AM. Ilis de la Salle
2. L’esquisse appartient à M. Couvreur; le dessin, à M. Eudoxc Marcille. Je l’ai donné dans le recueil de fac-similé déjà mentionné.
GÉHICAULT.
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appartient absolument. Ce n’est pas le cheval admirable de Phidias; ce n’est pas celui d’un si beau choix de formes, mais abstrait et décoratif, de Raphaël; pas davantage le colosse chimérique, apocalyptique, de Rubens. C’est un animal vivant, superbe et vrai.
Au total, et quoi qu’on en ait dit, le séjour de Rome exerça une excellente influence sur le talent de Géricault. 11 y prit le goût des vastes ouvrages qui convenaient si bien à son génie, et c’est là que pour la première fois il tenta les sujets complexes, d’un ordre élevé et en dehors de conditions étroites de temps et de lieu. Les modèles admirables qu’il y trouvalui fournirent des aliments qui! sut s’assimiler. Il était de force à résister aux entraînements et il ne laissa à aucun degré entamer sa forte originalité. Presque à la même époque, Rome a rendu le même service à deux peintres d’instinct et de tempérament bien différents. Léopold Robert et Géricault sont tous les deux partis du genre. L’un s’est élevé au style à force de labeur, de sueur et de raisonnement; l’autre, en s’abandonnant à son instinct pittoresque qui le poussait en haut. Je ne voudrais pas dire pourtant que les exemples qu’il avait sous les yeux n’aient pas exercé une certaine tyrannie, une certaine pression, n’aient pas violenté en quelque chose les dispositions naturelles de Géricault. Nous verrons en effet que de retour à Paris il reprit les sujets modernes; la Méduse; la Traite des nègres; \' Ouverture des portes de l’inquisition.
Géricault était triste et s’ennuyait à RomeC Son père le rappelait à
1. Dès son arrivée à Rome, Géricault pensait que l’artiste ne devait pas trop prolonger son séjour en Italie. 11 écrivait :
« L’Italie est admirable à connaître, mais il ne faut pas y passer tant de temps qu’on veut le dire; une année bien employée me paraît sufBsanle, et les cinq années que l’on accorde aux pensionnaires leur sont plus nuisibles qu’utiles, en ce qu’ils prolongent leurs études dans un temps où il serait plus convenable de faire des ouvrages ; ils s’accoutument ainsi à vivre de l’argent du gouvernement, et passent dans le repos et la sécurité les plus belles années de leur vie. Ils sortent de là ayant perdu leur énergie et ne sachant plus faire d’efforts. Ils terminent, comme des hommes ordinaires, une existence dont le commencement avait fait espérer beaucoup.
« C’est enterrer les arts au lieu d’aider à leur accroissement, et dans le principe, l’institution de l’école de Rome n’a pu être ce qu’elle est aujourd’hui. Ainsi beaucoup y vont, peu en reviennent. Les vrais encouragements qui conviendraient à tous ces jeunes gens habiles seraient des tableaux à faire pour leur pays, des fresques, des monuments à orner, des couronnes et des récompenses pécuniaires, mais non pas une cuisine bourgeoise pendant cinq années, qui engraisse leur corps et anéantit leur âme.
« Je ne confie ces réflexions qu’à vous, M.,., en vous assurant de leur justesse et en vous priant de ne les point communiquer. »
(23 nov. 1816. Moniteur àn 6 janv. 186i.)
GÉRICAL’LT.
grands cris. Il se décida subitement à partir au moment même où M. Dedreux-Dorcy venait pour le rejoindre. Il le croyait encore à Paris et lui écrivit le billet suivant. « Mon cher Dorcy. Je suis désolé de partir sans avoir eu le plaisir de vous embrasser; c’est une de ces disgrâces qui n’arrivent qu’à moi. Après une année de tristesse et d’ennui, au moment où je pouvais être plus heureux et lorsque vous arrivez, je suis obligé de partir; vous imaginez facilement ma peine, si vous avez conservé un peu d’amitié pour moi.
Adieu, mon ami, écrivez -moi, je vous prie, le plus souvent qu’il vous sera possible. Mais que Dieu vous garde que cela soit un besoin pour votre cœur comme je l’ai si tristement éprouvé. Je vous laisse, mon cher ami, quelques effetsqui pourront vous être utiles, tels que chevalet, boîte à couleurs, toiles préparées. Puis je vous enverrai un vieil homme très-intelligent pour vous chercher un atelier. Quand vous l’aurez trouvé, mettezvous de suite à l’ouvrage: c’est le seul moyen de ne pas connaître l’ennui. Tout à vous. T. Géricault *. » La chance ne fut pourtant pas si contraire que le pensait Géricault. Il rencontra à Sienne son ami qui arrivait en toute hâte. Ils passèrent quelques jours ensemble; puis l’un se dirigea sur Rome, et l’autre sur Paris.
Géricault revint avec plaisir à Paris. Malgré les vives jouissances que Rome lui avait données et le profit qu’il avait tiré de l’étude des maîtres italiens, ce séjour avait été pour lui un véritable exil. Il avait vécu presque seul pendant de longs mois, et quelque fortes et absorbantes que fussent ses préoccupations d’artiste, il lui fallait le monde et ses amis. Pendant l’année qu’il passa en Italie , il n’avait formé qu’un très-petit nombre de relations. La plupart des peintres français, élèves de David, et d’autant plus fanatiques de leur maître qu’ils étaient eux-mêmes plus médiocres et plus impuissants, ne voyaient en lui qu’un révolutionnaire et un fou, et ne l’appréciaient à aucun degré. Les pensionnaires de l’Académie de France ne parlaient du novateur qu’avec le plus parfait dédain, et, de son côté, Géricault s’exprimait sur les doctrines qui régnaient dans l’École avec assez peu de ménagements. A Paris, à l’exception de M. Dorcy, il retrouva tout son monde : M. de Musigny, le colonel Rro, Horace Vernet, les deux Scheffer, et se replongea avec délices dans sa vie fiévreuse de travail et de plaisir. Je trouve