BOUGINIER
pas... A Fontainebleau, Bouginier se dressa de nouveau et montra la route de Dijon. A Dijon, à Lyon, à Marseille, ils retrouvèrent leur nasillard ami prêt à les remettre dans la bonne direction. Enfin la mer leur barra la route. Désorientés, les rapins parcouraient la Gannebière en se demandant si l'image n'avait pas été confiée « aux flots inconstants » et balayée par le vent, lorsque, sur la cloison d'un bureau d'expédition, le nez demandé s'allongea. Il soulignait ce nom: Malte...
Ils ne s'arrêtèrent point encore. Ils ne rejoignirent leurs amis qu'au pied des Pyramides. Au moment où ils les abordaient, leurs collègues — sous les regards des quarante siècles — gravaient dans la pierre des Pharaons le glorieux appendice de leur héros.
Telle est la légende de Bouginier, dont le nez, semblable au drapeau tricolore, a fait le tour du monde. Des contemporains de la Ghildebert vous diront aussi que, pen-
dant plusieurs années, la caricature de Bouginier servit de guide aux « Prix de Rome » en route pour l'Italie.
Gérôme dut compter à ce moment des heures difficiles. L'argent que lui envoyait sa famille, coulait entre ses doigts, ne parvenait pas à soulager la misère de ses amis, et finissait par le laisser lui-même sans ressources.
Ces difficultés matérielles se compliquèrent d'une crise morale. Avec sa vivacité naturelle, sa manière de considérer les choses en face et de vouloir marcher droit et bien, il est probable qu'un beau jour Gérôme jugea nécessaire d'examiner sa situation sans faiblesse. Il constata que près de trois ans de travail et d'application de sa part, de sacrifices de la part des siens, n'avaient pas encore éclairé son avenir. Au contraire. Ses camarades, Picou,