CRISE DE DÉCOURAGEMENT
Hamon, très doués, très habiles, le surpassaient et l'écrasaient. Assurément, pensaitil avec découragement, il ne parviendrait jamais à les égaler. A quoi bon, d'ailleurs, les égaler, puisqu'ils étaient en train de mourir de faim !
En somme cette détente naissait de son scrupule, de son ardeur, de sa force même ; les faibles ne se jugent jamais avec une telle vaillance. La chute fut terrible. Gérôme désemparé, désolé, regarda autour de lui. Dans l'isolement où il se trouvait au milieu de ce grand Paris, si loin de ses parents, il chercha à qui confier sa peine... Le docteur Faivre, ami de sa famille, lui parlerait des siens, lui montrerait de la compassion. C'était un Franc-Comtois, un Vésulien, son aîné de quelques années seulement. Il ne pouvait trouver meilleur confident, plus digne de l'écouter, plus capable de le comprendre et de le plaindre...
A la vue de son compatriote, le docteur s'étonne :
« Toi ! Qu'y a-t-il donc ? »
Et son regard de praticien, habitué à fouiller les visages, examine Gérôme :
« Dis donc, tu as une sacrée mine. »
L'air désolé du jeune peintre annonçait une grosse peine qui demandait à se soulager.
« Allons, conte-moi cela. »
Il n'en fallut pas davantage. Longuement, avec l'effusion d'un pauvre gamin à qui manquent les tendresses familiales, Gérôme expliqua que « ça ne marchait pas, » que « jamais il n'arriverait, » qu'il voulait « lâcher la peinture ! »
Ah! combien son père avait raison de répéter : « Gueux comme un peintre ! » Que de misères il voyait autour de lui. Des jeunes gens ardents, travailleurs, pleins de talent mouraient de faim. A quoi bon s'acharner, puisqu'il s'apercevait qu'il ne valait même pas ces pauvres diables ! C'eût été marcher à la ruine.
Et, sûr de s'adresser à un auditeur com-