‹ Germain Pichault de la MartinièreChapitre 6 sur 15 · BIENFAITEUR DE LA MARTINIÈRE · texte numérisé non relu

BIENFAITEUR DE LA MARTINIÈRE

Louis n'avait reçu que fort tardivement des renseignements certains sur l’origine et la première éducation de La Martinière. Il pouvait, dit-il dans son Éloge, s’en honorer, et n’ajoute rien de plus, soit qu’il lui restât, comme il l'avoue encore, « beaucoup de recherches à faire », soit qu'il eût quelque peine à rappeler les débuts sans doute pénibles du Premier Chirurgien. Personne après lui n'a cherché à compléter sur ce point la biographie de La Martinière, on en est réduit aujourd’hui à de simples conjectures.

On ne sait si les écoles d'Argenton-l'Église existaient déjà au commencement du XVIIIe siècle. Il est de tradition que La Martinière eut pour premiers maîtres son père et l'abbé Lecomte, curé de la paroisse. Il n’est parle nulle part du chirurgien qui le prit en apprentissage pendant les deux années règlementaires, après lesquelles il dut aller passer ses premiers examens devant le lieutenant de

chirurgie de la circonscription. Il est fort probable qu'il entra chez le chirurgien en résidence à Argentonl'Église ().

Germain Pichault n’exerça pas longtemps en province ; dés le commencement de 1721, alors qu'il n'avait guère que 23 ans, on le trouve à Paris au service du prince Charles de Lorraine, auquel il fut peut-être recommandé par une famille de gentilshommes possédant un château dans les environs de Thouars.

Charles de Lorraine, né le 22 février 1684, avait succédé à son pére, Louis de Lorraine, dans la charge de grand écuyer, en 1718; l’année suivante, il épousait Adélaïde de Noailles, fille d'Adrien-Maurice et de Françoise d'Aubigne, nièce de Mme de Maintenon, dont il se sépara en 1721, sans en avoir eu d'enfants. Il mourut le 29 septembre 1751, d'une gangrène sénile, dans les bras de La Martinière (2).

Germain Pichault avait fait cette addition à son nom patronymique, dès 1723. La Martinière, petite propriété dont nous avons indiqué la situation, avait appartenu à son grand-père, Louis Simoneau, mais rien ne prouve que le Premier Chirurgien en ait jamais été possesseur.

Le prince de Lorraine, qu'on appelait ordinairement - Monsieur Le Grand, à cause de ses fonctions de grand écuyer, logea, pendant près de 20 ans, La Martinière, à son

(1) Cette paroisse paraît avoir été pourvue de chirurgiens pendant tout le

XVI siècle. On trouve :

En 1697, René Guibault, demeurant à Villegaye, village qui confine à ER l Église.

En 1746, Texier.

En 1746, le décès de Pierre Pichault, maitre chirurgien, âgé de 26 ans, sans doute de la famille de La Martinière.

En 1756, Dupeuty.

En 1765, Jacques Thibault.

(2) Son petit-neveu Louis-Charles de Lorraine, comte de Brionne, lui succéda

dans la charge de grand écuyer.

hôtel d'Armagnac et ne tarda pas à le traiter sur un pied d'égalité parfaite et en véritable ami. Ce puissant protecteur ouvrit au jeune chirurgien la voie des honneurs et de la fortune.

Suivant une tradition fort accréditée, Germain Pichault se serait produit à la cour dès l’année même de son arrivée à Paris, dans une singulière circonstance.

On croit qu'il fut le seul chirurgien qui osa saigner le roi dans une maladie désespérée, le rer août 1721, sur la demande d'Helvetius et des autres médecins, violemment combattus par Mareschal, premier chirurgien. Cette saignée, pratiquée au pied (1), eut les conséquences les plus heureuses. Si l'intervention de Pichault est réelle, il est fort admissible qu'il fut recommandé aux médecins du roi par M. Le Grand.

En 1723, le prince Charles donnait à son chirurgien 200 livres de gages annuels, qui furent augmentées de 100 livres à partir de 1727. Le 19 février 1731, les gages se transformaient en une pension viagère de 400 livres payable par quartiers. En 1747, après la promotion de La Martinière aux fonctions de Premier Chirurgien du roi Louis XV, M. Le Grand convertissait cette rente viagère en une rente perpétuelle de 200 livres au capital de 4.000 livres. Le prince lui devait en outre, pour prêts successifs, près de 19.000 livres; il lui constitua pour le tout une rente perpetuelle de 1.145 livres 8 sols, hypothéquée sur 400.000 livres dûs par le duc d’Elbeuf sur son duché.

Là ne s'étaient pas: arrêtés ses bienfaits Des"=\r725, il avait fait obtenir à La Martinière la place de Chirurgien

(1) Elle fut pratiquée à 11 heures du soir, on avait déjà saigné le roi, au bras, à 4 heures de l'après-midi, Il prit de l’émétique et fit une évacuation charmante. 1

(Journal de Barbier).

la Grande Écurie ; c'était encore grâce à lui qu'il avait pu | acheter, en 1728, un office de chirurgien du roi servant F quartier QG), En 1739, il se l’associait dans la fourniture | des fourrages de la grande écurie.

bLe 28 janvier 1728, La Martinière s'était fait agréger À | é cole des maîtres en chirurgie de Paris, dite Collège de S Saint-C osme.

CR Ü par un profond sentiment de reconnaissance envers e prince toujours préoccupé de son avancement, il avait tinué à lui donner des soins Pie son élévation au

de

Le testament fut attaqué par Mile d'Armagnac et par V me d'Isenghien, issue d’une autre sœur du grand écuyer.

Les chirurgiens servant par quartier avaient 600 livres de gages sur les riers de la maison du roi, 300 livres de récompenses au trésor royal, livres de livrées à la chambre aux deniers. Toutes les fois que le roi a chait les malades, les chirurgiens recevaient de la chambre aux deniers livres, plus 6 sols 6 deniers pour une douzaine de pains, deux quartes de de table et six pièces de gibier piquées.

devaient se trouver aux repas du roi, à son lever et à son SR comme nédecins, de plus l’accompagner à la chasse, crainte d'accident et ne TE beaucoup du carrosse quand Sa Majesté marchait en campagne. noue le roi prenait médecine, foute la Faculté, c'est-à-dire tous les n decins, tous les chirurgiens et tous les apothicaires, devait se trouver réunie à la chambre,

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La Martinière perdit son procès en dernière instance, le 24 mars 1753. Les soins donnés dans la dernière maladie motivérent la décision des juges. Cette cause de nullité n’était pas cependant toujours admise, aucune loi n’en parlait encore, mais le sentiment public l'imposait en quelque sorte aux tribunaux.

On a dit, non sans quelque apparence de raison, que le légataire éconduit pourrait bien n'avoir été considéré par le testateur que comme un simple fidéicommissaire. Le prince aurait laissé des enfants naturels qu'il voulait confier à l'honnête La Martinière. Il est certain que le Premier Chirurgien devait donner 50.000 livres à une personne connue de lui seul. I y avait encore 135.000 livres pour M. de Brionne. Les dettes à payer étaient considérables. La Martinière avait enfin reçu du prince, un état signé des sommes à distribuer à ses officiers et domestiques qui soutinrent et perdirent le procès avec le légataire universel. Ainsi, de par le jugement, toutes les volontés du défunt furent annulées et sa succession passa à des gens qu'il avait exclus.

M. G. Gasser a pu se procurer le mémoire imprimé produit par La Martinière. C'est grâce à ce document qu'il a été possible de le suivre pendant les premières années de son séjour à Paris.

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