‹ GerbetChapitre 5 sur 49 · GliltlîKT · texte numérisé non relu

GliltlîKT

ci'nol.ipho, un si-pulciv; vide. I . cou lient les vénérables arcliives du gouvoincnicnt de la |)i()vidence. 11 l'aut l'aire péniMier à travers les nuages de i\jl)scur avenir les leçons de l'expérience, non point de celte expérience d. )niestique ou nationale qui n'éclaire (\nc le foyer paternel ou le toit de la cité, mais de la vieille expérience du genre humain tout enlier (l). » Non contente de faire pénétrer jusque dans Vo/jscur avenir les leçons de la vieille expérience du genre humain., la philosophie de riiistoire a une haute mission à remplir dans le présent :

« Elle vous apprendra, Messieurs, <à supporler avec calme les agitations présentes et à vous reposer en paix, non point sur cet avenir étroit et repoussant, qui déjà nous presse et que ne sera bientôt que le passé de quel jucs hommes, mais sur le large et indescriptible avenir de la société humaine. Je ne vous dirai pas. Messieurs, que la science suffira à vous donner la paix supérieure, la paix de Tàme : cette paix a une origine plus haute encore, elle n'en a qu'une, la bonne conscience. Mais le calme que la science procure à l'esprit est à la tranquillité du devoir ce que le plaisir est au bonheur, et, au milieu de nos troubles immenses, c'est déjà quelque chose que l'intelligence du moins conserve sa sérénité. Cette sérénité ira croissant, à mesure que vous apprendrez à contempler avec une intelligence plus pure les merveilleuses lois par lesquelles Dieu gouverne les destinées de l'humanité. Oui, Messieurs, j'en ai linlime conviction, vous saurez reconnaître que si la so-

(1) Première conférence, p. 19.

ciété s'avance, à l'époque actuelle, àtravers les tempêtes et les écueils, c'est pour doubler enfin le cap de Bonne- Espérance du monde poliliiiue. Quand Vasco de Gama lïit sur le point de franchir la limite des mers de l'Asie, I3 génie du cap des Tempêtes lui apparut et lui dit : <> Le monde nouveau, que ton ambition poursuit, sera un tourment de plus pour ton ancien monde. Ils ne feront qu'échanger leurs maux et croiser leurs malédictions sur ta tombe. » Messieurs, le génie du cap des Tempêtes en avait menti. Ce n'étaient pas quelques Portugais ambitieux, c'était la civilisation chrétienne avec ses lumières et ses bienfaits (jui faisait voile vers le monde de la civilisation antique, comme elle s'apprêtait à faire voile, sur les traces de Colomb, vers le jeune monde sauvage. Si de longues douleurs ont accompagné cette magnifique invasion, si des crimes l'ont déshonorée, le progrès du genre humain n'a pourtant pas été acheté trop cher, et, s'il y a des hommes au monde qui ne doivent pas s'étonner que les souffrances soient une condition du progrès, ce sont assurément les chrétiens, qui savent que du plus grand des forfaits et du plus grand des sacrifices est sorti le s;Uut universel. Aujourd'hui, Messieurs, (|ue les esprits marchent vers un nouvel ordre social, n'entendez-vous pas aussi je ne sais quel sinistre fantôme qui murmure en face de nous les prédictions du génie du cap des Tempêtes? Il nous dit que cet ordre auquel nous aspirons, où l'intelligence et la conscience seront atlranchies du joug de la force brute, n'est que le rêve désastreux d'une société impraticable. Messieurs, ceje ne sais quel génie en a menti: telle est la haute

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conviction que riiistoire du genre liumain vous léguera. Notre vie pourra t'Ire i)ien troublée, bien calauiiteuse; nous pourrons être seulement les propbétesde cetavenir, mais il sera beau ilu moins de mourir en le saluant; il serait plus beau encore, pour cbacun de nous, de consacrer même d'obscurs ed'orls à le préparer (1). »

A l'accent qui vibre dans ce passage, on sent sous l'impression de quelles idées se trouvaient et le professeur et ses auditeurs : le souffle libéral de l'Avenir animait les uns et les autres (2)

Le libéralisme n'est pas la seule idée fausse qui se soit glissée dans les Conférences ; le système philosopbique du sens commun s'y trouve aussi exposé, sous une forme adoucie peut-être; comme le remarquait Ozanam dans la lettre citée plus haut, mais néanmoins dans des termes qui ne peuvent le soustraire à la condamnation portée plus tard par Grégoire XVI. Et, puisque je dois dire la vérité entière, j'ajouterai que Ton regrette de trouver dans la quatrième Conférence, qui fut publiée postérieurement à la première Encyclique, quelques paroles

(1) Première conférence, p. 41.

(2) C'est sans doute ce souffle de jeunesse libérale qui faisait dire à l'un des chefs du libéralisme catholique que ces Conférences de l'abbé Gerbet étaient une de ses œuvres les plus remarquables. Il racontait même à cette occasion que lorsque ces Conférences furent publiées, il était fort jeune, et que très -désireux de s'instruire, il consignait sur un cahier, — qui était le confident commun de ses impressionset de celles d'un ami jeune comme lui, ardent comme lui, — les passages les plus r.marquables de ses lectures; or il avait transcrit plusieurs pages des Conférences où il retrouvait, il n'y a pas longtemps, en présence de celui qui écrit ces lignes, l'expression de doctrines auxquelles il se glorifie d'être resté fidèle, tandis que celui qui les énonçait est aUé bien Ijin de là.

OÙ Ton sent trop que le mécontentement du maître a laissé trace dans l'esprit du disciple :

« Je désire, Messieurs, que les idées que je viens de vous soumettre puissent servir de préface à quelque partie de vos études, quoique je sente aussi bien que vous, et j'ose le dire, mieux que vous peut-être, tout ce qu'il y a d'incomplet dans cette préface même. Puissent ces faibles travaux, tout impuissants qu'ils sont à enrichir notre raison, servir du moins à augmenter en nous le noble amour de la science. Aimons-la, Messieurs, comme une patrie. Si la foi est le temple où la raison de l'homme se prosterne devant la raison divine, la science est la cité de l'esprit du genre humain, le théâtre de ses mouvemeuts, le forum de la liberté intellectuelle (1). N'écoutez pas ceux qui pour rendre le temple plus solide et plus auguste, voudraient qu'autour de lui tout se tût, tout fût immobile, qui pour la plus grande gloire de Dieu, feraient volontiers de l'esprit humain une solitude, et qui appellent paix son silence. Il y a de nos jours une race d'hommes à part, qui ont une secrète peur de tout mouvement de la pensée. Ils ont lié dans leur esprit les vérités immuables de la religion à la science particulière d'une époque que l'homme a faite et que l'homme détruit. Ils ont rêvé que cet édifice humain soutenait le ciel, et voilà pourquoi, à chaque pierre qui s'en détache, ils s'écrient que les étoiles tombent. Ce n'est pas ainsi que pensaient ces anciens

(1) « L'enseignement de la foi est promulgué ailleurs. Ici nous ne faisons que de la philosophie, comme tout homme a le droit d'en faire. » Conférences, p. 152.

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Pères de l'Église chrétienne, ((ui avaient une si religieuse confiance dans les progrès de la raison, et qui disaient, avec Clément d'Alexandrie, que se défier de la science, c'est calomnier la foi. Redisons-le avec eux, Messieurs, et, puisque la Providence nous a fiiil naîlie à une époque où, sur une base (pie rien ne renverseia, il s'opère une si grande iransfonnalion dans tous les ordres de connaissances, soyons sûrs qu'elle ne sera définitivement qu'une transfiguration glorieuse des antiques vérités dans leurs rapports avec les conceptions sans cesse renouvelées de l'homme. Ce que l'homme y a joint, quelque beau, quelque utile que cela ait pu être dans un état donné de l'esprit humain et de la société, passe et tombe, parce qu'il doit tomber. Mais lorsque labîme du temps s'ouvre pour engloutir quelque vaste débris des pensées humaines, ne croyons pas, hommes de peu de foi, avoir entrevu au fond du goufre le sépulcre de Dieu. Laissez^ nous dit le Verbe divin, laissez les morts ensevelir leurs morts, et ne craignez pas; car je suis tout ensemble la voie par laquelle on marche, le centre d'unité où tout aboutit. Toute intelligence qui se meut gravite, même à son insu, vers moi, et si, en ordonnant à l'esprit humain de se développer d'âge en àge,^ j'ai permis ses oscillations, ses écarts, parce que jel'ai fait libre, sachez aussi que j'ai chargé le temps lui-même de le ramener à ce qui est éternel (1). »

(1) 4' Conférence, p. 191. Ladoue, 1, 220-227.

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Ceux qui s'aeitent autour du croyant dont l'apostasie semble imminente, ne sont pas de simples témoins de la catastrophe qui se prépare. A des titres divers, ils collaborent, si l'on peut dire, à cette agonie. Les uns, comme pressés d'en finir, activent le dénouement qu'ils proclament inévitable; les autres empêchent parfois, et toujours, du moins, retardent le malheur auquel ils ne voudront croire cjue lorsqu'il sera consommé. On sait, à peu jirès, l'histoire des événements qui ont précédé la défection de Lamennais, des propos qui furent tenus, des^ mesures qui furent prises pendant ces mois tragiques où toute passion aurait dû faire trêve, sauf la charité et l'espérance.

(( Le grand homme — écrivait alors un saint prêtre, l'abbé Foisset — ne doit pas encore attendre de trêve de la part de ses ennemis. Son humble soumission leur causera du dépit, de l'humeur. Ils avaientdit que ce bon prêtre lèverait

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l'étendard de la révolte, qu'il se poserait le chef d'une nouvelle hérésie. Ce serait une déconvenue amère si tant de sinistres prévisions allaient se démentir. Et ils pousseront encore M. de Lamennais avec aigreur. Ils l'accuseront de nouveau, ils calonmieront son silence, ses intentions. Je le redoute fort. Mais nous qui sommes passionnément é Hs de son génie et de sa gloire, nous ses admirate. is qui n'avons jamais cessé d'être ses amis, nous i( conjurons de ne point s'émouvoir de ces nouvelle > épreuves, de ces aveugles persécutions (1) ».

Le malheureux passait, au même moment, par d'autres angoisses. Quelques amis, dont la parfaite droiture ne fait de doute pour personne, estimèrent que l'orthodoxie leur faisait une obligation de rompre sans plus attendre avec le suspect d'aujourd'hui, qui serait, pensaient-ils, infailliblement le révolté de demain. Gerbet ne fut pas, ne pouvait pas être du nombre. S'oubliant tout à fait lui-même, il ne vit qu'une chose, la possibilité, le devoir d'espérer encore. On ne me démontrera jamais qu'en agissant de la soi-te, il ait manqué de clairvoyance. Avant de répéter triomphalement « qu'ils l'avait bien dit », les prophètes de malheur devraient établir queleurs anathèmespréci-

(1) LAnonE. 1.245,246..

piiés n'ont pas influé sur la défection suprême, établir aussi que la confiance obstinée des disciples^ encouragée par le silence des adversaires, n'aurait jamais pu ramener le calme dans cette ànie orgueilleuse et tendre, qui flottait encore indécise entre la soumission et la révolte.

Quoi qu'il en soit, Gerbet,mennaisien jusqu'à la fin de sa vie, mais plus catholique que mennaisien^ ou pour parler plus exactement, catholique d'autant plus soumis à l'Eglise qu'il restait plus fidèle aux vrais principes mcnnaisiens, fut un des derniers à se séparer de Lamennais.

« La séparation — écrit encore Mgr de Ladoue — ne fut pas une rupture. Ce fut un éloignement triste et plein d'inquiètes prévisions. L'abbé de Lamennais, qui connaissait la déficatesse des sentiments de son ami, son abnégation complète des intérêts personnels, voulut se charger des démarches destinées à assurer l'avenir d'une existence brisée à côté de lui et par lui. C'était une dette. Il adressa à l'abbé de Salinis la lettre suivante :

Le 14 décembre 1833.

« ... Maintenant, mon cher ami, avant de prendre un parti pour moi, ayant à m'occupcr des personnes qui m'entourent, et surtout de M. Gerbet,j'ai constaté bien tristement l'impossibilité complète où il est de pourvoir ici par son travail à ses besoins... Je ne vois pour

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lui ([u'iuie seule ressource, c'est qu il se retire près de vous à Juilly. il vous y serait extrêmement utile en faisant plusieurs fois la semaine des conférences à vos élèves, sur iliisloire, par exemple, de la pliilosopliie ou sur d'aulres objets. Vous le ■connaissez depuis trop longtemps pour que j'aie besoin de vous parler de ses qualités personnelles et de tout ce que vous y trouverez d'agrément. A présent qu'il n'existe plus aucun motif de perpétuer les querelles auxquelles il n'a pris du reste aucune part, son nom seul serait une acquisition précieuse pour votre établissement. Voici comment je me figure que les choses pourraient s'arranger. Il aurait chez vous le logement, la table, etc., plus une somme annuelle dont vous conviendriez, 12 ou 1500 fi-. par exemple, et sa présence chez vous, avec sa coopération, vous rendrait bien ce que vous lui donneriez. Ce qu'il pourrait faire alors dans ses moments de loisir suffirait, avec ce qu'il épargnerait sur la somme annuelle qu'il recevrait de vous, pour souienirson frère, jusqu'à ce que celui-ci ne [sic) trouve un emploi, s'il en trouve un jamais. Je désire bien vivement que vous entriez dans cette pensée, et que vous y entriez avec les sentiments d'amitié qui vous lient depuis si longtemps à M. Gerbet. Répondez le plus tôt possible, et à cause de lui et à cause de moi. Je vous réitère l'assurance de mon inviolable attachement.

« F. DE Lamennais. » (1)

(1) Laiioue, [, 2C3.

Que tout cela est beau encore et qu'il lait Ijou voir de quelle façon ce grand homme savait aimer ses amis! On ne sait s'il faut plus admirer ou plus regretter cette affecfion désintéressée et prévoyante qui lui commande ainsi de dire adieu au plus dévoué de ses disciples. C'est fini. Lamennais mourra seul; mais, quoiqu'il doive arriver, il ne veut pas que personne ait à souffrir de lui avoir donné sa confiance. Gerbet, désolé, impuissant, se laisse faire, encore soumis à la tendre autorité qui le mène depuis si longtemps (1).

Nous n'écrivons pas ici la vie de Gerbet, mais seulement une sorte d'introduction à l'histoire de son génie. C'est à ce titre que nous avons fait jusqu'ici une si large place aux souvenirs de Técole mennaisienne. Pendant ces dix années d'activité intellectuelle, d'entretiens avec Lamennais, d'enseignement, de recueillement, de journalisme et de controverse, l'art et la pensée de ce jeune prêtre

(1) «M. Laurentie m"a raconté, — c'est encore Mgr de Ladoue qui parle, — que le jour où l'abbé de Lamennais se décida à envoyer son adhésion à Mgr de Quélen, il s'empressa d'aller le féliciter; il ne trouva que l'ablié Gerbet, qui le reçut dans une grande salle où il se promenait de long en large d un air très soucieux; il continua sa promenade tout en causant avec son visiteur; et comme ce dernier se réjouissait de l'acte de soumission, il recueillit quelques paroles où perçait un peu de mauvaise humeur, motivée par les exigences trop grandes, selon lui, dont on usait vis-à-vis deLamennais. — Que voulez-vous, disait le respectable interlocuteur, il faut bien que tout homme obéisse à l'autorité du pape! — Oui, mais M. de Lamennais n'est pas un homme comme un autre! aiu-ait reparti l'abbé Gerbet. Pour qui le connaît, c'était un cri de l'amitié blessée, mais pas une résistance. » — Ladoue, 1, 240.

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ont achevé de mûrir. Le vrai GerLct se montre déjà tout entier dans les grandes (cuvres doctrinales qui datent de cette période féconde, le Dogme générateur et le Coup (Tœil sur la Controverse chrétienne . Dès lors, il a pris ses positions et formulé sa méthode, il est maître de sa plume. Le choix des sujets qu'il traitera désormais reste livré à l'imprévu de l'inspiration et des circonstances, mais les traits essentiels de sou originalité littéraire ne changeront jdIus.

Il n'y a donc pas lieu de nous arrêter aussi longuement sur la seconde moitié de sa vie. Parvenu à l'apogée de son développement, Gerbet ne nous intéresse plus ici que par sa doctrine. Aussi nous hâterons-nous d'en venir à l'exposé systématique de cette doctrine. Mais auparavant il ne sera pas inutile de réunir quelques fragments précieux qui entreraient malaisément dans cette synthèse et qui nous prépareront, mieux qu'un commentaire biographique, à la connaissance de Gerbet.

Le fruste et savant Bonnetty qui, dans sa longue carrière philosop!}ique, ne soupçonna jamais que les nuances du style sont une condition nécessaire de la souveraine exactitude de la pensée, a résumé à grands et gros traits l'histoire que nous venons de raconter et celle qui nous reste à dire.

Au sortir de la grande Révolution, le clergé et les laïques se mirent à reprendre l'apologétique chrétienne telle qu'elle existait avant 89. Dans les divers collèges, ■on enseigna les mêmes auteurs exclusivement païens qu'on avait enseignés ; dans les petits et les grands séminaires on reprit les cours de philosophie et de théologie tels qu'ils avaient été enseignés auparavant. Ce furent souvent les mêmes professeurs, qui reprenaient dans leur vieillesse ce qu'ils avaient reçu et enseigné au commencement de leur vie.

Etude des auteurs païens pour les classes, les systèmes de Descartes pour la philosophie, le Gallicanisme pour la théologie.

L'abbé de La Mennais, par la publication de son Essai sur l'indifférence en matière de religion en 1817 et de la Tradition de l'Eglise sur l'institution des évêques en 1814, commença à remuer puissamment le clergé, et à secouer les bases de l'ancienne méthode scolastique.

MM. les abbés Gerbet, et de Salinis par la publication du Mémorial catholique, en 1823, remuèrent encore plus fortement toute l'élite du jeune clergé et des laïques encore croyants. A eux vinrent s'adjoindre M. de Donald, M. de Haller, M. O'Mahony, l'abbé Gousset, l'abbé Rorhbacher, l'abbé Doney, l'abbé Guéranger et M. Henri Lacordaire, encore laïque. Un grand nombre de prêtres et de laïques s'attachèrent avec enthousiasme à ce recueil, et aux deux ecclésiastiques qui en étaient les fondateurs et les directeurs. L'abbé de La Mennais, qui avait été étranger à cette publication, se joignit à

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SCS amis, et soulcnait de sa [('piilalion le nouveau recueil.

Mais arriva la révolution de 18;{(), et le Mémorial calhulique fut absorbé dans YAvenir. On sait quelle impulsion ce journal donna aux esprits, avec quel enlliousiasnie ses principes de dévouement pour T Eglise, de liberlé pour la politique, furent reçus par tout le jeune clergé, et par les laï(iues les plus distingués. L'abbé de La Mennais était le directeur, mais tout le poids de la rédaction reposait sur les abbés Gerbet et de Saliuis, puissamment aidés par Tabbé Lacordaire.

On sait ce qui arriva : les principes de pliilosopliic et de liberté furent poussés trop loin et Rome dut en arrêter l'élan.

Alors deux parts se firent : le maître s'éloigna de Rome et alla se perdre dans la métaphysique d'un panthéisme à peine déguisé de son Esquisse d'une philosophie, et dans un libéralisme ultra radical, où disparurent sa foi et son talent.

Nos amis les abbés Gerbet et de Salinis suivirent complètement la ligne indiquée par le Saint-Siège ; ils acceptèrent de M. de La Mennais, son ancien dévouement à Rome, la nécessité pour les catholiques de s'unir de plus en plus au Saint-Siège, la réforme chrétienne des études, et la philosophie qui fait entrer le Christ dans l'enseignement en reconnaissant que la religion naturelle est celle révélée <à Adam par Jésus le Verbe, et qui se continue par renseignement social, seul état naturel. Ce que l'on chercha à fausser et à flétrir du nain de traditionalisme.

LA VIE ET LtS OEUVRES 51,

Quelques autres des disciples de M. de La Mennais retournèrent plus ou moins aux principes du Gallicanisme, se portèrent pour défenseurs des études païennes, et surtout gardèrent et défendirent les principes tout à fait républicains de liberté qui ont créé le Libéralisme catholique qui nous gouverne, et dont Pie IX ne cesse de montrer le danger. En philosophie, ces nouveaux apologistes retournèrent plus ou moins à Descaries, adoptèrent les j:)rincipes spiritualistes de Cousin, eurent ainsi l'approbation du pouvoir et en obtinient les faveurs les plus lucratives (1).

Il n'est pas besoin de réfuter les exagérations et les injustices d'un homme qui écrit d'une pareille encre. Telle quelle, néanmoins, cette page est fort instructive et nous renseigne fort bien sur la route que va suivre l'abbé Gerbet.

En effet, si celui-ci, au moment de la séparation définitive, avait décide d'elfacer à tout jamais de son esprit tout vestige de la doctrine mennaisienne, il ne serait pas revenu à Juilly. Car Juilly^ où Malebranche médita, où « d'autres encore, autour desquels se groupe aujourd'hui tout ce qui pense en Dieu... ont récemment vécu » (2), Juilly, c'est encore La Chênaie. C'est à Juilly que La Mennais avait dicté à ses disciples

M) BONNETTY, 6H-617.

(2) Clir. MAiiiicuAL, Essai d'un système de philosophie catholique, \). X\, XXI.

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VEssai d'un système de philoso/i/de ca/holique, ce gTcind livre inachevé que Maurice de Giiériii célébrait d'avance avec tant d'enthousiasme. «M. Féli, écrivait-il en 1832, est en train d'écrire un ouvrage où il résume toute sa philosophie en lui donnant des développements nouveaux. Il concentre là tous les rayons de sa science et de son génie : il n'a rien fait jusqu'ici de comparable à cela. Attendez-vous à un grand étonnement et à une grande admiration dans le monde quand cet ouvrage paraîtra. M. Gerbet en fait l'introduction. Jugez de ce qui doit sortir de l'association de ces deux têtes » (1). L'association est rompue maintenant, mais Gerbet reste à son poste de fidélité et de propagande. Il reprend, il continue l'œuvre commune. Désormais il parle, il écrit pour deux.

« L'abbé Gerbet paya la bienvenue au collège de Juilly... par un beau et bon livre qui restera : le Précis de l'histoire de la philosophie. Ce livre ne parut pas sous le nom de son auteur, soit que celui-ci^ par un excès de délicatesse ne voulût point s'attribuer seul le mérite d'un travail, partagé, quant aux recherches, par deux de ses collaborateurs, soit que par un excès de modestie, il ne jugeât pas l'œuvre suffisamment mûrie,

(1) Ladoue, I, p. 205.

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parce qu'elle ne répondait pas à l'idéal qu'il s'était formé (1). »

Ce petit livre, aimable et savant, est rempli de vues, d'intuitions, de divinations tour à tour ingénieuses ou profondes. Je ne saurais dire avec quel plaisir je viens de le relire, avec quelle colère aussi, car je ne pouvais me défendre de penser aux atfreux manuels, mal écrits, mal conçus que, soit comme élève, soit comme professeur, il m'a jadis fallu subir. Voici quelques extraits :

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