EN ESPAGNE
tristesses on ne ferait rien... rien, entendezvous ?. . . Allons, du nerf! Vous venez, hein ? »
« Le soir, m'écrit Aublet, je partais avec eux. Arrivés à Grenade, à l'hôtel, il n'y avait que trois chambres réunies, et M. Gérôme tenait à un salon. J'allais chercher un coin dans les combles : « Pas du tout! dit-il. « Mettez un second lit dans ma chambre. » Et nous avons vécu là comme deux camarades. Dès sept heures du matin, on était au travail dans l'Alhambra. Le soir, après un très mauvais dîner, M. Gérôme sortait de sa malle la bonne bouteille rapportée de Vesoul. « Allons, messieurs, c'est l'heure du kirsch ! » Et il rivalisait avec Pasini de bonne humeur et d'esprit.
« Il a surtout travaillé dans le palais qui pouvait lui fournir de jolis fonds pour des tableaux à venir, mais curieux de voir que j'y travaillais peu, il a voulu me suivre un jour et s'est laissé prendre par le charme des jardins ensoleillés et des horizons merveilleux. »
X... m'a conté une aventure qui prouve que l'énergie morale de Gérôme ne diminuait pas plus que son activité physique.
A la suite d'un article anonyme, injurieux pour les artistes, X... avait envoyé des témoins à un journal. Gérôme était l'un de ces témoins. Malgré ses soixante ans sonnés, il paraît qu'il mena un terrible tapage dans les bureaux de rédaction.
« Ah ! messieurs, vous vous permettez de nous traiter de la sorte. Nous demandons des excuses, sinon ce n'est pas une piqûre à la main que je vous annonce, mais un coup d'épée dans le ventre... »
X... me disait en riant : « Je ne sais pas comment il se fait qu'au lieu d'arranger l'affaire, il ne s'en mit pas une sur le dos. »
Par bonheur la maladresse de cet article avait été sentie par son auteur lui-même, qui regrettait déjà son algarade. Tout s'arrangea fort bien.