‹ GerbetChapitre 31 sur 49 · I. — LA DOCTRINE DES DEUX OHDRKS CONSIDÉRÉE COMME BASE · texte numérisé non relu

I. — LA DOCTRINE DES DEUX OHDRKS CONSIDÉRÉE COMME BASE

d'une réorganisation des ÉTi des TUÉOLOGIQUES

Les galHcans antimennaisiens estimaient que tout allait pourle mieux dans les écoles où leurjeunesse s'était fo'-mée à l'étude des sciences sacrées. Aujourd'hui, sans mettre en doute le réel mérite de ceux qui travaillaient alors à l'éducation du clergé de France, on admet néanmoins assez unanimement (|ue bien des réformes étaient nécessaires. Le disciple et le collaborateur de Lamennais, l'auteur des Considérations sur le dogme généra-

9sr;

ieur de la piété catholique, Torganisateur des conférences théologi(|ues de la Chênaie et de Juilly, avait, semble-t-il, autant que personne, le droit davoir quelques idées sur ces réformes urgentes, et de soumettre ces idéesaux réflexions de ses pairs. Je neme permettrai donc pasde plaider les circonstances atténuantes pour les pages qu'on va lire. Elles se justifient assez d'elles-mêmes. Comme on le verra, plusieurs des modifications proposées ici ont été adoptées depuis parla plupart des écoles •catlioliques. Bien des vues ({ui paraissaient trop modernes au temps de Gerbet nous sont aujourdlmi famiiières; mais de tels génies marquent tout ce qu'ils tou- ■chent, d'une empreinte personnelle. Enfin, quoi qu'on puisse penser de la valeur pratique, et, si je puis dire, utilisable, de ce document, personne ne mettra en doute l'importance de cette étude d'ensemble sur les principes mennaisiens dans leur rapport avec les études théologiques.

La théologie occupe dans l'ordre des sciences, la place de Dieu même dans l'ordre des êtres. Toutes les sciences sont théologiques, dans le même sens que toutes les sociétés sont théocratiques. Les sociétés sont théocratiques de leur nature parce qu'en Dieu seul se trouve la raison du pouvoir et de ro])éissance,et dans la loi divine la base des droits et des devoirs. Toutes les sciences sont théologiques, parce que Dieu est la première raison des choses, et qu'en lui réside le tyj)e éternel de l'ordre réalisé par la (Création. !)<• même

2j6 GKRBF.r

<|ii(', (l.iiis riiiiilr (le cet oi'dro, los êli'cs soiil lirs eutre eux suivant la loi de sul)ordiuatioii, détei-miiiéc par leur iiatui*' plus ou moins parfaite, de luênie les scieuces qui correspondent à ces divers degrés de la Création, subordonnées aussi entre elles, représentent la hiérarchie des êtres. L'enseignement tout entier de la théologie nous paroît devoir être disposé de manière à faire ressortir cette liaison de toutes les sciences inférieures à la science primordiale. Autrement celle-ci ne paroît être qu'un ordre d'idées isolé, solitaire ; de sorte cpi'après s'être appliqués, durant plusieurs années, à un genre d'études qui devroit étendre et féconder leur esprit dans tous les sens, les élèves, en rentrant dans la société, se trouvent étrangers à presque tout ce dont les hommes s'occupent. Ces rapports de la théologie avec les diverses branches des connoissances humaines devroient être développés dans les prolégomènes qui servent d'introduction à l'étude de cette science, et qui comprendroient, du reste, tout ce qu'il y a d'essentiel dans les prolégomènes ordinaires.

Venons au cours de théologie proprement dit. Je suppose cjue l'on a commencé par établir, si on ne l'a pas fait dans des cours antérieurs, les bases et les lois de la raison humaine, en distinguant les deux ordres : l'un de foi^ quise compose de

ce quil y a de général dans la raison, la conscience et l'expérience, l'autre de conception, qui ne peut être que le développement du premier. L'ordre de foi, pris dans son ensemble, ou en tant qu'il comprend toutes les lois de la vie physique, morale et intellectuelle, est le fondement de toutes les sciences. Le fondement propre de la théologie est la partie de cet ordre qui est relative aux rapports des hommes avec Dieu, et c[ue l'on désigne sous le nom de religion. Mais, outre ce qui appartient à la foi, un cours de théologie doit embrasser aussi les conceptions par lesquelles on a cherché dans tous les temps a expliquer, autant que la nature de l'esprit humain le comporte, l'objet infini de la foi. Cette partie est éminemment propre à développer l'activité des esprits, qui, tant qu'ils se renferment dans le pur ordre de croyance, restent dans une sorte d'état passif. C'est elle surtout qui peut communiquer à l'enseignement le mouvement et la vie, et y répandre un intérêt continuel, en associant en quelque sorte l'esprit des élèves au génie religieux de toutes les époques. Pourquoi, par exemple, bannir d'un cours de théologie cet ensemble de conceptions si élevées, si étendues, que présentent les écrits des docteurs de l'Eglise ? C'est là cependtmt ce qui arrive trop souvent. On cite bien, dans chaque thèse, quelques textes des

258 f;i:p.ni:T

Pères; ninis ros textes, (rail]eiii's fort courts et prestjiie toujoui-s iimlilés, ne donnent uueuneidéc de cette ])clle philosophie chrétienne qui pénètre si avant dans les mystérieuses profondeurs des dogmes, et qui semble dérober à la vision future quelques-uns de ses rayons...

Mais, outre cet ensemble de conceptions qui ont pour o])jet de développer la foi le plan d'un cours de théologie doit embrasser aussi les conceptions opposées à la foi, en d'autres termes les hérésies. Cela est particulièrement nécessaire pour bien connoitre la religion depuis Jésus- Christ, puisque l'Eglise ne définit successivement ses dogmes qu'à l'occasion des erreurs de chaque siècle . Mais cette connoissance des hérésies fait aussi nécessairement partie de l'étude de la religion primitive : car en général l'histoire des erreurs n'est que l'histoire même de la vérité considérée sous un autre point de vue. Un cours de théologie, approprié au besoin de l'époque actuelle, doit donc renfermer une histoire de la philosophie. Les hérésies de la religion primitive ne sont en effet que des systèmes philosophiques, et d'ailleurs, toute hérésie, dans le sens restreint de ce mot, n'est qu'une conséquence des grands systèmes d'erreurs c[ue l'antiquité nous présente et dont on a fait une application particulière aux dogmes chrétiens proprement

LA DOCTRINK 259

dits. On conçoit, d'après cela, cju on ne doit pas se borner à rappeler les propositions erronées qui sont précisément en contradiction avec le dogme. On doit montrer comment elles se lient avec l'ensemble d'idées dont elles font partie, on doit s'attacher à donner l'intelligence des systèmes. Sous ce rapport, les traités classicpies de théologie laissent infiniment à désirer, et, pour ne citer ici qu'un seul exemple, ce qu'on y dit du gnosticisme ne donne aucune notion exacte de cette grande aberration de l'esprit humain. Il n'y apparoît que comme un tissu d'extravagances décousues, incohérentes, tandis qu'il renfermoit, dans la réalité, une vaste combinaison d'idées, dont l'objet étoit de résoudre les hauts problèmes de la Création et de l'origine du mal.

La théologie doit donc comprendre: 1° l'ordre de foi; 2" ce qui appartient à l'ordre de conception, lequel se divise en deux branches, selon que ces conceptions sont conformes ou contraires à l'ordre de foi lui-même. Après ces observations préliminaires, parcourons les diverses parties d'un cours de théologie.

L'idée générale de religion renferme trois choses : la notion de Dieu, celle de Ihomme en tant qu'être libre, et celle des rapports de l'homme avec Dieu.

La religion se compose nécessairement de

2G0 GLUBi'T

docnie, de morale et de ciille ; d(! là, trois ])i'iri- C'ipalcs subdivisions. Les dogmes de la religion primitive étant prouvés, d'après la méthode catholique, par les traditions générales des peuples, on doit remarquer ici qu'un dc^ effets propres de cette méthode sur l'enseignement sera d'inspirer, de développer le goût de la science de l'antiquité, et de donner une forte impulsion vers ce genre d'études, et toutes les connoissances qui s'y raj)portent. Et comme les travaux sur l'antiquité, entrepris aujourd'hui avec tant d'activité et de succès, font, en quelque sorte, surgir chaque jour de nouveaux documents sur l'universalité des traditions primitives, les cours de théologie devront recueillir ces rayons de lumière, dont ils possèdent le foyer, et ils recevront par là même un nouveau degré d'intérêt, en se liant immédiatement, sous ce rapport particulier, aux progrès de la science contemporaine .

D'après les idées précédemment exposées, on ne devra pas se Ijorner à prouver, par l'autorité de la tradition, les dogmes de la religion primiive, mais on devra aussi présenter sur chacun d'eux ce qu'il y a de plus satisfaisant dans Tordre de conception. Telle étoit la marche suivie par les Pères de l'Eglise, qui se servoient, pour expliquer les dogmes, de toutes les grandes

idées que leur offroit la philosophie antique. Il faut revenir dans renseignement de la religion à cette méthode des premiers docteurs du Christianisme^ qui considéroient en quelque sorte comme Taurore de la foi, les lumières des anciens sages, et mettoient au nombre des Chrétiens primitifs, quiconque avait écouté les enseignements de la raison, ou du Verbe. Personne assurément ne songe à mettre sur le même rang* que les Pères de l'Eglise, Confucius, Zoroastre, Pythagore, Heraclite, Socrate, Platon. Mais en même temps on doit reconnoître que leurs écrits sont, à plusieurs, égards, les témoins de la tradition conservatrice des vérités primitivement révélées ; qu'éclairée par cette tradition, leur raison féconde ea conceptions élevées fit souvent, par rapport aux dogmes anciens, ce qu'a fait la philosophie des 'Pères par rapport aux dogmes évangéliques...

La partie de l'ancienne philosophie, qui constitue les hérésies de la religion primitive, se trouvant comprise dans ce que nous avons dit plus haut, nous nous bornerons ici à deux observations : la première, que, dans l'état actuel des études orientales, on ne doit plus se renfermer, par rapport à la philosophie, dans le cercle des systèmes grecs et romains; la seconde, que, plus on remonte dans l'histoire de l'ancienne philosophie, plus on s'approche de ses premiers

Î2f)^ oi:i<Bi"r

temps, et plus aussi Ton rencontre des manières <le concevoir totalement différentes des nôtres, et dont il egt plus difficile dès lors de saisir exactement le vrai sens...

La divine mission du Sauveur une fois prouvée, il ne reste plus qu'à connoitre comment il a développé la foi, la morale, le culte primitifs

La constitution de l'Eglise étant connue, il ne reste plus qu'à l'interroger sur ses dogmes, sa morale, son culte. Dans notre plan de théologie on suit à cet égard un procédé différent de celui qui subsiste encore dans un certain nombre d'écoles. Que fait-on en effet dans celles ci? On commence par prouver chaque proposition par des textes de l'Écriture, ou, pour parler plus exactement, par des raisonnements sur les textes de l'Ecriture...

Cettemarche entraîne encore d'autres inconvénients. Car, on setrouveconduitàalléguerdestextes quelquefois fort peu concluants, et l'on introduit ainsi dansT enseignement classique une partie foible qui prête le flanc à tous les coups de l'exégèse protestante. Après les citations de la Bible viennent les citations des saints Pères, mais si courtes, si chétives, ainsi que nous l'avons déjà remarqué, qu'il n'en résulte aucune instruction vérital)le pour les élèves, et qu'au bout de fort peu de temps il n'en reste pas même de traces

l.\ DOCTRINE 203

dans leur inéiiioire. Les décisions de l'Eglise, qui constituent proprement la foi, n'occupent que la troisième place, et par conséquent la dernière, excepté les cas où on les fait suivre de ce genre de considérations qu'on désitiue sous le nom de raison théologique. Autant cette marche est peu en harmonie avec les principes catholiques, autant celle que nous proposons nous y semble conforme, ainsi qu'à l'ordre naturel des idées. Quel est en effet l'objet cju'on se propose ? De connoître la foi de l'Eglise sur tel ou tel point. Or, dans le cours ordinaire des choses, l'Eglise ne définit les articles de foi qu'à l'occasion des hérésies qui attac|uent successivement les différentes parties du Symbole. On recherchera donc d'abord à cjuelle époque le point en question a donné lieu à des hérésies, pour connoitre par la condamnation de ces hérésies mêmes la foi catholique dans toute sa précision. Ici donc se place l'exposé de chaque hérésie. On explique d'abord le système hétérodoxe dans son ensemble, on fait concevoir sa liaison avec les systèmes antérieurs et postérieurs qui s'y rattachent logiquement et historiquement. Viennent ensuite divers développements sur la vie de chaque hérésiarque et ses ouvrages, sur le caractère intellectuel, moral et politique de la secte qu'il a fondée, sur les écrivains ecclésiastiques qui l'ont combattue et sur

264 GKnniT

les troubles qu'elle a excités daus rj"]glise. Un arrive enfin à l'histoire de sa condamnation, et, si elle a été frai»])ée d'aiiathèMie dans uu concile, on fait l'histoire de ce coucile lui-uiênie. De cette manière le cours de théologie renferme tout ce qu'il y a de plus inqiortant dans l'histoire ecclésiastique, qui n'est plus seulement lue, mais étudiée par les élèves, et forme avec leurs autres études un tout parfaitement lié dans toutes ses parties.

Après qu'on a connu les décisions de rKglisc sur tel ou tel point nié par quelque hérétique, on ne doit pas s'arrêter là. Lorsque l'Eglise décide une question de foi, elle ne crée pas le dogme, et ne l'établit point par voie de raisonnement. Elle ne fait que déclarer quel est actuellement, quel a toujours été l'enseignement de la tradition. Elle produit, sous la forme de définition expresse, ce cjui jusque-là existoit à l'état de simple doctrine catholique. Le théologien doit donc étudier aussi les monuments successifs de cette tradition, dont les décisions de l'Eglise ne sont que la déclaraiiou authentique. Mais si l'on veut que cette partie du cours ne soit pas un simple exercice de la mémoire, inutilement chargée de cjuelques textes, il faut la disposer de manière qu'elle initie réellement les élèves à l'étude des Pères, et les familiarise avec leurs écrits...

Cette méthode n'empêche pas, du reste, d'employer, non point à la vérité comme fondement de la foi, mais comme des considérations d'un ordre subordonné et d'une utilité relative, les divers raisonnements dont on a coutume de se servir, pour prouver la concordance des textes avec la foi de l'Eglise. Il en est de même de ce quon désigne dans le langage de l'école sous le nom de : raison théologique. Tout cela rentre dans l'ordre de conception, mais n'en forme qu'une partie très circonscrite. Outre la combinaison d'idées qui s'opère par voie de syllogisme, il existe une foule de combinaisons différentes par lesquelles l'esprit saisit les rapports et l'harmonie des diverses parties de la religion, s'élevant par ce moyen et plus rapidement et plus haut dans la contemplation des mystères divins. La plupart des belles spéculations des Pères, qui doivent être reproduites dans un cours de théologie, n'appartiennent pas à la méthode syllogistique...

Les formes de l'enseignement, pour être en rapport, soit avec le fond de l'enseignement luimême, soit avec la marche naturelle de l'esprit humain, nous paroissent aussi susceptibles, parmi nous, de grandes améliorations. Deux formes ont régné successivement dans les écoles chrétiennes : la forme qui caractérise les écrits de la plupart des Pères et qu'avoient adoptée, par exemple,

^(»(( (ii:iu!i;r

les l'anthenius, les Origone, les (Jéinciit, dans l'Académie chrétienne cV Alexandrie, et la forme logique illustrée par saint Thomas et la plupart des grands théologiens du moyen Age. Par là même qu'elles ont subsisté longtemps, chacune d'elles a nécessairement des avantages qui lui sont propres, et en effet elles correspondent chacune à un besoin particulier de l'esprit humain. La forme libre et animée choisie par les anciens Pères, permet d'embrasser une foule de rapports que l'esprit ne peut atteindre que par la voie d'une simple intuition, et non par la voie du raisonnement. La forme logique, prise en elle-même et distinguée de la pure argumentation syllogistique, a pour objet de satisfaire, à un certain degré, le besoin que l'esprit éprouve de coordonner, au moyen de formules générales, toutes ses connoissances. Elle opère la classification des idées dont l'autre forme favorise le développement et la libre expansion. Lorsqu'on s'attache exclusivement à l'une ou à l'autre, ces avantages ont leurs inconvénients, et peuvent dégénérer en abus. Ceux de la scolastique sont assez connus aujourd'hui : les disputes de mots, les subtilités, la manie de l'argumentation, les habitudes antinaturelles, que l'emploi continuel de la méthode syllogistique fait contracter à l'esprit, tels sont les divers désordres qui, de nos jours même.

subsistent dans un certain nombre d'écoles. La méthode plus libre des Pères laisse souvent quelcjue chose à désirer sons le rapport de Tordre tel que nous le concevons maintenant, de cet art de combiner les idées, qui fait em])rasser d'un coup d'œil le plan entier d'un ordre de connoissances, comme on saisit d'un même regard les proportions d'un vaste édifice. La scolasficjue est dégénérée, usée, stérile : l'antique manière de procéder ne pourroit non plus satisfaire lesprit moderne, si éminemment logique. Que faire donc, aujourd'hui ? Profiter de la grande expérience que nous offrent ces deux principales époques de l'enseignement théologique, et déterminer ainsi, par la fusion de ce qu'il y a de fondamental et de réellement utile dans les deux méthodes, une amélioration impérieusement réclamée par l'état actuel des esprits.

Mais ces progrès réels dépendent primitivement d'une combinaison plus vitale, plus intime que celle des formes de l'enseignement. Ces progrès sont attachés à l'alliance du principe de soumission ou de foi, et du principe de liberté ou de science, l'un et l'autre pleinement développés.

Si diverses causes, parmi lesquelles il faut compter surtout le malheur des temps, arrêtent, à certains égards, dans le sein du clergé fran<;ais, les développements de l'instruction scientifique,

268 OKUBKT

que cette situation passagère ne le décourage pas. Qu'il porte ses regards trois siècles en arrière : les désordres qui s'étaient produits dans les mœurs du clergé furent sans aucun doute une des plus dures épreuves que la religion ait subies ; mais bientôt, du sein du Catholicisme, inépuisable foyer de piété et d'amour, sortit un feu purifiant qui les fit disparaître. Dans les derniers temps, une autre épreuve a commencé : ce n'est plus le relâchement des mœurs, mais une sorte de relâchement intellectuel. De même que le refroidissement de l'esprit sacerdotal eut pour résultat le rapide progrès de la Réforme du XVI'' siècle, qui n'eût jamais obtenu un pareil succès si le clergé eût été partout ce qu'il devait être, de même l'affaiblissement intellectuel a été prouvé par l'empire que la philosophie du xvni'' siècle a exercé. Jamais une aussi grande défection n'eût été possible, si le clergé n'eût pas méconnu, à certains égards, la méthode d'où dépendent et les progrès de l'instruction dans les écoles chrétiennes, et l'harmonie de la science et de la foi. Mais ces divers désordres n'altérèrent point l'essence immuable du Catholicisme, ni son énergie toujours vivante. Dans le gouvernement de la Providence, ils sont les moyens dont elle se sert pour provoquer un nouveau développement de sainteté ou de science.

LA DOC.TUINE 2G9

et l'histoire de l'Eglise, dans ses diverses périodes, n'est que la manifestation de cette loi mystérieuse, qui coordonne le mal même à un plan de régénération. Ce n'est donc pas un vain songe d'espérance que ce pressentiment universel d'une grande époque qui commence pour la science religieuse. Elle est nécessaire, et si son aurore n'était pas déjà visible à la raison, la foi seule la prédirait.

Page 1