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vie, plus fort dans le centre que partout ailleurs, doit y produire un ensemble de monuments et d'institutions qui indiquent à ceux qui savent les interpréter, que là se trouvent les foyers paternels de la Chrétienté, le chef-lieu de cette patrie dans laquelle tous les peuples sont appelés à ne former fju'uu seul peuple .
Or la vie chrétienne a ses racines dans une réunion de sentiments et de vérités qui se rattachent à trois genres de monuments : le tombeau, le temple, la chaire pastorale. Le Christianisme promet à l'homme la transfiguration de la mort par la résurrection : de là le culte des tombeaux. Pour atteindre le but suprême, l'homme a besoin de mettre sa faiblesse en communication avec les forces divines que l'on acc£uiert par la prière et les sacrements : de là le temple. Mais le culte doit être réglé d'après les enseignements de la foi : de là le gouvernement spirituel, dont la chaire pastorale est remblème. Sous ces trois rapports, Rome présente une réunion de faits très caractéristiques.
{Esquisse, ], 87-88.)
Si l'aspect monumental d'une cité chrétienne peut aider à reconnaître le lieu oîi les forces vitales du Christianisme sont concentrées au plus haut degré, il ne serait guère possible de trouver à
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cet égard un caractère plus frappant que celui d'une ville qui est visiblement, par ses diverses liturgies, la plus grande chaire pastorale ; par ses reliques, le plus grand tombeau chrétien ; par ses églises, le plus grand temple.
{Esquisse i, 145.) * »
La piété a autant de stations dans Rome, que le soleil en a dans le ciel. Chacune d'elles étant l'expression monumentale de quelque mystère de la foi, ou de quelques grands exemples de vertus tirés de la vie des saints, il en résulte que, si on pouvait les embrasser d'un coup d'œil en les classant par la pensée suivant les diverses parties de la théolog-ie dogmatique et morale auxquelles ils correspondent, on aurait sous les yeux le plan de la religion tout entière en relief. Quels que soient, sous le rapport de l'art, les défauts qu'on peut y remarquer, leur ensemble, comme monument du monde invisible, est le plus complet que l'architecture chrétienne
ait produit.
{Esquisse. I, 109.)
Ceci nous conduit aux nouveaux points de vue sous lesquels nous voulions considérer les monuments de Rome chrétienne. Nous y avons étudié jusqu'ici, sous certains rapports généraux, les
caractères cruiiité, de perpétuité, d'universalité^ qui constituent la forme essentielle de l'Eglise catholique, qui marquent les contours de la cité de Dieu, et qui la distinguent déjà de tout ce qui n'est pas elle. Mais, pour embrasser son plan, il ne suffit pas de remarquer les lignes extérieures de sa divine architecture, il faut aussi examiner son organisation intérieure. Celle-ci comprend d'abord une puissance ou paternité suprême ; secondement, une tradition d'enseignement qui perpétue les clartés primitives de sa révélation ; troisièmement, une effusion d'amour qui descend de la croix. Plusieurs des observations que nous avons développées précédemment, se rapportent déjà à ces trois aspects, comme plusieurs des choses dont nous avons à parler rentrent dans les points de vue précédents : car, dans une pareille matière, les signes se croisent souvent^ et parfois se confondent : l'unité du fond reparaît constamment dans la multiplicité des formes, et l'écrivain, embarrassé dans ses distinctions, se trouble de ce qui fait l'harmonie même du sujet qu'il traite. Résigné à ce magnifique inconvénient, nous allons chercher toutefois à faire ressortir chacun des trois aspects que nous venons d'indiquer.
(Esquisse, ii, 4.)
Toutes les nations chrétiennes doivent du moins une pieuse reconnaissance à cette antique Rome, qui nous a conservé les plus vieilles archives de la foi. Cette ville est le grand bibliothécaire de la Chrétienté. D'autres villes peuvent cultiver avec plus d'éclat les sciences qui ont pour objet direct les jouissances et la parure de la vie terrestre : son privilège, à elle, c'est que le dépôt des origines saintes lui ait été confié par la P^o^ddence C'est elle qui a reçu la mission de veiller sur lui avec amour, qui l'ouvre aux générations successives, qui l'illustre par les travaux de ses savants. Telle devait être, en effet, une des plus émineutes fonctions d'une ville destinée à être le centre du Christianisme. 11 fallait qu'elle gardât, plus qu'aucune autre, la vive empreinte des clartés primitives de la Révélation, qu'elle les réfléchit dans ses antiquités les plus hautes, voisines du temps où l'astre divin s'est levé : pareille à une montagne qui, laissant les élégances humaines aux villas de la prairie, couronne chaque jour son austère sommet des premiers rayons du soleil de Dieu.
{Esquisse, ii, 258-259.)
Au milieu des monuments que Rome chrétienne a produits de siècle en siècle, s'élève une
institution toujours ancienne et toujours jeune, qui a présidé à leur construction à chaque époque, qui a pourvu à leur entretien ou à leurs réparations, qui v<'ille avec piété sur les débris de ceux qui ne sont plus, qui en fait surgir de nouveaux, qui a été, en un mot, soit directement, soit par l'impulsion qu'elle a donnée, le principe générateur de la cité monumentale : cette* institution, c'est la Papauté. Je ne dois pas étudier ici théologiquement son caractère et son origine dans les Livres saints, je ne puis y toucher qu'au degré où quelque chose de son essence spirituelle s'empreint dans ses formes matérielles et palpables. Considérée dans ses attributs extérieurs, la Papauté est, en effet, comme un monument vivant, qui contient Vesprit des monuments d'airain ou de marbre. Son nom, la ville où elle a été installée originairement et à perpétuité, la demeure qu'elle y habite, le costume qu'elle porte, ses insignes, les hommages dont elle est entourée, les fonctions spéciales qu'elle exerce dans les cérémonies du culte, révèlent la nature de la Papauté au moins aussi bien que la forme; d'une basilique met en relief l'idée dont elle est l'emblème. Leur signification, sous plusieurs rapports, est assez claire, même pour la foule; mais elle a aussi son côté profond, qu'on ne peut bien saisir sans quelques études préalables. Ces
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divers signes forment, par leur réunion, une espèce d'hiéroglyphe moitié transparent, moitié voilé, et dans lequel chaque forme, tout en conservant la nuance de signification propre, concourt à exprimer une idée générale qui leur est commune. C'est en elle que viennent se concentrer toutes les raisons des attributs extérieurs de la i^apauté. Je n'hésite pas à entrer ici dans quelques explications un peu longues. Un ouvrage purement descriptif ne les admettrait pas. Mais dans un livre où il s'agit surtout de remonter, à travers les choses visibles, jusqu'à Vidée de l\ome, on me permettra d'approfondir un peu l'idée de la Papauté.
{Esqtiisse, u, 5, 6-7.)
B. La Musaique de Sainte- Marie-Majeure
Le Pélagianisme et la Manichéisme avaient suivi chacun une route d'erreurs, séparée de celle que l'Arianisme avait ouverte à l'hétérodoxie. D'autres hérésies ne tardèrent pas à marcher sur ses traces. Sans détruire, comme l'avait fait Arius, le dogme de la Trinité, Nestorius attaqua celui de l'Incarnation, en supposant dans le
Christ, outre la personne du Verbe divin, une personne humaine, de sorte que la Divinité et l'humanité n'auraient été unies en lui que moralement, suivant le genre d'union qui existe entre elles dans tout homme juste. Peu de temps après que cette hérésie eut été condamnée dans le concile général d'Ephèse, le pape Sixte III fit exécuter une mosaïque dans l'église de Sainte-Marie- Majeure, comme monument du dogme qui venait d'être proclamé solennellement. Parmi les anciennes mosaïques qui subsistent encore, celle-ci est la plus considérable. Elle embrasse tout le tour de la nef principale. Quatre ou cinq des tableaux qui forment une galerie le long de la frise ont été supprimés lorsqu'on a construit les deux arcades latérales qui conduisent aux chapelles Sixtine et Pauline. Peut-être étaient-ils déjà à peu près entièrement usés par le temps, comme l'étaient quelques autres tableaux de la même galerie, qu'on a remplacés par des fresques. Cette longue série de peintures n'offre que des sujets de l'Ancien Testament; ils sont pris dans l'histoire d'Abraham, de Jacob, de Joseph, de Moïse et de Josué, figures du Sauveur. Ces tableaux n'ont pas de rapport direct aux événements religieux de l'époque où ils ont été faits; mais toutefois ils se coordonnent, d'une manière remarquable, à la pensée dogmatique qui a pré-
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sidé à ce monument. Disposés des deux côtés de la grande nef, ils forment comme une avenue, qui conduit aux tableaux évangélicjues réunis à lextrémité de cette nef, sur l'arcade, en avant du chœur, de même que les faits des patriarches ont été une préparation, une avenue mystérieuse qui devait aboutir à la vie de THomme-Dieu. Par cet arrangement des tableaux, la mosaïque de Sixte III reproduit, dans l'espace, Tordre suivant lequel les conseils de Dieu se sont accomplis dans le temps. Cet exemple nous indique une régie d'art chrétien, qu'on devrait bien ne pas négliger, toutes les fois c[ue quelc[ue raison particulière ne s'oppose pas à son observation. La place la plus naturelle des peintures et des sculptures qui se rapportent à l'Ancien Testament est à l'entrée du temple et le long de la nef: les sujets représentés dans la partie la plus sacrée du temple, doivent être choisis de préférence dans les livres évangéliques. Il y a ainsi harmonie entre l'ordonnance des tableaux, des statues, et le caractère symbolicjue de l'architecture chrétienne^ qui figure, par l'avenue de la nef et par le sanctuaire, où les mystères se consomment, les deux parties du plan divin, la préparation des choses et leur accomplissement. Cette règle, exprimée dans la mosaïque de Sainte- Marie-Majeure, se fait aussi remarquer dans
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(V autres éelisos, notamment dans Tég lise-mère : celle (le Saint-Jean de Latran.
Les tableaux qui ont un rapport particulier avec le dogme promulg'ué dans le concile d'Ephèse contre Nestorius, se trouvent à l'endroit que nous avons indiqué tout à l'heure, au sommet de l'arcade ou arc de triomphe, placé sur les limites de la nef et du sanctuaire. Les chrétiens avaient transporté dans l'intérieur de leurs temples cette forme empruntée à l'architecture militaire. On y représentait le Sauveur, l'étendard de la Croix, les saints qui avaient combattu sous ce drapeau divin, et les divers symboles de la grande et pacifique victoire sur le mal. Les arcs de triomphe de Rome païenne avaient été érigés par ceux qui obéissaient, en l'honneur de ceux qui commandaient, et les titres les plus fastueux y étaient prodigués aux maîtres du monde. Le pontife chrétien, qui savait qu'il était le premier, no7i pour être servi, mais pour servir, dédia le sien à la communauté dont il était le père : il y fit mettre cette inscription que nous lisons encore aujourd'hui, et qui est si expressive dans sa simplicité : Sixte, évêque, au peuple de Dieu (1).
Au milieu de cet arc de triomphe, dans un
(1) Sixtus episcopus plebi Dei.
cadre circulaire, il y a un autel, adossé à un trône. Sur la table de l'autel est placé le livre divin, fermé par sept sceaux suivant la figure de l'Apocalypse, afin d'indiquer que le sujet du tableau est un mystère de la foi. Au-dessus de l'autel paraît une petite croix, qui n'a rien d'éclatant; elle est peinte en noir. Plus haut, une grande croix, ornée de pierreries, s'élève sur le trône, qui offre le même genre d'ornement. La croix petite et obscure, attachée à l'autel du sacrifice, est l'emblème de l'humanité dont le Verbe divin s'est revêtu pour souffrir en elle. La croix haute, brillante, glorifiée sur un trône signe de la souveraine puissance, est l'emblème de la Divinité. Jusqu'ici le symbolisme de ce tableau ne nous offre que le dogme des deux natures : mais l'erreur de Nestorius consistait spécialement à nier leur union personnelle dans le Christ. Est-il à croire qu'on ait omis d'introduire, dans ce tableau symbolique, quelques particularités qui se rapportassent spécialement à l'expression du dogme qui venait d'être proclamé contre Nestorius? Regardons bien, nous pourrons les y découvrir. La petite croix obscure est surmontée d'une couronne de pierreries, qui touche au pied de la grande croix. D'un autre côté la grande croix, toute resplendissante qu'elle est, oô're un symbole de douleur et de mort : on voit derrière
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à moitié de sa hauteur, une espèce de drap, ({ui doit être le linceul du Christ enseveli, de même que la petite croix est peinte sur un voile, qui figure vraisemblablement le saint suaire. Ainsi la croix qui représente la nature divine, supporte des attributs d'infirmité et de mortalité; la croix qui représente la nature humaine, participe aux attributs de gloire et de puissance. Cette communication des attributs n'est-elle pas une manière très ingénieuse de signifier que les deux natures sont tellement unies dans le Christ, qu'on doit affirmer de lui les propriétés de chacune d'elles, qu'on doit dire à la fois qu'il est infini et fini, qu'il est éternel et qu'il est mort ; en un mot qu'il est Dieu et homme ; ce qui exprime précisément le dogme de l'union personnelle que Nestorius avait nié, et que le concile général d'Ephèse venait de définir. Aucun renseignement historique ne nous certifie que cette explication donne la clef du symbolisme de ce tableau central de la mosaïque. Mais il est difficile d'en imaginer une autre, si l'on fait attention au but spécial de ce monument. Nous regrettons que Ciampini, qui s'en est occupé, se soit à peu près borné, sauf ses remarques sur la signification du drap et du voile, à énumérer les parties du tableau sans chercher la pensée qui coordonne les divers traits de ce symbolisme au dogme que Sixte III
voulait exprimer. Ne pouvant invoquer le suffrage d'un savant aussi distingué en faveur de cette interprétation, nous ne faisons que la soumettre au jugement des hommes compétents.
A côté de ce tableau central se trouvent deux séries de tableaux, l'une à droite, l'autre à gauche. Elles sont divisées en cinq zones. Les trois premières, à partir de haut en bas, renferment des sujets historiques, pris dans le Nouveau Testament. La quatrième est à la fois topographique et symbolique : elle représente Bethléem et Jérusalem. Ces lieux, consacrés par l'œuvre de la Rédemption, sont aussi l'emblème de l'Eglise comme les agneaux, figurés dans la cinquième zone , qui est purement symbolique, sont l'emblème des fidèles.
La distribution des tableaux historiques offre une combinaison qui mérite d'être remarquée : elle résout une difficulté artistique qui se rencontre quelquefois dans les œuvres comprenant plusieurs sujets distincts et analogues. Un ensemble de tableaux tirés de l'histoire demande que l'ordre chronologique y soit marqué par leur position respective. Mais des tableaux dont les sujets appartiennent à l'Evangile ne représentent pas simplement des faits, ils expriment en même temps des vérités dogmatiques ou morales : il est à désirer qu'un autre ordre y soit marqué aussi,
lorsque cela est possible : un ordre en quelque sorte doctrinal, qui reproduise, dans l'arrangement des tableaux, quelques-uns des rapports existants entre les vérités elles-mêmes. La distribution la meilleure est donc celle qui fait ressortir à la fois la suite des faits comme une narration, et l'analogie des idées comme un discours. On conçoit qu'il peut être souvent très difficile de faire cadrer ensemble l'ordre chronologique et l'ordre doctrinal. Voici comment cette difficulté a été résolue dans la mosaïque de l'arc triomphal de Sainte-Marie-Majeure, L'ordre chronologique s'observe dans la direction perpendiculaire des tableaux, en suivant de haut en bas la série à gauche d'abord, puis la série à droite : vous avez ainsi successivement l'Annonciation, l'Adoration des mages, le Massacre des innocents, la Présentation au temple, Jésus au milieu des docteurs, et la Mort de saint Jean-Baptiste . L'ordre doctrinal est exprimé par la correspondance horizontale des tableaux : ceux de gauche et de droite, qui appartiennent à la même zone, se rapportent à une même idée. Dans la première zone, l'Annonciation et la Présentation au temple énoncent le dogme du Verbe incarné et rédempteur; dans la seconde, F Adoration des mages et la gloire de l'Enfant-Jésus au milieu des Docteurs sont spécialement relatives à la manifestation de
ce dogme; enfin, dans la troisième zone, le Massacre des innocents et la mort de saint Jean- Baptiste expriment la confession de ce dogme par le martyre. La réunion de ces peintures forme donc, à cet égard, une espèce de discours divisé en trois parties, qui expose le mystère objet de la foi, les signes qui prouvent cette foi, et, comme conclusion pratique, l'obligation de rendre témoignage à cette foi, même au prix du sang. C'est ainsi que l'ordre didactique ou doctrinal s'adapte à l'ordre chronologique, par la combinaison de la direction horizontale des tableaux avec leur direction perpendiculaire. L'artiste s'était préoccupé en cela d'une pensée qui n'inquiète guère beaucoup de peintres modernes, chargés d'exécuter des œuvres plus ou moins analogues. Ce n'est pourtant pas une chose indifférente dans une grande composition religieuse, que de chercher à y exprimer, par la distribution même des tableaux, ce double rapport des faits et des idées; et, au lieu de se mettre fort à l'aise, en laissant à l'écart cette difficulté, ils feraient mieux, je crois, de consulter, sur la manière de la résoudre, cette vieille mosaïque du v® siècle. Nous devons maintenant y remarquer certains détails, particulièrement dirigés contre l'hérésie que le concile d'Ephèse venait d'anathématiser Dans le tableau de l'Annonciation, il y a d'abord
un groupe qui se rapporte (\ la nativité de saint Jean- Baptiste. Près de Fautel de rencensenient, figuré par le tabernacle, Zacharie est debout en face de deux anges, dont l'un lui prédit la naissance de son fils» Cette partie du tableau n'est pas seulement le préambule de celle qui représente l'Annonciation, elle sert aussi à faire ressortir ce que cette seconde partie a de distinctif. Dans celle-ci, l'archange Gabriel est peint deux fois : d'abord descendant du ciel, et ensuite parlant à Marie, Accompagnée de deux autres anges, qui se tiennent derrière elle, la Vierge est assise : elle ne se lève pas même devant l'Archange. La colombe de l'Esprit-Saint plane sur sa tête. Ces particularités, comparées à celles du groupe de Zacharie, indiquent qu'il s'agit ici d'une naissance supérieure à celle de saint Jean; et comme celuici a été saiictilié dans le sein de sa mère, et qu'aucun homme n'est plus grand, ce tableau signifie par là-même que dans l'enfant de la Vierge la divinité et l'humanité sont unies d'une manière plus excellente et plus intime qu'elles ne le sont dans l'homme le plus juste par l'effet de la grâce. Ciampini fait remarquer un trait qui montre l'attention de l'artiste à introduire des détails symboliques. La porte de la chambre de la sainte Vierge est fermée par une grille : ce qui dénote à la fois la nature immatérielle de l'ar-
change qui est entré dans cette chambre, et rinviolable virgmité de Marie, par allusion à ce titre de poj'te fermée que l'Eglise lui donne d'après la prophétie d'Ezéchiel.
Le tableau de l'Adoration des mages est également conçu de manière à protester contre 1 hérésie nestorienne. Pour atteindre ce but, l'artiste s'est moins attaché à la réalité historique qu'au fond du mystère. L'Enfant- Jésus n'est pas couché dans une crèche : le siège sur lequel il est placé a un marchepied ; il ressemble moins à un lit qu'à un trône, et le divin nouveau-né s'y tient par sa propre force, sans être soutenu par sa mère, pour marquer son origine surhumaine. C'est aussi pour la même raison que, dans le tableau qui lereprésente au milieu des Docteurs, il est couronné d'un diadème où l'on voit le symbole de deux croix, grande et petite, dont nous avons indiqué pi-écédemment la signification.
Cette mosaïque offre donc un triple intérêt : comme expression du dogme par la peinture, comme sujet d'études par rapport au symbolisme chrétien, et comme œuvre très ancienne. A la hauteur où elle est située, on en distingue mal quelques parties. Les couleurs ont perdu de leur éclat, l'arc de triomphe est un peu dans l'ombre; mais si l'on connaît d'avance l'explication, les lignes s'arrangent, l'intelligence éclaire les
regards. Le moment le plus opportun pour bien voir cette vénérable peinture, est celui-là même que la piété choisirait de préférence pour en faire un sujet de méditation. Dans la nuit de Noël, Sainte-Marie-Majeure, qui est l'église de la crèche, se pare de mille flambeaux : des torrents de lumière se répandent sur cette mosaïque obscurcie par les siècles. En redevenant plus visible, elle semble se rapprocher et descendre, pour mieux prendre part à la fête, en même temps que des chants, admirablement appropriés au caractère de la solennité, prêtent, pour ainsi dire, une voix à cet arc de triomphe, qui est la glorification d'une étable. Sa place a été bien choisie. Le concile d'Ephèse, en définissant le mystère de l'Incarnation, avait prononcé, contre les erreurs de Nestorius, que le titre de Mère de Dieu doit être donné à Marie. Sixte III a rendu hommage à ce dogme, par le lieu même où il a fait exécuter Toeuvre d'architecture et de peinture qu'il a offerte au peuple chrétien; il a voulu que le monument annonçant la victoire de la foi au Verbe incarné, fût érigé dans la plus belle des basiliques que la piété des premiers siècles ait dédiées à la Vierge.
(Esquisse, i, 385-395.)
§ V. — LE SYLLABUS {Mandemenis et Instructions, u, 89-108.)
En rédigeant ce triste résumé, nous avons cru devoir joindre aux erreurs du moment quelques autres doctrines contemporaines d'une date moins récente. Quoiqu'elles n'aient pas un rapport immédiat aux événements que toute l'Eglise déplore, elles sont solidaires des erreurs actuelles, soit parce qu'elles les contenaient en germe, soit parce qu'elles ont produit dans les idées un ébranlement favorable à des aberrations de tout genre.
Les propositions que nous avons le plus remarquées sont les suivantes :