UN PHALANSTÈRE D ARTISTES
d'eau, se blottissait verdoyant, frais et charmant. Durant les repos, les modèles venaient y respirer et promener dans le feuillage la clarté nacrée de leur nudité ou l'éclat de leurs costumes. Aux heures des repas, dans la belle saison, la table réunissait autour de sa nappe blanche tous les artistes de la maison auxquels se joignaient toujours quelques amis. On vivait en phalanstère comme rue de Fleurus. Le menu était simple; chacun payait son écot. Et, jusque dans la nuit, à la lueur des lanternes vénitiennes accrochées dans les arbres, on parlait des maîtres et du grand art, ou bien Ton jetait aux étoiles des chants qui montaient dans le clapotement des guitares et du jet d'eau, par-dessus la cime des arbres où les deux chinoises planaient, souriantes.
On doit s'étonner que l'usage de vivre en commun ne s'établisse pas ainsi dans les villas qui réunissent des ateliers d'artistes, ►uel agrément de trouver dans sa maison, Lprès les heures de travail, la table mise,
et la gaîté de collègues, au lieu d'aller chercher un repas de hasard.
Une telle entreprise réussirait aujourd'hui difficilement, parce que la vie des artistes s'est transformée, que la concurrence s'est aigrie, que la division s'est glissée dans les rangs. L'essai devrait néanmoins se tenter. En cas de succès, on lui devrait de voir renaître des sentiments de camaraderie qui disparaissent de jour en jour davantage.
La mode était aux charades. L'atelier de Gérôme servait de salle pour les représentations. Got, Lambert, Henri Monnier figuraient des scènes d'un drolatique souvent très libre i mais toujours plein de bonhomie. On construisit même au fond de l'atelier un colossal guignol auquel tous les artistes de la maison collaborèrent. On sculptait des têtes en bois, on les coloriait, on peignait les décors... Les représentations de ce grand guignol éveillèrent la curiosité