‹ GethsémaniChapitre 18 sur 33 · XXXIV · texte numérisé non relu

XXXIV

État de choses qui ne dura pas longtemps, puisqu’en 1212, Wilbrand d’'Oldenbourg ne trouva plus aucun prêtre latin à Jérusalem. Parlant de la basilique du Saint- Sépulcre, il fait cette triste réflexion : « Notez que cette église, avec le saint sépulcre et tout ce qu’elle renferme, est gardée dévotement par quatre prêtres syriens qui n'ont pas la permission d’en sortir (1). »

La description que Wilbrand fait de Gethsémani est assez embrouillée, et il est difficile d'admettre que le texte original nous soit parvenu dans son intégrité (2) : « Descendant aux murs de la ville qui sont neufs, très forts et garnis de tours, nous sortimes par la porte de Saint-Étienne, et nous vimes la porte Dorée, qui se dresse directement en face du mont des Oliviers. Dans ses ouvertures se trouve une citerne quelquefois tellement pleine d’eau qu'il en naît un petit torrent qui coule à travers la vallée de Josaphat, au pied du mont des Oliviers(3). Une église est aujourd’hui établie au lieu où, au temps de la passion du Seigneur, il y avait un jardin dans lequel le Seigneur vint fréquemment avec ses disciples et où il recut également un baiser du traître Judas... Et cette église est appelée par le peuple Saint Palter noster et on dit que le Seigneur y a enseigné en premier lieu cette prière à ses disciples. En tête de la vallée de Josaphat nous vimes une église très bien ornée, ayant au centre un monument tout recouvert de marbre blanc, dans lequel les apôtres avaient déposé, pour quelque temps,

(x) Peregrinatio, éd. Laurent, Peregrinatores medit aevi quatuor, Leipzig, 1864, p. 187.

(2) Laurent a édité cet itinéraire d’après deux manuscrits du xvrr° siècle. (Op. cit., préface, p. 161.)

(3) C’est évidemment une description estropiée du bir Ayoüb après les grandes pluies d'hiver.

le corps immaculé de la bienheureuse Vierge. Aujourd’hui des prêtres syriens le gardent avec une vénération - tout à fait digne, en payant un tribut aux Sarrasins... Au sommet de la montagne nous vîimes deux cloîtres en ruines, dont l’un avait été bâti au lieu où le Seigneur pria. Et sa sueur devint comme des gouttes de sang découlant à terre; l’autre, au lieu d’où le Seigneur, montant au ciel, emmena captive la captivité. De nos jours l’infidèle Sarrasin y a élevé un oratoire en l’honneur de son Mahomet{1r). »

La première église, où eut lieu la trahison, est la grotte de Gethsémani. La seconde appartient au sommet du mont des Oliviers. C'est avec celle-ci, l’'Éléona ou l’église du Pater noster, qu'est confondue celle du Pater mi ou -de Saint-Sauveur située au pied de la montagne (2).

Cinq ans après, Thiétmar trouva la basilique du Saint- Sépulcre « privée de lampes, de culte et de tout hommage extérieur (3) ». A Gethsémani il ne rappelle que deux Lieux saints : « Au pied du mont des Oliviers, vers l’orient, le Christ pria son Père à un jet de pierre, et sua une sueur de sang. Là aussi il dit à Pierre : Simon, tu n'as pas pu veiller une heure avec moi! Étant retourné à Gethsémani, Jésus fut pris par les Juifs et conduit à Sion(4). »

En 1218, Melek el-Mouazzem, dit le Corradin, donna

(1) Peregrinatio, p. 187-188.

(2) Les ruines du cloître ou du couvent, que le pèlerin nota près de l’église de l’Agonie au sommet de la montagne, appartenaient, d’après Tobler, à l’église de l’Agonie ou du Sauveur au pied de la montagne. Vers 1550, Egide Tschudi indique encore près de cette dernière des murs d’un couvent (Voir Tobler, Die Siloahquelle u. d. Œlberg, p. 210).

(3) Lter ad Terram sanctam, éd. T. Tobler, Saint-Galles, 1851, p. 20.

(4) Id., ibid. — Ici encore, Gethsémani représente la grotte et ses alentours.

l’ordre de démanteler la ville de Jérusalem et de détruire ses églises, espérant, par ce moyen, enlever aux Croisés toute envie de se battre pour des sanctuaires enruines(r). Tous les monuments chrétiens furent dévastés, excepté l'église de Sainte-Marie de Josaphat, tenue en vénération par les musulmans, et la basilique du Saint-Sépulcre, qui resta debout parce que, par crainte de la vengeance du Ciel, personne n’osa porter la main sur le glorieux tombeau du prophète Issa.

Pendant que la Terre sainte était ainsi plongée dans la désolation, naquirent en Europe deux nouveaux ordres religieux, l’un fondé par saint François d'Assise, l’autre par saint Dominique Gusman. L'un et l’autre s’éprirent d'amour, dès leur origine, pour les lieux sanctifiés par la vie et la mort de Notre-Seigneur. Au chapitre général tenu à la Portioncule ou Sainte-Marie des Anges le 14 mai 1217, saint François institua une province régulière dans les pays de l’Orient encore - soumis aux Latins, et y envoya aussitôt une douzaine de religieux sous la conduite du Frère Élie de Cortone, qui eut le titre de Ministre de la province de Syrie, appelée ensuite province de Terre sainte (2). Après le second chapitre général du 26 mai 1210, saint Francois vint lui-même en Orient avec douze compagnons, qu’il confia au Ministre provincial, probablement à saint Jean d’Acre(3). Avant le mois d'août de la même année, il se rendit en Égypte avec le Frère Illuminé, et excita l’admi-

(1) Gesta Crucigerorum rhenanorum, éd. R. Rohricht, Quinti belli sacri script. min., Genève, 1870, p. 47.

(2) Pour les documents, nous renvoyons le lecteur au P. Jérôme Golubovich, O.F. M., Biblioteca bio-bibliografica della T.S., t. I, Quarachi-Florence, 1906, p. 88 et p. 100-107.

(3) P. Golubovich, op. cit., p. 109.

ration et gagna la sympathie du sultan Melek el-Kamel (1). Au mois de mars 1220, il revint à Acre et visita peu après Jérusalem, comme l’affirment le Frère Ange Clareno de Cingoli, chroniqueur presque ‘contemporain(2), et deux écrivains du siècle suivant. Mais l’epinion des écrivains franciscains, qui fait remonter à saint François lui-même l'établissement des Frères Mineurs dans la Ville sainte, n’a aucun fondement (3). Du reste, ceux-ci s’y installèrent neuf ans plus tard, avec les Frères Prêcheurs, dont l’ordre avait aussi fondé une province en Syrie l’an 1226, et ouvert un couvent à Acre de 1227 à 1228 (4).

Frédéric IT, empereur d'Allemagne, conclut un premier accord secret avec le sultan Mélek el-Kamel, et vint débarquer à Acre le 17 septembre 1228. Le 19 février 1220, il conclut une trêve avec le sultan d'Égypte, qui céda aux chrétiens pour dix ans la ville de Jérusalem à l'exception des mosquées, Bethléem et les localités situées sur la route de Jaffa et d’Acre. Le 17 mars, l’empereur entra au Saint-Sépulcre et s’imposa de ses propres mains la couronne de roi de Jérusalem. A la nouvelle que Frédéric IT, alors excommunié, s'était rendu en Terre sainte sans se réconcilier d’abord avec l'Église, le Pape Grégoire IX lança une nouvelle excommunication contre lui et chargea deux Frères Mineurs de la signifier au patriarche de Jérusalem résidant à Acre. Aussi, l’empereur fut-1l mal accueilli par le clergé et le peuple

(1) P. Golubovich, op. cit., p. 109.

(2) P. Golubovich, op. cit., p. 52, 110 et 158. — Le Frère Ange Clareno entra dans l’ordre des Frères Mineursen 1260, et fut missionnaire en Arménie de 1200 à 1203.

(3) P. Golubovich, op. cit., p. 183-187.

(4) P. François Balme, ©. P., La province dominicaine de la Terre sainte, Revue de l’Or. lat., t. I, Paris, 1894, p. 528.

à son retour, le 25 mars. Pour s’en venger, il fit arrêter quelques Dominicains et Franciscains pendant qu'ils prèchaient dans les églises le dimanche des Rameaux, et les fit flageller par les rues de la ville, Il s'embarqua pour l'Europe le 1° mai 1220.

Le patriarche de Jérusalem, Gérold de Lausanne, les prélats, le clergé séculier et régulier sont entrés dans la Ville sainte, à peine l’empereur en fut-il sorti. Gérold léva l’interdit qu'il venait de jeter sur les Lieux saints et fit ouvrir aussitôt les sanctuaires au culte(r). « Le clergé et les réguliers, dit Matthieu Pâris, entrèrent en possession de leurs anciennes propriétés (2). » Mais, parmi les réguliers qui s’établirent alors à Jérusalem, on ne connaît que les Frères Prêcheurs et les Frères Mineurs (3). En 12094, Ricoldo de Monte Croce, O. P., indique le couvent des premiers entre le Temple et le Saint-Sépulcre, et celui des seconds, à l'endroit où Simon le Cyrénéen fut chargé de la croix de Notre-Seigneur (4). |

La trêve conclue entre Frédéric II et Mélek el Kâmel étant expirée, Melek en-Nasr Daoud, prince de Kérak et neveu du sultan, vint s'emparer de la Ville sainte, alors mal fortifiée et mal défendue par une faible garnison. Le clergé latin fut contraint de s’en retourner à

(1) Les Gestes des Chiprois. Hist. des Crois., Documents arméniens, t, Il, Paris, 1906, p. 700.

(2) Grande chronique, Paris, 1840, t. II, p. 415-416.

(3) Par le bref Si Ordinis Fratrum Minorum du 1° février 1230, le pape Grégoire IX recommande les Frères Mineurs à la bienveillance spéciale du patriarche de Jérusalem et du patriarche d’Antioche, Albert de Rezato, qui, en qualité de légat du Saint-Siège, assista en 1220 à la réconciliation de la basilique du Saint-Sépulcre (Bullarii francescani epitome, éd. C:+ Eubel, Quaracchi, 1908, n° 66, p. 7).

(4) Itinerarium ad Terram sanctam, éd. J. Laurent, op. cit. p, 108 et De

Saint-Jean d’Acre. Seuls les Franciscains se maintinrent,

semble-t-il, à proximité de Jérusalem, retenus qu'ils

étaient par l'amour des Lieux saints. Bientôt la divine Providence leur ménagea une grande consolation.

En 1240, le sultan de Kérak et celui de Damas, étant en hostilité avec le sultan d'Égypte, conclurent une trêve avec les croisés et rendirent la ville de Jérusalem à Gautier Pennenpié, baile de l’empereur Frédéric IT (1).

L'année précédente, Thiébaut IV, roi de Navarre et duc de Champagne était arrivé à Saint-Jean d’Acre avec un grand nombre de barons de France, parmi lesquels nous devons signaler Amaury VI, comte de Montfortl’'Amaury, et son cousin germain Philippe I°' de Monfort- La Ferté-Alais. Amaury était le fils et l'héritier de Simon IV de Montfort, le célèbre vainqueur des Albigeois. Mais autant celui-ci a remporté des succès sur le champ de bataille, autant celui-là a éprouvé des revers.

L'âme de la croisade fut un Frère Mineur, Guillaume, Custode de Navarre, que les chroniqueurs contemporains dépeignent comme un homme extraordinaire par son zèle, son intelligence et son courage. En 1235, le pape Grégoire IX l’a chargé de prêcher la croisade et l’a nommé pénitencier et légat apostolique. Dès lors il se servit de lui comme de son bras droit (2). Par un bref du 27 novembre 1257, le pape’le chargea de verser une partie des subsides recueillies pour l'expédition « entre les mains du comte de Montfort prêt à partir pour la Terre sainte (3) ».

(1) Les Gestes des Chiprois, op. cit., p. 728.

(2) Parmi les brefs que Grégoire IX et Innocent IV ont adressés à Guillaume de 1235 à 1243, quatorze ont été recueillis dans les bullaires. Voir J. Golubovich, Biblioteca, t. 1, p. 414-415.

(3) Sbaralea, Bullarium franciscanum, t. I, p. 323.

En novembre de la même année (1230), les croisés furent défaits par l’armée égyptienne à Gaza. Plusieurs = -barons périrent sur le champ de bataille. Philippe de Montfort réussit à se réfugier à Ascalon, mais le comte Amaury tomba entre les mains de l'ennemi et fut emmené au Caire, où il resta en prison près d’un an et demi, n'étant pas assez riche pour payer l’énorme rancon. Un nouveau bref du pape, daté du 4 mars 1241, autorisa le Frère Guillaume à se rendre au Caire « pour racheter le comte de Montfort (1) ». Délivré au mois d’avril, Amaury s’empressa de retournér en France; mais il mourut en route, en face d'Otrante, et fut enseveli dans la basilique de Saint-Pierre à Rome (2).

La famille des Montfort ne tarda pas de manifester sa reconnaissance pour les services que Guillaume lui a rendus. Dans la chronologie de Terre sainte de Justinien de Venise, on liten effet : « Année 1242. — De Salahad (3), fils du sultan Méléalim (4) auquel saint François avait prêché, les Frères obtinrent l'autorisation d’habiter dans le Très Saint-Sépulcre. Guillaume, pénitencier apostolique, l’acheta avec les aumônes recueillies par le comte de Montfort pour la Terre sainte (5). »

(1) P. J. Golubovich, op. cit., t. [, p. 415.

- (2) V.Estoire de Eraclès Empereur, Recueil d'hist. des croisades ; Hist. occ. t. II, Paris, 1859, p. 413 n. f. — Moreri, Le grand dictionnaire historique, t. I, Lyon, 1691, p. 621. — L’épitaphe d'Amaury de Montfort, fils de Simon, se voit encore dans la Grotte vaticane, ou sous-sol de la basilique de Saint-Pierre (G. Cascioli, Romana Tellus, 1912, p. 230).

(3) C’est Melik es-Salih Nedjm Eddin Eyyoub. Les historiens européens l’appellent le Salah ou Melec Salah. Fils de Melek el-Kâmel, mort en 1237, es-Salih succéda à son frère Melek el-Adil Seif Eddin, le 15 mai 1240, et mourut le 24 novembre 1249.

(4) Ce sultan s’appelait Melik el-Kâmel Aboul Mealy Mohammed. Il est appelé Méalim ou Méléalim par les écrivains occidentaux.

(5) « 1242. — A Salahad, filio Soldani Melealim cui sanctus Francis-

Remarquons qu’à cette date Frère Guillaume était encore en Orient, comme il résulte de deux lettres que le pape Innocent IV lui adressa, l’une le 7 avril 1243 et l’autre le 17 septembre suivant (1). Toutes ces circonstances tendent à établir que le document ci-dessus, dont la chronologie est si exacte, les noms propres si précis, et tous les détails d’une couleur si historique, n’a pu être rédigé qu’au milieu du xrn° siècle, et que Justinien de Venise en a encore trouvé une copie, sinon l'original, dans les archives du couvent de Saint-Sauveur à Jérusalem, où il compila son ouvrage au commencement du xvirre siècle (2).

En 1243 les princes de Kérak, de Damas, d'Émèse et d’Alep conclurent une alliance avec les Croisés contre le sultan d'Égypte, leur cédant Jérusalem, Tibériade et Ascalon (3). De son côté, le sultan d'Égypte appela à son aide contre la Syrie les hordes féroces des Karismiens, que les Tartares venaient de chasser de leur pays, et leur offrit : en récompense toute la Palestine. Plus de 20.000 cavaliers, suivis d’une foule énorme de piétons, rejoignirent les troupes mameluks que Zaher Bibars avait amenées d'Égypte et, le.r2 et 13 octobre 1244, ils infligèrent une

cus praedicaverat, Fratres obtinent facultatem habitandi in Sanctissimo Sepolcro. Guillelmus, Poenitentiarius apostolicus redimit eleemosinis pro Terra Sancta collectis a Comite Montisfortense. » (Gesta Dei per Fratres Minores (1219-1712), éd. P. Marcellin de Civezza, Le Mission: francescane, t. II, Florence, 1892, p. 0.)

(1) Sbaralea, op. cit.,t. I, p. 309 et 310.— P. J, Golubovich, op. cit., Al D 100:

(2) Au comte Amaury VI de Montfort succéda son fils unique Jean de Montfort, qui n'avait que treize ans à la mort de son père. Dans Le document ci-dessus est probablement indiqué Philippe 1° de Montfort, seigneur de Toron et de Tyr. Officiellement il ne portait pas le titre de comte. Cependant Philippe de Novare (Les Gestes des Chiprots, op. cit., p. 725) l'appelle une fois «comte de Montfort ».

(3) Chronique de Moudjir ed-Din, éd. H. Sauvaire, p. 89-00.

sanglante défaite aux armées franques et syriennes réunies dans la plaine de Gaza.

Les Karismiens marchèrent alors sur Jérusalem. Ils massacrèrent en route les chrétiens qui s'étaient enfuis dans la campagne, ne réservant pas de meilleur sort à ceux qui sont restés en ville et qui se sont réfugiés dans la basilique du Saint-Sépulcre.

D’après la tradition consignée dans les chroniques de Terre sainte, plusieurs Frères Mineurs se seraient trouvés parmi les victimes des Kharismiens dans la basilique du Saint-Sépulcre. Le continuateur de Guillaume de Tyr confirme cette opinion. [l raconte que ces barbares, après avoir égorgé les fidèles devant le tombeau du Christ, « coupèrent les testes aus prestres qui estoient revestuz et chantoient messes aus autiex (1) ». Ces prêtres qui se préparaient à verser leur sang pour leur Maître, revêtus des ornements sacerdotaux et chantant la messe, ne pouvaient être que les fils de Saint-François, qui depuis deux ans desservaient seuls la basilique. La lettre, que Robert, patriarche de Jérusalem en résidence à Saint- Jean d’Acre, envoya au pape Innocent IV le 21 septembre 1244, appelle, il est vrai, les prêtres immolés par les Kharismiens à Jérusalem « des chanoines (2) ». Mais, d’un côté, depuis 1239 le patriarche n’est plus retourné dans la Ville sainte et n'y a envoyé ni chanoines ni autres prêtres séculiers. D’un autre côté, on entendait alors par « chanoine » tout religieux chargé de chanter l'office canonial au chœur. C’est ainsi qu'en 1335 Ludolphe de

(1) Manuscrit dit de Rothelin, c. xx, Hist, d. Crois., Hist. occ., t.IT, p. 563. — Les Kharismiens allèrent ensuite enlever la ville de Damas; mais, étant mal récompensés, ils tournèrent les armes contre Îles Mameluks d'Égypte, qui les exterminèrent en 1246.

(2) Voir Salimbene, Chronicon, p: 60.

Sudheim appelle encore les Frères Mineurs de Jérusalem « les chanoines du Saint-Sépulcre (1) ». Du reste, c’est des premiers martyrs franciscains du Saint-Sépulcre que parle le pape Alexandre IV dans la lettre qu’il adressa au Ministre provincial de Syrie, le 20 mars 1246, en disant : « Cum ex fratribus ibidem existentibus... nonnulli hujusmodi pietatis operibus insistentes impiorum gladiis pro Christi nomine sunt perempti (2)... »

Plus tard, en 1266, le Frère Jacques du Puy, Custode de Terre sainte, et trois de ses confrères furent mis à mort après la capitulation de Saphet, assiégée par le sultan ez- Zaher Bibars. Les Frères Mineurs de Jaffa eurent le même sort en 1268, lorsque la ville fut prise par les Arabes.

Malgré les guerres, les pèlerins purent se rendre assez nombreux à Jérusalem, où les pauvres et les malades reçurent à l'hôpital de Saint-Jean les soins dévoués de Dame Sancis d'Aragon, fille de Jacques, roi d'Aragon. Elle y mourut en 1272 (3).

Charles, roi de Sicile, négocia entre Bibars et les Croisés une trêve de dix ans, qui fut conclue à Césarée le 22 avril 1272 (4). C’est à cette époque que remonte le premier firman accordé aux Frères Mineurs par Bibars (5).

(1) Beschreibung der Reisz in das gelobte Land, éd. Feyrabend, Reiszsbuch des h. Lands, Francfort, 1584, fol. 450 b. — Cf. id.., fol. 449 b

(2) Exultantes spiritu, Eubel, Bullarii franciscani epitome, n° 038, Quaracchi-Florence, 1908, p. 92.

(3) P. Golubovich, op. cit., p. 282.

(4) P. Goluvovich, op. cit., p. 281.

(5) Ce document n’existe plus; mais le sultan Barsabaï Aschéraf le rappelle et le confirme, avec celui de Mélek Mansour Kalaoûn (1279- 1200), et celui de Melek Naser Mohammed (1299-1341), par un firman du 24 novembre 1427, dont l'original a été publié in extenso,avec tra-

Durant cette triste période, furent composés de nombreux traités des Lieux saints; mais la plupart d’entre eux ne sont que des reproductions ou des compilations d'ouvrages du xu° siècle. La Citez de Therusalem de la Chronique d'Ernoul (vers 1231) (1), est une reproduction, modifiée par quelques adjonctions de l’œuvre écrite sous le même titre en 1187. La Description des Saints Lieux du Continuateur de Guillaume de Tyr (1265) (2) est modelée sur le même travail. Viennent ensuite une série de petits traités de même provenance, dont nous nous contenterons de rappeler les titres : Les Pèlerinages por : aler en Iherusalem (c. 1231 (3), — Les Saints Pèlerinages que l’on doit requerre en la Terre Sainte (4); » — Les chemins et les pèlerinages de la Terre sainte (c. 1265 (5); — Pèlerinages et Pardouns de Acre (c. 1280)(6). — Le P. J. Golubovich a publié deux autres traités de ce genre écrits au xu1° siècle. Le premier, Ztinerarium sanctorum locorum (7), est un remaniement d’une composition antérieure à la perte de Jérusalem. Le second, De via eundi de Joppe in Jerusalem et de S. Sepulcro et aliis locis (8), n'a pas non plus été écrit de visu. Il est à peine besoin de dire que tous ces itinéraires continuent à indiquer le lieu de l’agonie à une certaine distance de la grotte de Gethsémani, vers le sud-est. Un Frère Mineur, Albert de Stade

duction en italien, par le P. J. Golubovich (Serie chronologica de. Superiori di T. S., Jérusalem, 1898, doc. m, p. 163-172).

(1) Publ. de l'Or. lat., Michelant et Raynaud, Itin. franç., Genève, 1882, p. 35-52. ;

(2) Zbid., p. 89-103.

(3) Zbid., p. 104-1047.

(4) Ibid., p. 180-197.

(5) Zbid., p. 143-175

(6) Zbid., p. 229-236.

(7) Bibliotheca bibliographica, p. 409. — (8) Zbid., p. 506.

en Hanovre (1240), s'exprime en ces termes : « Allez vers l’orient à un jet de pierre de Gethsémani, parce que là, Notre-Seigneur sua en priant (1). » Parmi les auteurs de cette époque qui ont visité Jérusalem, nous devons citer Perdicas, protonotaire d’Éphèse, qui a laissé une Description des Lieux saints en vers grecs. Il parle d’abord du glorieux tombeau de la sainte Vierge, puis il continue : « Près de là, se trouve la grotte où Jésus allait être trahi. L’omnivoyant laissa sur la pierre l'empreinte de ses doigts, afin que tous sachent par là qu’il s’est livré de lui-même aux impies. Le lieu de la prière vient plus loin, en face de la Galilée (2). »

Burchard de Barby ou de Mont Sion, moine allemand de l’ordre des Frères Prêcheurs, visita Jérusalem en 1283. Ce pèlerin, savant et consciencieux, composa deux traités de Terre sainte (3). Le premier, court, clair et sur bien des points le plus exact, fut écrit en Orient. même, et envoyé par l’auteur à un de ses confrères à Magdebourg. H. Canisius l’a publié en 1725 (4). Le deuxième a été composé par Burchard à son retour en Europe. Les amplifications lui donnent plus d'intérêt qu’au premier; mais le récit est prolixe et souvent confus. Ce dernier travail a été copié à un très grand nombre d'exemplaires, et dès 1475, les imprimeurs en ont publié un grand nom-

(1) léinerarium T.3$S., ap. P. J. Golubovich, op. cit., t. I, p. 182.

(2) Migne, P. G., t. CXXXIIT, col. 969. — Depuis le v° siècle, quelques écrivains localisèrent au mont des Oliviers la montagne de la Galilée (Matth., xxvin, 16), qui, d’après les Pères de l'Église, se trouve dans la province de Galilée, et qui, d’après la tradition, est le mont Thabor. — Voir notre ouvrage : La montagne de la Galilée où le Seigneur apparut aux apôtres, Jérusalem, 1901.

(3) Voir J. Laurent, Peregrinatores medii aevi quatuor, Burchardi de Monte Sion Descriptio T. S., Leipzig, 1864, p. 10.

(4) Thesaurus monum eccl., t. IV, Amsterdam, 1725, p. 1-26.

bre d'éditions qui comportent toutes des variantes. Nous reproduisons ci-dessous, en regard, le texte du premier traité publié par Canisius, et celui de l’édition de Magdebourg parue en 1587.

Après la description de l’église souterraine du tombeau

de la sainte Vierge, on lit :

ÉDITION DE CANISIUS.

« Cependant à la surface, dans la vallée, s’élève un petit édifice, comme une chapelle; lorsqu'on y est entré, il faut descendre par des marches dans l’église, au

tombeau de la bienheureuse

Vierge.

« Près de cette chapelle, à environ vingt pieds, se trouve une autre chapelle appelée Gethsémani, sur le flanc du mont des Oliviers et adhérant au rocher, sous lequel les apôtres étaient accablés de sommeil; on y montre encore leurs places dans la pierre, et le lieu où Jésus fut arrêté, et l’empreinte de son crâne au-dessus, dans le rocher, avec les traits de la tête et des cheveux, et sur une pierre l’empreinte de ses doigts, qu'il a pro-

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