DEUILS
« Si on pensait trop à ces tristesses, on ne ferait plus rien... » C'était pas cette phrase que Gérôme écartait de son esprit les deuils qui découragent, qui paralysent. A mon père, le maître la répétait lorsqu'à Vesoul il perdait son père, lorsque son fils, Jean, fut emporté1.
Malgré son énergie, de tels coups l'atteignirent profondément. M. Hébert médisait que, rentrant à Paris quelque temps après la mort de Jean, il fut surpris de trouver l'hôtel du boulevard de Glichy transformé. Les écuries étaient vides ; chiens et chevaux avaient disparu. Gérôme aimait pourtant ce luxe pittoresque et animé qui lui avait inspiré tant de tableaux. A l'étonnement de son ami, le maître répondit avec un geste qui balayait autour de lui les choses.
« J'ai renoncé désormais à toutes les fausses joies de la vie! »
Ce n'était point le découragement mais
1 . Bouvart entrant à cette époque dans son atelier, l'entendait dire à un ami : « Le travail est le grand consolateur ! »
le deuil profond que porte le cœur et qui étend sur toute une existence une ombre de gravité.
A cette époque, Gérôme vendait la maison de campagne qui avait appartenu à ses parents, où, à quelques kilomètres de Vesoul, à Goulevon, il avait lui-même passé en famille et parmi ses meilleurs amis tant d'heureuses heures de travail.
A quoi bon retourner encore parmi ces souvenirs d'un passé définitivement emporté au grand mystère !
En vendant Coulevon, Gérôme avait au moins la consolation de se dire que Ton penserait à lui, aux siens, dans cette maison puisqu'elle devenait la propriété1 de Fun de ses meilleurs élèves, Muenier.
i. Dans ses séjours à Coulevon comme à Saint-Martin, Gérôme avait 1 habitude d'emmener un modèle. Pendant plusieurs années ce modeste collaborateur avait été Dubosc, le brave homme qui devait léguer à l'Institut ses petites économies, dans le vœu de subvenir à l'existence des élèves peintres et sculpteurs durant leurs travaux pour le Prix de Rome. Ces économies, Dubosc les avait renfermées dans un étui qu'il portait toujours sur lui. A la suite d'une séance aux bords d'un ruisseau, Gérôme et Dubosc, tentés par la fraîcheur de l'eau,