L'AME NE VIEILLIT PAS
pâtissant, il s'exaltait à dire éperdument sa tristesse et sa résolution.
Mais quand ses confidences furent complètes, le docteur, au lieu de s'émouvoir, se contenta de prononcer sur un ton amicalement bourru :
« Tu vas rentrer chez toi, tout droit. Et puis tu vas te purger... Tu as la jaunisse. »
Le docteur connaissait son jeune ami.
Cette manière d'être traité en malade, presque irresponsable, suffit pour rendre au désespéré sa conscience et son énergie.
Gérôme obéit. Quelques jours plus tard, son courage était revenu.
Avec la recommandation de Delaroche, Gérôme donna un dessin au directeur du Magasin Pittoresque, Edouard Charton. Je crois qu'on peut considérer cette composition comme une des premières œuvres présentées par le maître au public, en tout cas comme sa première illustration, genre où il se manifesta fort peu.
Le sujet s'appelle : « L'âme ne vieillit pas ».
Une jeune fille marche au-devant d'une vieille femme et lui tend la main en souriant. N'est-il pas curieux de voir cette fraîche idée fleurir à l'origine d'une carrière que Gérôme devait terminer tout chargé d'années, mais si jeune encore d'âme, d'esprit, de cœur?...
Castaigne, en 1902, dans la conversation que j'ai plusieurs fois citée déjà, lui parlait de ce dessin. Gérôme ne s'en souvenait plus, mais disait : « Je le verrais, je le reconnaîtrais. »
Il est fâcheux qu'on ne le lui ait pas montré.
C'eût été la mise en action de son sujet, cette rencontre, au bout de soixante ans, du vieux maître et de sa première pensée de jeunesse...
En constatant qu'il n'avait pas changé, qu'il n'avait cessé de viser en art à la composition ingénieuse, il aurait pu, de sa voix