‹ GethsémaniChapitre 11 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

L'état du texte des relations de pèlerinage. — La grotte d’après les apocryphes. — La cène dans la grotte, différente de la dernière cène. — La grotte un réduit d’un pressoir à huile. — Le nom de Gethsémani souvent réservé au champ qui renferme la grotte.

L'examen des témoignages écrits qui sont parvenus jusqu’à nous, permettra de constater sans difficulté que la tradition relative aux divers sanctuaires de Gethsémani est demeurée une, constante et inaltérée jusqu’au xn° siècle. La revue des relations de pèlerinage nous révélera en même temps des renseignements du plus haut intérêt pour l’histoire de ces Lieux saints.

On ne saurait accorder, — tout le monde en conviendra, — la même autorité aux récits de tous les pèlerins de Terre sainte. Ils n’ont pas tous le même esprit d’observation et de discernement, ni les mêmes connaissances bibliques et historiques, encore moins la même aptitude à exprimer en quelques mots, nets et précis, ce qu'ils ont vu et entendu. D'autre part, l'historique de leurs rédactions doit être pris en considération; car leurs descriptions ne sont pas toujours des notes prises sur place; elles ne sont parfois que des mémoires rédigés après leur retour dans la patrie.

Quant aux récits des pèlerins antérieurs au xri° siècle, on n’en possède pas les originaux; on ne les connaît

émani.

de la Grotte de Geths

érieur

Int

même que par des copies de troisième et de quatrième main. Les plus anciens manuscrits de la relation du diacre Théodose (vers 530), et du Pèlerin de Plaisance dit Antonin (570) ne remontent qu’à deux ou trois siècles après leur pèlerinage. Que ces manuscrits ne soient pas des copies fidèles de l'original, cela ressort des nombreuses divergences qu'elles offrent entre elles. Sous la plume des copistes étrangers à la Palestine et plus soucieux de reproduire un petit traité édifiant qu’une description graphique, tous ces manuscrits ont subi, plus ou moins, des altérations, des mutilations ou des interpolations. On y constate surtout des interversions qui, à première vue, déroutent le lecteur. Ajoutons encore que parmi les meilleures descriptions des Lieux saints antérieures aux croisades, celle d’Arculphe (vi siècle) et celle de Willibald (vin siècle) ont été écrites, non par les pèlerins euxmêmes, mais par des personnes auxquelles ils ont raconté de vive voix ce qu’ils avaient vu; et encore ces personnes n’ont-elles pas rédigé leur texte sous la dictée du narrateur, mais bien de pure mémoire. Il n’y a donc pas lieu de s'étonner si ces relations sont parfois vagues, confuses et incorrectes, principalement dans les détails topographiques et archéologiques.

Il est évident que ceux qui ont visité les Lieux saints à la même époque, y ont vu les mêmes monuments et recueilli les mêmes traditions. On aurait donc mauvaise grâce de les opposer les’uns aux autres, et de proclamer que de leur temps il y avait sur un même point plusieurs traditions, nécessairement contradictoires, et que le souvenir du même mystère était vénéré en divers endroits, comme si chaque manuscrit représentait l’autographe de l’auteur. Cette méthode, contraire à toutes les règles de la saine critique, ne saurait engendrer que l'incertitude et

faire planer le doute sur les sanctuaires les plus authentiques. Il ne serait pas plus judicieux de choisir dans le nombre un manuscrit quelconque, et de s’en rapporter à lui comme à la fidèle expression dela pensée de l’auteur. Ce système prêterait aux résultats les plus étranges. Pour dégager de ces relations le véritable énseignement de la tradition et l’état vrai des Lieux saints aux diverses époques où ils ont été visités, il faut d’abord étudier les différents manuscrits des récits d’un même auteur, les comparer entre eux et ne s’en tenir qu'aux points sur lesquels ils concordent pour la plupart, surtout les plus anciens. On doit aussi les confronter avec les relations des pèlerins immédiatement antérieurs ou postérieurs. [l est rare qu’on ne réussisse pas à éclaircir le texte et à le rendre plus intelligible par la vérification de ses différentes versions. Il devient même assez facile de discerner ce qui appartient à l’auteur et ce qui doit être attribué à la maladresse ou à l'ignorance du copiste. Par la confrontation des témoignages d’une même époque, les contradictions apparentes disparaissent le plus souvent, les événements les plus merveilleux sont ramenés la plupart à des faits simples et naturels, l’harmonie s'établit entre les témoins, et la tradition apparaît d'ordinaire jusque dans les détails une, constante, portant avec elle le caractère de la certitude historique. Arrivons-en, à présent, à la grotte de Gethsémani qui nous servira à fixer le lieu de l’arrestation du Sauveur. Cette grotte, dont le plafond est aujourd’hui au-dessous du niveau de la route, est de forme irrégulière, mais approchant de la ronde. Elle s’enfonce dans la montagne de l’ouest à l’est, sur une longueur de 17 mètres et une largeur moyenne de 10. La voûte est soutenue par trois gros piliers évidés dans le roc et taillés sans art, et

trois autres plus petits construits en maçonnerie. Vers le sud, le plafond est percé d’une ouverture carrée d’un mètre et demi de côté, par où pénètrent l’air et la lumière.

Fig. 5, — Plan de la Grotte de Gethsémani.

Le rocher se montre à nu en bien des endroits; mais à la voûte et aux parois, on voit de nombreuses traces de peinture de deux ou trois époques différentes. Son entrée; qui est l'entrée primitive (1), s'ouvre au nord de la grotte, à laquelle on accède par un escalier de huit marches, après avoir traversé la cour de l’église du Sépulcre de la

Vierge.

(1) Comme on le verra plus loin, il ne peut plus ÿ avoir de doute aujourd’hui qu’il n’y avait jamais eu d’autre accès à cette caverne.

Nous avons déjà vu que d’après l’Hisioire de saint Jean, faussement attribuée à saint Prochore, les apôtres se réunirent à « Gethsémani », avant de se disperser par le monde, et que là saint Pierre leur adressa la parole et fit avec eux une dernière prière (1). Il n’est pas vraisemblable que l’auteur se soit imaginé qu’en ces temps de persécution la réunion des apôtres ait eu lieu en plein air,

ir

as ER 2 = sa)

Fig. 6. — Coupe de la Grotte de Gethsémani, en A-B du plan.

au su et vu de tout le monde. Il avait probablement en vue la grotte illustrée par saint Jean, dans l’œuvre de Leucius, qui lui servit de prototype. Les Actes de saint Jean, que le gnostique Leucius écrivit de 160 à 170, racontent en effet, qu’après la mort de son divin Maître, Jean alla au mont des Oliviers se cacher au fond d’une grotte. Là Jésus lui apparut le jour de sa résurrection et l’initia aux plus sublimes mystères (2). M. le D' Trusen, qui cite notre Nouveau Guide de Terre sainte (1° éd., p- 164), pense aussi que la grotte de Leucius est avec: vraisemblance celle de Gethsémani (3). Le rapprochement du texte de Leucius avec la réunion solennelle des apôtres

(1) Voir chapitre précédent, p. 54.

(2) Acta Joannis, éd. Max. Bonnet, Leipzig, 1898, p. 199.

(3) Geschichte von Gethsemane, Zeitschrift. d. D. P. V.,t. XXXIN, Leipzig, 1910, p. 72.

à Gethsémani du texte précédent donne un grand poids à cette opinion.

= Au temps d'Eusèbe déjà, comme nous l'avons vu cidessus page 50, les chrétiens avaient « coutume de montrer une grotte » au Gethsémani.

Le Pêèlerin de Bordeaux indique au nord du chemin du mont des Oliviers « le rocher où Judas Iscarioth trahit le Christ (1). » Ce rocher appartenait à la masse dans laquelle s'enfonce la grotte de Gethsémani. Dans son état primitif, celle-ci s'élevait d’une dizaine de mètres au-dessus du lit rocheux du torrent; on y montait donc par un sentier, et l’on y pénétrait de plain-pied. Au v® siècle encore, la cour qui s’étend devant l'église de la Vierge se trouvait à un niveau plus bas que le sol actuel de la grotte, comme il est facile de s’en assurer. La position de l’entrée de la grotte au nord, et la face presque verticale que la paroi occidentale laisse soupçonner, permettent de se représenter un immense bloc entièrement dégagé à l’ouest et faisant une forte saillie.

Un autre texte ancien qui mentionne explicitement cette grotte, nous a été transmis par Pierre le Diacre, bibliothécaire du Mont-Cassin, qui compila, en 1137, un traité des Lieux saints avec les récits de sainte Silvie, de saint Bède le Vénérable et d’autres auteurs anciens. « Au delà du torrent de Cédron, y lit-on, se trouve une grotte, et par-dessus une église, à l'endroit où, la cinquième férie, après la cène, les Juifs s’'emparèrent du Sauveur; ce lieu est en tête de la vallée de Josaphat. Dans cette même vallée, se trouvait le palmier dont les enfants arrachèrent les branches lorsqu'ils crièrent Æosanna. De même au mont des Oliviers, il y a une grotte avec un magnifique

(1) Voir chapitre précédent, p. 51.

autel, dans laquelle le Seigneur avait coutume d'enseigner ses disciples; par-dessus la caverne, s'élève une grande et belle église (1), et non loin de là se trouve le martyrium de saint Étienne; à une petite distance de là est le lieu où le Seigneur pria, quand sa sueur devint comme des gouttes de sang (2). » Ce document a une saveur antique. « Le palmier » rappelé par le Pèlerin de Bordeaux et saint Cyrille de Jérusalem y figure encore et pour la dernière fois. Le style a une telle analogie avec. celui de sainte Silvie, que M. Gamurrini, l'éditeur, est d’avis que Pierre a fait cet emprunt à quelque description, non encore retrouvée, de la Pèlerine gauloise. Le contexte, cependant, nous ramène au v° siècle; car, s’il faut entendre par « martyrium sancti Stephani » l’église dédiée au saint diacre, plutôt que « le lieu de son martyre », le document est postérieur à l’année 422, date de l'avènement de l’évêque Juvénal, qui a élevé la première église en l'honneur du Protomartyr dans la vallée de Josaphat. On se sera déjà aperçu de la confusion qui s’est glissée dans le texte. À l’endroit de l'arrestation du Sauveur, nous ne trouvons qu’une « grotte, et par-dessus une église ». Il doit y avoir ici une lacune due à la négligence du copiste plutôt qu'à une erreur de mémoire du pèlerin. Celui-ci ne pouvait pas passer sous silence que la grotte se trouvait dans le Gethsémani de l'Évangile, et c’est après cette mention que le texte original aura porté ces mots « et par-dessus une église » comme s’exprime saint Jérôme, et conformément aux témoignages précédents. Aucun autre pèlerin du moyen âge n’a signalé un édifice sacré par-dessus la grotte de Gethsé-

(1) C’est la basilique de l’Eléona.

(2) S. Hilarii tract, cui accedit Petri Diaconi liber de Locis sancts, éd. J. Fr. Gamurrini, Rome, 1887, p, 121-122.

mani et, malgré les plus diligentes recherches, entreprises déjà par Quaresmius au xvn° siècle (1), on n’a jamais constaté le moindre vestige d'une ancienne construction en ce lieu. Remarquons de plus que l’auteur indique « à une petite distance de là le lieu où le Seigneur pria quand sa sueur, etc. » C’est ici, et non au lieu de l’arrestation près de la grotte, que se trouvait l’église.

A cette même époque, les pèlerins commencent à nous apprendre que cette grotte avait été fréquentée par Notre-Seigneur, et qu’un jour il y a célébré une cène accompagnée du lavement des pieds. Cette cène est l’une des trois dont l’ancienne Église a gardé le souvenir dans la liturgie.

Le biographe et le disciple de Pierre l’Ibérien, évêque monophysite de Maïouma près de Gaza, décrit le pèlerinage (spirituel) que son maître avait fait pendant la nuit vers 450. Après avoir parlé de sa visite à la basilique du Saint-Sépulcre, il continue : « De là, il descendit à l’église qui est appelée Pilate (2), et, de là, à celle du Paralytique, et après à Getsémani. Il parcourut aussi les Lieux saints environnants. Il monta donc au Cénacle des Disciples (3), ensuite à la sainte Ascension, et, de là, à la maison de Lazare ». Le Cénacle des Disciples n’est autre que la grotte de Gethsémani, comme nous l’apprennent les pèlerins suivants. Bien qu’à cette époque-là on

(1) Elucidatio terrae Sanctae, t. Il, Venise, 1880, p. 125 a et 184b.

(2) C’est la basilique de Sainte-Sophie du Prétoire de Pilate, mentionnée aussi par le Breviarius de Hierusalem, Théodose, etc.

(3) Si Pauteur n’a pas été un pèlerin de Jérusalem, mais un simple compilateur, il a pu être induit en erreur par le passage de saint Jérôme cité ci-dessus, en prenant le mot Gethsémani dans le sens strict, c’est-àdire pour le lieu de l’arrestation seulement. Mais saint Jérôme, comme

Eusèbe et l'Evangile, entend par Gethsémani également le jardin où le

Seigneur est allé faire sa triple prière.

(4) Pierre l’Ibérien, éd. J.-B. Chabot, Revue de l'Orient latin, t, III,

Paris, 1885, p. 381-382:

ne descendait pas dans la grotte de Gethsémani, mais qu'on y montait plutôt, à en juger par la différence de son niveau d'avec celui de l’ancienne entrée de l’église de la Vierge, il faut reconnaître, néanmoins, que d’après le contexte il est ici plutôt question de la grotte d'Eléona. Mais dans ce cas, il y a transposition d’un souvenir de la grotte d’en bas dans celle d’en haut. Cette dernière a été célèbre dans la tradition par les prophéties de Notre-Seigneur sur son dernier avènement et sur la ruine de Jérusalem, mais jamais par un repas auquel les disciples auraient pris part.

Le Breviarius de Hierusalem est un tout petit traité dans lequel le Calvaire figure encore à ciel ouvert, comme au temps de sainte Silvie; or Gérontius, directeur et biographe de sainte Mélanie morte en 436, affirme que celle-ci bâtit une chapelle par-dessus le lieu où Jésus monta sur la croix (1). D' Gildmeister en publia un texte où le dernier paragraphe renferme quelques emprunts faits à un auteur du vi* siècle (2). On y lit : « Là se trouve la basilique de Sainte-Marie, avec son sépulcre. Là Judas trahit Notre-Seigneur Jésus-Christ. Il y a là le lieu où le Seigneur soupa avec ses disciples. On fait ensuite l’ascension de la montagne (3). »

Vers l’an 530, Théodose fournit des renseignements plus abondants et plus intéressants sur la grotte de Gethsémani. « Là, dit-il, est la vallée de Josaphat.. Là se trouve la basilique de Sainte-Marie, Mère de Dieu, et là existe son sépulcre. Là également est le lieu où le

(1) Vita S. Melaniae jun., Analecta bollandiana, t. VIII, Paris, 1870, p. 54.

(2) Ce dernier alinéa ne se trouve pas dans les manuscrits que Tobler et Molinier avaient entre les mains.

(3) Theodosius et Breviarius, éd. Gildmeister, Bonn, 1882, p. 35.

Seigneur soupa avec ses disciples. Là le Seigneur lava les pieds aux apôtres. On y voit quatre tables accubita, où le Seigneur s’assit au milieu de ses apôtres; chaque table offre de la place pour troïs hommes{(1). Là Judas trahit le Seigneur. Parfois les personnes qui s’y rendent par dévotion, se plaisent d'y prendre de la nourriture, tout, sauf de la viande; elles allument des lampes, parce que ce lieu est dans une grotte(2). »

Environ quarante ans plus tard, le Pèlerin de Plaisance, connu sous le nom d’Antonin, écrit à son tour :

Descendant du mont des Oliviers, nous vinmes dans la vallée de Gethsémani (3), à l'endroit où le Seigneur fut trahi. Il y a là trois tables {4), auxquelles il s’était assis, et nous y primes place par dévotion. Dans la même vallée, existe la basilique de Sainte-Marie qui, dit-on, était sa maison(5), et dans laquelle on montre le sépulcre, d'où, comme on rapporte, sainte Marie fut enlevée au ciel(6). »

Vers 670, saint Adamnan, abbé de Hy dans l’île de Iona, près des côtes de l’Ecosse, rédigea les récits que lui fit un pèlerin, saint Arculphe, évêque franc. Voici ce qu'on lit dans son traité : « Sur le flanc du mont des Oliviers, non loin de l’église de Sainte-Marie, mais dans une position plus élevée et en face de la vallée de

(1) Les Juifs s'étendaient, pour manger, autour de la table généralement assez basse et dont un côté restait ouvert pour la commodité du service.

(2) De Terra sancta, Tobler et Molinier, op. cit., p. 6G.

(3) Quelques manuscrits portent « in villam Gethsemani », ce qui semble être plus conforme au texte original.

(4) Les pèlerins suivants parleront, comme Théodose, de quatre tables.

(5) Ici le copiste a fusionné, selon sa coutume, deux églises de même titulaire en une seule : Sainte-Marie de la Probatique, où naquit la sainte Vierge, d’après la tradition, située au haut du flanc droit de la vallée de Josaphat, et Sainte-Marie où elle fut ensevelie.

(6) De Locis sanctis, Tobler et Molinier, op. cit., p. 100.

Josaphat, se trouve une grotte dans laquelle il y a détix

puits très profonds, dont l’un, sous la montagne, descend à une grande profondeur, tandis que l'autre, pratiqué dans le sol de la grotte, est une cavité très vaste, qui, dit-on, descend en ligne droite; ces deux puits sont toujours fermés. Dans la même grotte, il y a quatre tables de pierre, dont l’une, placée à l’intérieur près de l’entrée, est celle de Notre-Seigneur Jésus-Christ;

c'est celle-là, sans doute, à laquelle adhère un petit.

siège. Il avait coutume de s'asseoir en ce lieu en qualité de convive avec ses douze apôtres étendus autour des autres tables. L’orifice fermé du puits qui s’ouvre dans le sol de la caverne, comme nous l'avons écrit plus haut, se voit tout près des tables des apôtres. La petite entrée de cette grotte est close par une porte en bois, comme le rapporte saint Arculphe, qui bien souvent visita la grotte du Seigneur{1). » Le récit d'Adamnan est un véritable

galimatias. Son hôte lui a raconté trop de détails sur

l’état des sanctuaires, ce qui ne put que créer de la con-

fusion dans l'esprit de l’écrivain. Arculphe lui aura

parlé d'un premier puits très beau et très profond, qui occupait le centre de l’atrium de l’église du v° siècle, et qui servait aux ablutions des fidèles. En 1655, le P. Marien de Maléo, Custode de Terre sainte, l’a découvert devant l’entrée de l’église, à quelques pas de la grotte, mais il l’a fait fermer de nouveau d’accord avec les Grecs et les Arméniens(2). Quant au second puits « pratiqué dans le sol de la grotte... près des tables des apôtres, et toujours fermé », ce doit être le petit puits qui existe

(1) De locis sanctis, Tobler et Molinier, op. cit., p. 158-150. (2) P. Marien da Maleo, Terra santa nuovamente illustrata, Plaisance,

1669, t. I, p. 213. — Plus loin, au chapitre xrr, nous reviendrons à ce puits.

dans l’angle nord-ouest de la grotte, à main droite en ÿ entrant (Plan de la grotte, F). Il a une ouverture de

”,90 de diamètre, et est entouré d’une margelle en maçonnerie qui forme un léger bourrelet large de 0,25 c., au-dessus du niveau du sol. Le puits est comblé et recouvert de petites dalles dans lesquelles ont été - gravées plusieurs petites croix. Aussi longtemps que ce pertuis à fleur de terre restait creux, il était naturellement fermé au moyen d’un couvercle, et résonnait sous les pas des pèlerins; ce qui ne devait pas peu les intriguer (1). Ajoutons qu'au même endroit, contre la paroi de la grotte (Plan de la grotte, G), on conserve deux grosses pierres de taille fortement ébréchées sur les arêtes. L'une mesure 1”,05 de longueur, sur 0,50 de largeur et autant de hauteur, et l’autre 0",06 de longueur et 0,56 dans les deux sens. Une troisième est enfoncée dans le sol. Ces blocs doivent être là au moins depuis le xn° siècle; “mais aucun souvenir n° y est resté attaché. Ne en pas trois des quatre accubila d'Arculphe. Saint Bède composa vers 720 un traité des Lieux saints, dans lequel il a inséré des chapitres entiers de l'ouvrage d’Adamnan. Il a reproduit textueilement ce que celui-ci raconte de l’église du tombeau de Marie (2), mais il saute tout le passage relatif à la grotte de Gethsémani. Îl-a, peut-être, trouvé la cène avec le lavement des pieds en ce lieu trop suspecte.

La religieuse de Heydenheim, qui recueillit de la

(1) I y a quelques années, le Frère sacristain, cherchant une issue à Veau qui suintait à travers la voûte, se mit à sonder le pêtit bassin. Il le trouva comblé de terre mêlée à des cubes de mosaïque. Arrivé à deux ou trois pieds de profondeur sans avoir rencontré le rocher, il renonça à poursuivre le travail, remblaya le trou et remit les petites dalles à leur place.

(2) De locis sanctis, Tobler et Molinier, op. cif., p. 221.

bouche de saint Willibald ce que celui-ci avait vu en Terre sainte de 723 à 726, ne dit pas un mot de la grotte de Gethsémani.

Voici maintenant un exemple du sort qui est parfois réservé, non seulement à des relations faites de vive voix, puis rédigées de mémoire, mais même à des descriptions laissées par écrit par le pèlerin. Le moine Épiphane de Jérusalem composa au 1x° siècle une description complète des sanctuaires de la Palestine. En parlant de la grotte de Gethsémani, il aura naturellement mentionné les quatre tables et le soupirail de la voûte, ou le puits d’Arculphe. Cet ouvrage a été copié plusieurs fois; mais le plus ancien manuscrit qu’on en possède ne remonte qu’au xu° siècle. Les copistes se sont permis de transformer les tables en trônes pour le Seigneur et ses apôtres, et le pertuis en puits mystérieux, probablement par rapprochement du jugement dernier dans la vallée de Josaphat. Qu'on lise, plutôt, la singulière description : « Non loin de là, vers lorient, on arrive à Gethsémani, le sépulcre de la bienheureuse Mère de Dieu, qui est une splendide église. Auprès de celle-ci, se trouve la vénérable grotte dans laquelle le Christ se retirait avec ses disciples. Dans la grotte il y a le trône du Fils de Dieu et de ses douze apôtres, où il viendra s'asseoir pour juger les douze tribus d’Israël. Au sommet du trône du Seigneur existe un petit orifice, dont on ne peut sonder la profondeur, et il en sort soit des sons harmonieux, soit un grand bruit. Il y en a qui diront que ail ya des âmes(i). »

De 853 à 865, Bernard le moine Franc ne consacre à la grotte de Gethsémani que cette courte phrase : « Dans

(1) Enarratio Syriae, Migne, P. G., t. CXX, col. 268.

ce même lieu {la villa de Gethsémani), se trouve aussi l’église où le Seigneur a été trahi et où l’on conserve les quatre tables rondes de sa cène (1). »

La cène célébrée dans la grotte de Gethsémani tomba peu à peu dans l'oubli. Les nombreux pèlerins du xu° siècle n’en parlent plus. Il paraït, cependant, que son souvenir ne s’est pas complètement effacé dans la mémoire des chrétiens de rite oriental; car un pèlerin russe, Basile, marchand de Brousse, écrit encore de 1460 à 1461 : « Nous nous dirigeâmes vers la sainte Gelhsémani au Tombeau de la très Pure, et pénétrant dans l’église, nous descendimes quarante-huit marches et parvîinmes au Tombeau de la très Pure. De là, nous montâmes à gauche; là se trouve le lieu où le Christ (célébra) la sainte Cène avec ses disciples; la pierre où Jésus pria s’y trouve aussi, et Judas y livra le Christ aux Juifs, et nous nous y prosternâmes (2). »

La nature du « cénacle des Disciples » de Gethsémani a vivement préoccupé certains palestinologues en ces derniers temps. Qu'on juge par le fait suivant, combien cette question a troublé certains esprits, et quelles conclusions hardies elle leur a suggérées. Dans une conférence publique, tenue le 5 avril 1807 à l’École biblique des Pères Dominicains à Jérusalem et publiée ensuite 2x extenso (3), le conférencier n’hésita pas à dire : « Voilà précisément qu'au v® siècle Virgilius (/ise7 Théodose),

(1) {tinerarium, Tobler et Molinier, op. cit., p. 316. — La grotte était alors convertie en chapelle, comme le démontrent les peintures superposées, dont la plus ancienne est nécessairement antérieure à l'invasion des Perses et des Arabes. :

(2) Pèlerinage du marchand Basile, Publ. de l'Or. lat. Itin, russes, Genève, 1884, p. 253-254.

(3) P. L. Cré, La crypte du Credo au mont des Oliviers, La Terre sainte, Revue de l’Or. chrétien, Paris, 1897, in 4°.

vers 530) (1) et Pierre l’Ibérien vénèrent sur le mont des Oliviers un cénacle. Remarquez, Messieurs, que je dis formellement un cénacle, quoique le pèlerin Virgilius (lisez Théodose), et le moine Pierre me semblent indiquer le cénacle de l'Évangile... (2). On ne montrait donc pas encore le lieu de la Cène du Seigneur sur le mont Sion au cinquième siècle... (3). J'ai l'espoir que les exégètes qui apprendront que dès (les) premiers siècles, (les) chrétiens vénéraient un cénacle à moins de 100 mètres de l’Ascension, placeront tous désormais sur le mont des Oliviers le repas d'adieu du Seigneur à ses onze Apôtres (4). »

Est-ce que vraiment à l’époque de Pierre l’Ibérien ou du pèlerin Théodose, on ignorait à Jérusalem que la cène eucharistique avait eu lieu au mont Sion? Est-ce que réellement jusqu’au 1x° siècle, au moins, les pèlerins lo-

(1) M. Ch. Kohler a démontré que le manuscrit de la Haye publié par le cardinal Pitra sous le nom de Virgilius (Analecta sacra,t. V, 1888, p. 118-121), n’était qu'une recension ou un fragment du traité De locis sanctis de Théodose (Voir Revue biblique, 1901, p. 93-06).

(2) Op. cit., p. 199 b.

(5) Op. cit p.200 4:

(4) Op. cit., p. 227 a. — Pour le P. Léon Cré, la Crypte du Credo, nom donné à une époque récente à une longue et antiqué citerne en maçonnerie, qui s'étend du nord au sud sur le bord oriental d'un chemin, au haut du mont des Oliviers, était: 1° le lieu où les apôtres se réunirent pour composer le symbole de foi chrétienne; — 2° la grotte (de Gethsémani) où les pèlerins du vie au 1x° siècle trouvèrent les quatre tables; — 3° le lieu où le Seigneur institua la sainte Cène; — 4° la grotte dans laquelle le Seigneur prédit la ruine de Jérusalem et la fin du monde(L'Eléona, ap. Revue de l'Orient chrétien, 1901); — 5° l’endroit où le Seigneur apparut aux apôtres le jour de sa résurrection et huit jours après, etc. (Deux conférences tenués dans l'École biblique à Jérusalem, en 1902.)

Récemment, on fit des fouilles autour de la soi-disant crypte du Credo. D'après le P. Vincent (L'église de l'Eléona, Revue biblique, 1911, p. 256-257), la crypte du Credo n'a jamais été une grotte, moins encore la crypte d’une église, mais une simple citerne en maçonnerie grossière, installée dans les substructions d’un vieux portique en ruines.

calisèrent la célèbre cène du Jeudi saint dans la grotte de Gethsémani? Voilà deux questions capitales qu'il nous reste à élucider avant de continuer notre sujet. Quant au premier point, saint Matthieu (xxvi, 18), saint Marc XIV, 13-15) et saint Luc (xx11, 11-12) nous apprennent en termes précis que la dernière cène a eu lieu dans l’intérieur de la ville de Jérusalem. C’est donc là, et non dans la Crypte du Credo « que les exégètes ont à chercher la salle du repas d'adieu du Seigneur à ses apôtres ». Puis, une tradition unique et constante enseigne que la cène eucharistique fut célébrée au mont Sion, dans la même salle dans laquelle les apôtres se réfugièrent à la mort de leur Maître, furent témoins de sa double apparition, et attendirent, plus tard, la descente du Saint-Esprit. Indiquer le théâtre d’un de ces mystères, c’est donc faire connaître celui des autres, avec les événements qui les ont accompagnés. Saint Épiphane (307-403) raconte que le cénacle, dans lequel les apôtres s'étaient réunis après l'ascension du Sauveur, s'élevait « dans le quartier de Sion qui fut épargné lors de la destruction de la ville (1) ». Sainte Silvie dit à son tour que, le jour de Pâques et le dimanche suivant, les fidèles, accompagnés de l'évêque et du clergé, se rendaient processionnellement dans l’église de Sion, à la nuit tombante, pour célébrer les divins offices « au lieu même où, en ces jours, Jésus apparut à ses apôtres (2) ». D’après Hésique (vers 430), c'est au mont Sion qu’eurent lieu l'institution de la sainte Eucharistie, la double apparition de Notre-Seigneur après sa résurrection, et la descente du Saint-Esprit (3).

(1) De Mensuris, XIV, Migne, P. G., t. XLII, col. 261.

(2) Op. cit., éd. Gamurrini, 1888, p. 68.

(3) Sermo III, et Difficultas LVI, Migne, P. G., t. XCIH, col. 1480 et

Dans les Fragments des preuves, ouvrage qu’on a voulu attribuer à Pierre de Sébaste (vers 381), mais qui date, au moins, du commencement du v° siècle, il est dit que « la sainte Cène eut lieu dans la salle haute de Sion, - où le Messie apparut également à ses apôtres, les portes étant closes (1) ». Le Pèlerin arménien nous fait savoir vers la même époque que la coupole de la basilique de Sion représentait en peinture l'institution de-la dernière Cène (2). Il est superflu de recourir aux témoignages qui abondent en faveur du mont Sion aux siècles suivants. Voyons plutôt ce qu’en pensent les pèlerins qui parlent de la cène de Gethsémani.

Le Breviarius de Hierusalem, faisant la description de la basilique de la « sainte Sion », dit : « Il y a une lampe

à l'endroit où le Seigneur instruisit ses disciples, quand il soupa avec eux (3). » Cette cène au cénacle est donc différente de celle de Gethsémani.

Les opuscules de Théodose et du Pèlerin de Plaisance ne disent rien du lieu de la Cène eucharistique; mais on ne saurait tirer un argument de ce silence, car on sait combien pendant l'intervalle de deux à trois siècles ces deux traités ont été malmenés et mutilés par les copistes. Mais dans le plan de la « basilique apostolique » de Sion qu'Adamnan a tracé sommairement sur les indications d'Arculphe, on lit en toutes lettres dans l’angle sudest : Locus coenae Domini (4). Le moine Bernard écrit de son côté « qu’il y a en outre au midi de la ville, au mont Sion, une autre église, où le Seigneur lava les pieds aux apôtres (5) ». Épiphane l'Hagiopolite place également le ) El-Machrin, Revue ar., Beyrouth, 1902, p. 486.

) Voir notre ouvrage : Le prétoire de Pilate, Paris, 1902, p. 172

) Gildmeister, op. cit., p. 35.

Op. cit., p. 160.

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cénacle de la dernière cène au mont Sion (1). Il est donc manifeste que la cène du Gethsémani n’a pas été confon-. due avec celle du mont Sion, ni par les habitants de Jérusalem, ni par les pèlerins.

En Orient, on faisait, en effet, mémoire de trois cènes que Jésus avait célébrées vers le temps de sa Passion, tandis que,en Occident, on ne rappela dans la liturgie. que le souvenir des deux repas mentionnés par l'Évangile. Quelle est donc la cène de Gethsémani?

Vers l’an 565, saint Eutychius, patriarche de Constantinople, commença son Sermon sur la Pâque et la très sainte Eucharistie (2) en ces termes : « Nous connaissons au moins trois cènes que le Seigneur a célébrées vers le temps de Pâques, en des lieux différents. La première à Gethsémani, qui comprenait la purification (3), le jour de sabbat, quand le premier jour, c’est-à-dire, le dimanche, avait déjà commencé ; c'est pourquoi nous faisons alors la vigile. La seconde, à Béthanie, qui eut lieu au deuxième jour de la semaine, le premier jour étant expiré, mais il est évident que ce ne fut pas là la Pâque {4). » Voilà donc dévoilé le mystère qui planait si longtemps sur la grotte de Gethsémanf!

Le Jeudi saint, le « Mandatum do vobis » du Livre

(x) "Op:cit., Migne, P. G., t CXX, col. 267,

(2) Par ses sermons, saint Eutychius réfutait les erreurs courantes, et revendiquait surtout la présence réelle dans l’Eucharistic. 11 refusa de souscrire à l’édit de Justinien en faveur des « Incorruptibles », et fut envoyé en exil en 565. Rappelé en 575, il remonta sur le trône patriarcal et mourut en 582.

(3) C'est-à-dire le lavement des pieds. Le patriarche n’insinue pas que le Seigneur ait lavé lui-même les pieds aux apôtres. Théodose l’affirme; mais l’état dans lequel nous est parvenu son traité n’oblige pas d’insister sur des renseignements de ce genre; car il résulte de l’évangile de saint Jean (x, 6-9) que le Sauveur ne lava les pieds aux siens qu’à la dernière cène.

(4) Migne, P. G., t. LXXVI, col. 2302.

pontifical du pape Grégoire le Grand rappelle encore le lavement des pieds du Sauveur par Marie (1). Mais à Rouen, à Rome et en d’autres Églises, on célébrait ce souvenir, du vi‘ au 1x° siècle, par une cérémonie solennelle la veille du dimanche des Rameaux. L’officiant lavait les pieds à quelques pauvres et leur distribuait ensuite des vivres.

En ces derniers temps, on s’est demandé bien des fois quelle pouvait être originairement la destination de cette grotte devenue si célèbre. M. l'abbé Le Camus, parlant de ce sanctuaire, se pose aussi cette question, et voici en quels termes : « Pourquoi une grotte? L’Évangile n’en parle pas... Pourquoi dans un pays où l’on nous en montrera tant d’autres en guise de maison, ne pas nous faire grâce de celle-ci? En tout cas, elle a été primitivement une citerne. L'ouverture d’en haut en est la preuve (2). » C’est tout! |

Comme nous l’apprend la relation de Théodose, « l’ouverture d'en haut » n'était pas encore pratiquée dans la voûte vers 530. A cette époque, les chrétiens, qui y prenaient leur repas par dévotion, durent allumer des flambeaux pour voir clair. Le plafond ne fut percé d'un soupirail que plus tard, lorsque le souterrain fut transformé en église et revêtu d’une couche de stuc couvert de peintures. Cette transformation eut lieu certainement avant le passage des Perses ou l’arrivée des Arabes au vit siècle, et probablement peu après la visite de Théodose (3). :

(1) Migne, P. L., t. LXXXVIIL, col. 848.

(2) Notre voyage aux pays bibliques, Paris, 1800, t. II, p. 246.

(3) Au plafond rocheux entre le vieux pilier en maçonnerie et la paroi méridionale (H) on remarque une ancienne ouverture d’environ 1",80 sur 0,90, bouchée par de larges dalles. Ce soupirail, qui vraisembla-

M. Melchior de Vogüé est d’un avis tout différent de celui du précédent écrivain. « À côté du sépulcre de la Vierge, écrit-il, se trouve une grotte sombre, ancien tombeau abandonné, dans lequel, suivant la tradition, Jésus passa les trois mortelles heures qui précédèrent son arrestation. Le pieux vandalisme qui a défiguré tous les autres sanctuaires, a respecté celui-là, et lui a laissé sa physionomie naturelle (1). » Le célèbre archéologue ne dit pas à quels indices il a reconnu les caractères d'un ancien tombeau, et nul autre n’en a constaté ou signalé d’une manière sérieuse. La caverne a conservé, en effet, «Sa physionomie naturelle » ; les chrétiens en ont à peu près respecté les formes dans leurs moindres détails avec un scrupule digne d’admiration. Même pour la couvrir de peintures à deux ou trois époques différentes, ils ne se sont guère permis de rectifier les nombreuses irrégularités, de dégauchir ses parois rugueuses et bosselées ou d’aplanir les rochers saillants suspendus à la voûte. Sauf à l'extrémité orientale où l’on a installé un autel, elle est restée jusqu'’aujourd'hui dans son état primitif, sauvage, et n'offre nulle part une disposition quelconque des anciens tombeaux voisins.

M. de Vogüé partageait peut-être l'opinion dont M. Létard s’est fait l'écho, et qui voit « dans l’ancien couloir au midi une entrée de sépulcre (2) ». Cette entrée, dont on parle si souvent, n’a jamais existé et, par conséquent,

bilement a été pratiqué en tout premier lieu dans ce souterrain, ne pouvait projeter que peu de lumière au centre de la grotte. Mais on a plutôt l’impression qu'il a été condamné parce qu'il compromettait là solidité de la voûte. C’est alors que, pour fortifier celle-ci, on aura cohstruit le pilier carré et ouvert le soupirail actuel.

(1) Les églises de la Terre sainte, Paris, 1808, p. 313.

(2) Tableau évang':, t. IH, p. 369. — Voir : P. Olivier, O. P., La Passion, Paris, 1891, p. 443.

elle n’a pas été murée en 1655. Au chapitre xr°, nous verrons que depuis le xu* siècle tous les pèlerins pénétrèrent dans la grotte par l’entrée actuelle et suivirent le même sentier qui, de la cour de l'église de Sainte- Marie, y conduit encore aujourd’hui. Cela est clairement exprimé dans leurs récits. Il en était assurément ainsi avant le xu° siècle. L'examen de la paroï méridionale de la grotte nous a amené à la même conclusion. En 1909 on l’a débarrassée du mortier qui bouchait quelques anfractuosités rocheuses à fleur de terre. La muraille a été sondée avec soin; mais partout on heurta contre le roc vif; nulle part ne se manifestèrent des traces d’une ouverture obstruée (1).

Le docteur Lortet a émis une troisième opinion. « Cette excavation, dit-il, paraît avoir été un ancien pressoir d'huile. » Le docteur J. Sepp est du même avis (2). Récemment, un palestinologue de renom a embrassé la même opinion. Comme M. Reymann fit remarquer dans son article sur Gethsémani, que M. le professeur Dalman propose de lire « Gessamani », vallée de la Graiïsse, au lieu de « Gethsémani, » celui-ci, en qualité de directeur de la revue dans laquelle parut l’article, répondit en note : « Aujourd’hui je suis incliné à croire que cette désignation est empruntée à un réel pressoir d'huile. La place d'un pareil engin me semble, en effet, indiquée dans la soi-disant grotte de l’Agonie qui, par sa forme et sa grandeur, ressemble aux anciennes cavernes de pressoir pour huile, qui ne sont pas rares en Palestine (3). » Si le local se prête à un ancien pressoir,

(1) Jerusalem u. das h. Land, 2° éd. Schaffhouse, 1873, t. I, p. 680.

(2) Plus loin, au chapitre x1, ce point sera démontré lumineusement,

(3) Palaestinajahrbuch. V° an. 1909, p. 91, note 1. — M. Dalman a signalé non loin des ruines de l’église d'Æt-Tireh, près de Ramallah,

celui-ci, semble-t-il, n’a pas disparu sans laisser des traces. Dans les pressoirs souterrains, la poutre qui servait de levier trouvait toujours son point d'appui dans un trou pratiqué dans la paroi rocheuse. Dansla paroi nord-est de la grotte de Gethsémani (D), à l’endroit le plus propice pour létablissement d’un pressoir, existe une niche qui pouvait bien avoir servi originairement à un levier de ce genre. Dans sa forme actuelle qui est très irrégulière, parce que le rocher a été tailladé par les pèlerins, elle a, comme dimensions les plus restreintes à l’intérieur, 1%,00 de longueur, 0",85 de hauteur et 0",70 de profondeur. Rappelons aussi le bassin ou le petit puits qu'on voit dans l’angle nord-ouest, et qui pouvait servir de réservoir pour l'huile, ainsi que les grands blocs équarris conservés au même endroit, qui peuvent provenir du pressoir, toujours en pierre. Le bassin et les pierres sont antiques et semblent déjà figurer dans les relations des pèlerins du vi* au vif siècle (1).

Que la grotte ait jadis renfermé un pressoir d'huile, c’est un fait confirmé pleinement par la tradition. Jusqu’au xiv° siècle bien des pèlerins entendent par Gefhsé-

une nouvelle grotte dans laquelle était installé jadis un pressoir d'huile (Opcir Ian, 1912, p 12)

(1) Pour le P. H. Vincent, O. P. (Jérusalem, t. IT, Paris, 1914, p. 336- 337), la grotte de Gethsémani est plutôt un ancien sépulcre. Dans le trou pratiqué dans la paroi septentrionale, et qui pour M. Dalman était originairement « la niche destinée à recevoir la poutre à levier d’un pressoir », il est incliné à voir les vestiges d’un arcosolium funéraire, qui figure dans son plan comme un fait certain. Néanmoins, il conclut son article en écrivant : « Tombeau, pressoir, citerne, la caverne a pu être partiellement tout cela, sans avoir plus de titres primordiaux à la vénération et sans se distinguer notablement d’excavations toutes semblables en son voisinage. » Cependant, les chrétiens de Jérusalem qui, en 333, ont montré au Pèlerin de Bordeaux devant cette grotte l'endroit où Jésus a été trahi et livré aux Juifs, pendant que les onze apôtres se tenaient derrière lui, ont connu « ses titres à la vénération », comme toute la tradition le prouv2.

mani tout court, la grotte, ou son voisinage immédiat, faisant ainsi une distinction entre ce coin de terre et le jardin où se rendit Jésus avec trois de ses disciples pour se livrer à la. prière. C’est ainsi que sainte Silvie et le prêtre Hésique, par exemple, indiquent nettement le lieu de la trahison entre « Gethsémani » et les premières pentes du mont des Oliviers. Le « Pressoir d'huile » a servi aux évangélistes à fixer l'emplacement du jardin, et de bonne heure son nom s'’étendit au jardin lui-même. Dans l'Onomasticon, Eusèbe et saint Jérôme disent : « Gethsémani (est) le champ où le Sauveur priait avant sa sa passion (1). » |

Nous sommes donc en présence de deux terrains distincts : l’un renfermait la grotte, l’autre formait le jardin. Si l’on tient à se figurer un jardin clos de toutes parts et que ne traverse aucun chemin public, rien ne sy oppose, bien que rien n'exige, à la rigueur, ces conditions. On aurait ainsi la grotte de Gethsémani au nord du chemin du mont des Oliviers, et le jardin clos sur le bord méridional du même chemin, comme le représente le jardin actuel de Gethsémani. Arrivé au pied du mont des Oliviers, le Seigneur aurait envoyé huit de ses apôtres, à gauche, dans la grotte. « Asseyez-vous ici, pendant que j'irai là pour prier (2). » Lui-même prit la direction opposée pour entrer dans le jardin.

Il est probable qu’au temps de Notre-Seigneur la dénomination de (rethsémani était déjà ancienne, et que de hauté antiquité le souterrain renfermait un pressoir. On ignore si la grotte a servi à cet usage pendant que Jésus la fréquentait; rien, en tout cas, ne s’y oppose, d'autant plus que le pressurage des olives n’a lieu qu’en automne.

(1) Onom., p. 74 et 72.

(2) Matth:, xxvr, 30.

A l’arrivée de Théodose, le pressoir était déjà démoli depuis quelque temps, puisque les chrétiens avaient alors Phabitude d'y vénérer les souvenirs que le divin Maître y a attachés. Les fidèles qui « s’empressaient d’aller prier dans le champ où Jésus s’était livré à l’oraison », au dire d'Eusèbe, n'auront pas manqué de visiter et de dégager la grotte si riche en pieux souvenirs.

Depuis la passion du Christ, les abords de la grotte de. Gethsémani furent encombrés des masses de terre que la pluie a charriées du haut de la montagne, principalement après que les légions de Titus eurent bouleversé le sol pour créer au sommet un camp retranché et ériger à mi-côte le fameux mur de circonvallation. A l’origine, l'entrée de la grotte s'élevait à environ dix mètres au-dessus du lit du torrent, et aussi longtemps que son flanc occidental était resté dégagé, elle était suffisamment éclairée à travers son entrée pour se prêter aisément aux travaux d'extraction de l’huile et, au besoin, comme gîte, surtout pour la nuit.

Cette excavation offrait donc un refuge sain et commode au divin Maître, qui ne possédait pas une pierre pour reposer sa tête et, dans ce pays où tant de grottes servent encore d'habitations, les disciples y trouvaient aussi, pour la nuit, un abri qu'ils ne devaient pas dédaigner.

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