MARIE
[Keepsake religieux, 183o)
L'union de l'homme avec Dieu, voilà l'essence intime, voilà le commencement, le milieu et la fin de la religion. Cette union s'opère par deux voies : ou Dieu descend vers l'homme, ou il élève l'homme vers lui. La descente de Dieu dans l'humanité a son terme le plus sublime dans l'Incarnation. L'élévation de l'homme vers Dieu aboutit à l'apothéose. L'Incarnation s'est réahsée dans le Christ : l'apothéose s'accomplit dans les membres du Christ, dans les Saints, à la tête desquels apparaît Marie.
Marie est la femme complètement régénérée, l'Eve céleste, en qui l'Eve terresire et coupable s'est absorbée dans une transfiguration glorieuse. De cette apothéose de la femme date l'ère de son affranchissement.
On a remarqué avec raison que l'anathème originel a pesé plus particulièrement sur la femme, quoique pourtant Eve, en écoutant la parole de séduction, eût péché, dit saint Ambroise, bien
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moins pai- iiialicc de ((riii' (\uv }>ar luobililc d'cspi'il. Mais de scduilo, elle ('tait devenue séduch'ice. Elle avait introduit le mal dans le monde terrestre, en corrompant l'homme primoi'dial et universel, qui renfei'mait en soi tout le genre humain. L'antique idolâtrie naquit par elle : son impérieux caprice fut pour Adam une idole dont ■ il substitua le culte à l'adoration de la volonté divine, dans le sanctuaire de sa conscience. De là imc plus grande part, pour la femme, dans les souflfrances qui forment la longue pénitence de l'humanité. Pour s'être fait adorer par Thomme, elle devint son esclave, et, durant la période <r attente qui précéda l'apparition du Christ, la servitude publique et privée des femmes, servitude que l'opinion, la législation, les mœurs avaient impitoyablement scellée de leur triple sceau, fut généralement la pierre angulaire de ce que Ton appelait l'ordre social, comme elle continue à l'être dans toutes les contrées qui n'ont pas reçu encore la loi qui affranchit le monde.
Le Christianisme, cjui attac[ua radicalement l'esclavage par sa doctrine sur la fraternité divine de tous les hommes, combattit d'une manière spéciale l'esclavage des femmes par son dogme de la maternité divine de Marie. Comment les filles d'Eve auraient-elles pu rester esclaves de l'Adam déchu, depuis que l'Eve réhabilitée,
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la nouvelle Mcrc des vivans était devenue la reine des auges? Lorsque nous entrons dans ces chapelles de la Vierge, auxquelles la dévotion a donné une célébrité particulière, nous remarquons avec un pieux intérêt les ex-voto qu'y suspend la main d'une mère dont Tenfant a été guéri, ou celle du pauvre matelot sauvé du naufrage par la patronne des mariniers. Mais, aux yeux de la raison et de l'histoire, cjui voient dans le culte de Marie comme un temple idéal, <[ue le Catholicisme a construit pour tous les temps et pour tous les lieux, un ex-voto d'une signification plus haute, social, universel, y est attaché. L'homme avait fait peser un sceptre brutal sur la tête de sa compagne pendant quarante siècles. Il le déposa le jour où il s'agenouilla devant l'autel de Marie. 11 l'y déposa avec reconnaissance, car l'oppression de la femme était sa dégradation à lui-même ; il fut délivré de sa propre tyrannie .
La réhabilitation des femmes, liée si étroitement au culte de Marie, a des harmonies singulières et profondes avec les mystères c[ue ce culte renferme. Marie étant la femme typique dans l'ordre de la régénération, comme Eve avait été la femme typique dans l'ordre de la déchéance, ce qui s'est accompli dans Marie, avec le concours de sa volonté, pour la répara-
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tion (le la nalui'c hiiinaiiie, s'accomplit aussi, eu des proportions uKjiiis hautes, dans la régénération des femmes sous l'empire du Gliristianisme.
Le crime primitif avait été, sous une de ses faces, un crime d'orgueil. « Pourquoi Dieu vous a-t-il fait cette défense : — Si vous mangez de ce fruit, vous serez comme des dieux, sachant le bien et le mai ? » Il y eut alors une annonciation des mystères de mort, que l'ange de ténèbres voila sous la trompeuse promesse d'une renaissance divine, comme il y eut plus tard une annouciaiion du mystère de vie, faite à Marie par l'ange de lumière, mystère de vie divine, caché sous le voile d'un enfantement humain. L'orgueil d'Eve, qui s'était approprié la parole de révolte en y consentant, fut expié par la soumission infinie et Ihumilité suprême de la réponse de Marie : « Voici la servante du Seigneur qu'il me soit fait selon votre parole ».
Le crime primitif avait été, sous une autre face, un crime de volupté : car « la femme vit que cet arbre était bon pour la nourriture, beau à l'œil et d'un aspect délectable^ et elle prit son fruit » : paroles qui indiquent, de quelque manière qu'on les interprète, que l'attrait de ses sens prédomina, et iit passer l'esprit sous le joug du corps. Gomme le remède à l'orgueil est l'humble soumission, le remède à la volupté se
trouve dans la soutirauce volontaire. Mais la souti'rance douée de la plus grande vertu d'expiation, est la souffrance que la charité anime, la souti'rance d'autrui que la charité fait sienne pour la soulager. Marie expia la faute de la voluptueuse Eve par sa participation intime aux douleurs de l'humanité du Christ, et par là môme aux douleurs de l'humanité entière. Ce second acte d'expiation est représenté dans la fête de la compassion de la Vierge, comme le premier est représenté dans la fête de l'Annonciation.
L'expiation une fois accomplie, l'antique Eve est détruite, l'Eve nouvelle est formée. La déchéance fait place à la glorification, dont la fête de Tassomption de la Vierge est le monument et le symbole.
Ces trois fêtes reproduisent donc les trois momens fondamentaux, pendant lesquels s'est complétée, par le concours de la volonté humaine de Marie avec l'action divine, la formation de rÈve céleste, mère de la femme chrétienne. A ces momens typiques, correspondent les trois degrés, les trois phases solennelles de la réhabilitation des femmes. Cette réhabilitation a aussi, àsa manière, son annonciation, sa compassion, son assomption.
L'histoire remarque que, lorsque l'Evangile est annoncéàunpeuple, les femmesmontrenttoujours
une s\ iii[)allii(' |)arli(iili(''r(; pour la parole (l<; vie, et ([u'clles devancent liabituellcnient les hommes' par leur empressement divin à la recevoir et à la propager. On dirait que la docile réponse de Marie à Fange : « Voici la servante du Seif/new, » trouve dans leur ànie un écho jîIus retentissant. Ceci fut préfiguré, dès l'origine du Christianisme, dans la personne des saintes amies de la Vierge, qui, ayant devancé au tombeau du Sauvem^ le disciple bien-aimé lui-même, furent les premières à connaître la résurrection, et l'annoncèrent aux Apôtres. La mission des femmes a toujours été haute dans la prédication du Christianisme. Au commencement de toutes les grandes époques religieuses, on voit planer une forme mystérieuse, céleste^ sous la figure d'une sainte. Quand le Christianisme sortit des Catacombes, la mère de Constantin, flélène, donna à l'ancien monde romain la croix retrouvée, que Clotilde érigea bientôt sur le berceau français du monde moderne. L'Eglise doit, en grande partie, les plus beaux travaux de saint Jérôme à l'hospitalité que lui offrit sainte Paula dans sa paisible retraite de Palestine, où elle institua une académie chrétienne de dames romaines. Monique enfanta par ses prières le véritable Augustin. Dans le moyen âge, sainte Hildegarde, sainte Catherine de Sienne, sainte Thérèse, conservèrent, bien mieux que la plupart
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(les docteurs de leur temps, la tradition d'une philosophie mystique, si bonne au cœur, et si vivifiante, que, dans notre siècle, pins dune âme, desséchée par le doute, vient se retremper à cette source, et essaie de rentrer dans la vérité par l'amour.
La mission des femmes est moins, en général, d'expliquer la vérité, que de la faire sentir, ^[arie ne révéla pas le Verbe divin, mais elle l'enfanta par la vertu de l'Esprit-Saint. Ici on retrouve encore un type du ministère delà femme et du ministère de l'homme, dans la prédication de la vérité, qui n'est C{ue son annonciation perpétuée. Pour que la vérité sdnpare de nous, il faut d"a- Ijord quelle soit révélée à notre intelligence : c'est la fonction particulière de Ihomme, parce que la faculté rationnelle prédomine en lui. Et comme la raison qui éclaire tout homme venant en ce monde est ce qui dépend le moins des diversités intimes qui constituentchaque individualité, comme elle est le lien radical, commun, patent, de la société humaine, le ministère de Ihomme, dans renseignement de la vt'rité, est \\\\ ministère public (]ui sadiesse aux masses : à lui la chaire, la prédication dans l'église, la magistrature de la doctrine. Dans la femme prédomine la puissance affective ou le sentiment. Saint Paul semble le reconnaître lorsque, recomnian-
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<l;uit à deux l'opi'ises aux lionmics d aiuit-r leui'S fcmiUL's, comme le Christ a aimé sou Eglise, il croit iuutile de faire aux fcuimes uu précepte aualogue, et se borue à leur proscrire la souuussioii à leurs maris. Cette prédomiuauce du sentiment détermine la mission propre des femmes. Elle a pour ])ut de faire passer la vérilé dans le cœur, de la convertir en amour. Mais le sentiment ne s'enseigne pas, il sinsinue. L'amour, dans l'homme, comme dans Dieu même, ne naît point par voie de révélation, il procèdi^ par voie d'inspiration; et cette inspiration dépend de ce qu'il y a de plus intime dans l àmeà qui l'on veut faire aimer la vérité : elle dépend de ces nuances infiniment délicates, de ces mille circonstances presque imperceptibles de cet invisible réseau d'émotions, de souvenirs, de rêves, despérances, qui distinguent tout cœur de tout cœur. Voilà pourquoi la mission inspiratrice dévolue à la femme, est une mission privée. Elle s'accomplit particulièrement dans le sanctuaire de la société domestique, dans les confidences, dans l'etiusion des âmes, que provoque lintimité de la famille, et cette autre parenté qu'on appelle l'amitié, et l'infortune qui cherche des consolations secrètes comme ses plaintes. La prédication de la femme ne se propose point d'ébranler la nature humaine, mais de saisir chaque individualité dans le vif.
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Elle est moins retentissante, sans doute, mais •elle est plus pénétrante. La grande voix qui annonce la vérité à travers les siècles, se compose de deux voix ; à celle de Ihomme appartiennent les tons éclatants et majeurs, celle de la femme s'exhale en tons mineurs, voilés, onctueux, dont le silence ne laisserait à l'autre voix que la rudesse de la force. De leur union résulte la majestueuse et suave harmonie.
Que les femmes ne se plaignent point de leur part. Si elles ne sont pas chargées de diriger les hommes, elles sont chargées de former Fhomme, comme la remarqué le Platon chrétien :
« L'homme moral est peut-être formé à dix ans ; s'il ne l'a pas été sur les genoux de sa mère, ce sera toujours un grand malheur. Rien ne peut remplacer cette éducation. Si la mère surtout s'est fait une devoir d'imprimer profondément sur le front de son enfant le sceau divin, on peut être à peu près sur que la main du vice ne l'etl'acera jamais (1) ».
La réhabilitation des femmes, sous linfluonce du Christianisme, commence par les fonctions qu'elles ont à remplir dansl'annonciation delà vérité. Le second acte de cette réhabilitation consiste dans la charité avec laquelle elles s'associent,
(1) Soirées de Sainl-Pélershourr/.
' pour les adoucir, à toutes les soudraiice de Vliu- Hiaiiité : charit«Mjui a sou type pailiculicr dans la Compassion (\{' la Mriw; de doulciii-, debout au pied de la croix cl [)lcui'anf In jjortc clirélien, Klopslock, suppose quau inoiuentde la mort du (Ihrist^ les Ames d'Adam et d'Iive sonttii-ées des limbes et conduites sur le Calvaire pour y cou- "^^ tcmpler leur ouvrage. Tout n'est pas fiction dans cette belle idée. L'homme primitif l'ut représenté sur le Calvaire par saint Jean, l'apcMre futur de la charité, et par Là môme le premier-né du nouveau genre humain, créé par le (Christ ; l'^ve y comparut dans Marie. Mais saint Jean, délaissé par tous ses compagnons fugitifs, porta au pied de la croix une solitaire douleur d'homme. Il n'en fut pas ainsi pour Marie : elle y eut des compagnes, qui mirent en commun avec elle leurs larmes compatissantes . La première association de charité fut fondée par des femmes, sous l'inspiration des derniers soupirs du Rédempteur. On voit ici la figure prophétique d'un fait qui s'est produit dans tous les siècles de l'ère chrétienne. Le nombre des femmes a toujours sur passé notablement celui des hommes, dans toutes les couvres de miséricorde et de dévouement. Il semble qu'elle ont recueilli une plus grande abondance de compassion, avec les larmes des saintes femmes du Calvaire : les hommes n'ont
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hérité que des larmes uniques de saint Jean. Jene peux pas dérouler ici le tableau qui s'ofTre à ma pensée : car l'histoire de la charité est une grande histoire, et je m'étonne que ce soit précisément la seule peut-être qu'on ait oublié de faire. Je me renfermerai dans une seule observation. Le Catholicisme a produit, avec une inépuisable fécondité, des congrégations religieuses. de femmes, dévouées au soulag'ement de toutesles misères. Ces sociétés de sacrifice, qui disent à la pauvreté : Vous êtes notre fille ; et à toutes les souffrances : Vous êtes nos sœurs, sont la postérité spirituelle de Marie. Toutes l'ont pour patronne, toutes se proposent l'imitation de ses vertus ; et, en effet, leur dévouement absolu n'est possible que par les croyances qui servent debase au culte delà Vierge. Comment, on ne saurait trop le répéter, comment ces admirfrtTles> femmes pourraient-elles se consacrer à tous les instans, et sans réserve, à leurs œuvres de charité ; comment pourraient-elles user leur vie dans leurs souffrances adoptives, si, épouses et mères, elles étaient tenues par devoir de se consacrer principalement à leurs familles ? Mais levœu de virginité, cette charte divine, qui leur garantit la plus haute de toutes les libertés : la liberté du dévouement, se rattache éminemment à l'apothéose de la virginité dans la mère de
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rHomme-Dicu. Dans l'hymne que 1 on chante, le Vendredi-Saint, autour du tonil)eau du (Christ, FKglise dit à Marie : « 0 Vierge, la plus brillante des vierges, ne me soyez plus amère » . Que vat-elledonc lui demander ? Quelque grande grâce, sans doute, puisque sa supplication sinsinue [)ar des louanges, j'ai presque dit par une pieuse flatterie. Cette grande faveur, la voici : « Faites, dh-clie, que je pleure avec vous ». Ce mot est gravé dans le cœur des héroïnes de la charité chrétienne. Si elles sont toujours prêtes à consoler ceux qui souffrent, c'est qu'elles ont su se priver elles-mêmes de presque toutes les consolations terrestres ; elles ne sauraient pas pleurer si bien avec tous les malheureux, si elles n'avaient appris à pleurer avec la Vierge.
Compagne et image de Ihomme dans le ministère de la vérité, guide et modèle de l'homme dans le ministère de la charité, voilà la femme telle que le Christianisme l'a faite : voilà les deux bases de sa glorification, même terrestre. Car le mystère de l'Assomption s'ojîère déjà en elle, à quelques égards, sur la terre, et il suffit, pour s'en convaincre, de comparer l'état d'abjection, de captivité physique et morale auquel elle était réduite chez les peuples les plus brillans et aux époques les plus renommées de l'ancien monde, à la transfiguration merveilleuse qu'elle
doit au Christianisme. Dans lassomption de la Vierge, le caractère de son îime céleste produisit une transformation dans son enveloppe corporelle qui revêtit les qualités des corps glorieux : l'incorruptibilité, l'éclat, l'agilité. Ce changement ne s'accomplira réellement, pour les filles de Marie, qu'au jour de la résurrection ; mais il commence déjà à se réfléchir dans leur condition sociale, qui est comme le corps, l'enveloppe de leur vie spirituelle.
Le Christianisme a établi l'incorruptibilité de la femme, en frappant de réprobation la pensée de l'adultère, l'usage de la polygamie, qui n'est que l'adultère légal, et la trompeuse faculté du divorce, qui n'est que la polygamie successive. La sainteté, l'unité, l'indissolubilité du mariage, élevé, suivant une expression heureusement vulgaire, à la dignité de sacrement, pouvaient seules prévenir efficacement le retour des mœurs païennes, auxquelles l'Eglise oppose d'ailleurs une foule d'obstacles par les dispositions vigilantes de sa législation matrimoniale, qui ont presque toutes pour objet la protection morale de la femme. D'un autre côté, la foi catholique lie, particulièrement ici, les plus petits détails de la morale positive et pratique, aux idées les plus élevées. Le mariage chrétien n'est pas seulement une image
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de 1 union (lu (llirisl avec son I']glisc. Cette union mystique étant olle-niênie une image de l'éternelle union des Personnes IJivines, suivant cette parole du Verbe fait chaiv. Qii ils soient i(?i, comme nous S07n7nes im, de degré en degré la sainteté du mariage remonte et va chercher sa source dans les splendeurs mystérieuses du Saint des saints. De là descend aussi cette auréole de respect et d'honneur, dont la femme est entourée cliez les nations chrétiennes : auréole qui est comme une oml)re terrestre du vêtement de lumière et de gloire qui enveloppa le corps virginal de Marie. Le troisième attribut des corps régénérés : l'agilité, qui est un plus g"rand affranchissement des lois de la matière, ou la liberté de se transporter dans l'espace au g^ré des désirs de l'àme, a son prélude, sur la terre, dans la liberté que les mœurs chrétiennes accordent aux femmes, et qu'elles seules leur accordent ; car cette liberté, qui nous paraît si naturelle, est, aux yeux de peuples étrangers à lEvangile, un prodige aussi étonnant que le phénomène de la glace l'est pour les habitants de la zone torride. Les trois phases de la réhabilitation des femmes correspondent, d'une manière plus intime, aux mystères les plus hauts. En concourant, avec l'homme, à la propagation de la vérité, elles sont unies au Verbe divin, lumière de toute
intelligence. Elles participent à l'Esprit Consolateur, à l'Esprit d'Amour, par la charité avec laquelle elles s'emparent du sublime monopole de toutes les soufïrances à soulager ; et le haut degré de puissance et de liberté, qui caractérise leur assomption terrestre, est un don du Père, de qui toute puissance émane dans le ciel et sur la terre. C'est ainsi que le Christianisme forme, avec les ruines de l'état primitif brisé par le péché, une nouvelle Eve; et, quoique sa régénération radicale ne s'accomplisse pas en ce monde, il lui rend déjà quelque chose de l'Eden évanoui. Cette réhabilitation, que des liens étroits rattachent, comme nous l'avons vu, au culte de la Vierge, fut menacée, dans les premiers siècles du Christianisme, par ces sectes qui disputèrent à Marie son titre de Mère de Dieu. Un concile universel s'assembla pour le lui conserver. Si la question agitée alors tenait, sous le rapport le plus fondamental, au mystère de l'Incarnation du Verbe, elle tenait aussi, sous un rapport suiDordonné, au miracle social de la condition des femmes chrétiennes. Le caractère divin dont le Christianisme a marqué leur front, se fût obscurci le jour où le nom de la Mère de Dieu eût été effacé du symbole . L'Etoile du matin n'aurait pu s'éclipser sans projeter à jamais une ombre fatale sur leur destinée.
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Leur sort courut de grands d<angers dans le moyen Age, à l'époque des croisades. L'Europe armée, qui partait pour l'Asie, allait y assister au spectacle des mœurs musulmanes et de la religion des sens. Il était à craindre qu'elle ne ne fût vaincue par elles, même au sein de ses victoires. Elle pouvait en rapporter d'étranges idées, et des tentations inconnues et menaçantes. Ce fut précisément à cette époque que la dévotion à la Vierge se ranima avec une nouvelle ferveur, et il y eut en cela un t'ait clairement providentiel. Le grand homme de ce siècle, celui dont la voix tonnante précipitait les populations vers la Syrie, trouva dés accens d'une inexprimable douceur pour célébrer Marie, et des milliers d'àmes répondirent à la parole persuasive, on pourrait dire aux chants mystiques de saint Bernard : comme si une lumière supérieure lui eût révélé qu'au moment où la Chrétienté allait se trouver exposée à la fascination du vieux Serpent oriental, il fallait en toute hâte réveiller l'enthousiasme pour la Vierge divine cjui Fa terrassé, et opposer à l'impure séduction la chaste magie de son culte.
De nos jours, il a été prononcé à l'oreille des femmes quelcj[ues-uns de ces mots qu'Eve entendit, lorsque Satan lui jura cfu'elle était la femme libre. On leur a dit que la science du
bien et du mal allait enfin leur être révélée, que l'imitation des brutes renfermait pour elles le secret de se transformer en dieux. On leur a promis, dans un Eden futur, une apothéose iufernale. Ces coupables extravagances n'ont pas exercé une grande puissance de séduction. Les femmes ont compris les premières où cela menait. Elles ont compris, avec cette intelligence du cœur qui devance les procédés moins rapides du raisonnement, que tout progrès réel n'est possible que dans la route tracée par le Christianisme ; que leur avenir, s'il s'égarait loin de cette route, ne serait qu'une marche rétrograde, non pas seulement vers les mœurs païennes, mais vers quelque chose de pis; qu'il n'y a pour elles que déception, servitude, chute, hors des mystères à la fois sévères et doux qui leur donnent Marie pour mère .
0 Marie ! ces lignes que je viens d'écrire le jour de votre Conception Immaculée, je vous les offre, et pourtant je vous prie de me les pardonner ! Je sens que votre culte renferme des merveilles plus divines que celles que ma plume grossière a voulu retracer. Je n'ai contemplé que le côté inférieur, les effets terrestres de ce culte ; mais son côté suprême, celui qui touche aux secrets du ciel, je l'ai laissé dans l'ombre de mon ignorance. 0 mère des hommes! vous êtes,