I. A .M. Couvreur, lilliOLirapliiée par Cug. Le Roux
genre bien plus qu’à l’bistoire, et qui, au point de vue pittoresque, est loin d’être irréprocliable.
Aussi voyons-nous Géricault la reprendre et recommencer à nouveaux frais dans une seconde esquisse *. Au lieu d’être placés sur une ligne unique, les chevaux sont disposés en plusieurs groupes, qui forment une composition en longueur, plus vive et plus variée.
Ils se cabrent, se débattent et s’emportent. Les personnages, encore en costume moderne, s’efl’orcent de les retenir. L’un d’eux, tout à la gauche, vient d’être renversé et s’appuie des deux mains à la terre, dans une pose à la Michel-Ange. Un autre, à l’autre bout du tableau, tient aux naseaux un cheval d’une superbe tournure, qui se dresse sur ses jambes de derrière. Le fond a été complètement changé. Il est occupé en très-grande partie par un vaste bâtiment, d’une noble architecture, que l’on voit en travers. Dans l’ouverture qu’il laisse à gauche, on aperçoit quelques monuments de Rome, entre autres le temple circulaire de Vesta.
Géricault n’était pas encore content. Cette scène comportait en effet une interpréta'ion plus générale. Dans le pays du grand art, devant des exemples sublimes, sous l’œil des maîtres suprêmes dont il subit à son insu la salutaire influence, son imagination s’enflamme, son génie s’élève. Ce ne sont plus les Barberi de la place du Peuple et les paysans de la campagne de Rome qu’il voit ; ce sont de nobles coursiers aux prises avec de jeunes hommes, des éphèbes, des héros forts et beaux dans leur nudité. 11 conçoit une composition nouvelle, aussi vraie, aussi réelle que l'autre, mais idéalisée et développée dans le sens des grandes œuvres de l’antiquité et de la Renaissance italienne. 11 élimine les costumes, les détails, tout ce qui est accidentel et relatif. Le sujet, à lui seul, remplit tout le tableau. Nous ne sommes plus à Rome, nous ne sommes pas davantage à Athènes ou à Paris. Les circonstances de temps et de lieu ont disparu. Le peintre nous transporte dans le domaine de l’art pur. C’est à peine si l’on aperçoit, dans l’une des esquisses de ce nouveau projet, l’obélisque de la place du Peuple, dernier vestige du théâtre primitif de l’action. La composition, admirablement conçue au point de vue dramatique, pittoresque et savamment équilibrée, peut, pour la commodité de la description, se diviser en trois groupes principaux. Au centre , un jeune homme vu de trois quarts par le dos, appuie son bras gauche sur les reins d’un cheval blanc qui se cabre, et lui saisit de la main droite la mâchoire inférieure. L’animal superbe, ployé sur ses jambes de derrière, la crinière droite.