‹ GérômeChapitre 56 sur 126 · UNE TROISIÈME MÉDAILLE · texte numérisé non relu

UNE TROISIÈME MÉDAILLE

ma sincérité, de sorte, que mon tableau ne ressemblait à aucun de ceux qui étaient exposés en même temps. »

D'ailleurs, ce succès de sa jeunesse venait à l'appui de ses opinions les plus chères, de ses conseils les plus fréquents et de cette parole qu'il aimait à répéter : « Il faut être naïf. Quand on est naïf, on a déjà du talent, même si on ne sait rien1. »

Le Combat de Coqs reçut à la fois l'approbation des artistes et de la presse. Le jury lui décerna une troisième médaille et Théophile Gautier, le grand maître de la critique contemporaine, lui consacra un long et élogieux article dont voici les principaux passages :

« Au pied du socle d'une fontaine tarie où s'adosse un sphinx de marbre au profil écorné et qu'entourent les végétations des pays chauds, arbousiers, myrtes, lauriersroses, dont les feuilles métalliques se

i. Communication de Gustave Courtois.

découpent sur l'azur tranquille de la mer, séparée de l'azur du ciel par la crête violâtre d'un promontoire, sont groupés deux adolescents, une Vierge et un Ephèbe qui font battre les courageux oiseaux de Mars. « La jeune fille s'accoude sur la cage qui a contenu les belliqueux volatiles, dans une pose pleine de grâce et d'élégance. Ses mains effilées et pures s'entre-croisent et s'arrangent heureusement, un de ses bras presse légèrement sa gorge naissante et le torse prend cette ligne serpentine si cherchée par les anciens; la cuisse vue en raccourci est dessinée savamment; la tête coiffée avec un goût exquis d'une couronne de cheveux blond cendré, dont les tons fins et doux tranchent à peine sur la peau, a une mignonnerie enfantine, une suavité virginale ; les yeux baissés, la bouche entrouverte par un sourire de victoire, car son coq paraît avoir l'avantage, la jeune fille suit la lutte avec cette attention distraite d'un parieur sûr de son fait...

Page 1