Bouchers de Rome
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Il s'est servi du crayon, de la plume, du lavis; il a parfois marié la plume et le crayon ; il a imprimé sur papier à deux teintes. Curieux des nouveautés, il s'est servi en Angleterre du papier préparé : stonepaper, qui devait se substituer à la pierre à cause de sa légèreté, et auquel on a renoncé très vite, parce qu'il donnait des tirages médiocres. Admirable surtout quand il use de la méthode la plus simple et se contente du crayon.
Son instinct de large notation, son goût pour la netteté et la force se donnent libre cours. Le trait s'écrase avec sûreté, les ombres massées poussent le relief. La lithographie s'affirme comme un moyen libre et complet d'expression, peu favorable aux virtuosités de la ligne, mais savoureux, avec ses noirs caressants et énergiques, ses passages de lumière et ses beaux blancs.
Dans les plus belles pièces, la sensation d'un procédé, d'une traduction mécanique, disparaît complètement ; c'est le dessin même que l'on a sous les yeux, le dessin mené franchement avec un crayon tendre sur un papier à gros grain. Et c'est la grande joie que procure une belle lithographie que cette impression directe, que l'eau-forte elle-même ne donne pas, car l'eau-forte suppose la collaboration de l'acide, et ici rien ne paraît s'associer à la verve de l'artiste.
Dans l'histoire de la lithographie, qu'il servit, par ailleurs, par l'autorité de son talent et l'autorité de ses
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œuvres, le rôle propre de Géricaultest d'avoir montré que la pierre se prêtait à toutes les confidences, capable de multiplier les copies de l'œuvre du dessinateur sans aucune addition, sans aucune réticence. Les planches signées de Géricault sont aujourd'hui rares et célèbres; elles ont été tirées isolées ou par séries, chez Motte d'abord, puis chez Engelmann, en Angleterre chez Hullmandel. La suite des pièces anglaises est peut-être la plus riche d'inspiration et la plus hardie de facture (PL p. 97 et io5).
La grande majorité des lithographies de Géricault est consacrée aux chevaux. Ce n'est pas l'effet seulement d'une prédilection naturelle ; les marchands l'encourageaient en un genre où il obtenait un grand succès et où la vente était assurée.
Cette réputation, la première que l'artiste ait conquise, s'est maintenue jusqu'à nous ; mais elle a été récemment en partie ébranlée.
Géricault a été et demeure pour nous un admirable portraitiste de chevaux. Bien qu'il ait représenté le cheval dans ses allures les plus violentes, — ainsi le Chasseur à cheval, — il l'a surtout aimé au repos. Il l'examine comme un individu, s'attache à sa physionomie particulière, dégage les caractères qui le rattachent à une race et dans sa beauté fait éclater le caractère ethnique. Il se plaît dans les écuries, observe con amore la lumière tamisée, les reflets chauds de la paille, les robes sombres qui se
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détachent sur le bois des boxes (PI. p. ii3). Mais il préfère aux bêtes de luxe et aux écuries impériales les chevaux de trait attachés près des chaumières et des auberges, et s'intéresse à tous ceux qui les entourent, rouliers, maquignons, maréchaux ferrants.
Le percheron des herbages de Normandie est son favori. Jamais, à son gré, cheval n'est trop massif ni trop musclé, et, par une exagération instinctive, il hypertrophie les croupes sans mesure. Par là il contribue à populariser dans l'art la bête robuste qui réclame sa place à côté du pur sang un peu fantaisiste que Carie Vernet avait mis à la mode.
L'excès auquel il a porté sa passion se marque dans ces séries d'estampes, un peu froides pour les profanes, où il étudie heureusement le type de chaque race. L'art, ici, a moins de place que la science spéciale, et il faut être initié pour en sentir tout le mérite.
En tous ces efforts, sa. supériorité n'a jamais été contestée. Pendant très longtemps, on a cru aussi qu'il avait déployé une maîtrise égale dans l'étude des allures. Le Derby d'Epsom était regardé comme l'expression parfaite de la vélocité et, dans la traduction de mouvements plus calmes, on était allé jusqu'à prétendre qu'il faisait deviner, dans la position actuelle des membres, celle qu'ils venaient d'abandonner et celle qui allait succéder immédiatement. Les révélations de la photographie instantanée ont détruit le plaisir que provoquait le Derby d'Epsom; elles ont montré aussi ce qu'il y a d'arbitraire et de
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faux dans ces notations si vantées. Le lieutenantcolonel Duhousset *, très sympathique à Géricault, relève, par une analyse très précise, ses erreurs. « Il serait puéril désormais, écrit M. Bouchot 2, de chercher autre chose, dans ses lithographies équestres, que l'état de la science du cheval à une époque précise : ne disons pas qu'il était en progrès sur ses devanciers. Quatre cents ans avant lui, Jean Fouquet poussait à fond la question, dans ses miniatures. Vittore Pisano, le grand médailliste ciseleur, n'avait rien à apprendre à ce sujet et, bien des siècles avant, les sculpteurs du Parthénon n'eussent jamais, sur ce point, commis la moindre faute. »
Remarquons-le d'ailleurs, il suffit que l'on ait cru à la vérité de ces études pour qu'elles aient contribué à faire connaître le plaisir que suscite l'observation pure et directe.
Quelques études de félins, chats, tigres, lions, complètent l'œuvre de Géricault animalier. Il y a porté la même recherche de justesse de poses et d'intensité de vie organique, plus voisin des grands animaliers flamands, de la sagesse d'un Snyders, par exemple, que de la sensibilité nerveuse d'un Delacroix. Des têtes de chats couvrent des pages d'album, saisies avec une impeccable maîtrise (PI. p. 1 5 7), et l'on ne trouverait pas de bas-relief antique plus décisif, plus magnifique de lignes, que ce Cheval attaqué par