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RETOUR ET MARIAGE

façon, le cri joyeux qui saluait l'entrée de chacun au seuil de l'atelier, comme un tintement de cloche en signe de cordiale bienvenue. Il y aura seulement chez le maître une expérience plus mûrie de la vie et de ses devoirs. Sous l'air d'indépendance absolue qui ne Fa jamais quitté, Gérôme laissera percer, à de plus fréquentes reprises, des lueurs d'émotion et de sympathie.

Je regarde une photographie datée de cette époque. Ce n'est plus Gérôme comme l'avait modelé mon père. Ce n'est pas encore celui que modèlera Carpeaux; c'est encore moins l'homme que peindront Morot et Dagnan. J'avoue préférer ces deux portraits à tous les précédents, celui de Morot rappelant le camarade, l'ami, le causeur aimable et fin, et celui de Dagnan montrant le maître qui savait, avec une fière allure, représenter et défendre ses collègues et son art.

Le visage de Gérôme, son front large, ses cheveux en brosse , sa moustache

hérissée, ses yeux aigus, sa bouche gouailleuse, ont pris, au cours des années, une expression plus élevée. Les traits anguleux saisis par mon père se sont éclairés sans se dépouiller de leur énergie. Le maître a connu des joies — et aussi des peines, le malheureux père -— que sa jeunesse n'avait pu lui apporter. Après les satisfactions égoïstes du succès, Gérôme allait éprouver les émotions plus profondes, plus désintéressées, plus nobles, de la vie de famille. Des enfants nombreux, groupés autour de leur mère, quelle plus belle, plus ardente raison de vivre, pour un homme, pour un artiste !

Gérôme ne pouvait manquer de mettre, en ces circonstances, la joyeuse impatience qui le caractérisait. Il fut le fiancé qui vit la montre à la main. Comme le jeune soldat compte les heures qui le séparent de son retour au pays, Gérôme répétait sans cesse à Mlle Goupil : « Vous savez...

encore soixante-deux heures !... encore qua-

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