A M. Camille Marcille
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GÉIUCAÜLT.
lilles sont exécutées avec une grande rapidité; quelques-unes dans la journée, peut-être. C’est le crayon cà la main que Géricault tournait et retournait sa pensée et qu’il la développait laborieusement avec une ardeur et une ténacité dont l’on ne se rend compte que lorsqu’on a eu les preuves entre les mains. Les admirables dessins qui nous sont restés de la Course des chevaux libres sont exécutés au trait, à la plume pour la plupart, avec les détails indiqués très-sommairement par quelques hachures. On se tromperait lourdement si on les prenait pour des improvisations, pour des croquis. Géricault, qui peignait avec tant de facilité et de sûreté, composait péniblement. 11 tâtonnait beaucoup et ne trouvait qu’à la longue ses types, ses mouvements, ses groupes, ses ensembles. 11 n’avait pas, à un haut degré, ce sentiment inné de la proportion, cette mémoire des formes, ce compas dans l’œil, qu’il enviait tant à Horace Vernet. Ce n'était qu’à force de temps, de peine, d’essais infructueux vingt fois recommencés, qu’il arrivait à ces belles combinaisons de lignes que nous trouvons dans ses dessins définitifs*. 11 avait une manière de procéder qui mérite d’être indiquée. Lorsqu’il avait dessiné un projet, qu’il l’avait corrigé et surchargé au point qu’on n’y pouvait plus rien voir, il le couvrait d’un papier transparent et reprenait soigneusement le bon trait. 11 crayonnait à nouveau ce dessin, puis en tirait une épreuve, et ainsi de suite, jusqu’à ce qu’il en fût à peu près satisfait. C’est ainsi qu’il se fait que nous possédons un nombre considérable de répliques de ces dessins, qui ne se distinguent les unes des autres que par de légères variantes; c’est ainsi également qu’il a pu les amener, quoiqu’ds ne reproduisent guère que le trait extérieur avec quelques détails principaux et que bien des profanes les prennent pour de simples croquis, à un tel degré d’avancement qu’à l’égard de la détermination des lignes, de leur combinaison, de la silhouette en un mot, il est difficile de supposer qu’une exécution plus complète eût produit une plus grande perfection. Qu’on ne se trompe pourtant pas sur notre pensée. Ces belles compositions ne sont que l’embryon de l’œuvre qu’aurait produit la main puissante de Géricault. Cependant, instruits comme nous le sommes par la Méduse du degré d’ampleur, d’unité, de beauté que Géricault savait donner à une composition qu’il exécutait jusqu’au bout, il semble que nous pouvons nous représenter ce qu’eût été la Course des chevaux
* Le plus beau de ces dessins appartient à M. Eudox.e Marcille. Je l’ai publié en fac-similé, avec le concours de quelques amis comme moi admirateurs de Géricault, ainsi que Y Homme terrassant un bœuf et le Marché aux bœufs, dont je parle plus bas. [Dessins de Géricault, lithographiés en fac-similé, cic., chez Leconte, S, boulevard des Italiens, 18GG.)
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libres sur une toile de trente pieds. L’exécution en grand a été commencée. Avant son départ de Rome, Géricault avait au moins tracé sa composition dans les dimensions qu’elle devait avoir. Cette toile ellemême a disparu, et il est probable que telle qu’il l’a laissée elle aurait peu ajouté à ce que nous possédons dans les dessins. Il est à jamais regrettable que Géricault n’ait pas exécuté ce projet. C’eût été une œuvre splendide et digne d’être mise à côté des plus belles pages de tous les temps.
Outre la Course de chevaux libres, Géricault fit encore à Rome quelques ouvrages qui appartiennent à la même grandiose inspiration. Je citerai SiUne sur un âne, avec des baccliants et des bacchantes ; un ISègre sur un cheval cabre, deux superbes compositions à la pierre noire sur papier bleu avec du lavis et des rehauts de gouache à M. E. Marcille; lloratius Codés défendant le pont, importante composition à la sépia qui a appartenu à M. Colin; des Centaures enlevant des femmes dont on connaît plusieurs répliques; le magnifique dessin, Y Homme terrassant un bœuf, que j’ai publié et qui est certainement l’une de ses plus puissantes, de ses plus magistrales créations ' ; Deux Hommes nus, l’un retenant un bœuf la tête contre le sol, tandis que l’autre se prépare à l’assommer avec une massue; JSègre et Négresse, l’un de ses plus beaux desins à la plume, dont nous donnons une gravure en fac-similé; enfin une composition complète : le Marché aux bœufs dont on possède une esquisse peinte et un superbe dessin Dessin et esquisse ont été faits tà Paris. Le motif a été pris à l’abattoir qui existait alors rue de la Pépinière, et il est facile de voir que les animaux n’appartiennent pas à la race romaine. Je place cependant ici cet ouvrage, parce qu’il est né, sans conteste possible, sous la même inspiration que la Course. Les compositions que Géricault fit à ce moment ont un caractère que l’on ne peut méconnaître. Sa conception du cheval en particulier si originale, si complète dès ses premiers tableaux et dans ses moindres études, apparaît ici avec un degré de plus de force et d’élévation. Sous le rapport du style Géricault n’a jamais surpassé ses travaux de Rome. Le sculpteur des frontons du Parthénon, le peintre du plafond de la Sixtine, ont passé par là. Cependant il faut le dire bien haut : si docile qu’il fût à l’exemple, à l’enseignement d’où qu’il vînt, Géricault se pénètre des maîtres, se fortifie et s’élève à leur contact, mais ne les imite pas. Il ne s’asservit jamais à personne, pas même à Michel-Ange. Son cheval lui