‹ GersonChapitre 12 sur 26 · LA PROCESSION DU RECTEUR · texte numérisé non relu

LA PROCESSION DU RECTEUR

Petits et faibles enfants n'avoient aucune manière de se venger, fors {hormis) crier merci et miséricorde.

Jean Gerson.

Gerson était accouru pour recevoir, comme un fils pieux, la bénédiction de sa mère, et comme prêtre il y répondit par sa bénédiction. Il passa ensuite huit jours près de son père , employant toutes les ressources du cœur pour tâcher de le consoler; mais comment eùt-il été un consolateur éloquent ou persuasif, lorsqu'il ne pouvait se consoler lui-même? Le soulage-

ment le plus réel que pussent échauger le père et les enfants , ce fut de se rappeler combien Elisabeth avait été bonne, combien sa vie avait été belle, et sa fin douce et bénie.

Le chancelier aurait bien voulu pouvoir rester plus longtemps au hameau en deuil ; mais les affaires publiques le rappelaient. Une autre séparation fut donc nécessaire, celle du frère et de la sœur. Médéric avait neuf ans alors, et déjà montrait autant d'intelligence que de bonté. La charité était bien récompensée cette fois, et, au lieu d'avoir, comme il n'arrive que trop souvent , l'ingratitude pour fille , elle avait produit une reconnaissance bien vive et bien profonde. Médéric venait d'atteindre l'âge auquel Gerson jugeait à propos de lavoir constamment près de lui.

C'est à cette époque de la vie que se forment le caractère et les indestructibles penchants de l'homme, et que la raison commence à éclairer notre esprit et notre cœur Cette lumière divine, il faut une main habile pour la diriger, et Gerson devait sans aucun doute être le meilleur instituteur pour Médéric.

Que de larmes furent répandues par le frère

Ikk GERSON.

et la sœur lorsqu'il fallut se quitter! Ils se promirent de s'écrire, de continuer de tenir un journal de ce qu'ils feraient, de ce qu'ils penseraient, pour se le montrer lorsqu'ils se retrouveraient ensemble. C'était Elisabeth qui leur avait donné cette idée, dont l'effet était de les réunir sans cesse par la pensée et leur assurer de bons souvenirs. Ce compte rendu de chaque jour, de chaque heure, de chaque action de leur vie , était une constante leçon qu'ils prenaient d'après eux-mêmes, un engagement de bonne conduite pour toujours.

Enfin on se dit l'adieu suprême, et Médéric rentra dans cette grande ville où ses premières années avaient été voilées d'une tristesse dont il n'avaitpaseule sentiment. Gerson commença dès lors l'œuvre qu'il méditait. Il voulait faire de cet enfant un homme si vertueux et si pur, que chacun de ses jours fût une prière incessante pour l'àme de son malheureux père. Tel était le but de l'éducation que Gerson se proposait de donner à Médéric. La vie du maître devait être la leçon la plus éloquente.

La présence de cet enfant , aussi aimé que digne de l'être, fut cependant un nouveau pré-

GERSOJN . 145

texte de persécutions et d'attaques contre Gerson. 11 avait joint à Médéric quelques compaguons de son âge qu'il instruisait également, en les formant aux bonne s mœurs , quand des cris s'élevèrent de toutes parts contre lui. « 11 est, disait-on, au-dessous d'un homme revêtu des dignités de l'Église de se livrer à ces soins subalternes envers des enfants. » Quant à la dignité, celle du Christ était bien au-dessus de toutes les dignités des hommes , et cependant il a dit : « Laissez venir à moi les petits enfants. » C'est ainsi que Gerson leur répondit dans un écrit admirable, et rien n'eut le pouvoir de le détourner des bienfaisantes occupations auxquelles il consaci'ait ses rares instants de loisir. Son tranquille hôtel du cloître Notre-Dame n'avait plus l'austérité silencieuse d'autrefois. Médéric, gai , ardent au jeu autant qu'au travail, était, comme le paradis du poëte italien, un sourire éternel; il animait tout dans cette retraite autrefois si sévère; et Gerson , au milieu de ses plus graves travaux , aimait à entendre autour de luicesjo} eux murmures d'une existence calme au milieu des agitations de l'époque. « Qu'il ait longtemps la sérénité d'une

Page 1