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LE PORTRAIT DE RACHEL

n'était pas le modèle ordinaire, le modèle souple et obéissant, réduit à l'état de mannequin. De là certainement la rareté de ses portraits et son opinion qu'il n'était pas portraitiste1, Il professait d'ailleurs une médiocre estime des spécialistes en ce genre, comme dans tous les genres. Nous l'avons vu précédemment.

Gérôme peignit aussi quelques très rares portraits de femmes. Le plus connu est le portrait de Rachel (Théâtre-Français) .

Sarah Félix avait commandé à Gérôme le portrait de sa sœur. Mais Rachel, malade, partit pour l'Egypte et mourut bientôt, en revenant en France. Le portrait fut exécuté de souvenir et d'après les documents donnés par sa sœur.

Vers cette époque, mon père louait un des ateliers de la Boîte à Thé. Il devait y rester jusqu'à sa mort, après le départ de ceux qui l'habitaient à l'origine. Quelques

1. Les 80 portraits deda Réception des ambassadeurs siamois prouvent qu'il l'eut été s'il eût voulu.

mois après son arrivée, il exécuta un buste de Gérôme qu'il reproduisit ensuite en ivoire pour un amateur américain1. Gérôme n'était pas encore tel que le montre le buste de Carpeaux. Il portait, suivant la mode du jour, les cheveux très longs ; et deux fortes mèches, qui pendaient à droite et à gauche de son front par masses inégales, mettaient un angle de plus dans cette physionomie anguleuse. Au cours de son travail, mon père, frappé par le caractère anguleux du visage de Gérôme, avait tracé un petit croquis dont Gérôme s'était beaucoup diverti, tracé sommaire, mais très ressemblant, où tous les détails étaient formés par des angles. Sous l'angle des cheveux mordant sur le front, venaient les sourcils anguleux ; puis deux petits triangles donnaient les paupières supérieures séparées par l'angle du nez au-dessous duquel deux triangles très allongés figuraient à droite et à gauche les

1 . Antérieurement, à Rome, Damery avait peint un portrait de Gérôme, vu de profil.

moustaches effilées. Le tout s'enfermait dans un dernier angle qui traçait la pointe aiguë du menton entre les deux joues.

Vers 186 5, quand plus tard Gérôme peignait les Ambassadeurs Siamois, il s'y représenta lui-même auprès de Meissonier. Il portait encore la moustache longue et les cheveux longs.

L'auteur du Siècle d'Auguste s'était présenté à l'Institut à plusieurs reprises, et les refus qu'il avait essuyés n'ayant aucun caractère décourageant, il avait coutume de frapper à la porte à chaque vacance nouvelle. A la quatrième élection, il se voyait proposé en tête de la liste préparatoire, ex-œquo avec Hesse. « Il me gagna d'une tête, bien qu'il n'eut rien dans le ventre1! » écrivait plus tard Gérôme dans son style humoristique.

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