ARTICLE
Extrait de TAkbbar du 5 octobre 1847.
L'article suivant , extrait de YAkhbar 5 octobre 4847, a conBrmé dès cette époqi Texistence du corps d*un martyr chrétie dans le rempart du fort des Vingt-Quatr Heures, a fait connaître son nom, Géronio ainsi que la date, le lieu et les circonstam de sa mort :
Au-dessus de la porte du fort des Vingt-Qaal Heures, on voit encore une inscription arabe porte la date de 1569, année dans laquelle le ren^ calabrais Ali, alors pacha d'Alger, et plus lard es tao-pacha du grand-seignenr, fit bâtir ce bastion pour empêcher les débarquements que l'on aurait
(1) Ali-Pacba acheva cette forteresse, qu'il avait bâtir presqu'entièrement, mais que Mohammed-Pai son prédécesseur, avait commencée. (Y. la notice su fort des Yingt-Quatre-Heures, p. 87.)
tenter à la plage Babel-Oued. La muraille septentrionale de la construction, qui est toute en pisé, sauf les arêtes des angles, contient probablement encore la dépouille mortelle d'un chrétien qui y reçut la palme du martyre dans les horribles circonstances que nous allons raconter :
A la suite d'une razia de la garnison espagnole d'Oran, sur les Arabes insoumis, vers Tannée 1538, on ramena plusieurs prisonniers, parmi lesquels se trouvait un jeune garçon de bonne mine qui, selon l'usage, fut mis en vente avec le reste du butin, afin que le tout, converti en argent, pût être par< lagé entre les capteurs. Le licencié Juan Caro, vioaire-général, acheta cet enfant, Tinstruisit dans la religion chrétienne, le baptisa et lui donna le nom de Géronimo.
En 1542, la peste sévissait à Oran, et presque tous les Espagnols avaient quille la ville pour aller vivre sous la tente, dans la campagne. Le petit nombre de soldats restés a rinlérieur, préoccupés par le fléau, se relâchèrent un peu de la surveillance habituelle. Quelques prisonniers arabes en profitèrent, prirent la fuite, emmenant avec eu.\ le petit Géronimo, alors âgé de huit ans, et le rendirent h sa famille.
Dans un âge aussi tendre, le nouveau chrétien pouvait oublier facilement , parmi les siens, les idées religieuses que le vénérable Juan Caro lui avait
culquées.ll détint, en effet, musulman, à l'exemp ses parents et de tous ceux qui Teniouraient. Ce dant, les germes du christianisme, déposés dai jeune cœur, ne furent pas entièrement étouffés, vers l'âge de vingt-cinq ans, il conçut et exécu projet de retourner à Oran pour y professer de veau le vrai culte.
Il y fut reçu avec une joie bien vive par le < Juan Caro, qui, pour l'affermir davantage dan pieuses résolutions, le maria avec une jeune arabe devenue chrétienne. Ceci avait lieu dans née 1559. Géronimo passa dix années h Oran, o Tavait incorporé dans un des escadrons de T rieur, appelés alors cuadrillas de campo. Il s'acc de ce service avec bravoure et intelligence ; ses et ses camarades avaient pour lui beaucoup d'ei et non moins d'amitié.
Mais la Providence avait destiné le nouveau tien à sceller de son sang la foi qu'il avail brassée volontairement, et qu'il pratiquait une ferveur qui le plaçait d'avance au nombn élus.
Au mois de mai 4569, il était parti d'Oran une barque, avec neuf compagnons, pour aller prendre un douar placé au bord de la mer. Déj touchaient au but du voyage, lorsque les prcj rayons du soleil levant leur firent apercevoir brigantins de Tétuan« qui aussitôt leur donnera
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riiasse. Géronimo et les autres soldats eurent beau lûrcer de rames, ils furent pris, conduits à Alger et Vendus comme esclaves.
Géronimo se trouva un des deux prisonniers que le ii pacha prélevait comme droits sur chaque dizaine de ii| chrétiens enlevés en course, et il fut conduit dans le bagne d'Ali el-Euldj, ce renégat calabrais dont nous «Tons parlé plus haut. Les Algériens réalisaient jadis k grands bénéfices par le rachat des captifs ; aussi ils employaient toute espèce de ruse et l'espionnage le plus actif, le plus adroU, pour savoir ce qu'étaient eo effet leurs prisonniers, afin de proportionner la tiQçon à leur qualité et h leur fortune. Ces moyens, lii mis en usage envers Géronimo ^ firent connaître m Hhis ses antécédents, et notamment son origine muiij mlmaoe.
Dès^lors, les efforts les plus grands furent déployés }i4 iXNir le ramener h l'islamisme. Les muftis^ les cadis, les marabouts, tous les théologiens d'Alger ou des «avirons accoururent au bagne où Géronimo était attaché par une forte chaîne, et dont il ne sortait pilus, même pour aller au travail avec les autres esclaves, depuis q« on savait qu'il était un musulman converti au christianisme.
Nais les do<^eorg algériens é^uisèreoi vaioemeut toutes les ressources de leur éloqiaftce et do leur savoir : Géronimo déclara avec énergie qu'il s'étaiifait catholique volontaireraeiM^t par conviction, et qu'il
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mourrait catholique. Les oulémas, voyant que ductioQS n'avaient rien obtenu de cette âme ruptible, eurent recours aux menaces, mais av peu de succès.
Tous ces théologiens musulmans allèren trouver Âli-Pacha et lui racontèrent ce qui vem river, le priant de. punir une aussi coupable nation et d'effrayer, par un châtiment terribi conque serait tenté de suivre l'exemple de Géi Le renégat Ali, comme tous les renégats, du r< montrait plus cruel que les indigènes eux-méi vers les chrétiens. Il saisit avec avidité cette o de faire^un grand étalage de zèle religieux, et ce qu'on lui demandait.
On était alors au milieu de septembre 156 pacha était fort occupé de la construction d' (îu'il faisait élever hors de la porte Babrcl-Oue (|ue nous appelons aujourd'hui (on ne sait po ]c fort des Vingl-Qualre-Iïeures ; il visitait fr ment les travaux et pressait beaucoup les ouvri jour-là, il examinait, tout pensif, les manœuv foulaient la terre dans ces grandes caisses qui h la confection des blocs de pisé. Une pensc< vint dissiper sa préoccupation ; il appelle Mi ^'avarrais, un chrétien qui était son maître m: lui montre une caisse toute préparée, mais qui pas encore été chargée de terre : « Michel, lu iaissc cette caisse vide jusqu'à demain ; car j
faire du pisé avec le corps de ce chien d'Oran, qui refuse de revenir à la religion de Mohammed. » Apres ces paroles, Ali-Pacha retourna à Dar-Souîtarij que nous appelons aujourd'hui Djcnina, et qui était alors le palais des gouverneurs d'Alger.
La fin de la journée approchait. Michel, après avoir préparé la caisse, assembla ses ouvriers et retourna avec eux au bagne. Il alla aussitôt trouver Géronimo et lui apprit tout ce qui venait de se passer, l'exhortant h la résignation. — « Dieu soit béni pour toutes choses! s'écria le futur martyr. Que ces infidèles i| ne se flattent pas de m'effrayer par le supplice hor- '^1 rlble qu'ils ont inventé, et de me faire renoncer par peur à la véritable religion. Tout ce que je demande )l su Seigneur, c'est qu'il ait pitié de mon âme et me paror donne mes péchés!
^Is Dès ce moment, Géronimo se prépara à l'éclatant ]oi témoignage qu'il devait rendre le lendemain. 11 y îfc mit dans le bagne une chapelle et parmi les es- C eiftves un prêtre. Géronimo se confessa, communia, qf se fit donner l'eitrême-onction (1), et passa la nuit
en prières.
!)if Le 18 septembre 1569, quatre chaouches du pacha Ali vinrent de bonne heure au bagne et deman-
(1) Il aurait fallu traduire ainsi : « se confessa,
eAlendit la messe avec beaucoup de dévotion, et reçut ie viatique du très-saint corps de* Notre Kédempteur Jtsus-Christ , »
dèrent Géronimo, qui, en les entendant, sortit c chapelle où il priait encore.
— « Hé bien, chien, juif, traître, pourquoi veux-tu pas redevenir musulman? lui crièrentH Fenvi en Fapercevanl. » — Le pauvre esclave répondit pas un mot et se remit entre leurs ms Il arriva, au milieu d'eux, devant le fort desVi Quatre-Heures, où se trouvait déjà Ali-Pacha, compagne d'un grand nombre de turcs, de renc et de maures, tous gens altérés de sang chrétiei
— Holà ! chien, lui cria Ali, ne veux-tu pas tourner à la religion musulmane ?
— « Pour rien aii monde, répondit Gcroni Je suis chrétien, chrétien je resterai.
— Hé bien, hurla le pacha exaspéré ; tu celle caisse , je vais l'y faire piler et ente vivant.
— « Fais ee que tu voudras, répliqua co geuscmeni le martyr de Dieu, je suis préparé à t et rien au monde ne mpe fera abandonner la fo mon Seigneur Jésus-Christ. »
Ali-Pacha, voyant que rien, en effets ne poi vaincre cette énei^iqoe résolution, ordonna q débarrassât Géronimo de ses chaînes et qu'on liât les pieds et les mains. En cet étal, le s fut saisi par les quatre chaouches, qui le jeté au fond de la caisse.
On vit, en cette occasion, que parmi ces
féroces, les plus cruels n'étaient pas ceux :taient nés dans le pays. Un Espagnol appelé ngo, pris à la déroute de Mostaganein, où le î d'Âlcaudète perdit la vie, et qui s'était fait Iman sous le nom de Djafar, sauta à pieds-joints la caisse, sur Géronimo, prit un des pilons )iseur et demanda instamment qu'on lui apt de la terre, ce qui fut exécuté aussitôt. Ce rable commença alors a frapper violemment sur kuvre martyr, qui ne poussa pas un cri, ne i pas échapper une plainte, autres renégats, ne voulant point paraître s bons musulmans que Tamango, saisirent des s à leur tour, et finirent d'étouffer Géronimo les couches de pisé.
caisse était remplie jusqu'aux bords ; le martyr lait pour trois siècles, dans sa glorieuse tombe.
ces tigres repus par la vue de l'horrible sup- , rentrèrent joyeux dans Alger à la suite d'Alias qui répéta plus d'une fois en chemin : « Je ais vraiment pas cru que ce chrétien recevrait ort avec tant de courage. »
s esclaves chrétiens qui travaillaient au fort angt-Quatre-Ueures, songèrent plus d'une fois er de la muraille le corps du saint martyr;
la surveillance continuelle des Turcs rendait lose fort difficile. D'ailleurs, ils abandonnèrent
tard ce dessein en réfléchissant qu'ils ne pou.
vaicut trouver à Géronimo une sépulture pli rieuse que le lieu même où il était mort f foi, lieu remarquable, exposé a tous les r< et où, chaque jour, les chrétiens, les musi et les renégats pouvaient l'apercevoir, les un s'aiîermir dans leur croyance, les autres pour o (Ire h estimer une religion qui inspire un héroïsme, et les derniers pour rougir de leui apostasie.
Don Diego de Ilaedo, auteur de la Topo^ d'Alger, a qui nous empruntons les détails d touchante histoire, indique, en ces termes, l'i du fort des Vingt-Quatre-Heures, où se iro corps de Géronimo :
« En examinant avec attention les blocs c
» qui forment les murailles du fort, il sera
» de trouver l'endroit où repose le corps du
» Si on examine le fort du côté qui regarde U
)} on y verra un bloc tassé et qui semble av
« mué. Cela provient de ce que le cadavre de
» nimo, étant tombé en dissolution par Tci
)) temps, il s'est formé dans le bloc un vide
» déterminé le tassement dont on vient de pa
qui est très-visible. Confiant dans la ho
» Seigneur, je crois qu'il viendra un mom
ji on le tirera de cet endroit pour le place
» un autre plus convenahle, lui et tant de
» martyrs qui ont arrosé cette terre de leur i
Bien des fois, nous avons examiné avec uiic lieuse attention cette paroi qui recèle un martyr, ans y voir d'antre trace que les trous creusés par es boulets chrétiens. Mais, dans cet assemblage de blocs, il en est un qu'on ne peut bien apercevoir parce qu'un figuier y a pris racine et le couvre de son feuillage. C'est peut-être la que repose le corps de Géronimo. Et cet arbre qui s'est développé si extraordinairemcnt au milieu même de la muraille, n'est-ce pas une sorte de palme de martyre, destinée à protéger de son ombre les saints ossements, jusqu'au jour où le christianisme, revenu iriomphant sur la terre d'Afrique, pourra et voudra vérifier les pressentiments de l'historien Haedo ? (i )
Nous rappellerons que le fort des Viugt-Quatre- Heures, destiné h être démoli, est déjà vendu à un particulier. Mais l'État a sans doute fait ses réserves pour les objets intéressants qui s'y pourraient rencontrer. En tout cas, le zèle pieux de Mgr rÉvêquc «l'Alger, nous est un sûr garant que les restes de Gé- ^onimo seront précieusement recueillis. C*e$t dans le but de hàier et de faciliter ces résultats que nous avons publié ce simple récit.
A Berbrugger.
(1) Il y avait, en effet, un figuier au-dessus du bloc où gisait Géronimo. et c'était le plus considérable de ceux qui avaient poussé dans la muraille du fort.
PROCÈS * VERBAUX
Dans la première édition, nous avons don in extenso les quatre procès -verbaux su vanls, dont nous reproduirons seulement I intitulés :
PROCÈS-VERBAL
Constatant la découverte d'un squelette h main présumé être celui du martyr Gér NiMO, dans Vintérieur de la maçonnerie .
fort des Vingt-Quatre^-Heures, a Alger.
Alger, le 27 décembre 4853.
Signé : Suzzoni, Bérbrugger, Doue Blot, Baillt, Doumet.
PROCÈS-VERBAL
Constatant l'extraction du crâne appartenu
au squelette découvert le 27 décembre 4853, dans l'intérieur de la maçonnerie du fort des Ving t-- Quatre- Heur es t à Alger.
Alger, 3 janvier <854.
Signé par les précédents, et en outre par M. le colonel d'Alayrac.
PROCÈS-VERBAL
De texamen anatomique d'un squelette humain^ découvert dans l'intérieur de la maçonnerie du fort dit des Vingt - Quatre- Heures i à Alger.
Alger, le 28 décembre 1853.
Signé : Léonard, Négrin, Foley, Bertherând.
PROCÈS-VERBAL
Relatif à l'opération du moulage en plâtre
de Vempreinie formée par la tête de Vhon à qui a appartenu le squelette décow le 27 décemhre 1853, dans la maçonn du fort des Vingt-Quatre-Heures, à Ah
Alger, 6 janvier 4854.
Signé : Suzzoni, Berbrugger, d'Alayi Latour.
L'aulhenlicité et la portée des pièces cl on vient de lire les titres se 'trouvant su samnient établies par leur publication d notre première édition, et ces pièces, par 1 nature toute technique, ne présentant au( intérêt à la majorité des lecteurs, nous av cru pouvoir les supprimer sans iricon^ nient.