LA FIN PU CONCILE
Gerson , hpbrntre exsil.
Gerson , à peine arrivé au milieu de la magnifique assemblée de Constance , fit entendre sa puissante voix pour soutenir une proposition de Pierre d'Ailly; mais il fut dès lors facile à Medéric de voir que le chancelier aurait d'ardents adversaires. Jean sans Peurétait bien convaincu que Gerson demanderait au concile la condamnation solennelle de la détestable doctrine émise par Jean Petit pour le justifier, lui, l'assassin. Condamner son avocat, c'était le condamner lui-même: aussi avait-il
ordonné à ses agents de ne reculer devant aucun moyen pour imposer silence à Gerson.
De son côté, Gerson ne recula devant aucun moyen pour dire la vérité, pour exciter la commisération du concile en faveur des princes d'Orléans et du roi, pour appeler toute son indignation sur la tête de Jean sans Peur. Médéric ne pouvait que grandir à l'école d'une si intrépide vertu. Ainsi s'accomplissait l'œuvre de réhabilitation que Gerson avait entreprise. Le fils du coupable Marcel était un homme pur et fort à toute épreuve, un homme à l'image de son maître. Déjà il était diacre, et Pierre d'Ailly, évêque de Cambrai, qui l'aimait, puisqu'il était aimé de son illustre disciple, lui avait promis qu'il l'ordonnerait prêtre avant la fin du concile.
Si la vie parfaite du fils de Marcel était poulie malheureux une intercession puissante dans le ciel, Ursule ne devait pas moins obtenir de grâces pour son père , par sa conduite accomplie; elle rendait heureuses, bien heureuses son aïeule et sa mère : c'était là une belle et incessante réparation ; mais au bonheur moral, à ce bonheur de l'àme qu'elle leur assurait, elle
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.•«joutait l'aisance. Avant profité à merveille des soins que Mme de Romance avait pris plaisir a lui donner, elle était devenue, sous sa direction, fort habile aux travaux d'enluminures. Me>sip' Anselme avait été aussi pour elle un uide éprouve dans l'étude de cet art, et nonseulement Ursule était capable de donner d'utiles conseils à sa mère pour la composition et l'exécution des plus belles bruderies, mais encore elle avait acquis de la renommée pour l'ornement et l'enluminure des manuscrits et des missels. Celui de monseigneur l'archevêque de Reims avait été splendidement orné par ses délicates mains , et depuis ce temps elle était toujours occupée d'une façon aussi lucrative qu'honorable.
La voyant si laborieuse et si digne d'estime, il n'était dans le pays aucun homme en âge de se marier qui ne songeât avec bonheur à s'unir pour toujours à Ursule; et, vers le commencement de l'année 1316, un jeune homme possesseur d'une assez jolie fortune en terres labourables et en vignobles sur le territoire de Barby la prit pour femme. Thierrv était doué d'un cœur excellent, dun noble
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caractère, et, en assurant à Ursule une vie aisée, il lui garantissait aussi un inaltérable bonheur domestique.
Gerson, bien heureux d'apprendre cet événement, trouva le temps d'écrire à Ursule et à Marie pour les féliciter, bien qu'il fût plus que jamais absorbé par les soins les plus importants, ceux de l'Église et de la société. Il venait de requérir avec instance la condamnation de Jean Petit, ou pour mieux dire de l'odieux panégirique du duc de Bourgogne; et les hommes dévoués à Jean sans Peur, parmi lesquels se distinguait Cauchon, auquel le procès de Jeanne d'Arc a donne une célébrité si funeste , attaquaient le vertueux Gerson avec une impudeur telle, qu'ils osaient même l'accuser d'avoir falsifié le texte des paroles de Jean Petit par jalousie contre ce docteur.
Gerson jaloux ! Gerson faussaire ! Gerson !.. îl n'y avait pas loin de l'emploi de la calomnie, cette arme qui est dirigée vers l'àme, à l'emploi des armes qui vont frapper le corps. Aussi Médéric tremblait-il plus que jamais pour son maire : Gerson ne tremblait, lui, que pour la vérité outragée , que pour la morale publique
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compromise; et il parvint, a force d éloquentes instances, à obtenir la flétrissure des maximes homicides ; mais en même temps il s'attira l'implacable haine de Jean sans Peur, et l'on sait ce dont elle était capable.
Le chancelier était dans cette situation honorable mais périlleuse , lorsque lui arriva la nouvelle de la mort de son père. « 0 Médéric ! s'écria-t-il en lui montrant l'avis douloureux que lui donnait Marthe, je sentais bien, mon Dieu! que je ne le reverrais plus, et c'est ce qui me rendait si triste quand nous le quittions il y a deux ans l »
Marthe et les autres sœurs de Gerson , n'ayant plus leur père a eutourer des plus tendres soins, se rendirent à Reims, et y entrèrent dans diverses communautés de bienfaisance et de secours pour les malades.
La retraite au fond de laquelle elles vivaient les sauva peut-être du coup violent dont un jour lurent frappées au cœur la Guyote, J»iarie et Ursule. Un bruit sinistre leur était venu du château de Romance : c'était l'écho des nouveaux tumultes qui agitèreut Paris du 30 mai au 11 juin 1418. Pendant ces douze journées .