas vu le fond.

Ces remarques s'appliquent excellemment à l'œuvre de Gerbet. Le lecteur a déjà pu s'en rendre compte, cet homme-là n'est pas un simple spéculatif, encore moins le rangera-t-on parmi cette foule innombrable d'écrivains religieux qui semblent n'écrire que de mémoire. Il invente peu: en ces matières tout a été dit, et depuis longtemps; mais, sous sa plume, les vérités les plus vieilles se renouvellent. Ce ne sont plus des leçons apprises, des thèmes oratoires développés avecplua

OU moins de bravoure, mais, comme autant de souvenirs personnels, de réalisations, d'expériences.

Plus encore que son imagination si fraîche et si vive, la richesse et la sincérité de ses propres sentiments, fait le charme et explique refficacité rayonnante, l'optimisme contagieux de ses livres. Car ce philosophe religieux est optimiste, s'il croit parce qu'il faut croire, il croit aussi parce qu'il a vu, parce qu'il a pour ainsi dire palpé les^ réalités surnaturelles. Par une faveur unique, et que sans aucun doute il mettait à plus haut prix que toutes les autres rencontres de sa vie, cet homme, dont le nom reste inséparablement uni au souvenir du plus grand génie religieux des temps modernes, se trouve aussi mêlé, et comme témoin et comme acteur, à une sublime aventure qui, peu d'années après la chute de Lamennais, vint réjouir l'Eglise, et rappeler au monde la puissance indéfectible de la foi.

Le Récit d'une Sœur est encore, j'espère, entre toutes les mains. Qu'il me suffise de rappeler qu'Alexandrine de la Ferronnays pensait à l'abbé Gerbet quand elle écrivait dans ses notes spirituelles : « 0 mon père céleste ! quel prêtre tu m'as envoyé, surpassant tout ce que j'avais désiré trouver dans un confesseur! (1) »

{{) Récil d'une Sœur, 1, 395.

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Ceci nous conduit à une remarque dont l'im-* portance est capitale. Dans l'œuvre de Gerbet, comme dans celle des Pères de l'Eglise, les expériences du prêtre, du directeur spirituel continuent, soutiennent, enrichissent, achèvent les recherches spéculatives, les vues abstraites et les méditations du Docteur. Son livre sur la Pénitejice nous offre un exemple peut-être unique de cette fusion harmonieuse. Encore luthérienne, Alexandrine, ayant lu les premiers chapitres de ce livre lorsqu'il commençait à paraître dans une revue catholique, elle voulut pour confesseur ce prêtre qui parlait si magnifiquement de la confession. Pour le dire en passant, quelles louanges, quelles distinctions académiques, quelles statues vaudraient jamais, aux yeux d'un écrivain religieux, une pareille récompense ? Or, il se trouve que, au bout de quelques mois, le livre dont les premières pages avaient amené Alexandrine au confessionnal de l'abbé Gerbet, se termine par le récit de la première communion de cette jeune femme et des dernières heures d'Albert de la Ferronnays.

C'est ici la place de ces pages immortelles qu'on peut compter, sans hésitation, parmi les chefs-d'œuvre de la littérature religieuse de tous les temps.

LA VIE El' LES OEUVRES 12o'

DE LA CONFESSION COMME INSTITUTION CIVILISATmCE

Pour bien comprendre les richesses morales dont le Christianisme a doté l'humanité, il serait bon que nous puissions les regarder un moment avec les yeux d'un sage de Tanliquité païenne, et ressentir quelque chose de l'admiration qu'il éprouverait, si, revenu tout d'un coup^ en ce monde, il voyait se déployer les merveilleuses^ créations que la parole du Verbe a enfantées.

Nous ne pouvons nous occuper ici que d'une seule institution chrétienne, la confession. Mais, pour rendre plus sensible le jour sous lequel elle nous apparaît, qu'on nous permette de supposer Platon et Fénelon s'entretenant ensemble, et l'évêque chrétien répondant aux doutes, aux problèmes, aux pressentiments que le sublime disciple de Socrate portait dans son àme.

PLATON

Divin vieillard des temps nouveaux, pourrez vous^ répondre à une question qui m'a souvent préoccupé?" J'ai demandé la réponse à la sagesse de Memphis, et, sur le seuil de ses temples, les sphinx sont demeurés muets. J'ai interrogé la Grèce raisonneuse, et elle ne m'a rien dit. J'ai cherché, dans les idées éternelles, le rayon de lumière dont j'avais besoin : mais la portion de la divine essence qui pouvait éclairer ma pensée est restée voilée pour moi. Peut-être pourrez-vous m'apprendre ce que j'ignore, et si quelque envoyé du Ciel a parlé aux hommes.

FÉNELON

Quelle est cette question, ô merveilleux génie, admiré ^ans tous les siècles? quelle est-elle?

PLATON

Dites-moi, si vous le savez : pourquoi les hommes sont-ils restés sauvages?

FÉNELON

Je ne vous comprends pas, Platon.

PLATON

Écoutez-moi: nos traditions racontent qu'Orphée, quel <]ue soit le sage que l'antiquité a nommé ainsi, eut pitié des ancêtres des Grecs, qui traînaient dans les bois une vie grossière, triste, dépourvue de rectitude et de beauté. 11 les trouva dans un état bien misérable, car ils n'avaient ni lois, ni tribunaux, pour régler et terminer leurs querelles. Mais quand il les eut initiés à une vie nouvelle, le changement qui s'opéra dans les relations de ces hommes entre eux, comment le concevez-vous?

FÉNELON

L'individu se vengeait, la société jugea : le procès remplaça la guerre.

PLATON

Votre réponse renferme un grand sens en peu de mots, et je l'approuve beaucoup. Mais voilà justement pourquoi je vous demande comment il se fait que les hommes soient encore, sous un rapport très important, dans l'état sauvage.

FÉNELON

Mon étonnement redouble, ô Platon! car vous ne pouvez ignorer que les tribunaux et les lois n'ont pas été établis seulement chez les Grecs, mais encore chez beaucoup d'autres peuples que vous appelez barbares, et vous savez aussi que beaucoup de ceux-ci ont possédé ces institutions avant les Grecs. A mesure que les choses humaines se sont perfectionnées, le nombre des cas où le procès a remplacé la guerre, où le jugement de la société s'est substitué à la vengence fougueuse des individus, a été en augmentant. La civilisation a fait reculer ses limites, et l'état sauvage, relégué aux confins du monde, n'est aujourd'hui qu'une zone étroite qui entoure l'humanité, comme une ceinture de rochers borde quelquefois une île spacieuse et fertilisée. Ignorezvous ces choses, ô Platon, oracle des Grecs?

PLATON

Je ne réponds pas en ce moment à votre question, et vous verrez bientôt que cela serait inutile. Mais suivezmoi encore, quoique vous ne voyiez pas encore le terme de la route que ma pensée suit en ce moment. Ne vous semble-t-il pas que ce monde, où nous apparaissons pour peu de temps, est comme un théâtre divin, et que les hommes qui y sont placés par le Dieu suprême ressemblent à des acteurs qui viennent remplir un rôle sur une scène convenablement disposée, et qui seront couronnés dans les Jeux olympiques, s'ils ont observé ce qui leur était prescrit?

FÉNELON

Oui.

PLATON

Et si des acteurs s'acquittent mal de leur rôle en présence de la foule; s'ils méprisent les lois sacrées du ryU)me, faisant de faux pas ou des gestes inconvenants; si leur mascjue est difforme, si leur voix est mal accentuée, ils sont ensuite réprimandés et punis sévèrement par le chef du chœur. En cela ils sont soumis à une discipline, et ne sont pas, comme acteurs, dans l'état sauvage.

FÉNELON

Sans aucun doute.

PLATON

Et quand les hommes commettent des actions mauvaises, qui troublent la société et que la société a vues, les magistrats, assis sur leurs tribunaux, prononcent aussi contre eux des peines sages et terribles. Les magistrats ne sont-ils pas les chefs de ces chœurs qu'on appelle nations? et jusqu'ici la similitude n'est-elle pas exacte?

FÉNELON

Parfaitement exacte.

PLATON

Mais si les acteurs, avant de paraître sur la scène, n'étaient pas examinés, instruits, corrigés dans leurs défauts par des hommes habiles dans l'art du beau, et voués à la conservation de ces règles; si ces hommes ne réprimaient pas, loin des yeux du public, les fautes se-

crêtes des acteurs contre ces règles merveilleuses, ces fautes qui sont la source de toutes celles qu'ils peuvent commettre devant la foule assemblée, ne devrions-nous pas dire que ces acteurs sont disciplinés et indisciplinés tout à la fois? qu'ils sont disciplinés extérieurement, mais intérieurement indisciplinés ou sauvages ?

FÉNELON

Il faudrait le dire.

PLATON

Et puisque les hommes sont soumis à des tribunaux quand ils ont violé l'ordre à la face du soleil et dumonde, et qu'il n'y a point de tribunaux pour les crimes cachés, et surtout pour les dispositions vicieuses de l'àme, d'où sortent tous les crimes, ne devrons-nous pas dire des hommes ce que nous venons de dire des acteurs que nous avons supposés ? Nous dirons donc aussi que les hommes sont civilisés dans ce qui tient aux actions extérieures et publiques que leurs corps accomplissent, mais que les âmes, à d'autres égards, restent dans un état sauvage ? Me comprenez-vous maintenant, ô Fénelon?

FÉNELON

Vos discours ressemblent à ces sentiers qui conduisent, par des détours mystérieux, à un temple situé au milieu d'une forêt épaisse. En suivant leurs circuits, on croit quelquefois ne pas avancer, on craint de ne pas arriver au but. Mais tout à coup l'auguste édifice apparaît^ et l'on y entre lorsqu'on le croyait loin encore.

130 r.KRBET

Je vois sortir, des longs roplis de vos (iiieslions, une vérité grande et sainte, que Dieu a mise dans voire esprit, ô Platon! Et ce Dieu va mettre sur mes lèvres la réponse que vous cherchez. Souvenez-vous que vous avez dit, dans votre Alcibiade, que, pour connaître le culte dû à Dieu, il fallait attendre qu'un envoyé divin le révélât aux hou)nies. Celui que vous attendiez est venu, et il a régénéré et exhaussé toutes choses. Les législateurs des peuples, en arrachant les hommes à la vie sauvage, ont établi des tribunaux pour les corps; mais le Clirist a chassé la vie sauvage de l'intérieur de l'homme même : il a établi le tribunal des âmes.

PLATON

Daignez m'expliquer, mon ami, cette jurisprudence divine. Dans toute cause criminelle, il y a l'examen, l'accusation, le jugement, la peine. Quel est ici l'examinateur?

FÉNELON

C'est le coupable, assisté du repentir et de l'espérance.

PLATON

Et l'accusateur ?

FÉNELON

C'est encore lui. Le même individu se divise en (|;ielque sorte en deux moi : l'un est accusé, l'autre accuse. Dans ce dédoublement mystérieux, la volonté pure se dégage de la volonté corrompue qui l'enlaçait dans ses nœuds tortueux, et qui s'en détache et tombe comme un serpent qui expire.

PLATON

Et (|ue font alors les juges?

FÉNELON

Ceux à qui le Christ de Dieu a confié le pouvoir de remettre les péchés, font le contraire de ce que font les juges humains. Dans les tribunaux ordinaires, le juge pousse à l'accusation, et le coupable à Texcuse ; dans le tribunal surnaturel des âmes, plus le coupable s'accuse, plus le juge cherche dans la charité toutes les excuses que la vérité permet ; et s'il prononce une sentence, c'est toujours une sentence de grâce, car la peine qui l'accompagne est miséricordieuse et guérissante : quelques privations pour les sens, des aumônes et des prières.

PLATON

Pourquoi ces trois choses ?

FÉNELON

Le petit livre qui contient les éléments de la doctrine chrétienne enseigne, au savant comme à l'ignorant, que ces trois choses composent la pénitence. Tous le croient, mais tous n'en conçoivent pas la raison ; et celui qui s'applique à méditer les choses divines découvre, dans les plus vulgaires enseignements du catéchisme, des harmonies cachées. La maladie morale de l'homme dérive, ô Platon, de deux désordres principaux: l'orgueil et la volupté ; ces deux désordres, en se mélangeant, en produisent un troisième : l'égoïsme de la richesse^ qui tient de l'un et de l'autre. Les pri-

132 cr.RBicT

valions imposées aux sens onl une efficacilé spéciale contre la volupté; la prière, qui humilie lliomme dans le sentiment de sa faiblesse, guérit l'enflure de l'orgueil, et l'aumône éteint l'égoïsme avare; l'aumône, qui se répand comme une rosée terrestre sur celui qui reçoit, pour retomber comme une rosée du ciel sur celui qui donne.

PLATON

Je vous rends grâces, Fénelon, de ce que vous m'avez révélé les merveilles du tribunal des âmes ; mais, dites-moi, tous les hommes sont-ils admis à participer à cette civilisation des consciences ?

FÉNELON

Tous les âges, tous les rangs, toutes les distinctions se confondent sous ce commun niveau d'humilité et de perfectionnement- Le roi s'agenouille à ce tribunal, et le mendiant s'y relève; l'enfant, à peine né à la raison, y apprend à bégayer la langue qui purifie ; et quand les derniers soupirs d'un mourant se transforment en humbles aveux, sa poitrine oppressée pèse moins à son âme plus légère. Souvent, tandis qu'à un des côtés de ce trône de planches où siège le ministre de Dieu, un grand coupable s'apprête à déchirer, comme un voile, la longue nuit de toute une vie de forfaits, de l'autre côté l'innocence, ignorante d'elle-même, se révèle en croyant s'accuser. Et cela se passe dans tous les lieux que le soleil et le Christianisme éclairent : il n'y a point de langue parlée par un peuple, qui n'ait été purifiée par

LA VIE Eï LES OEUVRES 133

la confession chrétienne. Je ne connais pas de signe plus frappant de l'excellence de notre nature. On a vu dans le suicide une horrible preuve d'une des plus nobles vérités : la distinction de l'àme et du corps. Si en effet nous n'étions que matière, nous obéirions machinalement, comme tous les êtres matériels, à une insurmontable tendance vers notre conservation ; pour que notre organisation puisse réagir contre elle-même jusqu'à se détruire, il faut qu'il y ait en elle un principe supérieur qui veuille ce qu'elle ne peut vouloir, qui commande aux forces vitales d'être les exécutrices de la mort. Eh bien, je crois aussi que si nous n'étions que sensation, c'est-à-dire orgueil et égoïsme, l'accusation volontaire, ce suicide de l'orgueil, ne serait pas possible non plus ; l'instinct qui porte l'homme à cet acte, qui lui en fait souvent un besoin, n'aurait aucune racine en nous. Cet instinct contre nature, si toute notre nature consiste à éprouver des sensations passagères, se réfère évidemment à des destinées plus hautes : l'homme se confesse, donc le ciel existe. On a dit avec raison que la prière est un signe caractéristique de l'espèce humaine; mais, quoique l'animal ne prie pas •Dieu, le concert des oiseaux, par exemple, au lever de l'astre du jour, semble être une image de nos hymnes montant vers Dieu : les poètes l'entendent ainsi. Mais l'accusation spontanée de l'homme par lai-mcme est si éminemment le sceau distinctif de notre nature, qu'on ne trouve à cet égard, dans les êtres sentants inférieurs à nous, pas même l'ombre d'une analogie matérielle quelconque, à laquelle la poésie puisse emprunter

une mélapliore. Si la philosophie ancienne a pu définir l'homme un animal qui prie, la pliilosophie chrétienne, sans efTacer l'antique définition, peut la couronner en ajoutant : L'homme est un ange tomhé qui s'accuse. Par quel vertige a-t-on pu méconnaître les puissantes affinités qui lient cette Institution religieuse à la nature de l'homme?

Dans un de ces orages qui agitent de temps en temps l'esprit humain, la tête a tourné à quelques sociétés chrétiennes; elles ont aboli la confession sans savoir ce qu'elles faisaient, mais elles commencent à la regretter. Quant à ces hommes qui ne savent que s'en moquer avec un infernal sourire, qui la haïssent en ellemême et pour elle-même, le sentiment des choses divines n'a jamais été en eux, et le véritable instinct social n'y est plus ; ils ne comprennent rien, pour me servir de votre expression à la civilisation des consciences : espèces de sauvages moraux qui préfèrent que l'homme erre et s'enfonce dans la solitude de son àme, à travers les tempêtes et les abîmes des passions, et qui bien souvent n'y apprennent eux-mêmes qu'à marcher aveuglément vers la mort, dans une ignorance infinie de ses suites.

rL\TON

Je me rappelle avoir vu autrefois, comme un emblème frappant des hommes dont vous parlez. Je me promenais sur les bords de la mer, dans un endroit écarté, non loin du cap Sunium; c'était au soleil couchant. Une figure d'homme était accroupie sur la pointe d'un

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rocher battu par les vagues. A ses vêtements souillés, à sa physionomie à la fois égarée et fixe, je me persuadai que c'était un de ces hommes poursuivis intérieurement par les Furies, et qui errent loin des cités, parmi des ruines et des tombeaux. Quand il m'aperçut, il se dressa sur son roc, et il parlait tout seul. Je ne distinguais pas bien ce qu'il disait ; mais je crus entendre qu'il maudissait le soleil, et les juges vengeurs des crimes, et l'espérance. Puis il se mit à maudire aussi la pierre étroite et glissante qu'il avait prise pour dernier asile, et, la repoussant du pied, il se précipita dans la mer, sombre et profonde comme la justice de Dieu.

FÉNELON

Que j'aurais de choses à vous dire, Platon, sur les mystères d'orgueil qui conduisent de proche en proche certains hommes à ne voir dans la mort qu'un saut dmis l'ombre ! Mais je veux, en vous quittant, laisser votre àme se reposer sur d'autres images. La mort du ■chrétien est le chef-d'œuvre de la parole de vie ; et comme la confession, qui purifie Ihomme, le prépare à recevoir tous les dons divins, elle a sa part, sa grande part, dans la création des saintes morts. C'est alors surtout, c'est sur le seuil de l'éternité, que l'àme de l'humble chrétien apparaît dans ses magnifiques proportions, et, si je puis le dire, avec cette haute stature morale que n'ont jamais eue les plus illustres mourants de votre ancien monde. Socrate votre maître, Socrate dissertant en face de la mort pour prouver qu'elle n'est jias un mal, était-il aussi grand, dites-moi, étail-;l

aussi beau que ce pliilosoj)Iic clirclien qui résumait toute sa sagesse en ce dernier trait de lumière : Je ne croyais pas qu'il fût si doux de mourirl Si vous aviez à faire le portrait de ces deux tètes, pour laquelle réserveriez-vous l'expression la plus inspirée? L'un pardonnait à la mort, l'autre l'embrassa. « Pourquoi plou- •rez-vous ) Est-ce donc un péclié que de mourir? » disait un jeune villageois expirant, à sa famille agenouillée autour de lui. De pareils mots nous sont vulgaires. 0 vous, qui avez écrit le Phédon, vous, le peintre à jamais admiré d'une immortelle agonie, que ne vous est-il donné d'être le témoin de ce que nous voyons de nos yeux, de ce que nous entendons de nos oreilles, de ce que nous saisissons de tous les sens intimes de lame, lorsque, par un concours de circonstances que Dieu a faites, par une complication rare de joie et de douleurs, la mort chrétienne, se révélant sous un demijour nouveau, ressemble à ces soirées extraordinaires dont le crépuscule a des teintes inconnues et sans nom! Quels tableaux, alors ! quelles apparitions ! Vous en citerai-je une, ô Platon? Oui, au nom du ciel, je vous la dirai. Je l'ai vue il y a quelques jours; mais dans cent ans je dirais encore qu'il n'y a que quelques jours que je l'ai vue. Vous ne comprendrez pas tout ce que je vais vous dire : je ne peux vous parler de ces choses que dans la langue nouvelle que le Christianisme a faite, mais vous en comprendrez toujours assez. Sachez donc que de deux âmes qui s'étaient attendues sur la terre et qui s'y étaient rencontrées, et que Dieu avait unies par le nom d'époux et d'épouse, en ouvrant de

vant elles une longue perspective de ce qu'on appelle bonheur, que de ces deux âmes, l'une arrivait, par une volonté pure, à la vraie foi, au moment où l'autre arrivait, par une sainte mort, à la vraie vie; l'une sortait des ombres de l'erreur, comme l'autre était près de sortir des ombres de la terre ; l'une se disposait à participer, pour la première fois, au plus auguste mystère du Christ, lorsque l'autre allait le recevoir comme une transition dernière à la communion éternelle. Or c'était une chose sainte, consolante, désirée des anges et des hommes, que ces deux âmes pussent accomplir chacune sa communion, ou plutôt cette communion une et double, dans le même lieu, à la même heure, à côté l'une de l'autre, comme, à la veille d'un voyage qui sépare, on prend en commun un dernier repas de famille. 11 était juste aussi, pour celui qui allait partir, et qui avait demandé avec tant d'instance la foi pour celle qui restait, il était juste qu'il vît, de ses derniers regards, descendre en elle le Dieu qu'il allait rejoindre, afin qu'il pût dire dans toute l'étendue de son cœur : Maintenant, Seigneur, laissez aller votre serviteur en paix, puisque mes yeux ont vu votre salut, qui n'est ni le mien, ni le sien, mais le vôtre, ô mon Dieu! Et comme le pauvre malade ne pouvait aller à l'église assister au saint sacrifice, le sacrifice vint à lui ; et, par une dispense miséricordieuse, sa chambre, presque funèbre, fut transformée en sanctuaire. En face de ce lit, qui était déjà comme une espèce d'autel, où l'ami mourant du Christ offrait à Dieu sa propre mort, on éleva un crucifix et un autel, où le mystère du Christ

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mourant allait se renouveler. I']lle y suspendit des orne menls et des fleurs, car une première communion est toujours une fêle. Mais les broderies que sa main attacha au-devant de l'autel rappelaient une autre fêle, elles avaient été portées dans une autre cérémonie, dans un aulrc jour (pic le jour do la séparalion ; ef, après avoir été depuis lors mises à l'écart, elles sortaient de nouveau, elles reparaissaient là comme pour nous dire que la joie de ce monde n'est (|u'un tissu à jour, bien frêle, et que nos espérances ne sont guère qu'une parure qui se déchire. Tout à coup cette chambre, sombre jusqu'alors, s'éclaira de la lumière qui jaillissait des flambeaux de l'autel, comme la mort, la ténébreuse mort s'illumine, pour le juste, des rayor.s que Dieu tient en réserve pour ses derniers regards. Le sacrifice commença, et il était minuit. Pourquoi fut-il célébré à cette heure? Je vous en dirais bien une raison que les hommes savent; mais j'aime à croire que les anges de Dieu en savent d'autres encore, parce qu'ils connaissent toutes les mystérieuses concordances des moments, des heures et des nombres sacrés. C'était l'heure de la naissance du Christ, consommateur de notre foi, auteur de notre ciel; et il y avait là aussi, je vous l'ai dit, entre ce lit de mort et cet autel, une double naissance, l'une au ciel, l'autre à la foi : réunion rare et privilégiée. Je crois à ces harmonies des heures en faveur de certaines âmes; je crois que le temps, si fantasque, si souvent rebelle à nos arrangements profanes, est, sous la main de Dieu, un rythme souple et -docile, ([ui obéit, mieux que nous ne le pensons, aux

convenances des élus. Le sacrifice donc commença à minuit. Toute une famille y assistait, et avec elle un ami fidèle à toutes les douleurs. De vous dire quelles peusées, quelles émotions passèrent alors dans toutes ces âmes, je ne ressaierai pas ; nulle d'entre elles ne sait elle-même tout ce que Dieu lui a fait sentir. Comme «n un jour où le ciel est moitié sombre, moitié serein, un éclair n'en traverse pas moins en un instant tout l'espace d'un pôle à l'autre ; ainsi en était-il du sentiment et de la prière, au milieu de cette admirable scène. Ces éclairs de l'âme étaient en quelque sorte présents à la fois sur tous les points de l'étendue que Dieu a donnée au cœur de Tliomme, depuis les pensées les plus douces jusqu'aux plus déchirantes : car tous les contrastes étaient réunis dans cette chambre sacrée; ils y étaient représentés, sensibles, vivants : cet autel paré, qui semblait adossé à un cercueil; ces fleurs, qui prédisaient, parmi les glaces de la mort, l'approche de réiernel et invisible printemps; cette garde-malade au sombre habit, qui se tenait, comme une mort voilée, en face de l'aube et de Tctole du prêtre, symboles d'immortalité ; ces vêtements blancs de la première communiante, de l'épouse de Dieu, qui allaient se changer en la robe noire de la veuve de l'homme; cette première et cette dernière communion mêlées ensemble ; ces sanglots et ces actions de grâces qui se confondaient dans chaque âme; cette hostie, partagée entre l'époux et l'épouse, double viatique, pour lui de la mort, pour elle de la douleur; toute cette famille ensevelie dans un pieux silence, où l'on n'entendait (|ue des

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larmes qui tombaient sur les livres de prières, et, au milieu de ce prostcrncment général, la tète seule du mourant soulevée sur sa couche, dominant, calme et sereine, toutes ces tètes inclinées par la douleur ! Et si ce divin spectacle, si expressif, si parlant, n'était luimême qu'un voile qui couvrait d'autres merveilles saintes ; si je vous disais que celle qui restait avait demandé la foi au lieu du bonheur, et que celui qui partait avait, jeune et heureux, offert sa vie pour lui obtenir la foi ; si, lorsqu'il vit cette grâce descendre enfin du ciel, mais comme une flamme qui venait, en consumant sa vie, accomplir l'holocauste qu'il avait préparé; si, dis-je, à cette vue, recueillant ses forces défaillantes, il avait tracé en quelques lignes, et sous la forme d'une élévation vers Dieu, un des plus sublimes testaments de résignation tendre et d'héroïque amour que l'âme d'un chrétien ait jamais inspirés au cœur d'un époux ; si, portant tour à tour ses pensées vers les anges du ciel, et ses regards sur les êtres chéris qui entouraient son lit de mort, ces deux apparitions se confondaient parfois dans son esprit, de telle sorte qu'il semblait prendre les unes pour les autres, Dieu permettant cette douce méprise pour que la transition de ce monde à l'autre lui lut plus unie et plus simple; si, au moment où il venait de quitter la terre, son image, peinte sous des traits déjà si beaux dans tous les cœurs qui le connaissaient intimement, commença néanmoins à y grandir encore, à s'y transfigurer, parce qu'ils découvrirent tout à coup, dans de modestes papiers qu'il avait cachés, des traces, des reflets de son âme jus-

qu'alors inconnus, semblables à ces sillons de lumière que laisse après elle une apparition qui s'évanouit ! Non, je ne puis vous dire ce que j'ai vu et senti. J'ai lu autrefois les méditations des sages sur le monde futur, je les ai interrogés sur les secrets de la mort et de la vie ; mais les clartés que j'en ai reçues sont bien ternes près des révélations qui ont éclairé cette sainte €t grande nuit ! Jamais je n'ai senti si vivement, en deçà de la tombe, la présence de ce qui est au delà ; jamais le voile ([ui s'étend entre les deux mondes ne m'a paru si transparent ; jamais je n'ai eu une pareille intuition de notre immortalité! Je prie Dieu de me réserver ce souvenir pour Tinstant de ma mort ; car s'il me réapparaît alors, il me semble que mes dernières pensées de la terre iront se joindre, par une transition plus douce, à la première vision qui suit le grand réveil !

Par une inspiration anaiogae, historien des saintes du passé, témoin de la sainteté d'aujourd'hui, l'abbé Gerbet, dans VEsquisse de Rome chrétienne, a voulu graver sur une pierre de ses chères Catacombes, le nom d'Eugénie de Mun :

Ayant rencontré, écrit Monseigneur de Ladoue, dans sa visite des Catacombes le souvenir de sainte Eugénie, et rappelé, d'après ses Actes, le fait de son apparition à sa mère pour lui annoncer qu'elle était heureuse avec son père dans la joie des patriarches, et que bientôt ils seraient heureux tous les deux de la recevoir, il

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ajoulc : « Au moment où j'écris à Rome cette page sur les dernières paroles de cette jeune martyre et sur la vision de sa mère auprès de son tombeau, je ne puis en séparer la pensée d'une autre tombe (jiie jo viens d'y voir s'ouvrir, sur laquelle le nom (riùigénic sera inscrit ; je pense aussi à la douleur d'une autre mère, et aux signes que le Dieu de toute consolation lui a donnés pour lui faire croire qu'un père, récemment admis dans la joie des patriarches, avait rappelé sa fille vers lui. La plupart de mes lecteurs, indirtercnts à ce qui leur est inconnu, ne me blâmeront pas, je l'espère, de mêler ce sentiment personnel et ce souvenir sans nom aux grandes images funèbres de Rome. Le peu que j'en dirai n'est pas de moi, et il est d'une bonne et douce lecture auprès des tombeaux. Je crois (jue saint Jérôme n'eût pas négligé l'occasion de faire reluire aux yeux de plusieurs quelque don caché de Dieu, si en feuilletant les papiers de Blerille ou de Pauline, après leur mort, il eût trouvé enfouies quelques paroles semblables à celle que je vais transcrire, sur la patrie de rame chrétienne, et sur la mort telle que le christianisme nous Ta faite : « Patrie, c'est le lieu où l'on rêve, où l'on aime, où l'on voudrait être, après lequel on soupire! La patrie ne peut être que le ciel! C'est vous mon Dieu! Et s'il faut se choisir une patrie sur la terre, elle est dans vos églises, dans le lieu où l'on vous adore; elle est dans la croix qui rappelle vos souffrances pour nous; elle est dans la prière ; elle est dans le cœur qui désire votre amour ! Oh oui. mon Dieu ! toute la terre m'est indifférente : je peux à peine voir

LA VIE ET LES OEUVnES 143^^

combien vous l'avez faite belle. Quand on me montre une belle vue, mes yeux malgré moi se lèvent vers le ciel toujours plus beau que tout, et j'oublie d'admirer la terre. Oh ! j'aime à regarder le ciel, à le fixer, à m'en éblouir, à m'en épuiser les yeux. Je ne sais de chagrin dont ne me consolerait pas la vue du ciel ; car le seul chagrin inconsolable est de vous olfenser, et même alors je regarde le ciel, car là seulement je trouverai le pardon. Mon Dieu, soyez seul mon rêve, mapensée, mon amour, ma patrie !... Mon Dieu, que vous avez bien dit que vous êtes la vie, et que vous la donnez à ceux qui la demandent ! Hier, j'étais morte, puisque j'étais froide en priant, et que la vie sans la prière est pire que la mort. J'ai été à vous pour que vous me ranimiez ; ce matin, au moment où le prêtre me donnait l'absolution, j'ai senti comme un feu qui entrait dans mon cœur si refroidi. Votre grande grâce m"a rendu le sentiment de votre amour que j'aime toujours sentir. J'ai pleuré, j'ai été heureuse ; merci mon Dieu ! Oh ! que doit donc être l'amour des saints et des anges dans le ciel, puisque déjà celui que j'éprouve, qui ne doit être que l'ombre de l'amour divin, me remplit, me brûle le cœur ? Et je sens quesil durait toujours comme dans les courts moments où vous me bénissez, je ne pourrais pas vivre. Je comprends comme cela, que l'excès d'amour doit être la fin de tout. Quand on est arrivé à ce point où rien ne disirait de la contemplation, deradoration,alorson est trop près de vous pour rester sur la terre. On est ange, il faut mourir. Voilà comme cela a été pour vos saints »,

lii GERBET

Si ces paroles ne nous donnent pas la vision d'une âme reçue dans le ciel, comme celle qu'a eue la mère de sainte Eugénie, elles sont du moins l'apparition d'une Ame qui se hâtait d'y arriver.

Voici encore, comme souvenirs de la direction ■de Gerbet, deux lettres et une prière :

Juilly, 2-4 juin.

Minuit va bientôt sonner, et, avec cette heure commence pour vous, ma pauvre enfant, la semaine des douleurs.

Je vi^ns d'écrire ces deux lignes, et j'ai interrompu quelques instants ma lettre pour une petite chose qu'il faut pourtant que je vous dise tout d'abord, parce qu'elle a une signification consolante et douce.

Pendant que j'écrivais, un papillon de nuit, qui était entré par ma fenêtre entr'ouverte, s'est abattu sur les briques de ma chambre. Il s'était probablement fait mal, et il voltigeait par terre, faisant un grand petit bruit par ses efforts pour se relever .

Son bruit m'a fait penser à lui. Moi, qui dans ce moment, ne pensais qu'à vous, je me suis dit que, s'il parvenait à voler comme de coutume, il viendrait brûler ses ailes à la lumière et mourir, et qu'il valait bien mieux le mettre dehors, en liberté, sous les étoiles. Je l'ai poursuivi avec un cornet de papier, pour le prendre; je l'ai pris, et je l'ai mis en liberté.

Pauvre papillon ! nous sommes comme toi ; blessés par la douleur, nous nous agitons terre à terre,

mais en même temps nous battons des ailes, des ailes que Dieu nous a faites : l'espérance et la prière ; et c'est alors que Dieu pense tout particulièrement à nous. Quand je te poursuivais tout à l'heure, tu avais bien peur de moi : tu croyais que je voulais augmenter ton mal! Et je ne te poursuivais que pour te sauver ! Et c'est comme cela que Dieu nous poursuit. Mais quand je t'ai jeté dehors par la sombre nuit, c'est alors surtout que tu as accusé ma cruauté ! Pauvre ignorant ! Cette grossière lumière que tu regrettais t'eût fait mourir, et au lieu de cela tu auras demain un air pur et doux, au soleil levant. Cette sombre nuit est l'image de la mort ; quand Dieu nous y jette, c'est pour nous faire retrouver et la liberté, et la vie, et la joie, au lever de l'éternelle aurore. Voilà ce que je te dis, petit papillon, et voilà ce que vous nous dites, ô mon Dieu !

Chère enfant, je ne vous dirai que cela ce soir, au commencement de la douloureuse semaine; mais, vous et votre Eugénie vous découvrirez en cela tout ce que Dieu y a mis. Je suis à genoux au pied de votre croix, chères enfants; parmi les cœurs qui vous plaignent, veuillez mettre le mien à une bonne place.

- Juilly, 27 juUlet 1837.

Remerciez Mlle Olga de tout ce qu'elle m'a fait dire, et donnez-moi de ses nouvelles. Si, lorsque vous m'écrirez, Mlle Eugénie pouvait, de temps en temps, sans trop se fatiguer, m'écrira une ligne sur la même feuille, cela me ferait très grand plaisir; vous savez

liG GKIUîKT

Lien que nulle leilic, nulle ligne venant de Boury ne peut m'être indifférente.

Chères enfants, comme vous aimez tous les oiseaux et les symboles, je veux vous transcrire ici un passage sur un oiseau du Mexique, que j'ai lu ces jours-ci. Cet oiseau se nomme le hicicili ; c'est du moins l'ancien nom mexicain. Gomara décrit ainsi ce symbole vivant:

« Il n'a pas le corps plus gros qu'une abeille, son bec est long et très délié : il se nourrit de la rosée et de Todeur des fleurs, en voltigeant sans jamais se reposer. Son plumage est une espèce de duvet, mais varié de différentes couleurs qui le rendent fort agréable

« Le vicicili meurt, ou plutôt s'endort, au mois

d'octobre, sur quelque branche à laquelle il meurt

attaché, par les pieds, jusqu'au mois d'avril, principale

aisondes fleurs. Il se réveille alors, et de là vient son

nom, qui signifie : ressuscité. «

Chères enfants, ce monde est notre hiver. Est-ce que nous ne valons pas le vicicili ?

Adieu, bonsoir et bonjour.

Je crois, ô mon Dieu ! qu'en soufl"rant avec résigna tion, j'achève en moi la Passion du Christ.

Je crois que toute créature en ce monde est gémissante, et comme dans les douleurs de l'enfantemeni.... et qu'elle attend le jour de la manifestation de Dieu.

Je crois que nous n'avons pas ici de demeure stable, el que nous en cherchons une autre dans l'avenir

Je crois que toutes choses coopèrent au bien de ceux qui aiment Dieu,

Je crois que, s'ils sèment dans les larmes, ils moissonnent dans la joie.

Je crois que bienheureux sont ceux qui meurent daiis le Seigneur.

Je crois que nos tribulations forment en nous un poids éternel de gloire, si nous contemplons non ce qui se voit, mais ce qui ne se voit point ; car les choses que nous voyons sont passagères, celles que nous ne voyons pas sont éternelles.

Je crois qu'il faut que notre corps corruptible revête Tincorruptibilité, que notre corps mortel revête llmmortalité, et que la mort soit absorbée dans cette victoire.

Je crois que Dieu essuiera toute larme dans les yeux ■des justes, que la mort ne sera plus en eux, ni le deuil, ni les gémissements, et que leur douleur s'arrêtera enfin, car tout le premier monde aura passé.

Je crois que nous verrons Dieu face à face (1).

(i) Récit dune Sœur, II, 28.

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