‹ GérômeChapitre 32 sur 126 · RUE DE SÈVRES · texte numérisé non relu

RUE DE SÈVRES

« L'atelier de Gérôme était l'atelier commun, écrivait plus tard Hamon. Le soir, nous y composions, ou bien, nous nous amusions à peu de frais ; on riait comme des fous pour peu de chose. Il venait des amis en masse. Gérôme a toujours eu un don de nature : il sait attirer à lui tout le monde ; il est obligeant, toujours gai, aimant la société; bref, on aime à être avec lui pour mille raisons : entre autres, c'est un travailleur infatigable, il inspire l'amour du travail et du travail en chantant et en riant. Il était ainsi à cette époque et il est resté le même. Il était le centre d un certain nombre d'individus qui aimaient l'art. Nous vivions ensemble, nous mangions ensemble. Dans ce temps nous allions rarement au café ; le café se prenait chez lui, où nous nous réunissions une dizaine pour travailler dans son petit atelier de la rue de Sèvres. On s'entr'éveillait le matin et on partait pour l'atelier; on piochait^ puis on allait déjeuner chez ce bon père Laffitte, qui faisait crédit

à ceux qui étaient malheureux comme moi, et Picou, et bien d'autres; puis on retournait à l'atelier1... »

« Le bon père Laffitte » dont parle Hamon tenait un restaurant près de Saint- Germain-des-Prés, non loin de l'endroit où se dresse aujourd'hui la statue de Diderot. La percée du boulevard Saint-Germain et de la rue de Rennes a fait disparaître en cet endroit un quartier très pittoresque et plein de ces souvenirs, tour à tour misérables, joyeux et glorieux, que laissent tant d'existences d'artistes.

La place Saint-Germain-des-Prés, au coin de la rue Childebert, était barrée par une énorme bâtisse connue sous le nom de la Childebert. Construite en 93 sur les anciens jardins de l'abbaye, cette haute cage vitrée avait abrité dans leur jeunesse un grand nombre d'artistes, depuis la Révolution. Delaroche l'avait habitée. Gérôme y

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