III. — LE SYMBOLISME CHRÉTIEN
J'ai toujours respecté cet instinct qui porte à chercher des harmonies entre les choses humaines et les aspects de la nature. Si, bien souvent, il s'attache à des corrélations imaginaires, il arrive aussi de temps en temps qu'il rencontre si juste, que les esprits ne peuvent s'empêcher d'admirer ces magnifiques jeux de ce qu'ils appellent le hasard. Pour moi, je ne crois pas à ce fou sublime ; je crois que si ces harmonies sont des caprices, ce sont au moins de beaux et sages caprices de la Providence.
[Université catholique, viii, 24o;Ladoue, ii, 203.)
Juilly, lundi
L'autre jour, en disant les matines de la
Fête-Dieu, j'ai eu une pensée qui a été pour moi
comme un éclair, et en même temps si naturelle,
que je m'étonne qu'elle ait été si longtemps sans
(1) Cf., sur ce même sujet, les principes de Lamennais, et notamment le livre V de l'Essai d'îin système de religion catholique (édition Maréchal, 128-1S6). J'ai choisi pour composer ce chapitre, soit les textes qui énoncent directement les idées de Gerbet sur le symbolisme, soit les textes où ces principes sont appliqués d'une façon plus originale et plus lumineuse.
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me frapper ; mais pour l'expliquer, il faut d'abord un préambule.
Nous avons dit bien souvent que le monde matériel n'est que l'emblème, le relief et l'ombre du monde spirituel ; c'est une vérité dont aucune tète métaphysique ne saurait douter. Malgré ce parallélisme des deux mondes, il est incontestaJjle que leurs fonctions sont non seulement distinctes, mais séparées et divergentes. Ainsi, par exemple, l'acte par lequel mon àme se nourrit de la vérité, n'entraîne pas avec lui l'acte par lequel mon corps se nourrit : le regard de mon àme recevant la lumière des idées, n'a pas pour effet de produire la vision par les yeux du corps, ni vice versa. Or, cependant, si les lois des deux mondes, spirituel et matériel, sont concordantes et parallèles, cette union radicale ne doitelle pas faire penser qu'ils aspirent à unir leurs fonctions, et à se rencontrer dans leurs actes ? lien devra être ainsi dans le ciel ; mais le germe de cette concordance parfaite, la préparation de cet engrènement parfait de l'un dans l'autre, existe déjà sur la terre par la communion eucharistique, où l'acte de la nutrition physique est identiquement l'acte de la nutrition spirituelle, où les fonctions du corps sont transformées jusqu'à être comme identifiées aux fonctions de l'àme.
(Ladoie, 11, 54.)
Vous savez, mon cher ami, (]ue dans ce monde d'apparence où nous \ivons, les plus petites choses sont des figures de grandes et invisibles réalités ; que les circonstances les plus fortuites, les plus insignifiantes, ont une signification supérieure, que ce sont des mots dont nous devons chercher les idées.
... J'ai un plaisir infini à trouver dans clia({ue scène de la nature onde la vie, des hiéroglyphes à interpréter, des inscriptions à traduire. Quand je suis parvenu à rattacher, bien ou mal, aux phénomènes les plus vulgaires, une idée qui les consacre et les spiritualise, je m'en applaudis avec la joie d'un enfant qui commence à comprendre quekjue chose dans le livre qu'on lui a donné à épeler.
{Lettre à Monlaleinliert . Ladoue, ii, 377.)
La parole, et surtout la parole immobilisée par l'écriture, en circonscrivant nettement les idées, les limite par là même : le symbole a une signification en quelqne sorte expansive, qui s'étend avec l'intelligence du lecteur. La parole énonce ce qui est clair : le syndjole figure ce (|ui est mystérieux.
LA doctrim:
Eu se servant des choses sensibles pour aideilàme à s'élever vers l'invisible, on spiritualise les sens eux-mêmes.
{Esquiase, i, 409. j
En étudiant les annales de l'Eglise, on voit que l'esprit dont elle est animée s'est constamment appliqué à transformer les choses matériellesen caractères signiiicatifs, expression des réalités invisibles. C'est une belle et divine chose que ce travail assidu pour spiritualiser la matière, pour infuser des idées dans des faits qui, par eux-mêmes, ne donnent que des sensations, pour en faire les lettres, les mots, lespages d'un grand livre toujours ouvert aux yeux de tous. Cette transformation s'est produite de plusieurs manières . Tantôt on a représenté par un emblème choisi tout exprès des idées déjà antérieurement exprimées par la parole : les pierres précieuses que les chrétiens du siècle ont incrustées dans la croix, étaient une traduction des passages de saint Paul sur la gloire de Farbre du salut. Tantôt des choses instituées dansun but d'utilité ou d'ornement ont reçu, avec h^ temps, une signification mystérieuse. Les architectes qui ont inventé la flèche gothique ou la
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coupole iToiil pas proclamé (juc l'une est rom- Mèiiie de la prière qui perce le ciel et l'autre limage du ciel même. Mais ces corrélations ont paru ensuite si naturelles, que la pieté s'est généralement accoutumée à accepter cette signification. Enfin, et c'est ce qui est arrivé très souvent, l'Eglise, en instituant certains usages pour satisfaire aux besoins de la vie pratique, s'est attachée à leur incorporer simultanément une pensée sainte, de telle sorte que cette pensée, intimement unie à ces usag'es dès leur origine, est comme une àme dont ils sont l'enveloppe matérielle. Ainsi, les flambeaux utiles à la célébration du service divin ont figuré, dès les premiers temps, la lumière spirituelle ; les cloches qui con- Toquent les fidèles au temple, ont été, en naissant, l'emblème de la voix intérieure qui appelle les âmes. On n'a qu'une notion rétrécie et mutilée du symbolisme catholique, tant que l'on ne tient pas compte de ces trois modes de formation. Si l'on permettait ici des termes scolastiques, je •ilirais qu'il est ou antécédent, ou subséquent, ou concomitant. Supposez une idée préexistante qui finirait par produire un mot uniquement destiné à l'exprimer ; supposez, en second lieu, un mot qui resterait d'abord sans signification connue, et qui recevrait ensuite une idée; prenez enfin un mot et une idée unis l'un à l'autre dès leur ori-
LA DOCTRINK 11 t
gine. Voilà, dans la langue ^Darlée, une imagedes trois principes du langage symbolique.
Mais, de quelque manière qu'ils se soient produits, ces symboles se rapportent, en général, au double état de l'humanité, l'état de chute et Tétat de régénération. Au premier correspondent les emblèmes d'abaissement et de tristesse ; au second les emblèmes de joie et de réhabilitation. Si l'on excepte les syml)oles particulièrement destinés à figurer l'Essence divine, tous les autres rentrent plus ou moins directement dans l'une ou l'autre de ces idées fondamentales, et assez souvent dans toutes les deux en même temps. Toutefois, dans le système général du symlîolisme catholique, l'idée de la glorification a une plus large part que l'idée de la dégénération. Sous les voûtes de nos basiliques, nous rencontrons de toutes parts les ornements brillants ou gracieux qui réveillent, quand ce ne serait que par l'éclat de leur matière, la pensée des splendides destinées de l'homme. Les jours où l'Eglise a des chants et des vêtements de deuil sont moins multipliés que ceux où la liturgie s'empreint d'une joie sainte, et il est bon qu'il en soit ainsi : car, si l'homme a besoin tout à la fois d'être abaissé et relevé, la crainte lui est pourtant moins salutaire que l'espérance.
Cette plus large part faite aux symboles de
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iilorificatioii,(loit exislor suil<»ut d.iiis la classe des oiiiblèiues personnels, qui ont pour but d'honorer, abstraction faite de tout ce qui est purement individuel, la régénération de l'honiine.
Dans les institutions religieuses, toute chose; tient à deux ordres de motifs : les motifs pratiques, qui se rapportent aux elfets qu'il est utile de produire, et les motifs mystiques, qui rattachent les réalités les plus teri'cstres aux grands mystères de Tautre vie. Cela est particulièrement vi'ai des symboles d'honneur et de glorification .gradués, dont l'Eglise entoure tout ce qui émane de la régénération par le Christ, depuis le caractère de smiple chrétien jusqu'à celui de Souverain Pontife. La raison pratique de ces honneurs religieux est visible à tous. Le respect dû aux dignités sociales, qui est un sentiment si social lui-même, a plus besoin que beaucoup d'autres sentiments, de ce stimulant extérieur : car les imperfections de l'individu, semblables à une vapeur terrestre, ol)Scurcissent souvent, aux yeux du plus grand nombre, l'auréole de son caractère public. Les préjugés protestants ou philosophiques contre les hommes religieux se démentent à chaque instant dans les autres sphères de la vie sociale. Le prince le plus puritain croirait C|u'on se moque de lui, si on lui proposait de dépouiller les magistrats de leur toge, ou les
^sénéraux de leurs brillants uniformes, et lorsque en France, la folie célébra son culte de la Raisoji, linflexible bon sens pratique, perçant par quelque endroit à traversées monstrueuses extravagances, fit sentir l'importance des emblèmes. Les apôtres de l'égalité construisirent de leurs propres mains les symboles de l'apothéose.
Mais, tout en reconnaissant la raison pratique des honneurs religieux, la philosophie chrétienne ne doit pas perdre de vue leur raison mystique. Si la première de ces raisons tient, sous certains rapports, à la faiblesse de notre nature, qui doit être aidée par des signes matériels, la seconde se rapporte à la grandeur de cette même nature, qui aspire, par un noble instinct, à trouver quelques emblèmes des hautes destinées que la Rédemption lui a rendues. L'homme régénéré dans le Christ est digne de gloire. Pourquoi cette vérité ne serait-elle pas traduite en symboles de glorification? N'est-ce pas un besoin du cœur de l'homme c|ue de voir préfigurer ici-bas, dans la captivité de la terre, sa royauté future? Les marques d'honneur que les usages sociaux ont consacrées, les ornements splendides que la nature et l'art mettent à notre disposition, peuvent-ils avoir un emploi plus élevé ? N'est-il pas juste de consacrer ce qu'il y a de plus beau dans' le monde matériel, à exprimer ce ([uil y a déplus
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grand clans l'homme? N'est-il pas juste que le corps mystique du Christ : l'Eglise, reçoive les emblèmes de Glorification, pAles et utiles figures de la transfiguration quelle attend?
Sous le rapport mystique, comme sous le rapport pratique, le symbolisme dont nous parlons a donc pour but d'honoi'cr, si je puis m'exprimer ainsi, les irradiations du Christ, qui se produisent, à divers degrés, dans l'Eglise. Le caractère du simple chrétien est déjà, suivant le mot de l'Apôtre, un sacerdoce royal ; de là des marques d'honneur qui lui correspondent. D'après les régies de la liturgie, le fidèle, pendant une grande partie de l'office divin, a droit de prier, non dans l'attitude de la prostration et de la pénitence, mais debout, parce que cette attitude est celle qui figure l'affranchissement et la résurrection. Des lévites y offrent l'encens au jieuple. Au-dessus du caractère de simj)le chrétien se trouve celui de prêtre, et en remontant la hiérarchie, celui d'évêque. Lors même qu'il ne serait pas socialement utile de les entourer de ces marques d'honneur, qui contribuent à imprimer le respect dans l'esprit des peuples, la vérité du symbolisme n'en exigerait pas moins que quelque chose de spécial correspondit à leur caractère, puisqu'il implique une plus grande participation au caractère même du Christ. Au-dessus de tous est placé
celui à qui le Christ a confié la plénitude de son sacerdoce et de sa puissance, qui est son vicaire^ qui est, comme tel, le plus haut type de l'homme réhal)ilité. Comment FEgiise, qui exprime cette foi dans sa langue parlée, ne lexprimerait-clle pas aussi dans sa langue symbolique? Ceux qui se plaisent à répéter des phrases banales contre les honneurs religieux rendus au Pape, sont en cela trop pauvres de pensées, ou trop riches en paroles. Ils sont pauvres de pensées^ s'ils attaquent ce symbolisme, abstraction faite des idées sur lescjuelles il repose. Que dirait-on d'un homme qui voudrait apprécier les témoignages de respect et damour dont un père est entouré dans sa famille, en faisant abstraction du droit divin de la paternité à être chérie et vénérée ? Ils sont trop riches en paroles si leurs attaques portent sur les idées elles-mêmes : qu'ils suppriment alors leurs déclamations superflues contre les formes, pour s'en prendre au fond. Cet ensemble de symboles, destinés à parler aux sens eux-mêmes, n'est que le relief des croyances. 11 constitue un système gradué, également logique dans toute ses parties, qui, ayant à sa base les honneurs rendus au caractère de simple chrétien, se trouve avoir, dans les glorieux emblèmes de la Papauté, son plus haut étage et son couronnement nécessaire. Dans l'ordre moral comme
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dans IVd'di'c pliysi(|uc, c'est sur la tèto surlout, qu'on place les insignes.
{Esquisse, ii, 3'f-40.)
Plusi(Hirs motifs ont vraisemblablement contribué à l'adoption de la tiare formée de trois couronnes. La théologie mystique eu suggérait ridée, comme l'histoire du culte hébraïque en fournissait le type : le souverain pontife de l'ancien peuple de Dieu portait, suivant le témoignage de l'historien Josèphe, une couronne triple. D'un autre côté, la prédilection de l'Eglise pour le nomljre ternaire parlait aussi en faveur de cet emblème. Dans l'ancienne mosaïque de Sainte-Agathe des Goths, saint Pierre était représenté avec trois tonsures, c'est-à-dire, suivant le langage ecclésiastique, trois couronnes cléricales. Elles avaient sans doute rapport au mystère de la Sainte Trinité. On peut croire que la pensée d'une corrélation semblable ne fut pas étrangère à la triple tiare. Mais la couronne simple et ensuite les deux couronnes ayant reçu un autre genre de signification comme emblème de dignité et de pouvoir, les trois couronnes doivent, à plus forte raison, offrir ce caractère. On a dit souvent qu'elles figurent les couronnes sacerdotale, impériale et royale. D'autres
LA DOCTUIMi iHli
ont cru (lue le pape porte ia tiare comme représentant du Christ ressuscité et triomphant, que saint Jean nous fait voir couronné de plusieurs diadèmes. Quoi qu il en soit de la justesse de ces explications, qui. du reste, pourraient être vraies toutes ensemble, une pensée commune se dégage de leur diversité : c'est que la tiare est autre chose que le symbole de la puissance temporelle. Bien que la simple couronne, à son origine, ait eu directement ce caractère, elle réfléchissait déjà, nous l'avons vu, le pouvoir religieux des F*apes. Cette signitication s'est produite plus distinctement dans la double couronne, la couronne ternaire la met en relief, de sorte que l'idée du pouvoir temporel des papes n"a qu une place restreinte et subordonnée dans le symbolisme agrandi de la tiare. La mitre demeure toujours, il est vrai, l'attribut propre des fonctions que le pontife accomplit à l'autel ou autour de l'autel ; mais la tiare participe à ce caractère religieux, (x n'est pas seulement en allant à l'église et en en revenant les jours de grandesfètes,qu il prend le diadème sacré : il le porte dans une des cérémonies les plus imposantes du culte : dans la bénédiction solennelle urbi et orbi, qu'il donne comme père commun des Chrétiens.
Je ferai, en passant, une remarque sur la formation progressive de ce symbolisme. Avant
l'époque où la triple couronne est définilivcment adoptée, elle j)araît plusieurs fois, d'autres fois elle semble s'éclipser. La double couronne ne naît pas non plus dans le siècle où elle prend possession de la publicité, où elle se reproduit sur les statues : elle s'est déjà montrée auparavant, laissant son empreinte dans quelques pages des annales contemporaines. Chei'chez ensuite à épier la naissance de la simple couronne. Vous pouvez marquer le siècle à partir duquel on voit 'se succéder sans interruption la cérémonie du couronnement des papes : mais vous en rencontrez deux ou trois fois la mention dans les documents antérieurs, et en remontant vers une époque plus lointaine certains indices vous la laissent entrevoir dans une sorte d'obscurité transparente, à travers le voile qui couvre sa première apparition. A chacune de ces époques, la solennité de l'usage est précédée par un temps de préparation, d'essai, de demi-jour dans l'histoire : l'usage ne survient pas, il arrive. C'est ainsi c{ue se forment tous les usages qui sont l'expression en quelque sorte attendue de sentiments généraux et d'idées préexistantes : au moment où ils se produisent avec éclat, ils semblent moins obéir à l'impulsion dune volonté des hommes, que répondre à un appel des choses.
Nous venons de suivre les développements de
la coiffure symbolique des Papes. Le point de départ est la lame d'or que les Apôtres ont portée sur leur front. Ce symbolisme s'est développé particulièrement dans le moyen âge : les emblèmes forment une écriture solennelle, que l'état des esprits et de la société rendait encore plus utile à cette époque qu'à toutes les autres. Les additions les plus significatives qui aient été faites à la couronne papale se sont produites, comme nous l'avons dit, dans les siècles où l'autorité des papes a été le plus violemment attaquée. Du temps de l'ancienne Rome, ce fut précisément sous le coup des plus grands revers, que le sénat donna les plus fiers témoignages de sa confiance dans les destinées de la république. Les papes ont fait de même : c'est aux époques où des pouvoirs ennemis se flattaient de forcer leur autorité à s'abaisser devant eux, captive et défaillante, c'est alors qu'ils en ont porté plus haut les insignes, pour signifier au monde leur foi dans l'immortalité de leur pouvoir. Ils ont répondu d'une autre manière aux prédictions sinistres du protestantisme naissant : la coupole de Saint-Pierre fut une immense tiare de granit, posée sur le Vatican.
{Esquisse, ii, o7-61.)
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Les idées mystiques sur les couleurs out fermenté dans le sein du Catholicisme jusqu'à ce quelles aient produit la combinaison remarquable que nous venons de signaler.
{Esquisse, ii, 4o.)
... Ces attributs n'ont pas sans doute été choisis en vue de cette corrélation ; elle s'est rencontrée naturellement par la simple végétation des idées chrétiennes, qui ont produit leurs formes symboliques. C'est pour cela que de pareilles harmonies ont quelque chose de plus beau encore et de plus profond, que si elles étaient le résultat d'une combinaison systématique.
{Esquisse, ii, 73.)
Les usages civils, transformés en usages relipeux, sont les 7nétaphores du symbolisme.
{Esquisse, ii, 86.)
Dans un temps où une foule d'hommes ne considèrent les choses élevées cjue parle côté le j)lus bas et le plus grossier, il convient de leur faire
remarquer comment les actes les plus matériels, regardés par un certain endroit, confinent à un ordre didées dans lequel s'ouvrent des échappées de vues vers de profonds mystères. S'il est permis d'appliquer à des faits une locution qu'on n'emploie que pour les personnes, ces usages pement plus de choses qu'ils ne semblent en dire.
[Esquisse, ii, 87.)
Cette raison est fondée sur la correspondance qui unit entre eux les trois genres de vie dont se compose l'existence de l'homme. 11 y a la vie animale, la vie civile, la vie religieuse. Que fait la vie civile ? Elle s'empare des éléments de la vie animale, pour leur imprimer son cachet propre. L'homme mange : elle lui fournit le banquet, lien de la famille et de la société. L'homme est organisé pour produire des sons : elle en fait le chant. 11 a besoin de vêtement : elle en fait le costume. Il a besoin d'abri : elle élève l'opération de la bâtisse à l'art de l'architecture. Passez en revue les objets et les instincts de la vie animale: vous verrez que la vie civile a trouvé moyen de les coordonner presque tous à quelque chose de supérieur à leur but propre : elle les rapporte à un but social. Que fait à son tour la
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vie religieuse? VMr piciid les sciiliniciits et les usages qui appartieiineiit à la vie civile, pour les appliquer à des objets sacrés. Llioiiinie plus ou moins civilisé allache du prix aux cendres des héros : elle lui donne des reliques. Il aime les portraits de famille : elle lui donne les images. Il aime les décorations de l'architecture: elle lui donne des temples splendides. 11 aime les réjouissances publiques, les marches triomphales : elle lui donne les processions. Il aime les réunions solennelles composées d'hommes de diflerentes nations : elle lui donne les jubilés. Et ainsi de suite. Elle fait, en un mot, pour la vie civile, ce que celle-ci fait à la vie animale. La vie civile socialise les éléments de la vie animale, la vie religieuse spiritualisme les éléments de la vie civile. Elle construit un monde dans lequel la plupart des instincts, auquel chacun des deux genres de vie inférieurs correspond, trouvent aussi à se satisfaire dans l'ordre supérieur. Par là l'homme, soulevé de terre, est emporté tout entier dans la sphère religieuse, et, pour me servir d'une expression que Bossue t a employée sur un autre sujet, la piété i'«, pour ainsi dire, avec la nature. Tel est le point de vue dans lequel je me place, pour rapporter à des idées générales les éléments matériels de la piété catholique.
{Esquisse, ii, 261-262.)