‹ GéricaultChapitre 20 sur 26 · Annales du Musée Land on · texte numérisé non relu

Annales du Musée Land on

donc la faute du sujet dont le récit tout plein d’intérêt se prête dilTicilement aux crayons des peintres d’histoire? L’artiste aurait peut-être atteint son but, s’il n’eùt voulu faire qu’un tableau de marine, ou du moins s’il se fût restreint dans les mesures d’un tableau de genre.

Quant à l’exécution, elle laisse aussi beaucoup à désirer. Le peintre ayant tiré son jour du fond du tableau, la lumière ne fait qu’effleurer les objets, et cette lumière est grise et monotone, tout le reste est noir et opaque. Le dessin ne manque pas de chaleur et de nerf, mais il est loin d’être correct. Au surplus, on remarque dans l’ensemble, qui du moins a le mérite de l’originalité, une certaine verve de pinceau dont l’artiste pourra tirer un bon parti quand il aura appris à le modérer, et surtout lorsqu’il sera parvenu à le diriger dans une meilleure voie. » Ces critiques niaises ou violentes ne laissaient pas d’irriter Géricault, et il ne semble pas qu’il ait supporté, malgré ses résolutions, tous ces coups de massue et ces piqûres d’épingle avec une philosophie parfaite. Il écrivait à ce propos à son ami M. de Musigny : « J’ai reçu votre aimable lettre et n’ai rien de plus pressé ni de mieux à faire que d’y répondre tout de suite. La gloire, toute séduisante que vous la dépeignez et que je la suppose quelquefois, ne m’absorbe pas encore entièrement, et les soins que je lui donne passent de beaucoup après ceux que réclame la douce et bonne amitié. Je suis plus flatté de vos quatre lignes et du gracieux présage que vous aviez formé de mon succès, que de tous ces articles où l'on voit dispenser avec tant de sagacité les injures comme les éloges. L’artiste fait ici le métier d’histrion et doit s’exercer à une indifférence complète pour tout ce qui émane des journaux et des journalistes. L’amant passionné de la vraie gloire doit la rechercher sincèrement dans le beau et le sublime, et rester sourd au bruit que font tous les vendeurs de vaine fumée.

Cette année, nos gazetiers sont arrivés au comble du ridicule. Chaque tableau est jugé d’abord selon V esprit dans lequel il a été composé. Ainsi vous entendez un article libéral vanter dans tel ouvrage un pinceau vraiment patriotique, une touche nationale. Le même ouvrage jugé par l’ultra ne sera plus qu’une composition révolutionnaire où règne une teinte générale de sédition. Les têtes des personnages auront toutes une expression de haine pour le gouvernement paternel. Enfin j’ai été accusé par un certain Drapeau blanc d’avoir calomnié par une tête d’expression tout le ministère de la marine. Les malheureux qui écrivent de semblables sottises n’ont sans doute pas jeûné quatorze jours, car ils sauraient alors que ni la poésie ni la peinture ne sont susceptibles de rendre avec assez d’horreur toutes les angoisses où étaient plongés les gens du radeau.

GKRICAULT.

Voici un échantillon de la gloire dont on veut nous cottibler ici, et les coupables causes qui peuvent nous en frustrer. Avouons qu’elle mérite bien qu’on l’appelle vanité des vanités. Mais celle que chérissait Pascal et que vous aimez aussi, je ne la dédaignerais pas '. — 'fout à vous de cœur. — T. Géricault. »

Géricault connaissait bien les défauts de son ouvrage et, à notre sens, il se les exagérait. Après le Salon, il envoya sa toile roulée chez M. Gogniet. Celui-ci, n’ayant pas été à l’Exposition, l’étendit pour lavoir. Géricault, ayant fait visite à son ami, trouva là son tableau et en fut mécontent. « Ça ne vaut pas la peine d’être regardé, dit-il à M. Gogniet, je ferai mieux. » Beaucoup plus tard, en 18’2Zi, à son lit de mort, M. Lehoux lui apporta une petite copie de la Méduse qu’il lui avait demandée et qu’il était pressé de voir terminée. 11 la regarda longuement. M. Lehoux, qui plus que jamais dans celte circonstance avait fait tout son possible pour le satisfaire, voyait sa tête au-dessus de la toile enfouie dans l’oreiller et remarquait une légère contraction de son front. Sur ces entrefaites, M. Gogniet entra. « Dites-moi, Gogniet, fit brusquement Géricault, mon tableau a-t-il l’aspect de la copie de Lehoux? est-il taché ainsi de noir et de blanc? » Sous ce rapport, répondit M. Gogniet, la copie me paraît juste et rend assez l’effet du tableau. Get aveu chagrina beaucoup Géricault. 11 dit de bonnes paroles à M. Lehoux, lui expliqua que toute la faute était à lui, mais que c’était une leçon dont il profiterait s’il pouvait jamais reprendre ses pinceaux. Il était un reproche cependant qu’on lui avait fait sous toutes les formes et auquel il ne voulait souscrire sous aucun prétexte; c’était l’aspect sombre dont il avait empreint cette scène de désolation. « Si j’avais à recommencer mon tableau, disait-il, je ne changerais absolument rien sur ce point; » jugeant bien que son effet était dans cette gamme sévère, et qu’en la modifiant il ne pourrait qu’affaiblir l’impression.

A cette époque, on donnait deux prix, l’un de 10,000 francs, l’autre de à, 000, aux deux peintres qui avaient exposé les deux meilleurs tableaux d’histoire et de genre. Les membres de l’Institut qui décernaient cette récompense étaient seuls exclus du concours. Le nom de Géricault ne fut mis que le onzième sur la liste des artistes admis à disputer le prix d’honneur, qui fut remporté par un peintre nommé Guillemot, pour une grande et très-médiocre toile représentant la Résurrection du fils de Naïm. Après l’Exposition, l’État fit acheter, selon l’usage, un assez

1. Allusion à un passage de Pascal que lui citait M. de Musigny dans la lettre à laquelle Géricault répond. — M. Batissier, p. 1.3-14.

GÉIUCAULT.

grand nombre de tableaux. On oublia le Hadeau dç la Méduse, et cette exclusion , après les espérances qu’on avait entretenues chez Géricault, le mortifia cruellement. Malgré sa modestie, il ne pouvait mettre son tableau au-dessous de tant d’autres placés sur la liste des récompenses avant le sien, ou payés grassement par l’administration. Il obtint pourtant une médaille et une commande, ce que M. de Forbin- Janson lui annonça dans une lettre dont on peut louer au moins la courtoisie. « Je m’empresse de vous prévenir, monsieur, lui écrit-il en date du 31 décembre 1819, que M. le directeur général de- la Maison du roi a bien voulu, sur ma proposition, vous confier l’exécution d’un tableau du prix de 6,000 francs paytî,bles rqoitié en l’année 1820, moitié en l’année 1821. Je me félicite d’avoir pu contribuer à vous faire accorder une distinction aussi flatteuse, et je ne doute pas que vous vous attachiez à la mériter par de nouveaux eflbrts dont je trouve la garantie dans les preuves de talent que vous avez données à l’Exposition de cette année. Le succès qui vous attend me fournira , je l’espère , l’occasion de vous signaler encore à la bienveillance du roi et de vous faire obtenir de npuvelles marques de sa munificence. » Le sujet que l’on prescrivait à Géricault ne lui plut que médiocrement, on peut le croire. C’était un Sacré Cœur de Jésus. Aussi passa-t-il sa commande à Delacroix, que dès lors il encourageait et dirigeait. Celui-ci exécuta une Notre-Dame de Douleurs, que l’on donna aux Dames du Sacré-Cœur de Nantes. Géricault l’avait signée et il en remit le prix à son jeune protégé.

Géricault était profondément découragé. 11 voulait quitter la France, essayer d’une vie d’aventures, visiter l’Orient, que sais-je? Gérard, à qui il confia ses projets, eut toutes les peines à l’en détourner. 11 se rabattit sur l’Angleterre, où il se fit envoyer son tableau qu’on lui avait conseillé d’exhiber suivant un usage très-répandu chez nos voisins.il paraît même qu’un entrepreneur lui avait fait dès avant son départ quelque proposition dans ce sens. Le Radeau de la Méduse eut du succès. 11 revint en France avec Géricault, et les péripéties que subit l’une des œuvres qui font le plus d’honneur à notre école pour arriver au Louvre sont instructives et édifiantes.

L’administration supérieure n’en voulait pas. M. de Forbin, au contraire, avait été frappé du talent de Géricault. Lui-même, comme artiste, appartenait au mouvement romantique, et l’on assure que lors de l’Exposition il avait tenté de faire acheter la Méduse. 11 avait échoué; mais il ne tarda pas à revenir à la charge, et on ne peut trop remercier cet homme d’esprit et de goût de la persistance qu’il mit à forcer la mauvaise volonté de l’administration. Le 2 février 1822, il écrivait à M. de Lauriston,

GKKICAULT.

It

ministre de la Maison du roi : « Monseigneur, je crois devoir proposer à Votre Excellence d’acquérir le tableau de M. Géricault, représentant le Naufrage de la Méduse. Get ouvrage plein de verve et d’énergie annonce le talent le plus distingué que l’on ne saurait trop encourager. La manière de M. Géricault a de la grandeur, de l’originalité, et son ouvrage a obtenu beaucoup de succès chez les artistes en France et aux yeux de tout le public en Angleterre. Ce tableau est revenu à Paris, parce que son auteur désire qu’il reste en France, et, pour faciliter l’exécution de ce vœu, il propose de le céder au gouvernement pour le prix de 6,000 francs, et consentirait même à être payé moitié sur l’exercice 1822 et le reste sur celui de 1823. Cet ouvrage est de la plus grande dimension; il a coûté beaucoup de temps, d’étude et d’argent à M. Géricault, et ce serait peutêtre dégoûter un homme appelé à faire le plus grand honneur à l’école française, que de repousser une demande aussi juste et aussi modeste. Le Naufrage de la Méduse pourrait être placé dans une des grandes salles de Versailles, et je suis certain que le temps consolidera la réputation de cette production énergique et puissante C »

Il est certainement impossible de défendre une meilleure cause avec plus de chaleur et de clairvoyance. La réponse ne fut sans doute pas favorable, car l’intelligent directeur du Musée écrit au ministre une nouvelle lettre en date du 27 mai de la même année, puis une troisième le 27 mai 1823. Celle-ci est d’une fermeté que l’on rencontre rarement chez un subordonné et mérite bien d’être conservée. « Monseigneur, écrit M. de Forbin, on a souvent adressé à l’administration des arts le reproche de ne pas encourager exclusivement le genre historique, qui ne peut trouver de protection que dans le gouvernement. J’ai souvent entendu citer à l’appui de cette critique peu fondée l’exemple de l’oubli dans lequel on laissait un ouvrage important, composition hardie , d’une exécution large, vigoureuse, et qui promet à la France un habile artiste de plus. Le Radeau de la Méduse, tableau de près de 20 pieds, prouve que son auteur, M. Géricault, a puisé dans les ouvrages de Michel-Ange le grandiose qui ne plaît pas à la multitude, mais qui constitue le véritable peintre d’histoire... M. Géricault est tout à fait découragé par l’espèce d’abandon dans lequel on laisse son tableau, qu’il offre depuis deux ans de céder pour 5 ou 6,000 francs. C’est ce qu’on paye aujourd’hui un petit tableau de genre. »

Cette démarche n’eut pas plus de résultat que les précédentes. Mais M. de Forbin ne se tint pas pour battu. En 1824 Géricault était mort.

1. A Son Exccellence le niiiiislre de la Maison du roi. 2 février 1822.

On allait procéder à la vente de son atelier. Le directeur du Musée écrit à M. de la Rochefoucauld qui avait succédé à M. de Lauriston : <i Monsieur le Vicomte, vous pouvez vous rappeler un tableau de feu Géricault qui produisit une vive sensation au Salon de 1819; cet ouvrage d’une grande dimension, représentant le naufrage de la frégate la Méduse, est surtout remarquable par la hauteur, la gravité de l’ordonnance et par l’extrême énergie de l’exécution. Aucun peintre sans exception depuis Michel-Ange n’avait été appelé à sentir et à rendre le genre terrible d’une manière

plus puissante que feu Géricault . Veuillez bien me faire connaître vos

intentions dans les vingt-quatre heures, la vente étant irrévocablement fixée à l’un des premiers jours de la semaine L » La réponse datée du 1®*' novembre autorisait l’achat du tableau, mais le ministre ne mettait à la disposition de M. de Forbin qu’une somme de h ou 5,000 francs. La mise à prix était de 6,000 francs, et l’achat ne put par conséquent s’effectuer. C’est M. Dedreux-Dorcy qui couvrit l’enchère de 5 francs et devint ainsi pour un moment propriétaire du tableau L M. de Forbin écrit de nouveau au ministre le 8 novembre de la même année. Cette fois il a trouvé un biais et il touche au port. On appliquera à l’achat de la Méduse les 5,000 francs déjà accordés, en y ajoutant 1,005 francs pris sur une somme de 6,000 fr. destinée à un peintre nommé Bonnefond, pour un tableau de sa façon « lu Chambre à louer, » qu’il avait vendu 8,000 fr. à un amateur, et qui trouvait par conséquent son compte à renoncer à la commande de l’administration. L’alfaire fut ainsi réglée et approuvée par lettres ministérielles du 12 novembre 182AL C’est ainsi que le Radeau de la Méduse nous est resté, mais nous avons couru grand risque de le perdre, et nous devons certainement ce chef-d’œuvre au goût éclairé de M. de Forbin, et au dévouement, au patriotisme, au désintéressement de M. Dedreux-Dorcy.

Géricault partit pour Londres tout au commencement de 1820, très-

peu de temps après la clôture de l’Exposition, en compagnie de Charlet

1 . AM. le V‘'' de la Rochefoucauld, chargé du dépar' des beaux-arts, 30 octobre 1824

2. La vente de l’atelier de Géricault se fit le 2 novembre 1824, à l’iiôtel Bullion. rue J.-J.-Rousseau , par le ministère de M' l’armentier, commissaire-priseur, et de M. Henri, expert des musées royaux. Elle produisit 53,000 fr.

3. Archives de l’arl français, par M. de Chenevières. T. 1, 1851-1852, p. 71 à 80.

GÉHICAULT.

et de l’économiste Brunet. Ses relations alors très-intimes avec Charlet remontaient à l’année 1818. Dès cette époque il admirait beaucoup l’habile et mordant dessinateur dont les lithographies commençaient à être appréciées. 11 les achetait avidement dès qu’elles paraissaient, et prenait un vif plaisir à en détailler les beautés à ses amis. Avec sa violence ordinaire, il voulut à tout prix faire la connaissance de Charlet; ce désir était

devenu chez lui une idée fixe, un véritable cauchemar. 11 avait fait part de son intention à M. Dorcy, et les deux amis étaient convenus de saisir la première occasion. Ils apprirent bientôt que Charlet, très-pauvre encore et qui faisait tous les métiers pour vivre, était installé à Meudon dans une petite auberge, les Trois couronnes^ que Juhel, peintre barbouilleur philosophe, l’avait chargé de décorer. Ils se mirent en campagne et n’eurent pas de peine à découvrir le bouchon. Le facétieux artiste avait peint sur les volets des lapins, des lièvres, des canards, des brioches, avec un homme debout qui montrait la porte de l’écurie. Charlet a raconté luimême cette première entrevue : «J’étais dans tout le feu de ces compo-

sitions, écrit-il, quand l’aubergiste vint me prier de monter au premier étage où l’on m’attendait; j’y trouvai deux joyeux convives attablés, et au milieu d’eux un compagnon qui, après m’avoir dit qu’il s’appelait Géricault, ajouta : Vous ne me connaissez pas, monsieur Cdiarlet, mais moi je vous connais et vous estime beaucoup; j’ai vu de vos lithographies qui ne peuvent sortir que du crayon d’un brave, et si vous voulez vous mettre à table avec nous, vous nous ferez honneur et plaisir. — Comment donc, messieurs, mais tout l’honneur et le plaisir sont pour moi. — Je me mis donc à table, et tout se passa bien, et même si bien que de ce jour date une amitié que la mort seule a contrariée. Pauvre Géricault, excellent cœur d’honnête homme et de grand artiste ‘. » Géricault revint à Paris à deux heures du matin. Les libations avaient été abondantes; il était enchanté et dans un tel état d’exaltation qu’il se mit à embrasser M. Jamar, qui l’attendait à l’atelier, sans vouloir plus le lâcher.

Depuis ce moment les deux artistes se virent fréquemment, et il s’établit entre eux une véritable intimité qui n’eut pas, à ce que je crois, une heureuse influence sur Géricault. Charlet était un homme de beaucoup de talent et d’esprit, un observateur incisif, ingénieux et souvent profond, un dessinateur très-habile; mais, sous le rapport du caractère, il n’était pas l’égal de Géricault. Je ne voudrais pas contrister l’ombre de son admirateur passionné, de son biographe, le colonel de La Combe, mais Charlet n’était pas du tout un cœur d'or, comme son panégyriste le répète à tout propos. Il avait des vertus privées que l’on est assez surpris de rencontrer chez un homme de cette nature : il était bon père de famille et d’une probité à toute épreuve. Sans doute, il aimait ses amis à sa manière, mais il se livrait, même envers eux, à des plaisanteries cruelles qui passent toutes les bornes, et que je ne puis lui pardonner. Son plus grand bonheur était de déranger les jeunes gens; il les menait à la barrière, les grisait de vin bleu, et s’amusait comme un fou et comme un méchant de leurs balourdises, puis les plantait là. Géricault était sans défense vis-àvis de ceux qu’il aimait. Charlet l’entraîna souvent. Un jour M. Dorcy le vit revenir d’une de ces escapades couvert de boue, dans un état pitoyable. 11 était tombé dans la rivière et s’était fait un grand trou dans la cuisse. Le pauvre Géricault était très-honteux de ces aventures, jurait qu’on ne l’y prendrait plus, mais ces résolutions ne tenaient pas longtemps.

C’est Charlet qui a raconté cette histoire d’une tentative de suicide à Londres, dont personne hors lui n’a jamais entendu parler.

I. Charlet, sa vie, ses lettres, par le colonel de La Combe, p. 17.

GK R ICA U LT.

« Charlet rentrant à l’hôtel à une heure avancée de la nuit, dit M. de La Combe, apprend que Géricault n’est pas sorti de la journée et qu’on a lieu de craindre de sa part quelque sinistre projet. 11 va droit à sa chambre, frappe sans obtenir de réponse, frappe de nouveau, et comme on ne répond pas davantage, enfonce la porte. Il était temps! un brasier brûlait encore et Géricault était sans connaissance, étendu sur son lit; quelques secours le rappellent à la vie. Charlet fait retirer tout le monde et .s’assied près de son ami.

« Géricault, lui dit-il de l’air le plus sérieux, voilà déjà plusieurs fois que tu veux mourir; si c’est un parti pris, nous ne pouvons l’empêcher. A l’avenir, tu feras donc comme tu voudras, mais au moins laisse-moi te donner un conseil. Je te sais religieux; tu sais bien que, mort, c’est devant Dieu qu’il te faudra paraître et rendre compte; que pourras-tu répondre, malheureux, quand il t’interrogera?... Tu n’as seulement pas dîné... »

Géricault, éclatant de rire à cette saillie, promit solennellement que cette tentative de suicide serait la dernière L

Eh bien, tout cela ne serait qu’une de ces facéties cyniques, une de ces inventions féroces dont Charlet se rendit plus d’une fois coupable. Géricault avait sans doute des moments d’humeur sombre; mais il fut relativement tranquille et heureux pendant qu’il habita l’Angleterre, comme en témoigne sa correspondance; et M. Dorcy, qui alla le rejoindre à Londres au commencement de 1821, n’a rien su ni rien vu qui puisse donner la moindre créance à une anecdote qu’il dément de la manière la plus catégorique -.

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