Communication de Ch. Mewès
II avait prié Gérôme de lui donner des leçons de dessin. Il prétendait n'avoir aucune ambition, il visait simplement à tracer des croquis et à barbouiller des pochades.
« C'est entendu, lui dit Gerôme. J'ai des élèves le matin, des gamins... Viens à neuf heures, après leur départ : tu seras plus tranquille. »
Gérôme qui n'avait pas un seul élève, rassembla ses voisins, leur donna une tête quelconque d'empereur romain, et leur imposa l'exécution de dessins naïfs et gauches où reparût l'incertitude de leurs premiers pas dans la carrière artistique. Cette séance dut être piquante. Pour la première fois dans la boite à Thé, on s'appliquait à faire mauvais.
A peine entré, Z... fut pris d'un beau rire : « Diable! ils ne sont pas forts, tes gosses! » Plein d'ardeur, il saisit une feuille de papier. En quelques minutes, il eut ébauché un dessin meilleur que les
caricatures de ses prétendus camarades.
Très fier, il courut chercher Shutzenberger, Lambert, Brion, et il leur fit déguster les gribouillages des gamins. Les voisins riaient plus fort que lui.
Pendant plusieurs jours, Z... s'égaya; les caricatures continuaient de s'étaler autour de lui ; il finissait par prendre leurs auteurs en pitié.
« Tu sais, disait-il à Gérôme, ils n'en sortiront jamais, ces crapauds-là! »
Quant à lui, les yeux sur son œuvre qui s'épanouissait là comme un chef-d'œuvre, il commençait à parler de certains sujets qu'il pourrait un jour ou l'autre, essayer de peindre en vue du Salon... « Qu'en pensestu ? demandait-il à son professeur. — Hum ! pourquoi pas! Tu peux toujours essayer, disait Gérôme. Si on te refuse, tu n'en . mourras pas. »
Mais tout à coup, les caricatures des crapauds semblèrent se débarbouiller. La forme tout en restant naïve, n'était plus
grotesque. Les progrès s'annonçaient. Z... ne riait plus. Dès la porte, chaque matin, ses yeux allaient aux feuilles de papier sur les cartons. Chaque matin, les progrès s'accentuaient. Raidi, muet devant son dessin de la veille, il comparait. Puis il se mettait bien vite à l'ouvrage.
Les voisins venaient fumer des cigarettes derrière lui. On parlait des « gosses. »
« Ils vont mieux, tes élèves, Gérôme. »
Gérôme paraissait satisfait. De sa voix brève, il lâchait : « Ils marchent, ils marchent. »
Un beau matin, il accourut au-devant de Z... : « Viens voir ce qu'ils ont fait ce matin. C'est surprenant! »
Il y avait là une série de dessins « ficelés à merveille », au milieu desquels, piteux et gauche, le dernier ouvrage de Z... prenait l'air d'une vraie caricature.
Très pâle, les bras tombés, Z. . . regardait. Ils avaient dessiné cela, ces crapauds qui naguère excitaient son rire... Mais le cra-