‹ Gerbet, sa vie, ses œuvresChapitre 5 sur 11 · A ROME · texte numérisé non relu

A ROME

SiV^vC*

Sommaire. — Parti pour quelques jours. — Les souvenirs de Mgr de la Bouillerie. — ConaidératUma sur le dogme générer leur de la piété catholique. — Le parfum de Rome, d'après Mgr Berteaut. — Esquisse de Rome chrétienne. — Les tombeaux. — Le Chant des Catacombes. — Gerbet aux Cataconibes. — Une belle vue funèbre. — Louis Veuillot et Sainte-Beuve. — Rome vivante. — Le Dialogue entre Platon et Fénelon. — Une mort selon Jésus-Christ. — La conversion de M. Ratisbonne. — Lettre de Gerbet à M** Craven. — Témoignage de Madame Craven. — Chez les Volkrowski. — Comment Gerbet prêcha l'empereur Alexandre.— Pie IX hérite de l'affection de Grégoire XVI pour l'abbé Gerbet.— A Gaëte. — Appel de Mgr Sibour. — Offres de Mgr Donnet.— L'amitié dan» un évèché. — Le concile provincial de Paris. — La requête d'un conciei^e.

L'abbé Gerbet partit une fois de Juilly, sans bagage, pour une visite de quelques jours dans

les environs. Il prolongea son absence ; la surprise eut été de le revoir au moment indiqué.

Puis, on apprit qu'il était à Rome, se préparant à revenir.

— Oui, dit l'abbé de Salinis, il reviendra, si quelqu'un nous le rapporte !

Ceux qui l'avaient emmené retournèrent sans lui ; d'autres l'avaient gardé (I).

Uti de ses compagnons de Rome l'a raconté éloquemment , le jour même des obsèques de Gerbet.

Mêlant ses propres souvenirs à ceux de son illustre ami, Mgr de la Bouillerie,avec cet accent du cœur et cette exposition ingénieuse qui sont le propre de son génie, reprend la chose de plus haut.

a C'est suitout dans son cabinet et la plume à a la main que cette belle nature était à l'aise... tt Et vraiment, je ne suis pas surpris qu'un jour,

(1) Louis Veuillot. Le parfum de Rome, tome II. page 36U.

« voulant se donner pleine carrière, elle ait chois « de préférence le beau thème de l'Eucharistie. « Là où est \e corps divin , c'est là que les « aigles se rassemblent. Et en même temps les « âmes les plus pieuses aiment à dire au pied de «- l'autel : « Mon bien-aimé est à moi, et moi je suis « à lui.i) L'Eucharistie convenait à cette âme « tendre et élevée. L'Eucharistie inspira à votre « Evéque le plus beau livre qu'on ait écrit en ce « siècle à l'honneur du Très-Saint Sacrement : « Le dogme générateur de la piété catholique (1)*..

(1) C'est un traité de rEucharistie, et Tun des beaux livres de ce siècle. Gerbet nous explique lui-même ce qu'il a entendu faire, en publiant ses Considérations sur le dogme générateur de la piété catholique : « Ce petit ouvrage, dit-il, n'est ni un traité dogmati- « aue, ni un livre de dévotion, mais quelque chose /€ d'intermédiaire ; le genre auquel il appartient forme « le lien qui unit ces deux ordres d'idées. La religion a nourrit Tintelligence de vérités, comme elle nourrit « le cœur de sentiments : de là deux manières de la « considérer, l'une rationnelle, l'autre édifiante. Ces « deux aspects , combinés entre eux , produisent un « troisième point de vue, dans lequel on considère la « liaison des vérités, en tant qu'elle correspond aux « développements de l'amour dans l'âme humaine. « C'est donc à ce point de vue que nous nous sommes « placé pour contempler le mystère^ qui est le fonde- « ment de la foi catholique. (Préface.) »

« Je me souviens que, peu d'années après, je « méditais moi-même l'Eucharistie ; mais je la (( méditais humblement, comme la colombe ; et « lui avait pris son vol, jusque dans les profon- « deurs du mystère, comme Taigle

a Le tabernacle eucharistique est la cité spiri- « tuelle des âmes, Rome en est la cité terrestre, « et comme la capitale de leur empire. J'ai souf vent remarqué que, du tabernacle eucharisti- « que à Rome, la distance est très-courte.Quand (( on aime l'Eucharistie, on aime aussi la pierre « fondamentale, sur laquelle repose TEglise, qui « abrite le tabernacle. L'Eucharistie avait été a une des premières el des plus hautes inspira- « tions de votre évéque : Rome fut sa plus consa tante et peut-être sa plus glorieuse.

a C'est encore un de mes souvenirs qu'il y a (i plus de vingt ans, nous entrâmes à Rome en- <r semble. Il me dit à son arrivée qu'il devait y a passer trois semaines; il y demeura dix ans... « Je n'en suis pas étonné. Un séjour à Rome

« ressemble beaucoup à l'éternité bienheureuse. « Les jours s'y écoulent et on ne les compte « plus... Ils s'écoulèrent pour votre Evéque « dans une contemplation et une étude constana tes. Rome était tout à la fois pour lui et un c( admirable symbole et la réalité vivante de (c l'Eglise. A Rome, il étudia tout, il interpréta (( tout, depuis Teau des fontaines qui coule si « abondamment dans les rues et dans les places « publiques, et qui lui semble l'image de la grâce, (( jusqu'aux majestueux secrets des catacombes a qui lui ouvrirent leurs trésors (1). »

Un autre évéque, dont l'Eglise de France cherche et regrette les syllabes d'or, malheureusement négligées par celui-là même qui les prodiguait à tous vents favorables, sans se soucier qu'elles fussent recueillies et rangées dans l'écrin où nous les garderions avec fierté, un autre ami de Gerbet, Ta dit encore, devant sa tombe :

(1) Mgr dA la Bouillerie, Discours prononcé à la cérémonie des obsèques de Mgr Gerbet .

« De bonne heure, le parfum de Rome l'avait « attiré. La rose traduit sa présence par son « parfum ; on la saisit sans l'avoir vOe, odore <i tenetur anlequam videatur. — Dans un verger « où se cache un buisson de ces belleà et odo- « rantes fleurs , des exhalaisons embaumées , « s'échappant de tous les calices, décèlent leur « présence au promeneur ; et alors, il veut voir « et admirer de près la couleur de ces fleurs, qui « répandent une odeur si suave. Rome aussi, « Rome chrétienne, a pour les âmes d'élite des a parfums surnaturels qui n'affectent pas les Âmes « triviales. Le chrétien à Rome se trouve au « milieu d'une ambroisie délicieuse , d'un nectar m céleste, mais lui seul sait les savourer ; et cela « ne doit pas vous surprendre : le chrétien a le « sens plus exquis. Rien n'est beau comme cette « Rome chrétienne, avec son manteau empourpré « par le sang des martyrs, excedit orhis unapul- « chritudines, Mgr Gerbet avait senti de loin le a parfum de Rome ; il voulut voir et « contem-

pler de près la couleur du manteau de la ville « étemelle, » ce « manteau de pourpre » que la « «corruption ne peut atteindre de ses souillures, « ce manteau qui « ne peut s'érailler, ni perdre (( sa couleur. (1) ».

Ce long séjour dans la ville des Papes nous a valu un beau livre, un chef-d'œuvre : Esquisse de Rome chrétienne,

« La pensée fondamentale de ce livre, dit-il, « est de recueillir dans les réalités visibles de « Rome chrétienne, l'empreinte, et, pour ainsi a dire, le portrait de son essence spirituelle. (2) »

(l) Résumé de VOraison Funèbre de Mgr Gerbet, par Mjcr Berteaud, le 2 mars 1865.

Ci) Efquisse de Rome chrétienne, préface, page VI.

Il avait d'abord voulu intituler son livreaW^a Romœ^ l'idée de Rome. (1) »

« Interprète excellent dans cette voie qu'il s'est choisie, il se met à considérer les monuments, non avec la science sèche de l'antiquaire moderne (2), non avec l'enthousiasme naïf d'un fidèle du moyen-âge, mais avec une admiration réfléchie (3), qui unit la philosophie et la piété. (4) »

Tout d'abord, ce sont les tombeaux qui Tattirent.

A Rome, les tombeaux sont un grand souvenir. Ils furent le berceau et l'asile du christianisme, pendant trois. siècles.

Quand il y entra pour la première fois, sa belle

(1) Université Catîiolique, t. VIII, p. 245.

(2) « Je n'écris point pour l'Acadénvie des inscriptions et belles-lettres, (Préface, p. VIL) »

(3' f J'ai dû choisir, parmi les innombrables produits de la sciiiiioe. les résultats qui répondi»nt, non aux p:oûts favoris des antiquaires, mais à la raison et â l'àme du chrétien et de l'homme. (Ibicl). »

(i) S.'iinto Beuve, Causeries du Lundi^X. VI, p. 316.

âme s'épancha en un hymne, connu, dans la littérature chrétienne, sous son vrai nom de Chant des Catacombes, car il est destiné à être chanté, sur l'air de Scudo, la douce et triste mélodie du Fil de la Vierge :

Hier, j'ai visité les grande? catacombes

Des temps anciens ; J'ai touché de mon front les immortelles tombes

Des vieux chrétiens ; Et ni Tastre du jour, ni les célestes sphères,

Lettres de feu , Ne m'avaient mieux fait lire en profonds caractères

Le nom de Dieu.

Un ermite au froc noir, à la tète blanchie,

Marchait d'abord, Vieux concierge du temps, vieux portier de la vie

Et de Id mort ; Et nous l'interrogions sur les saintes reliquss

Du grand combat, Comme on aime écouter sur les exploits antiques

Un vieux soldat.

Un roc sert de portique à la funèbre voûte.

Sur ce fronton.

Un artiste martyr, dont les anges, sans doute.

Savent le nom.

Peignit les traits du Christ, sa chevelure blonde,

Et ses grands yeux, D'où s'échappe un regard d'une douceur profonde

Comme les cieux.

Plus loin sur les tombeaux j'ai baisé maint symbole

Du saint adieu, Et la palme, et le phare, et l'oiseau qui s'envole

Au sein de Dieu ; Jonas, après trois jours sortant de la baleine

Avec des chants, Comme on sort de ce monde, après trois jours de peine,

Nommés le temps.

C'est là que chacun d'eux, près de sa fosse prête,

Spectre vivant.

S'exerçait à la lutte, ou reposait sa tête.

En attendant.

Pour se faire d'avance, au jour des grands supplices,

Un cœur plus fort, Ils essayaient leur tombe, et voulaient par prémices Goûter la mort,

La vierge, destinée aux fleurs que l'hymen donne,

Ces fleurs d'un jour.

Au tombeau d'une sœur méditait la couronne

D'un autre amour.

Près d'un enfant sans pain, une mère intrépide

Rêvait d'Abel Et ses pleurs, qui semblaient joncher le sol humide,

Montaient au ciel.

Et quand l'enfant disait : Le soleil , ô ma mé^e.

Astre si beau.

Reviendra-tr-il bientôt chauffer de sa lumière

Mon froid berceau ?

La mère répondait qu'une aurore inconnue

Bientôt luirait, Et qu'un ange du ciel sur son aile étendue

Le bercerait.

Lieux sacrés, où l'amour pour les seuls biens de l'àme

Sut tant spuffrir.

En vous interrogeant, j'ai senti que sa flamme

Ne peut périr.

Qu'à chaque être d'un jour, qui mourut pour défendre

La vérité, L'Etre Eternel et vrai, pour prix du temps, doit rendre

L'Eternité.

J'ai sondé du regard la poussière bénie.

Et j'ai compris Que leur âme a laissé comme un souffle de vie

Dans ces débris ; Que, dans ce subie h imain,qui, dans nos mains débiles^

Pèse si peu.

Germent, pour le grand jour, les formes éternelles

De presque un Dieu

C'est là qu'à chaque pas on croit voir apparaître

Un trône d'or.

Et qu'en foulant du pied des tombeaux, je crus être

Sur le Thabor 1

Descendez, descendez, au pied des catacombes,

Aux plus bas lieux ; Descendez, le cœur monte, et, du haut de ces tombes.

On voit les cieux I (l).

Les catacombes restèrent le but de prédilection de ses promenades, durant ce long séjour

(1) Imprimé, pour la première fois, par Bonnetty, dans les Annales de Philosophie Chrétienne (t. X, 1. III, page 17), par une sorte d^ndiscrétion et à rinsudé l'auteur, ce chant, admiré de Sainte-Beuve, fournit plus tard à Gerbet l'occasion de laisser voir son exquise modestie : c Très peu supportable à la lecture, dira-t-il, d cet opuscule peut tout au plus offrir quelques-unes c de ses stances aux personnes qui aiment a chanter a des paroles religieuses, et qui pardonnent volontiers à « la forme en faveur du fond, aux vers en faveur de la « musique.... L'auteur a supposé que le chant pourrait a faire passer le reste. Il espère aussi qu'on lui par- « donnera d'avoir dérobé quelques moments à des occu- « pations plus sérieuses. S^il osait citer de grands noms o pour couvrir une bien petite chose, il rappellerait que t le pape saint Damase a composé des vers pour les « catacombes, que saint Grégoire de Nazianze parle c dans les siens de sainte Ànastasie, et que saint ff Paulin de Noie en a fait sur sa cathédrale, (ivoiice sur « sainte Theudoste, Préface.) »

de Rome. C'est là qu'il aimait à mener avec lui ses bons amis de Juilly quand ils venaient le visiter, l'abbé de Salinis et l'abbé Combalot ; c'est là qu'il conduisit Tami des jours difficiles, Lacordaire, quand il revint à Rome, sous la blanche robe des Frères Prêcheurs.

a Nous allons aux Catacombes avec l'abbé « Gerbet, qui en fait un pèlerinage aussi édifiant « qu'instructif, écrivait Ozanam, au retour d'une de ces visites... Rien n'est plus admirable que (( ce digne M. Gerbet, avec sa belle figure éclaif rée par les cierges, expliquant les peintures et « les rites sacrés du temps des martyrs, ou bien « s'asseyant sur de vieilles chaires épiscopales « taillées dans le tuf, pour y lire une homélie (c de saint Grégoire le Grand sur les désirs du (( ciel, ou encore nous faisant réciter les litanies « devant l'image de la Vierge, découverte il y a « quelques années au-dessiis d'un tombeau du « IIP siècle (1). »

(1) ()zan:im. Correspondance, tome II, page 160.

Les Catacombes ont fourni à l'auteur de ï Esquisse des pages admirables, qui ont fait de ce livre l'œuvre la plus considérable de Gerbet, celle qui lui fera le plus d'honneur devant la postérité.

Quel beau commentaire de la parole de Bossuet, disant, d'après TertuUien, -que ie cadavre de l'homme « devient un je ne sais quoi qui n a « plus de nom dans aucune langue, r quel admirable développement de ce mot du grand Evêque, dans cette page que Gerbet finit ainsi :

« Dans le sépulcre voisir, tout ce qui fut un a corps humain n'est déjà plus , excepté une « seule partie, qu'une espèce de nappe de pous- « sière, un peu chiffonnée et déployée comme « tm petit suaire blanchâtre, d'où sort une tête, a Regardez enfin dans cette autre niche : là, il a n'y a décidément plus rien que de la pure a poussière, dont la couleur même est un peu « douteuse, à raison d'une légère teinte de rous- « sure. Voilà donc, dites-vous, la destruction

« consommée ! Pa& encore. Eq y regardant bien, a vous reconnaîtrez, des contours humains : ce a petit tas, qui touche à une des extrémités « longitudinales de la niche, c'est la tête ; ces « deux autres tas, plus petits encore et plus dé- <( primés, placés parallèlement un peu au-des- « sous, à droite et à gauche du premier^ ce sont « les épaules ; ces deux autres, les genoux. Les « longs ossements sont représentés par ces « faibles traînées , dans lesquelles vous remar- « quez quelques interruptions. Ce dernier calque <( de l'homme, cette forme si vague, si effacée, à a peine empreinte sur une poussière à peu près « impalpable, volatile, presquetransparente, d'un a blanc mat et incertain , est ce qui donne le « mieux quelque idée de ce que les anciens ap- « pelaient une ombre. Si vous introduisez votre « tête dans ce sépulcre pour mieux voir, prenez « garde : ne remuez plus, ne parlez pas, retenez « votre respiration. Cette forme est plus frêle que « l'aile d'un papillon, plus prompte à s'évanouir

« que la goutte de rosée suspendue à un bria « d'herbe au soleil ; un peu d'air agité par votre « main, un souffle, un son, deviennent ici des « agents puissants qui peuvent anéantir en une a seconde ce que dix-sept siècles, peut-être, de « destruction, ont épargné. Voyez, vous venez <( de respirer, et la forme a disparu. Voilà la « fin de l'histoire de l'homme en ce monde (i). » « C'est là, ce me semble, dit Sainte-Beuve, une assez belle vue funèbre, et le chrétien s'en autorise aussitôt pour remonter vers ce qui est au-dessus de la destruction et qui échappe à toutes les catacombes, vers le principe immortel de vie, d'amour, de sainteté et de sacrifice. Je ne puis qu'indiquer, en passant, àtous ceux qui sont avides d'étudier dans Rome matérielle la cité supérieure et intelligible, ces hautes et vives considérations (2). »

([) Esquisse de Rome chrétienne, t. I, ch. III, p.

(2) Sainte-Beuve, loc, cit., p. 320.

A un autre point de vue, un autre critique, non moins compétent (1), a pu dire, parlant encore de ce livre :

' (1) Veuillot et Sainte-Beuve, dans des camps bien divers^ ont plus d'un point de rapprochement. Par une de ces secrètes affinités d'esprit, sorte d'instinct supérieur, propre à certaines natures, qui ne s'en rendent même souvent pas compte à elles-mêmes, toutes les fois que le terrain le leur a permis, ces deux lettrés se sont tendus la main.

a Veuillot, dit M. Fréd. Godcfroy, excelle dans les articles de critique littéraire... Nul ne sait mieux que lui mettre le doigt sur les endroits faibles ; personne non plus ne sait mieux voir et faire valoir les beautés. Il est nombre de ces morceaux qu'un Sainte-Beuve eut été fier de signer. (Les Prosateurs du XIXe siècle, t. I, p. 419.) »

Quand il parle de Sainte-Beuve, Veuillot ne contient pas son admiration pour le critique littéraire. « Grâce « à lui, dit-il, la critique est en meilleur élat. (Mélanges, 29 déc. 1854. » Il avait dit précédemment : f Portraits pleins de vie, jugements pleins de probité, t sincères partout, sinon partout irréformables... Dans f l'art et dans la morale, il ne laisse point franchir f les bornes du goiit, que lui-même alors, dans ses f écrits personnels, il n'observait pas rigoureusement. « Avec une force douce et déférente, il fait ses réser- « ves. il dit où il prétend rester. Après trente et « quarante ans. c'est là que le sentiment public est € resté avec lui, et les esprits éminents qui ont passé « outre se sont égarés. (univevSy ^S août d85d). j

a Rome, notre Rome, est vivante dans ces pages, toutes vibrantes de ses profondes et mystérieuses harmonies. L'auteur ne possède pas seulement les connaissances variées de l'historien et les sûres lumières du docteur catholique ; il a encore, au degré le plus éminent, le don de l'artiste, ce sens exquis et rare, qui pénètre les choses, qui en saisit les secrètes beautés et qui les livre à nos regards. Il nous rend compte du charme mystérieux de Rome , il l'accroît en le divulguant. Sa langue est digne des majestueuses douceurs de la Ville Sainte. C'est une langue sereine , mélodieuse, admirablement pure, dont le caractère fondamental est la grâce, mais qui atteint naturellement et sans effort toutes les hauteurs. (1) »

(I) L. Veuillot. loc, cit., p. 370.

D'autres travaux marquèrent le séjour de Gerbet à Rome.

Il ne pouvait y oublier les âmes dirigées par lui, et, parmi elles, cette veuve, qu'il avait élevée dans les hauteurs surnaturelles, en secondant par la grâce les dispositions de la nature en elle.

Ce souvenir lui restait cher. Il lui inspira un Dialogue, dont Lamartine disait : « C'est ainsi que parlerait Platon chrétien. (1) »

C'est en effet un Dialogue' entre Platon et Fénelon^ placé k la suite du Dogme Générateur (2),

(1) Lamartine, Entretiens de littérature, art. Gerbet.

(2) Sainte-Beuve dit que ce dialogue est « peut-être le chef-d'œuvre » de Gerbet.

dans l'opuscule que l'auteur y consacre à ses Vues sur la Pénitence.

Fénelon y révèle au disciple de Socrate ce qu'il lui a manqué de savoir sur les choses d'auidelà, et il raconte, sous un voile à demi-soulevé, ce que c'est qu'une mort selon Jésus-Christ.

« vous, qui avez écrit le PhMon^ vous, le a peintre à jamais admiré d'une immortelle agoa nie, que ne vous est-il donné d'être témoin de <( ce que nous voyons de nos yeux, de ce que a nous entendons de nos oreilles, de ce que a nous saisissons de tous les sens de Tàme, « lorsque, par un concours de circonstances que « Dieu a faites, par une complication rare de joie « et de douleur, la mort chrétienne, se révélant « sous un demi-jour nouveau, ressemble à ces « soirées extraordinaires dont le crépuscule a des a teintes inconnues et sans nom. Vous ne com- « prendrez pas tout ce que je vais vous dire ; je « ne peux vous parler de ces choses que dans

« la langue nouvelle que le christianisme a faite; a mais vous en comprendrez toujours assez.

« Sachez donc que, de deux âmes qui s'étaient « attendues sur la terre et qui s'y étaient ren- « contrées et que Dieu avait unies par le nom « d'époux et d'épouse, en ouvrant devant elles « une longue perspective de ce qu'on appelle « bonheur ; que, de ces deux âmes, l'une arri- « vait, par une volonté pure, à la vraie foi, au « moment où l'autre arrivait, par une sainte « mort, à la vraie vie ; l'une sortait des ombres « de l'erreur, comme l'autre était près de sortir « des ombres de la terre ; Tune se disposait à « 'participer pour la première fois au plus au- « guste des mystères du Christ, lorsque l'autre « allait le recevoir comme une transition dera nière à la communion éternelle... (1) »

Nous connaissons déjà cette scène touchante,

(1) Gerbet. Yues sur la Pénitence , Dialogue.

Tabbé Gerbet Texprime admirablement. Que de larmes ont arrosé ces pages !...

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