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Le dimanche 16 janvier 1842, le comte de la Ferronnays dînait chez Madame la princesse Borghèse en compagnie de l'abbé Dupanloup et de Théodore de Bussières, récemment converti au catholicisme. Il entendit ce nouveau converti, qui avait toutes les ardeurs généreuses du néoph)'te, parler avec le plus vif intérêt d'un jeune juif français, son compatriote, de passage à Rome, et qu'il désirait vivement gagner à Jésus-Christ.
Rentré chez lui sous l'impression des conversations de la soirée, il parla aux siens du pieux projet conçu par M. de Bussières, il se ménagea du temps pour aller déposer ses vœux, ses espérances... son sacrifice !... aux pieds de la sainte Vierge, dans l'église de sainte Marie-Majeure.
« Il fit à genoux devant l'image de la Vierge de la chapelle Borghèse, qui était découverte ce jour-là, sa préparation à la mort qu'il disait tous les jours, puis plus de vingt fois le Souvenezvous (1). »
Dans la soirée, il fut pris d'un étouffement subit, dont on crut d'abord s'être rendu maître, mais qui reparut plus menaçant. L'abbé Gerbet , l'hôte de la maison, eut le temps d'accourir, de donner à la hâte une absolution, et de prêcher la confiance.
— Oh ! je suis plein de confiance , répondit le moribond (2 .
C'était le 18 janvier. A quatre jours de là , Gerbet écrivait à Madame Craven :
a Chère enfant, lorsque, dans une dernière lettre adressée à M. Craven, je vous disais que, tout en pleurant beaucoup, vous aviez aussi à
(1) Gerbet. Vues eur la Pénitence^ Dialogue.
(2) Ci'aven. Récit d'une Sœur, t. II., p. 303.
remercier beaucoup ; lorsque je vous disais d'élever votre cœur vers Dieu, parce que la sainte mort d'un père était aussi une grande grâce pour ses enfants, je ne savais pas encore à quel point ce mot se vérifierait. Dieu a accordé à votre famille, à vous, une des plus magnifiques consolations qu'on puisse imaginer ; une de ces consolations rares , extraordinaires , qu'on n'oserait demander. Je ne puis encore vous donner, dans, cette lettre, tous les détails, vous verrez tout à l'heure pourquoi ; mais j'ai hâte de vous la faire connaître parle fond.
« Vous savez, chère enfant, combien je suis peu disposé à croire légèrement aux choses miraculeuses. La vénération même qu'on leur doit oblige à ne pas ajouter foi, sans de graves raisons, aux faits de ce genre. Mais ni beaucoup de personnes ni moi ne pourrons nous empocher de croire à celle dont il s'agit. Ecoutez.
(1) Oe Ladoue. Mgr Gerbet, etc., t. II, p. 156.