Le Lycée, par Charles Loison
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échantillon du ton de la critique à cette époque. « Ce tableau, dit l’auteur anonymes n’est indiqué dans la notice de l’Exposition que comme une scène de naufrage; mais il était depuis longtemps annoncé comme un épisode du naufrage de la Médüse. Nous ignorons pourquoi son véritable titré, le seul qui pût lui donner de l’intérêt, a été supprimé. On s’atténdait à la représentation d’une infortune réelle, on est peu touché d’un malheur imaginaire.
. On ne peut nier que la peinture de cet accident désastreux ne
soit digne d’exciter vivement la compassion ; mais c’est une scène particulière, et l’on peut s’étonner que pour en retracer le souvenir le peintre ait employé ce cadre immense et ces dimensions colossales qui semblent réservés pôur la représentation des événements d’un intérêt général, tels qu’une fête nationale, une grande victoire, le couronnement d’un souverain ou un de ces traits de dévouements sublimes qui honorent la religion, le patriotisme ou l’humanité.
En resserrant son sujet dans de moindres proportions, M. Géricault se serait ménagé les moyens de lui donner plus de développement. Au lieu de couper par la bordure, comme il a été obligé de le faire, les deux extrémités du radeau, il aurait pu le présenter en entier, l’isoler de toutes parts au milieu d’une vaste étendue de mer, agrandir l’horizon et montrer par l’éloignement des secours humains toute la grandeur d’un péril inévitable. Ajoutons que ce ne doit pas être une chose indifférente pour l’artiste que son ouvrage puisse facilement trouver une place. Or quel édifice public, quel palais de souverain, quel cabinet d’amateur pourrait admettre ce tableau? M. Géricault a-t-il pu ne pas prévoir cet inconvénient, ou n’aurait-il arrangé sa composition que pour se créer un sujet d’étude, au risque de le garder dans l’atelier comme un témoignage permanent d’application aux travaux de son art? Sous ce rapport, M. Géricault n’aurait à recevoir que des éloges; car on ne peut guère considérer cette scène de naufrage que comme une réunion de figures ou de groupes académiques mis d’une manière quelconque en action.
Mais, il faut en convenir, cette action est bien faible et bien peu sentie. Où est le centre? A quel personnage paraît-elle se rattacher principalement, et quelle est l’expression générale du sujet? Des cadavres à moitié submergés, des morts et des mourants, des hommes livrés au désespoir et d’autres que soutient un faible rayon d’espérance : tels sont les éléments de cette composition que l’artiste, malgré le talent distingué qu’on lui reconnaît, n’a pu ordonner d’une manière satisfaisante. Serait-ce