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l'abordant pendant la récréation , lui dit du ton de la tristesse et d'un reproche amical.
« Est -il donc vrai, Jean? je ne puis le croire : je viens d'entendre dire que vous vous êtes mal conduit dans la classe ! vous si sage et doué de tant déraison! Cela m'affligerait beaucoup si je le croyais possible. » Jean , interdit bien plus encore que ne l'était Pierre d'Ailly, trouva à peine une parole pour se justifier; et apercevant son professeur dans la cour, il courut lui demander l'explication de ce bruit si inconcevable qui s'était répandu dans le collège. Le maître donna à d'Ailly et à Jean la clef de cette énigme. Au nombre des nouveaux venus dans la classe que Jean venait de quitter se trouvait depuis quelques jours un élève nommé à peu près comme lui, en français Jehan Carlier, et dans la langue du collège JohannesCarlerius. C'était là précisément son nom latin, attendu que, par une règle que connaît chaque écolier, le ch est un son inconnu à la langue de Rome.
« Jehan Carlier, — CarJerius! C'est cela , » s'écria notre Jean ; et il alla en toute hâte trouver son homonyme latin. C'était un bon et gros
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garçon de quinze ans, à la figure insouciante, et dont les yeux bleuâtres ternes et la bouche béante ne menaçaient nullement l'habileécolier d'un rival. Du reste il n'était point du même pays , mais bien d'une partie tout opposée de la France. C'estce qu'il dit le mieux qu'ilputdans un latin horriblement hérissé de solécismes, de barbarismes et du marotisme le plus bouffon. La confusion incessante des deux Carlerius avait les résultats les plus comiques et les plus divertissants. Ce matin, qui était le plus faible de la classe? — Johannes Carlerius. — Ce soir, qui est le premier? — Johannes Charlerius. — Le lendemain , qui avait été trop bruyant au repas de la Sainte-Catherine? — Johannes Carlerius encore. — Quel élève menait la conduite la plus exemplaire? — Johannes Charlerius pourtaut. — Et , au diner commun de la Saint- Louis , qui avait fait dans la conversation deux cents fautes de syntaxe? — Johannes Carlerius, Johannes Carlerius toujours. — Le délinquant aimait assez la ressemblance des noms, qui couvrait un peu ses sottises. 11 le croyait du moins; mais Jean le Charlier était trop connu dans la maison pour craindre que
personne put s'y tromper le moins du monde. Il avait donc cordialement ri des prétendues erreurs que l'on pouvait commettre entre lui etCarlier, quand une circonstance grave lui fit prendre au sérieux cette confusion de noms.
Son excellente mère l'avait habitué à recevoir très-exactement de ses nouvelles, et cette exactitude lui devint bientôt d'autant plus précieuse qu'une maladie épidémique, comme elles n'étaient que trop fréquentes à cette époque, ravageait les environs de Reims. Quel fut donc son effroi quand le jour où il devait recevoir la lettre accoutumée rien ne lui fut remis, rien le lendemain, rien le jour d'après. Il était au comble de l'inquiétude , et alla interroger le portier.
« Comment ! lui dit celui-ci en un latin que nous traduirons , attendu qu'il n'était nullement classique, comment! j'ai reçu avant-hier une lettre pour dominus Joannes Charlerius, et même vous me devez encore le prix du transport de la lettre. » Gerson comprit tout aussitôt : <c Cette lettre était pour Carlerius sans h, et non pour moi.
— Attendez..., attendez..., reprit le portier
~>$ (.ERSO.N.
en le regardant fixement... Cette lettre... était
adressée à... Jean le Charlier ou, comme
nous disons, Charlerius...; mais je ne vous reconnais pas pour celui à qui je l'ai remise, et... »
Gerson n'était plus là, et, déjà abordant Johannes Carlerius, il lui demandait sa lettre. JohannesCarlerius, quoique passablement effronté, se troubla, rougit, et, après avoir nié quelque temps qu'il l'eût reçue , il la lui remit, sur la menace que le maître allait être averti de ce qui se passait. L'indigoe Carlier, jaloux de Jean, avait, pour se venger, pris la lettre qu'on lui présentait par erreur, et, comble d'ignominie ! il en avait brisé le cachet, il l'avait lue. Jean fut si heureux de la retrouver entière, qu'il se borna à lui adresser en particulier de vifs reproches, et paya le port ; mais il prit tout aussitôt la résolution de faire en sorte qu'à l'avenir une telle confusion fût impossible.
Un soir donc, comme à son ordinaire , avant de se coucher, il avait lu la lettre de sa mère ; el , tout en revoyant dans sa pensée le verdoyant hameau , il entrait par degrés daus les