‹ GérômeChapitre 3 sur 126 · A VANT-PROPOS · texte numérisé non relu

A VANT-PROPOS

Une part est due aux amis de Gérôme et doit leur rester.

Un mot encore.

Les plaisanteries d'atelier — asse^ nombreuses dans les pages qui suivent — ressemblent à ces vins si légers qu'ils doivent être bus dans leur pays d'origine, parmi les braves gens qui les ont vendangés. Qu'on les mette en pièce et les porte à la ville, tout l'arôme s'en évapore. On ne les reconnaît plus.

J'ai commis cette imprudence : voici le vin clairet en bouteilles.

Mais je m'adresse à ceux qui l'on bu dans la liberté du plein soleil, au grand air des champs, sous l'ombre des treilles et des pampres.

Ils évoqueront le cadre lointain; ils songeront au temps passé, aux illusions d'antan, aux rires bruyants et insouciants de

AVANT-PROPOS v

leur jeunesse. Et, à la faveur de ces souvenirs, peut-être retrouveront-ils, au fond du verre, le parfum évanoui. — ce parfum de griserie qui les entraînait sur la route, plus courageux et plus forts, malgré le vent, malgré la pluie.

En tout cas, je suis sûr que Gérôme, resté si jeune, si gai, Vy aurait retrouvé.

« Et puis j'ai eu l'amour de tout.1 »

... Il mena sa vie à une allure de pas de charge où sa voix sonnait comme le clairon.

Dix jours avant sa mort, le ier janvier 1904, les élèves qui venaient lui présenter leurs souhaits de nouvel an, s'étonnaient devant l'abondance et la variété de ses tableaux d'Orient :

« J'ai des études dans mes armoires, répondait le maître,... de quoi travailler encore pendant vingt-cinq ans2. »

Gérôme avait soixante-dix-neuf ans.

Il prononçait ces paroles de sa voix reten-

1. Conversation de Gérôme avec Castaigne, notée par M. Duployé, sténographe du Sénat. Manuscrit inédit.

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