GE11SON
la capitale fut sans gouvernement, et sous son dictateur, le bourreau Capeluche, il y eut, outre les malheureux massacrés dans les prisons, cinq cent vingt-deux personnes mises à mort dans les rues. De ce nombre était, disaiton, le chancelier.
Ce qui rendait cette nouvelle très-croyable , c'est que Médéric avait annoncé que le concile devait se séparer le 23 avril ; Médéric et Gerson auraient eu ainsi tout le temps de revenir à Paris. « Mon Dieu ! se disaient Marie et Ursule, pourquoi ne se sont-ils pas détournés pour passer quelques jours avec nous , comme il y a trois ans, lorsqu'ils se rendaient à Constance! nous les aurions retenus , et nous ne serions pas dans cette horrible anxiété ! «Ces angoisses durèrent plusieurs jours ; mais enfin une lettre de Médéric qui leur annonçait que monseigneur Pierre d'Ailly, évèque de Cambrai, l'avait ordonné prêtre , vint sinon les consoler, du moins les rassurer sur la vie de Gerson.
Ce n etaitpas lui qui avait été tué dans les rues de Paris; mais l'erreur avait été toute naturelle, et voici comment. On se rappelle que Jehan Carlier était à la tète des forcenés qui pillèrent
2G8 cerso>.
l'hôtel du Cloître. Or le premier objet dont il s'empara, ce fut un large portefeuille ferme, et dont la richesse extérieure l'avait trompé sur son contenu. Il ne renfermait pas autre chose que les cahiers de collège de Gerson, et les diplômes obtenus par lui aux diverses phases de sa carrièreuniversilaire, mômeceluiqui leconstituaitchancelier de l'Eglise ctdel'université. Jehan Carlier ne s'était pas attendu à i*ne trouvaille de si peu d'importance pour lui: il fut sur le point, dans son dépit, de jeter tous ces parchemins à la rivière; cependant plus tard il rélléchit sur le parti qu'il en pou\ait tirer, et finit par y découvrir une dernière ressource. Renonçant donc aux complots, aux conspirations, dont le métier était devenu trop dangereux, il prit le costume ecclésiastique, et se mit à parcourir les campagnes, se présentant hypocritement chezlesplus iguorantsdes habitants des hameaux, sous le nom de Gerson. — Quel blasphème ! — Sur la foi des titres volés, les curés de village l'accueillaient avec la vénération que leur inspirait le nom de Gerson ; ces modestes prêtres, retirés à l'ombre de leurs autels, privés de toute nouvelle des affaires de