‹ Germain Pichault de la MartinièreChapitre 8 sur 15 · ÉA MARTINIÈRE, PREMIER CHIRURGIEN DU ROI · texte numérisé non relu

ÉA MARTINIÈRE, PREMIER CHIRURGIEN DU ROI

François de La Peyronie, qui avait succédé à Mareschal comme premier chirurgien du roi, en 1736, était mort en 1747. Outre La Martinière, l’opinion désignait comme aptes à cet emploi :

Morand @), qui fut chirurgien en chef de la Charité, chirurgien-major des Gardes Françaises et chirurgien en chef des Invalides, membre de l’Académie des sciences et secrétaire général de l’Académie de Chirurgie avec Louis ;

Bagieu, ancien chirurgien-major des armées, chirurgienmajor des Gendarmes du roi ;

Et Quesnay C).

(1) Sauveur-François Morand, né à Paris en 1697, mort dans cette ville le 21 juillet 1773, fils de J.-B. Morand, chirurgien en chef des Invalides.

(2) François Quesnay, le futur économiste de l'Encyclopédie, d'abord maitre en chirurgie. Villeroy le prit à son service, il fut ensuite chirurgien ordinaire du roi qu'il accompagna dans l'expédition de Flandre en 1744. La goutte lui interdisant toute opération manuelle, il se fit recevoir en la dite année docteur en médecine, ce qui ne l’empêcha pas de conserver longtemps encore les fonctions de secrétaire perpétuel de l’Académie. Il combattit avec ardeur pour les chirurgiens dans la lutte contre la Faculté, et mourut en 1774.

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La Retenue de premier chirurgien du roi pour La Martinière, est- datée -devBruxelles "le "10 time Le 29 du même mois, le successeur de la Peyronie prêta serment à l’abbaye de Parest, devant Chicoyneau, premier médecin du roi, contre lequel il allait bientôt soutenir les droits du corps de saint Cosme (). Les lettres et le serment furent. enfin enregistrés à la Cour des compense DIU 747:

La Martinière devait payer à la succession du précédent titulaire 60.000 livres que Louis XV avait assurées par brevet du 13 juin 1741, à La Peyronie. Toujours à la date du 16 juin 1747, le roi donnait assurance pour semblable somme au nouveau Premier Chirurgien, soit qu'il mourüt dans-Fexercice de sa charge, soit qu'il s’en démit.

Le chef de la chirurgie eut à cesser ses fonctions de chirurgien servant par quartier qu'il occupait depuis 1728. Pierre-Léonard de Marlat en fut pourvu le 10 février 1748. I dut en conséquence payer à La Martinière une somme de 1.200 livres.

Les lettres conférant la #oblesse à La Martinière furent signées par Louis XV, à Versailles, en juin 1749 @).

Le premier chirurgien était fait Chevalier de Saint- Michel avec dispense de la preuve de deux degrés d'extraction, le 24 novembre 1749. Enfin, le 22 mai 1770, le roi lui concédait le titre de Conseiller d'État. |

Nous avons voulu en finir une fois pour toutes avec cette longue série de promotions,

Peu de jours avant sa mort, le 18 avril 1747, La Peyronie avait fait ou plutôt signé son testament.

(1) Patron des chirurgiens.

(2) Ses armes étaient de gueules à la fasce de vair accompagnée de deux étoiles d'argent en chef et d'une rose de même en pointe.

Ecu timbré d'un casque de profil orné de ses lambrequins d'argent, d'azur et de gueules,

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Il ne laissait à sa famille et à ses amis que des usufruits. Tout le reste était donné à la chirurgie.

François de La Peyronie, né à Montpellier, le 15 janvier 1078, avait étudié à Paris, puis était revenu au pays natal où il fut chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu de Saint-Éloi et démonstrateur d'anatomie.

Ce fut là que Villars le prit, en 1704, pour l'emmener avec lui dans les Cévennes, à titre de chirurgien-major. Rétourneé à Paris, en 1714, pour soigner le duc de Chaulnes, le futur premier chirurgien y poursuivit le reste de sa carrière. |

Montpellier ne fut point oublié dans ses générosites testamentaires. La compagnie des chirurgiens obtenait deux maisons dans la grande rue de la ville; le donateur voulait que ces maisons fussent démolies et qu’on élevât sur leur emplacement un amphithéâtre semblable à celui de Paris, 100.000 livres étaient léguées pour sa construction.

Il assignait, en outre, un revenu pour cinq démonstrateurs et cinq adjoints, qui devaient donner des leçons

“dans cet amphithéâtre. Des legs aux hôpitaux de

Montpellier avaient pour condition de fournir des cadavres pour les dissections.

Paris fut bien plus richement doté encore. La Peyronie donnait au Collège des chirurgiens de la capitale du royaume, Sa bibliothèque, un fonds pour l’augmenter et la terre de Marigny, dont les revenus devaient être consacrés à un prix annuel consistant en une médaille d’or de 500 livres

M pmsentant à perpétuité Louis XV, et à des jetons de

présence à distribuer à chaque séance aux quarante académiciens composant le Comité; en outre, mille livres étaient données pour deux cours d'accouchement, l'un pour les élèves. de chirurgie, l’autre pour les sagesfemmes. Il y avait enfin des émoluments pour cinq adjoints

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aux cinq démonstrateurs royaux, pour le secrétaire de l'Académie et le bibliothécaire,

C’est le plus grand acte de libéralité dont l’histoire de la chirurgie fasse mention.

L'événement était fort heureux pour le successeur de La Peyronie. L'Académie de Chirurgie, qui jusque là, ne s'était soutenue que par son propre zèle et par le seul amour de la science, allait se trouver largement dotée et subventionnée.

La terre et seigneurie de Marigny, située dans l'élection de Château-Thierry, géneralité de Soissons, paroisse de Vitry-le-François, dans la Brie, était le gage principal des legs faits à Paris. Le château était une résidence quasi royale que Louis XV allait ériger en marquisat en faveur de M. de Vandières, frère de Mme de Pompadour, le 14 Septembre 1754 (1). La Peyronie l'avait démeublé“et converti en une sorte d'hôpital pour les indigents.

Par sentence du 29 août 1747, le Châtelet de Paris ordonna la délivrance des legs. Cette sentence fut confirmée le 18 juillet 1748 ; le collège des chirurgiens prit possession du château le 26 août suivant. Il en confia l'administration à deux de ses membres, qui s’acquittèrent fort mal de leur mission. La terre ne produisait plus qu'une somme insuffisante pour remplir les intentions du donateur.

Dans ces conditions, le roi, à l’instigation de La Martinière, consentit à acheter le domaine pour 200.000 livres, en son nom personnel, à la condition que cette somme serait placée en rentes au profit du collège

(1) M. de Vandières était surintendant des bâtiments. Les Beaux-Arts lui doivent beaucoup: ce fut lui qui fit faire les premiers rentoilages. Il fit acheter, pour 10.000 livres de rente, du nommé Picot, ce procédé de transport des peintures, alors absolument nouveau,

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des chirurgiens, sans qu'ils pussent recevoir le remboursement du principal, si ce n’est en le replaçant aussitôt

et en faisant un emploi assez solide pour acquitter dans

toute leur rigueur les charges auxquelles la donation était assujettie.

En conséquence, le 22 septembre 1749, la vente de Marigny au roi fut autorisée par arrèt du Conseil d'Etat, et le 30 octobre 1750, Louis XV donna des lettres patentes confirmant cette acquisition faite par contrat des 20 et BHOCtObrén 1740, Signe par La Martinière, Premier Chirurgien du roi, et les prévôts du collège des maîtres en chirurgie ().

Louis XV devait 200.000 livres à Poisson, père de Mne de Pompadour, 1l lui donna Marigny contre quittance de cette somme en 1751.

Louis XV, très satisfait des services de son Premier Chirurgien, considérant la modicite des revenus de sa charge, lui avait accordé, par une décision du 11 décembre 1747, confirmée par une autre décision du 17 décembre 1750, un supplément de gages de 1.200 livres sur le trésor royal, que l'on voulut, plus tard, soumettre à la retenue du dixième, mais La Martinière, toujours jaloux de ses prérogatives, paraît avoir soutenu avec succès que ce supplément lui avait été donné sans aucune charge.

Le 28 avril 1748, à Paris, le Premier Chirurgien prit part à l’autopsie et à l’'embaumement de Marie-Thérèse, fille du Dauphin et de Marie-Thérèse d'Espagne, décédée à Versailles, le 27 avril 1748, à 21 mois et 8 jours. On vit à cette occasion qu'il n’était pas plus disposé à céder aux

(x) De l'imprimerie de Laguette, imprimeur de l'Acad. roy. de Chirurgie, rue Saint-Jacques, à l’Olivier. Bibl. de l'Ecole de méd., 7279. Recueil factice des pièces et mémoires pour les maitres en chirurgie de Paris contre la Faculté de Méd. depuis la déclaration du roy de 1743, t. 2.

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prétentions plus ou moins justifiées de la saluberrima facullas qu'il ne devait l'être plus tard à celles des trésoriers. On ne lui présenta la plume qu'après que tous les médecins eurent signé. Le Premier Chirurgien, jugeant qu’il avait le droit de figurer immédiatement après le premier médecin, refusa de se conformer à cette formalité, et tous les autres chirurgiens, prenant fait et cause pour lui, firent de même, de sorte que l’acte ne reçut aucune signature de chirurgien.

L’attachement de La Martinière pour le Dauphin, dont il avait été le Premier Chirurgien avant Dulattier, l’appela de nouveau près de lui en 1752, lorsque ce prince fut atteint de la petite vérole. On connaît le touchant dévouement de la Dauphine, qui voulut rester près de son mari pendant toute la durée de cette dégoütante et dangereuse affection ().

Nous verrons plus tard La Martinière assistant de même Louis XV dans la variole qui fut sa dernière maladie. Les saignées, dont on gratifiait alors à peu près uniformément tous les malades, ne suffisent pas à expliquer la présence du Premier Chirugien près du père et du fils. Nous avons vu que toute la Faculté était appelée même en cas de simple médecine. Il en était de mème, à plus forte raison, dans les maladies sérieuses, et La Martinière, toujours dévoué, accourait à la première alerte.

On sait que le 21 août 1755, le Dauphin eut le malheur de tuer à la chasse, en déchargeant son fusil, avant de rentrer à Versailles, Chambord, l’un de ses écuyers. Le coup avait atteint le haut du bras. Le roi amena La Martinière qui, d'accord avec plusieurs autres chirur-

(1) Le Dauphin avait épousé en seconde noces, en 1747, Marie-Josèphe de Saxe, dont il eut Louis XVI, Louis XVIII, Charles X, Clotilde, épouse de Charles- Emmanuel IV, roi de Sardaigne, et M°° Elisabeth.

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giens réunis à la hâte, jugea toute opération impossible. Le blessé traîna pendant sept jours Q),

Le jour de l'attentat de Damiens (4 janvier 1757), La Martinière avait passé l’aprés-midi avec le roi, à Versailles ; à 4 heures, il était parti pour Trianon où Louis XV devait se rendre pour y séjourner jusqu'au 8. IL y était déjà arrivé lorsque le roi fut frappé en montant dans son carrosse.

L'étiquette royale était une fort belle chose. Le roi devant partir, on ne trouva plus de draps pour le coucher. On l’étendit sur ses matelas pendant qu'on allait en chercher chez Mme Dufour, nourrice du Dauphin. On appela Hévin, chirurgien de la Dauphine, qui commença par linévitable saignée. À 6 heures 1/2, La Martinière était revenu ; il Suça, dit-on, la plaie et s’assura, en sondant, que le fer s'était arrêté sur une côte. Le froid était très vif ce jour-là, le roi avait pris deux redingotes, dont l’une de fourrure, ce fut ce qui le sauva. La Martinière reconnut à l'inspection de l’arme qu'elle n'avait pu être empoisonnée, il passa la nuit près du blessé et dès le lendemain rassura tout le monde. Le 15, le roi était complètement guéri G).

La Martinière avait vainement assiste le Dauphin dans la maladie qui le conduisit au tombeau le 20 décembre 1765 G).

Le sincère attachement et l'honnêteté du Premier Chirurgien avaient eu le même succès près du roi que près du grand écuyer. Il prit mème involontairement l'habitude de lui parler avec une liberté qui tenait de la familiarité. C'était uniquement à Louis XV qu'il adressait ses suppliques dans ses différends avec la Faculté et pour tout ce qui concernait l'avancement de la chirurgie.

(1) Journal de Barbier.

(2) Journal de Barbier.

(3) Vomique,

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Son ascendant sur le caractère faible et irrésolu du monarque était tel qu'il avait toujours réussi à le faire entrer dans ses vues. Louis XV savait seulement résister quand il s'agissait de ses plaisirs. La Martinière ne put faire congédier Mme Du Barry, la seule femme, disait le roi, qui lui fit oublier la soixantaine passée.

A cet âge, cependant, il est difficile de jouer impunément au jeune homme. Louis XV estimait que sa constitution. jusque-là si robuste, serait encore au niveau de cet autre caprice, et, comme La Martinière l'avait prévu, il sentit bientôt ses forces diminuer. Son ennui habituel devint une profonde mélancolie dont rien ne pouvait le tirer. La vieillesse arrivait avec son triste cortège d’infirmites ; le monarque devenait sourd, l'œil perdait son éclat.

Louis XV, lui-même, ne tarda pas à s’alarmer, 1l eut peur de la mort. Craignant surtout l’apoplexie, 1l demanda à La Martinière de coucher près de lui afin d’être prèt à tout évènement. Une-nuit, il avait rèvé qu'on le portait à Saint-Denis tout vivant dans son cercueil. Le Chirurgien s'efforçait d'éloigner cette pénible impression.

— C'est que, disait le roi, à force de rouler, le char s’use. Je crois qu'il est temps d’enrayer.

— Sire, répondit La Martinière avec sa franchise habituelle, vous feriez mieux de dételer.

— C'est dur, murmura Louis XV.

La Martinière fit encore preuve d’une grande fermeté lors de la dernière maladie, 26 avril 1774. Mme Du Barry n'avait cru qu'à une indisposition de peu de durée; voulant maintenir plus aisément son influence sur l’esprit du malheureux vieillard, elle s'était décidée à le retenir À Trianon et à ne point prévenir la famille royale. On fut cependant bien vite informé à Versailles; le Dauphin,

désirant avec beaucoup de raison ramener le roi au

milieu des siens, se hâta de dépêcher le fidèle La Martinière, bien convaincu qu'il saurait résister aux cris et à la fureur de la favorite.

Tout se passa comme il l'avait prévu. Le soir du même jour, 28 avril, le roi était conduit à Versailles. Le 30, le Premier Chirurgien eut encore la pénible mission de déclarer au malade qu'il avait la petite vérole. Le 3 mai, la Du Barry était congediée; le 7, Louis XV, obéissant aux derniers conseils de La Martinière, se deécidait à recevoir les secours de la religion G); le 10, il expirait.

P’avénement. de Louis XVI ne changea rien à la situation de La Martinière à la cour ; bien que son élève Andouillé eût obtenu la survivance dès le 3 avril 1760, il voulut conserver ses fonctions pendant les quelques années qui lui restaient à vivre. Son rôle n'était pas fini. C'est grâce au nouveau roi que la nouvelle école de chirurgie sera bâtie et que La Martinière fondera près d'elle un hôpital de perfectionnement 2).

(1) Un bulletin médical du dit jour existe encore, portant, entre autres, la signature de La Martinière.

(2) La Clinique.

SAINT OLUCEEERTPS AIN IMCRCSREE

Le règne de Louis XIV fut un âge de fer “pour la chirurgie. Les chirurgiens lettrés ou de robe longue se trouvant en trop petit nombre, avaient commis l'impardonnable imprudence de se réconcilier avec les barbierschirurgiens ou de robe courte, en 1655.

Dès lors, la chirurgie, dégradée par son association avec des artisans, fut exposée. à tout le mépris qui‘devait suivre une aussi indigne alliance. Un arrêt solennel la dépouillait de tous les honneurs littéraires en 1660. On n’exigea plus des chirurgiens jurés le titre préalable de maître ès-arts. Le Français, jusque-là réservé aux aspirants Fraters, fut la seule langue employée dans les cours. La Faculté, toujours prête à rabaisser le corps de saint Cosme, s’empressait d’initier aux grandes opérations les barbiers-chirurgiens, jusque-là confinés dans la petite chirurgie ou chirurgie ministrante, dite en latin /onsfrina, des onsores.

En outre, les chirurgiens renouvelaient tous les ans, à la saint Luc, Île sérment d’'obéir 4 Aa Facultetmme

n'invoquer aucune autre aide que celle d'un docteur ou licencié du corps médical, de n’ädministrer aucune médecine altérative, confortative ou /axative, de s’en tenir, en un mot, à l'opération manuelle. La Faculté prenait part à l’enseignement et aux examens et, pour mieux établir la sujétion, allait jusqu'à percevoir une redevance sur chaque chirurgien.

La chirurgie comptait, cependant, encore à son actif un certain nombre d'hommes éminents; plusieurs d’entre eux figurèrent avec honneur à l’Académie des sciences, fondée en 1666. C’est aux constants efforts de ces maitres de l’art, humiliés d’être confondus avec les fonsores que la chirurgie devra son rétablissement.

Un édit de 1671, réorganisant l'École royale de Chirurgie du Jardin des Plantes, contribua, dans une certaine mesure, à maintenir l’enseignement. Louis XIV, effrayé sans doute des tristes résultats de la fusion des : chirurgiens jurés et des barbiers-chirurgiens, excluait des chaires de cette école les docteurs en médecine qui en avaient été chargés jusque-là, et les remplaçait par des chirurgiens. Ce fut au Jardin des Plantes que le célèbre Dionis () professa l'anatomie.

François Félix de Tassy avait réuni sur sa tête, en 1668, les fonctions de premier chirurgien et de barbier du roi. Charles-François Félix, son fils, qui lui succéda vers 1686, fit un règlement pour le corps entier @), dont l'observation fut ordonnée par arrêt du 2 août 1699, confirmé par lettres patentes du mois de septembre suivant, enregistrées au Parlement le 3 février 1701.

(1) Pierre Dionis, mort en 1718, auteur d'une anatomie, d'une chirurgie et d'un traité des accouchements, fut attaché à Marie-Thérèse, femme de Louis XIV, au Dauphin et à plusieurs princes du sang.

(2) C'est-à-dire pour les chirurgiens jurés, les barbiers-chirurgiens .et les chirurgiens-barbiers.

Charles Félix avait été attaché à divers hôpitaux tant militaires que civils, il fut anobli.

L'église de Saints-Cosme-et-Damien, dans laquelle avait été érigée, en. 1255,: Ja :Confrérié des Patrons ue Chirurgie, était située au coin de la rue des Cordeliers () etudeslatruétEaharpesspres td ele serrouvar l'École de chirurgie @).

En 1601, Charles Félix y fit Construire cum amphithéâtre pour les démonstrations. La porte était ornée d’un ordre ionique avec quelques sculptures.

On lisait, au-dessus, ce distique de Santeuil :

Ad cœdes bominum frisca ampbitheatra patebant,

Ut discant longüm vivere nostra patent G)

reproduite plus tard dans l’amphithéâtre de l'École de Saint-Cosme, rebâtie par La Martinière, devenue, à la Révolution, l'École de santé de Paris.

Georges Mareschal, chef de la chirurgie et barberie du royaume, après Charles Félix (1703-1736), fit ajouter aux constructions de son prédécesseur un autre bâtiment avec une vaste salle (1707-1710) @. Toutefois, ce ne fut qu'après la Régence que la chirurgie commença à relever ÉRREC | |

En 1724 6), cinq démonstrateurs swbventionnes par le

(1) Aujourd’hui rue de l’École de Médecine.

(2) Ou collège de Saint-Cosme; une école de dessin gratuite a été installée dans l’ancien amphithéâtre, sous Louis XVI.

(3) Sauval, Hist. et recherches des antiquités de la ville de Paris.

(4) Hist. de Paris de Dom Félibien et de Dom Lobineau.

Cette salle était destinée aux assemblées de Saint-Cosme et aux consultations gratuites. Sa porte se trouvait vis-à-vis l'entrée du grand amphithéâtre, le tympan portait cette inscription : Consilio Manuque, devise des chirurgiens.

(Germain Brice. Nouvelle descript. de la ville de Paris, 8° édition, 4 vol. in-12. Paris, Julien-Michel Gandouin et François Fournier, 1725, t. III, 218).

(5) Lettres patentes de sept. 1724.

roi sont établis à l'École de Saint-Cosme pour l’enseignement de la théorie et de la pratique. La même année, deux chirurgiens choisis par Mareschal étaient envoyés à la Charité pour y soigner les pauvres Q),

Aaparuir de 1730, les censeurs royaux, chargés d'examiner les livres relatifs à la chirurgie, sont pris dans le corps de Saint-Cosme.

La Peyronie, premier chirurgien du roi en survivance depuis 1717, avait puissamment secondé les efforts de Mareschal.

Jean-Louis Petit, démonstrateur de l’École de Saint- Cosme et censeur royal, qui fut le plus éminent représentant de la chirurgie sous Louis XV, s'était joint à à eux. Tous trois obtenaient de Louis XV, le 18 septembre 1731, la fondation de l’Académie de Chirurgie dont J.-L. Petit fut le premier directeur.

La Faculté attaqua les lettres patentes autorisant la fondation de l’Académie, sous prétexte qu'elles n'avaient pas été soumises à son enregistrement, contre son droit. Ce fut le commencement de la fameuse lutte qui dura pendant toute l'administration de La Peyronie, chef de la chirurgie, de 1736 à 1747, et finit seulement au temps de La Martinière, en 1750.

La chirurgie, cependant, continuait à progresser malgré les efforts des suppôts de saint Luc. Une déclaration de Louis XV, du 23 avril 1743, obtenue par d’Aguesseau, relégua les barbiers-chirurgiens et les chirurgiens-barbiers dans leurs infimes fonctions. Ils durent désormais s’en tenir à la petite chirurgie. On ne vit plus sur leur boutique que le bassin blanc. Les barbiers-chirurgiens — jurés ou

(1) En conséquence, les frères de Saint-Jean-de-Dieu ou de la Charité qui âvaient été autorisés, le 30 août 1721, à traiter, panser et médicamenter dans leur hôpital de la Charité, perdaient le droit d'exercer la chirurgie.

de robe longue — eurent seuls droit au bassin de laiton. Cette fois la séparation était définitive.

Pour obtenir le titre de maître en chirurgie, il fallait, à Paris, produire le diplôme de maître ès-arts. Tous les honneurs littéraires ‘et universitaires furent rendus au Collège de Saint-Cosme et, comme à la Faculté, les cours se firent en latin. Antoine Louis tint à honneur de composer le premier sa thèse dans la langue universitaire (1749).

Nouvel émoi de la Faculté atteinte dans ses prétendues prééminences sur le corps de saint Cosme et qui perdait le tribut jusque-là indûment perçu sur la chirurgie.

La Martinière avait succédé à La Peyronie en 1747, la lutte se poursuivait à grand fracas devant les tribunaux. Le nouveau chef de la chirurgie devint un intraitable procédurier, l'émancipation définitive du corps de saint Cosme fut son .œuvre, elle ‘assura Iles Sprobies ne la chirurgie jusqu'au jour où la Révolution réconcilia enfin les frères ennemis pour le plus grand bien de l'humanité.

Le Premier Chirurgien avait trouvé dans Chicoyneau, premier médecin du roi, un rival digne de lui; c'était la même fougue, le même tempérament (G). De part et d'autre, mémoires et factums se succédaient à l'envi. Les suppôts de saint Luc produisirent « d'immenses volumes ». Plusieurs de ces pièces sont signées de Martinenq, doyen de la Faculté de Médecine de Paris, de

(1) François Chicoyneau, né à Montpellier en 1672, mort en 1752, fils de Michel Chicoyneau, chancelier de la Faculté de Montpellier, avait été lui-même chancelier de cette faculté et s'était illustré pendant la peste de Marseille.

I devint le gendre de Chirac et fut après lui premier médecin de Louis XV, de 1732 jusqu'à son décès. Il suivit pendant tout ce temps le roi dans ses campagnes. Chicoyneau, sans doute comme premier médecin, était surintendant général des eaux, bais et fontaines minérales et médicinales du royaume.

Combalusier (1), de Procope (@), etc. Malgré leurs efforts, le sentiment public se montrait favorable aux chirurgiens toujours en progrès depuis un demi-siècle, lorsque la Faculté demeurait stationnaire. L'abbé des Fontaines, Lemercier, La Mettrie, d’autres encore, combattaient pour eux. Girodat, qui avait été déjà l’avocat de La Peyronie, continua à signer les mémoires du Collège de Saint-Cosme, qu'il rédigeait sous les yeux de La Martinière. Il y en eût même, qui furent donnés sous le seul nom du Premier Chirurgien 6).

Le 12 avril 1749, intervint un premier arrèt du Conseil d'État au sujet de ces longues contestations. Le triomphe du Collège de Saint-Cosme ne devint définitif qu'après un autre arrêt du 4 juillet 1750, portant règlement entre la Faculté et les maîtres en l’art et science de chirurgie de Paris.

La dernière trace de la sujétion disparut en 1770. Le 19 juin de cette année, Louis XV, à l'instigation de La Martinière, signait une déclaration par laquelle le Premier Chirurgien devait désormais prêter serment entre les mains du roi et recevoir ensuite le serment des chirurgiens ordinaires, des chirurgiens servant par quartier, des chirurgiens de la famille royale et du premier prince du sang, lorsque, jusque-là, chacun de ces serments avait été prêté devant le premier médecin.

Débarrassé des barbiers-chirurgiens et de la Faculté,

(1) François de Paule Combalusier, docteur en médecine de l'Université de Montpellier, licencié de la Faculté de Paris.

(2) Michel Coltelli, dit Procope Couteau, né à Paris en 1684, quoique docteur régent de la Faculté de médecine de Paris, s'était surtout livré à la littérature; il mourut en 1753. Son père, italien d’origine, avait fondé le café Procope.

(3) On trouve à la Bibliothèque nationale et à la Bibliothèque de l’École de médecine, la collection complète de tous ces imprimés dont il nous a paru inutile de donner de nouveau la nomenclature. (V. les cat. impr.).

La Martinière attaqua les frères de la Charité qui continuaient à faire au corps de Saint-Cosme une sérieuse concurrence, quoique l'exercice de la chirurgie leur eût éteminterdit en114724;

Le Premier Chirurgien publia contre eux un premier mémoire en 1757: Les Charitains répondirent, La Martinière répliqua, il en fut ainsi pendant plusieurs années et la Faculté ne laissa pas échapper cette occasion d'intervenir encore. La lutte gagnait la province (), il était temps d’en finir, une Déclaration royale, donnée à Marly le 20 juin 1761, règla l’exercice de la chirurgie dans les maisons des frères de Saint-Jean-de-Dieu.

Le 8 janvier 1762, le Collège de Saint-Cosme dénonçaïit vainement de nouvelles contraventions des Charitains. Is continuérent à pratiquer tacitement, surtout en province, et l’on peut dire, à leur excuse, qu'ilne“sy trouvait pas toujours un nombre suffisant de chirurgiens instruits, tandis que beaucoup de frères étaient fort habiles.

De leur côté, les chirurgiens, à peu près seuls ‘dans les campagnes, pratiquaient ouvertement la médecine et l’on eût condamné beaucoup de malades à mourir sans secours, surtout en temps d’épidémies, si l’on eût songé sérieusement à les en empêcher, mais la Faculté laissait partout assez volontiers à leur charge les maladies populaires et autres affections désagréables à soigner.

La Societe royale de médecine fut enfin fondée en août 1778 (2), Ce n'était point, comme on pourrait le

(1) Dès 1751, Dulattier, maître en chirurgien de Paris, ancien chirurgien des Dames de France, à Fontevrault, fixé à Fontenay-le-Comte, en Bas-Poitou, se plaint de la concurrence désastreuse des frères de la Charité, qui font toutes les opérations. V. ma notice sur Henry Audouin de Chaignebrun. (Bull. de la Soc. de stat. des Deux-Sèvres, 1-3-1888, tirage à part).

(2) La Faculté, toujours routinière et entichée de ses prérogatives, vit d'un

croire, une association analogue à celle que les chirurgiens avaient établie, dès 1731, sous le nom d’Académie. Une assemblée et conférence de médecins avait commencé à se réunir, pour s'occuper des épidémies, au mois d'avril 1776, les lettres patentes de 1778 l’érigeaient en société royale, sous la présidence du premier médecin et de ses successeurs, nommés inspecteurs généraux des épidémies. La nouvelle société ne se proposait encore que l'étude des maladies épidémiques et des épizooties ().

Bien qu'il y eüt urgence à aviser promptement, les travaux de la compagnie ne furent définitivement réglés que par un arrêt du Conseil du 24 avril 1786. Le nombre des médecins résidant dans les campagnes s'était notablement accru; cependant la société royale dut souvent invoquer l’aide des humbles chirurgiens.

Déjà, le sur d'airain que La Martinière avait voulu élever entre Saint-Luc et Saint-Cosme, sans trop de souci des malades (2), menaçait ruine, et l’on pouvait prévoir le temps peu éloigné où les deux corps, oubliant leur longue rivalité, se résoudraient enfin à fusionner.

fort mauvais œil la fondation de la Société royale de médecine. Elle ne devait cependant s'en prendre qu'à son incurie, et l'établissement de l'Académie de * chirurgie avait été dans le temps une leçon dont elle eut dû profiter. Dans cette nouvelle occasion, ses démarches furent accueillies avec un dédain très justifié et tout se fit sans elle et hors d'elle.

(1) Elle ne tarda pas à élargir son cadre.

(2) Le mot est, croit-on, de d'Aguesseau répondant à La Martinière à propos du fameux mur : « Mais où mettez-vous les malades ? »

ÉCOPERDERPARIS

Le bruit de la lutte engagée contre la Faculté a trop fait oublier l’action décisive exercée par La Martinière sur l'organisation de l’enseignement de la chirurgie. Nous l'avons déjà vu veiller à la stricte exécution, tant à Paris qu'à Montpellier, des dernières volontés de son prédécesseur.

La Peyronie, cependant, n'avait pas tout prévu ; bien d’autres utiles créations devaient être l’œuvre du nouveau chef de la chirurgie.

Ce fut en 1751 que La Martinière fonda l'École pratique, destinée à initier les élèves aux dissections et au manuel opératoire. Faute d'emplacement près du Collège de Saint- Cosme, on loua un lieu commode, rue de la Pelleterie, sur le bord de la Seine (1),

Un homme dévoué, comme il y en avait tant alors, Houstet, autrefois chirurgien-major des armées, premier chirurgien du roi de Pologne et directeur de l’Académie de chirurgie, reçut le titre purement honorifique d’Inspec-

(1) Dans la cité, vers le Marché aux fleurs.

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