II. -APPLICATION
i; 1. — LE CL LIE DES SALNTS {Iiilro(hic/io7i ;ui Livre de Sainte Theudosie. L.vroiE III. :117 -321 ,
Lorsqu'on ouvre le grand recueil couiui sous le nom à' Actes des Saints, on est frappé tout dabord d'une chose qui forme un des traits distinctifs de cette immense biographie. L'histoire des saints a deux parties : l'une précède leur mort, l'autre la suit. (Jelle ci se compose de récita qui se rapportent soit aux diverses pha>es du culte séculaire que nous leur rendons, soit à ceS' bienfaits éclatants, manifestation sensii)le et intermittente des grâces continues et invisibles^ dont ils sont les distributeurs. Ce soutlss annales de cette société d'amour qui existe entre eux ei nous, et qui se produit par tous les points dejonction des deux mondes. Vous ne trouverez,, dans aucun autre recueil historique, rien d'analogue à cette seconde moitié de l'histoire des saints. C'est un de leurs privilèges, que cette vie terrestre qui recommence à la toml)e.
On (lit souvent (juo les izi'ands lioninics revivent dans leur renommée. Le lani^age humain, obligé (le chercher des (ours de phrases pour figurer des choses qui ne sont pas le néant et qui ne sont plus la vie, est plus porté à usurper des expressions trop l)elles, qu'à se résigner à des mots trop durs. Mais cette manière de parler n'a que la pompe et le vide d'une métap]iore,à moins qu'elle ne se réfère à un j)rincipe de vie que la gloire seule ne peut fournir. Les récits de l'histoire, consignés dans des livres, ou figurés par des monuments, ont pour ternie la mémoire ; et de toutes les facultés de l'àme humaine, la mémoire est précisément celle dont l'objet propre est l'opposé même de la vie. Elle est la faculté du passé, l'organe intellectuel de ce qui n'est plus. Lorsqu'on dit d un homme qu'il vit de ses souvenirs, c'est que son cœur leur donne ce cjue le souvenir n'a pas par lui-même, c'est qu'il mêle sa flamme à cette cendre, (l'est l'amour seul qui est le principe de vie. Si chacun de nous ne vit que par ce c[u'il aime, les morts ne vivent réellement avec nous que lorsque nous les aimons, que nous savons qu'ils nous aiment aussi, et surtout lorsque cet amour réciproque produit entre <'ux et nous des relations actives, remplaçant, sous une autre forme, celles qui ont passé, et ne passant pas comme elles.
LA DOCTKINE 291
Ce miracle de la vie doiitre-ionibe s'acconiplit-il pour les hommes qui ne sont que des . grands hommes? Avant qu'un peu de poussière se soit attaché aux lettres de leurs épitaphes, une génération nouvelle ne garde leur mémoire qu'en perdant leur amour. Les vers qui décomposent leurs restes dans leurs mausolées vont bien moins vite que ce qui ronge leurs noms dans les cœurs. Leur renonmiée, en prenant possession de l'empire du temps, fait ressortir leur impuissance à régner dans l'empire des âmes. On sent mieux leur pauvreté dans celui-ci, en les voyant si riches de gloire dans l'autre. Leur nom, cette chose si frêle, traverse les orages du monde pendant des milliers d'années, et le plus fort des sentiments humains ne résiste pas pour eux au souffle d'un demi-siècle.
La gloire des saints est au contraire le souvenir immortalisé par l'amour. Leur culte est la manifestation de ce phénomène unique en son genre. (>haque génération de chrétiens qui passe sur la terre se trouve dans une espèce de contact sympathique avec ces morts, avec ceux-là mêmes qui semblent le plus séparés d'elle par une longue suite de siècles et de tombes. Nous les visitons, nous les prions, nous conversons avec eux, nous collons nos lèvres sur leur poussière. Chaque matin réveille leurs noms dans nos
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[trières, dans nos (''f;lises. Les coniimiiiaiilés reliiiieuses, ces séminaires do sainteté étal)lis dans toutes les contrées du ,i:lol)c, ne lenninent leur repas, symbole de liinion fraternelle, qu'après y avoir rendu présentes ces chères âmes par la lecture du martyrologe, qu'après avoir demandé à ces convives surnaturels une part de cette nourriture et de ce breuvage invisibles qu'ils partagent avec les anges. Les chapelles des Catacombes, les basiliques romaines, les églises byzantines, les cathédrales gothiques ont répété, d'Age en âge, leurs noms avec des chants : c'est quelque chose, comme expression de l'amour, qu'une modulation qui aura bientôt deux mille ans. L'Eglise, dans sa tendresse pour eux, veille sur leurs châsses, comme une mère sur un berceau ; elle pourvoit à l'éternité de leurs reliques. Ouand la fin des tenqjs arrivera, les derniers chrétiens les baiseront parmi les ruines du monde. Mais quelque expressives que soient ces démonstrations, une pauvre femme, priant avec ferveur près d'un de leurs autels, en sait bien plus sur l'amitié qui nous unit aux saints, que nous n'en pouvons apprendre par toutes les magnificences du culte.
Aux rapports que nous établissons avec eux correspondent leurs communications avec nous. La piété obtient uar leur entremise des grâces
intérieures dont elle ne peut douter, et des consolations que doivent croire, sur son témoignage, ceux-lcà mômes qui ont le malheur de ne pas croire à la grâce. De temps en temps leur puissance auprès de Dieu et leur charité pour nous se manifestent par des signes surnaturels, visibles à nos yeux de chair et de sang. On peut les nier sans doute, car on peut tout nier, même Dieu. Des hommes qui conçoivent la croyance aux ta])les qui parlent, s'étonnent de la foi aux saints qui agissent. D'autres, réduisant à la mesure de leurs idées les mystères du monde humain, s'imaginent que la volonté de l'homme, qui se combine par en bas avec l'activité de la matière, ne peut pas se trouver en rapport par en haut avec une autre activité. Nous dirons seulement aux uns et aux autres que, s'ils prenaient la peine d'examiner sans prévention les faits surhumains où l'action des saints se produit, ce qui les étonnerait le plus ce serait leur assurance à les croire impossibles. Ils doivent regretter du moins d'être étrang-ers à cette foi si consolante. Grâce à elle, nous ne sommes pas, relativement à l'autre monde, ce que seraient, par rapport à la société terrestre, quelques hommes relégués dans une île lointaine, sans une ombre de relation avec leur patrie. Cette mer profonde, (ju'on appelle la mort, ne s'étend pas comme une bar-
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rière que nul message ne traverse. Nous entendons des voix sur l'autre bord : nous voyons les signaux des Ames qui y sont arrivées, nous sentons qu'elles viennent à notre secours, et que les fruits de vie qu'elles nous jettent tombent sur notre rivage. Y a-t-il lieu de s'étonner que Celui qui a ordonné à un tluide mystérieux de porter, en une seconde, d'un pôle à l'autre, des pensées et des volontés qui se rapportent aux intérêts passagers de la terre, ait su établir, sous les flots du temps, plus d'un fil merveilleux pour les communications instantanées entre les deux mondes? Tels sont les principes de cette société d'amour qui fait vivre les saints avec nous, et nous avec eux ; tels sont les éléments de la seconde partie de leur vie terrestre.