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l'icimnent, elle lu perdit en l'ace de la philosophie du xviu*'. Sauf quelques exceptions, les écrivains catholiques étoieut uniquement occupés de justifier la religion devant le tribunal d'une puissance supérieure : de la raison individuelle. C'étoit la un sii^ne certain de foiblesse. La polémique qui se borne à résoudre des difficultés, bien qu'elle puisse avoir quelque utilité relative, méconnoit la toute-puissance du vrai; elle semble en avoir perdu la conscience . La défense absolue de la vérité consiste à montrer que, hors d'elle, rien ne subsiste, et, en ce sens, elle est essentiellement ofï'ensive. C'est que l'erreur, qui n'est rien par elle-même, n'a de force apparente cpie par son mélange avec le vrai, et comme toutes les vérités se tiennent ou plutôt sont unes dans leur principe et dans leur base, tout système d'objections, et chaque objection particulière elle-même, impliquent, dans la portion de vérité par laquelle elles subsistent, la preuve de la vérité qu'elles nient, et qu'il suffit de dégager des conceptions arbitraires avec lesquelles elle se trouve combinée, pour réduire l'erreur à son pur néant. Voilà pourquoi, depuis que la base commune de toutes les vérités a été conçue dans toute son universalité, la situation respective de la foi et du rationalisme a changé, en ce que celui-ci, si lier durant le
cours du xviii^ siècle, est aujourd'hui réduit à se défendre contre la polémique chrétienne, redevenue ce qu'elle avoit été dans les premiers siècles du Christianisme... Ces nombreuses analogies qui lient les traditions de tous les peuples aux dogmes chrétiens, et que le rationalisme de l'autre siècle opposoit au Christianisme mal conçu, ne font qu'établir que le Christianisme repose sur l'autorité de la raison générale, tet, d'autre part, on montre au rationalisme qu'en sortant de cette voie d'autorité il est inévitablement conduit au doute universel...
Que l'on compare maintenant l'état présent des controverses à ce qu'elles ont été, soit dans le dernier siècle, soit pendant les premières années du siècle actuel, avant qu'elles eussent été réduites à leurs ternies fondamentaux : on diroit deux époques séparées par un grand intervalle. Depuis que la doctrine d'autorité a posé les questions qui sont le centre auquel toutes les autres viennent aboutir, les discussions ont plus avancé en dix ans qu'elles n'avoient avancé jusque-là durant le cours de tout un siècle (206-237).
A mesure qu'elle sera comprise chez les autres nations, elle y produira des effets analogues Mais il faut pour cela que cette doctrine, bien qu'invariable dans son essence, y soit présentée sous divers points de vue qui
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soient en ra^^port avec les liabilutles intellectuelles de chaque j)euple. En Allemagne, elle devra se combiner avec la tendance des esprits vers la métaphysique, ou la science générale de l'intelligence humaine, et, sous ce raj)port, certaines idées, auxquelles les esprits, 2)lacés en dehors du catholicisme, se trouvent déjà conduits, lui servent de préparatifs. Dans cette vaste incertitude, au milieu de laquelle ils flottent, ils commencent en etl'et à concevoir le Catholicisme et le protestantisme, ou, en d'autres termes, le principe d'autorité et le principe d'examen, comme également nécessaires, et destinés à satisfaire, le premier, les esprits chez lesquels prévaut le besoin de croire, le second, les esprits dominés par le besoin de concevoir. Cette manière de voir renferme déjà une grande vérité catholique, en tant qu'on reconnoît l'existence et la distinction de ces deux modes de l'esprit humain, ainsi que la nécessité de satisfaire l'un et l'autre par un principe qui lui corresponde. Mais elle est incomplète encore, et fausse en tant qu'incomplète. Car la foi et la conception ne sont pas des modes séparés, qui constituent chacun une classe d'intelligence, mais les modes généraux et nécessaires de l'intelligence humaine. Le besoin de croire, et le besoin de concevoir, à quelque degré, coexistent dans chaque homme. Dès lors, il ne
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s'agit que de savoir dans quel rapport ils sont entre eux, lequel doit être subordonné à l'autre; car l'unité de la raison humaine suppose l'existence de ces rapports Or, la foi, prise dans le sens le plus étendu, consistant à adhérer à ce qu'il y a de permanent et de général dans les intelligences, et la conception étant déterminée, pour chacune, par son individualité propre, la notion même de l'ordre seroit fondamentalement renversée, si l'invariable, le général et oit subordonné au variable et à l'individuel. D'ailleurs, si tout repose sur l'examen ou la conception individuelle, l'idée même de la foi est détruite, au lieu que l'on comprend très bien que l'on passe de la foi à la conception, ou, en d'autres termes, qu'en adhérant d'abord aux croyances universelles chaque esprit cherche ensuite, par son propre examen, à concevoir les vérités qu'elles certifient; et l'expérience prouve que c'est la marche nécessaire de l'esprit humain, toutes les conceptions n'étant jamais que des combinaisons individuelles, et par là-même infiniment variées, des notions communes qui sont le fonds de la raison humaine. Le rationalisme allemand, qui prenoit pour base l'ordre de conception, avoit commencé par nier que la foi ou la croyance, distincte du raisonnement individuel, fût un des modes nécessaires de l'inielligence : aujourd'hui
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on roronnoit cos deux modes, ces deux Ix'soiiis, et l'on (im'i-a \)<\v reconiioili-e leurs rapports natul'els. Alors coinniencera, eu Allemagne, l'organisatiou catholitjue de l'esprit humain : car les travaux déjà entrepris en ce sens, quelque remarquables que soient en eux-mêmes quelques-uns d'entre eux, ne sont encore, pris dans leur ensemble, que des éléments isolés, dépourvus d'un principe général qui les coordonne et les unisse.
En Angleterre, cette doctrine devra se présenter sous d'autres formes, analogues au génie de la nation. Il existe, dans l'esprit anglais, deux principes qui se combattent : le bon sens pratique, positif, lutte sans cesse contre l'individualisme protestant, qui, selon qu'il est plus ou moins rigoureusement suivi, produit toujours, dans la même proportion, les opinions arbitraires, variables, et jette par là même la raison dans le vague. De là dérivent, en partie du moins, les contrariétés étonnantes que présentent l'esprit et le caractère anglais, si enclins par eux-mêmes à l'ordre, à la régularité, et sujets parfois à tant de bizarreries et d'extravagances. Cette discordance fondamentale est aussi la cause permanente qui ramène un si grand nombre de protestants anglais dans le sein du Catholicisme, ou du Christianisme positif et invariable. C'est
donc sur elle qu'il faut sappuyer pour favoriser ce mouvement régénérateur. Mais, pour rendre cette cause aussi active qu'elle peut l'être, il est nécessaire que la controverse catholique en Angleterre fasse des progrès. Les discussions particulières sur chaque dogme y sont à la vérité utiles, en tant qu'elles font connoître la doctrine catholique telle qu'elle est, et dissipent graduellement cette masse de fausses idées, de préjugés grossiers plus répandus et plus enracinés en Angleterre que dans aucune autre contrée protestante. Sous ce rapport, cette controverse de vlétail, ainsi que les controverses historiques sur l'établissement de la Réforme, qui seroient fort arriérées dans d'autres pays, y conserveront encore quelque temps une importance relative. Mais si l'on fait dépendre, de cette sorte de discussion subordonnée, le fondement même de la croyance, cette méthode, outre les inconvénients qui lui sont essentiels et que nous avons remarqués, en a de particuliers en Angleterre. L'examen individuel des dogmes se faisant toujours plus ou moins sous l'empire des idées protestantes, cette méthode ne s'adresse dès lors qu'à la partie de l'esprit anglais qui est hostile au Catholicisme, et à laquelle elle laisse toute son influence, tandis qu'au contraire le principal moyen de succès consiste à montrer lopposilioa
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qui existe entre rélénient protestant ou l'individualisme, et le caractère propre de l'esprit anglais. Pour y parvenir, il est évident qu'il faut considérer le protestantisme et le Catholicisme dans leur essence, c'est-à-dire la voie individuelle et la voie sociale d'autorité. Mais il est nécessaire également de ne pas faire de cette question une simple question théologique, qui ne se lie en rien aux idées dont les masses s'occupent. 11 faut au contraire la mettre, en quelque sorte, en contact avec leurs pensées habituelles, en montrant que la méthode catholique en matière de religion n'est que la méthode naturelle, effective, pratique, suivie universellement dans tous les ordres de connoissances positives, et régissant la société humaine. Lorsque la controverse catholique aura fait ce pas, le fond de l'esprit anglais réagira lui-même graduellement contre le protestantisme, et la même méthode qui aura préparé ce résultat fera participer en même temps les discussions religieuses de l'Angleterre, comparativement trop étroites, au mouvement des esprits en France et en Allemagne, où elles sont plus avancées et plus vastes.
L'incrédulité, qui a pénétré en Italie, s'y traînant encore dans la philosophie française du xvni* siècle, les apologistes de la religion s'y trouvent dans une position bien supéiieurc à
celle des apologistes français du siècle passé, puisqu'ils opposent la logique catholique dans son état de complet développement, à une philosophie abandonnée aujourd'hui, dans le ]3ays même où elle a pris naissance, comme superficielle, étroite et destructive. Aussi tous les écrits publiés en Italie depuis dix ans, en faveur de la religion, portent l'empreinte de cette méthode, et, grâce au mouvement qu'elle y a produit, la polémique religieuse, se réveillant au delà des Alpes, commence à concourir à la restauration de l'esprit humain. L'observation que nous venons de faire s'applique également à l'Espagne, où la méthode catholique produira un autre résultat non moins important. Comme les divers systèmes de philosophie, inventés depuis trois siècles, se trouvoient plus ou moins compliqués de protestantisme et d'incrédulité, l'enseignement, pour maintenir la foi, se tint, en Espagne, en dehors de l'ordre de conception. Il n'y rentrera qu'au moyen d'une méthode philosophique reposant sur des principes diamétralement opposés à ceux dont il avoit voulu se préserver. Et comme cette méthode, telle qu'elle a été présentée en France, se trouve liée à toutes les grandes questions qui occupent l'Europe, elle ne pourra passer dans l'enseignement théologique et philosophique en Espagne, sans le mettre en
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rapport avec l'état actuel de l'esprit liuinaiii : résultat qu'on ne sauroit trop désirer. Car Fintelligence catholique, qui n'y a pas été énervée par ces débauches d'cspiit communes (hms d'autres pays, n'attend (pi'une impulsion pour se développer, pour passer d'une manière puissante de la foi à la science, et l'on peut croire que le temps approche où le génie espagnol reparoitra avec un éclat qui lui sera propre. Car, en vertu d'une combinaison jusqu'ici sans exemple, il s'emparera, avec la vigueur d'esprit du moyen âge, des nombreux éléments de connoissances que l'activité intellectuelle de l'âge moderne met incessamment en circulalion (206-246).