‹ GérômeChapitre 57 sur 126 · THÉOPHILE GAUTIER · texte numérisé non relu

THÉOPHILE GAUTIER

... Le garçon, les cheveux ornés de quelque folle brindille, de quelque feuille cueillie au buisson, s'agenouille et se penche vers son coq dont il tâche d'exciter la valeur. Ses traits, quoique rappelant peut-être un peu trop le modèle, sont dessinés avec une finesse extrême : on voit qu'il suit de tous ses regards de toute son âme, les péripéties du combat.

« Quant aux coqs, ce sont de vrais prodiges de dessin, d'animation et de couleurs ni Sneyders, ni Wœnic, ni Oudry, ni Desportes, ni Rousseau, ni aucun de ceux qui ont peint des animaux, n'ont atteint, après vingt ans de travail, la perfection où M. Gérôme est arrivé tout d'un coup... »

Gérôme ne pouvait plus douter de son succès.

On imagine la joie du jeune maître; à son âge, à vingt-trois ans, il dut savourer ces éloges avec ivresse. Quel bonheur de penser à la fierté de ses parents, au retentissement d'un pareil article à Vesoul parmi ceux qui

l'aimaient. Jamais, par la suite, ses œuvres les plus estimées ne lui apportèrent une satisfaction aussi complète, j'en suis convaincu. Durant le reste de sa carrière, Gérôme fut en général malmené par la presse. Son talent, d'exécution classique et d'esprit indépendant, déplaisait aux uns par son respect de la tradition, aux autres par son originalité. Comme la plupart des critiques s'en tiennent exclusivement à la forme facile du dénigrement, Gérôme ne récoltait que les restrictions des uns et des autres.

Le maître avait aussi l'habitude de ne pas cacher son mépris pour ceux qui

« déposent de la littérature le long des Beaux-Arts1. »

Les peintres n'aiment pas les critiques d'art mais il les ménagent. Gérôme, toujours si franc, laissait entendre son opinion et même la proclamait. A Nestor Roqueplan

i. Je ne sais si ce mot est de Gérôme ou d'Eugène Lambert, « le peintre des chats ».

Page 1