‹ GersonChapitre 24 sur 26 · GERS0N · texte numérisé non relu

GERS0N

ce monde, ignoraient même que le chancelier fût à Constance , et la fourberie de Carlier ne réussit que trop longtemps.

Par malheur pour lui, le cours de ses honteux vagabondages le mit dans le cas de traverser Paris, et, le 1er juin 1418, au plus fort de la nouvelle sédition, il fut arrêté par une bande de bourguignons, qui étaient redevenus tout-puissants. On l'interrogea, onlui demanda son nom, il trembla en reconnaissant quelques-uns de ses anciens soldats; mais il était si bien déguisé, que ces hommes ne le reconnurent point. A leurs questions il se troubla, il ne sut que répondre; bref, on le fouilla.

« Johannes Gcrsonius! » lut sur un des parchemins le lettré de la troupe.

« Oui.. , Johan,.. Johannes Gerso... » lut également un second sur un autre parchemin.

« Il y aGerson! il y a Gerson ! s'écria le chef; nous letenons enfin, cette fois. Voilàhicn le dernier des trois que nous avait recommandés Jehan Carlier. » Et, sans plus tarder, tous passèrent de part en part leurs longues épées dans la gorge d'où étaient sorties de si édifiantes recommandations.

Jehan Carlier périssait par où il avait péché, c'était bien le cas de le dire. Telle fut la cause du bruit qui se répandit sur le sort de Gerson, tandis qu'il vivait encore, mais à L'étranger, mais dans l'exil, ainsi que semblait le prédire son nom. Les violences dont il fut l'objet au concile même lui prouvèrent qu il ne pourrait rentrer en France qu'au risque de périr par le poignard des assassins du duc de Bourgogne, de périr sans aucun profit pour son pa \ s. Ses sœurs étaient à présent hors du monde ; son père, il ne devait plus le revoir qu'au ciel. Aimant donc mieux donner à Dieu qu'aux hommes les jours qui lui restaient, il résolut de se livrer tout entier à la vie cpntemplative, vers laquelle son àme tendre et pieuse s'était tournée, mais que jusqu'alors il avait fuie pour entrer avec ardeur dans la vie active et pour être utile à sa patrie.

Toutefois, avant de se mettre en chemin du côté de la Bavière et de s'éloigner de la France, il dit à Medéric qu'il ne voulait pas le retenir loin de sa famille. Médéric avait depuis deux ans montré à Gerson un ardentbesoinderevoir son pays; mais un besoin plus grand encore

pour son cœur, c'était l'amitié , c'était la gratitude, le dévouement. Il déclara donc à son maître qu'il ne le quitterait jamais, que partout où il irait, il le suivrait; et Marie, informée de la noble résolution de son fils, lui répondit en pleurant qu'il avait bien fait d'obéir à la sainte voix de la reconnaissance.

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