‹ GethsémaniChapitre 21 sur 33 · MI PATER SI VIS TRANSFER CALICEM ISTV À ME · texte numérisé non relu

MI PATER SI VIS TRANSFER CALICEM ISTV À ME

Malgré les corrections arbitraires qu'il s'est permises, 1] ne se prononce pas sur la valeur des deux mots énigmatiques, ni sur le sens de la proposition absolue qui coupe le texte, sans s’y rattacher (1). En 1652, Marien . de Maleo, Custode de Terre sainte, publia également le texte en quatre lignes, écrivant CTVS dans la première et DV. C dans la seconde, s’abstenant aussi de toute interprétation (2). Antoine del Castillo, en 1627, copia l’inscription de la manière suivante : « Hic Rex tuus sudavit sanguinem. Saepe morabatur due. Mi Pater, si vis transfer calicem istum a me (3). » Dominique Laffñi de Bologne (1670) rend aussi CTVS par « tuus » et supprime le mot DVC (4). Jacques Goujon reproduit l’épigraphe en quatre lignes, rend CTVS par « Christus » et DVC par trois initiales D. V. C. (5). Ferdinand de Troilo (1666) voit dans le premier mot « Christus » et dans le second « Dominus Christus (6). » Enfin T. Tobler la donne en trois lignes, mais il se permet de transposer les deux derniers mots de la seconde ligne, au commencement de la

1) Terrae S. Elucidatio, t. Il, Venise, 1880, p. 124.

2) Terrae Sanctae nuovamente illustrata, t. 1, Plaisance, 1669, p. 214. 3) El devoto peregrino, Viage di Terra santa, Madrid, 1705, p. 170. 4) Viaggio al S. Sepolcro, Bologne, 1683, p. 198.

5) Histoire et voyage de la T. S., Lyon, 1671, p. 204.

6) Orientalische Reise Beschreibung, Dresde, 1676, p. 253.

troisième, et de faire subir au texte quelque autre modification plus légère. Il écrit :

« Hic rex (san) ctus sudavit sanguinem.…..

Sepe morabatur Dominus Christus….

Mi Pater, si vis, transfer calicem istum a me (1). »

Un peu plus tard, Melchior de Vogüé l’a reproduite de la même manière, rendant seulement DVC par DV. C (2).

Quiconque s’est occupé de l’inscription de la grotte, est resté perplexe, comme on voit, devant les difficultés qu’elle offre. Lisons-la telle qu’elle est, et essayons de percer le sens de ses énigmes.

Au point de vue paléographique, nous sommes en présence d’une écriture en usage au xu° siècle. Le peintre a généralement employé les lettres capitales romaines ou lettres angulaires; un petit nombre, comme l’. du premier mot, les a et quelques e, sont dérivés des onciales de la première période du moyen âge. Le deuxième e dans sepe, un epsilon lunatus, est barré au milieu, mais il n’est pas fermé à droite par le trait vertical qui le caractérise au xy1° siècle. Le premier e du mot sepe et celui du mot transfer, sont l’un et l’autre l’e oncial ou semi-oncial

(1) Die Siloahquelle, p. 217.

(2) Les Églises de la Terre sainte, p. 314.— Pour montrer combien le Sepe morabatur à cette place a tourmenté les pèlerins, nous reproduisons encore la traduction de Michel Nau, S. J. (1666 et 1674) : « Rex Christus sudavit sanguinem, saepe morabatur du C. Mi Pater, si vis transfer calicem hunc a me, C’est icy que le Roy Messie sua du sang. Il y demeurait souvent jusques à ce qu’enfin il s’y recommanda à son Père, par ces paroles : Mon Père, etc. J'ay ajousté ces mots « jusques à ce qu’il s’y recommanda à son Père », et je l’ay fait parce que, l'écriture étant effacée, et n’y ayant que du avec un titre etun grand C qui paroissaient, je n’ay point trouvé de sens plus naturel pour joindre les dernières paroles avec les précédentes. » (Le Voyage nouveau de la Terre sainte, Paris, 1757, p. 248.)

tombé en désuétude dans l'épigraphie dès le commencement du xu°siècle. D’autres lettres comme l’#7, par exemple, ne s’y rencontrent plus à partir du xu° siècle sinon transformées en lettres gothiques. Bref, l’'épigraphe offre, par certaines lettres, un caractère un peu plus archaïque que les exergues de la bulle de Jean, abbé de Sainte-Marie de Josaphat de 1178 à 1185 (1), et même que les épitaphes des tombeaux de Godefroy de Bouillon, de Baudouin I°' et de Baudouin V, copiées avec une si remarquable fidélité au xvinr siècle par Éléazar Horn, O. F. M. (2). D'un autré côté, les caractères de l’épigraphe manquent tellement d’unité de style, qu’ils semblent avoir été empruntés à des modèles d’époques différentes, même sans

: beaucoup de discernement, ce qui ne ferait pas remonter

l'inscription nécessairement au delà du xiv° siècle. D’ailleurs, il n’en est pas question avant 1345. Jean de Wurzbourg, qui dans la seule église voisine a recueilli neuf épigrammes latins, et Théodoric, qui y en a copié quatre,

‘auraient, probablement, mentionné celle de la grotte, si

elle avait existé de leur temps. Le premier y a observé une fresque représentant le Maître et ses disciples. Ce genre de peinture était d'ordinaire accompagnée d’une légende; mais dans ce cas, la chapelle n’appartenant pas aux Latins, la légende explicative aurait été écrite en langue orientale. À l’époque où personne n’admettait l’agonie du Sauveur dans la grotte, ni même la présence de la pierre de l’agonie, il n’y avait aucune raison de rappeler ce mystère par une épigraphe latine. Celle-ci ne peut que coïncider, soit avec la nouvelle opinion émise par de Boldensel, soit avec la tradition ancienne qui se

(1) Voir ci-dessus, p. 132.

(2) Zchonographiae Locorum T. S., éd. P. J. Golubovich, Rome, 1902,

Prin 2e 050.

réveilla au temps de Nicolas. T. Tobler a déclaré que l'inscription de la grotte de Gethsémani ne remontait qu’au xv° siècle (1); mais il ignorait que Nicolas de Poggibonsi l'avait citée en 1345.

Si nous supposons que le peintre chargé de l'exécution de l’épigraphe fût un Grec (hypothèse assez plausible au temps où il n’y avait pas d'ouvriers francs en ville), il nous sera possible de déchiffrer les mots CTVS et DVC, et d'expliquer aussi pourquoi le dernier mot est exprimé par un simple M

T. Tobler et M. Melchior de Vogüé ont peut-être raison de lire : « Hic Rex (san) ctus. » Jean de Wurzbourg (p. 115) et Quaresmius (IE, p. 149) ont copié au Calvaire une inscription qui dit : & Rex pius haec patitur.… » « Rex tuus » et « Rex Christus » sont des interprétations qu’on ne peut guère admettre. Dans le premier cas, les lettres CT sont trop bien formées pour qu’on puisse les prendre pour TV. Quant au second, le mot Christus en abrégé commence invariablement par X ou XR ou bien XRS dans l’épigraphie du xu° au xv° siècle (2). Comme. règle générale, même invariable, le sigle se compose de la lettre initiale du mot qu’on veut exprimer et toute abréviation commence par cette même initiale. Comment, dans ce cas, CTVS peut-il signifier « sanctus »? Cela est possible seulement dans le cas où les mots de l'inscription ont été dictés et épelés à un peintre grec. Celui-ci a pu rendre le son de l’s du sanctus par un sigma de l’alphabet grec, dont une des formes majuscules a été représentée anciennement par.C (3). [Il semble en être de

(1) Die Siloahquelle, p. 217.

(2) Voir Dictionnaire d'archéol. chrét. de Cabrol, t. I, Paris, 1907, Abréviations, col. 178 et 180.

(3) Dans les anciens manuscrits latins on trouve parfois [IC pour

même du mot DVC, qui est terminé pat un point et qui ne peut avoir un sens que si c’est une abréviation (1). Or le premier membre de phrase de l'épigraphe est intimement lié avec le troisième et entre « sudavit sanguinem » et « Mi Pater » ne peut se placer que le mot « dicens » ou « dic. » en abréviation. Ici encore le peintre, guidé par la phonétique, a pu rendre l'? par l’upsilon grec qui a le même son, et qui était jadis représenté par la lettre V dans les majuscules. Enfin, la dernière lettre de la troisième ligne, M, a, d’une manière indubitable, la valeur phonétique de ME. On demandera pourquoi ailleurs le peintre n’a-t-1l pas employé le C pour un Set le V pour un I? Nous ne savons que répondre; aussi n’insistonsnous pas sur l’explication que nous venons de hasarder.

Ce qu'il nous sera plus facile de démontrer, c’est qu’à l’origine l’épigraphe était conçue d’une manière claire et rationnelle, et que, peut-être à peine achevée, elle a subi une sorte de raturage qui a permis d’intercaler le malencontreux « Sepe morabatur ». Voici comment, à notre avis, devait sonner l'inscription placée au-dessus de la pierre de l’agonie, avant sa modification :

HIC.REX.CTVS.SVDAVIT.SANGVINEM.

DEPRECABATVR.DVC.MI PATER..

SI.VIS. TRANSFER.CALICEM.ISTV.A M

Plus tard, on a effacé le commencement de la seconde ligne « Deprecab », ou quelque autre verbe terminé en « atur », pour mettre à la place « Sepe morab. » Sur la

Jesus, SCS pour sanctus, SCAE pour sanctae. Voir Cabrol, op. cit., teBCol Er 0;

(1) Sur la photographie apparaît un point grisâtre après la lettre V du mot DVC. En place, elle n’est pas produite par la couleur; le rocher y est un peu dénudé.

photographie de l’épigraphe on remarque aisément que les neuf premières lettres de la deuxième ligne sont, pour ainsi dire, d’une autre main, plus petites, plus serrées et accrochées à la finale plus ancienne « atur ». Elles sont aussi peintes sur un fond plus clair que tout le reste. Les deux dernières lettres du mot « transfer » ont-elles été refaites à cette occasion? Dans ce cas, assez vraisemblable, les lettres onciales de l’épigraphe, sauf, peut-être la première, appartiendraient au second pinceau.

Par le mot « hic » l’auteur de l'épigraphe a désigné la . pierre directement placée en dessous, et, bien que sa pensée ne füt pas exprimée avec toute la précision désirable, la vue de la pierre ne permettait guère de s’y tromper. Par le « Sepe morabatur », qui ne peut se rapporter qu’à la grotte elle-même, l’interpolateur dénatura la signification du mot « hic » et créa un équivoque qui ne pouvait qu’induire en erreur les visiteurs latins. L’intention du premier auteur était de redresser les opinions erronées qui avaient eu si longtemps cours sur l’histoire de cette pierre merveilleuse, en indiquant qu’elle provenait du jardin où Jésus avait prié et souffert l’agonie. C’est ainsi au moins que l’a compris Nicolas de Poggibonsi ou son guide. Mais cette inscription était alors diamétralement opposée à l’opinion déjà partagée par Guillaume de Boldensel. Par l’interpolation, elle devait, au contraire, faire triompher cette même opinion quelque erronée qu’elle fût.

Qui est l’auteur de l’interpolation de l’épigraphe et à qui incombe la responsabilité de ses conséquences? Peuton, à bon droit, imputer aux Frères Mineurs la transposition du lieu de l’agonie, du jardin dans la grotte de Gethsémani, comme on l’a répété de nos jours (1)?

(1) Voir P. E. F,, Quart."Stat.; 1910, p. 237.

Dans la première moitié du xiv° siècle, nous trouvons à Jérusalem des Frères Mineurs et des Frères Prêcheurs, ainsi que des pèlerins dont quelques-uns y firent un séjour assez prolongé.

Après la perte de Saint-Jean d’Acre, quelques Frères Mineurs se maintinrent en Palestine, ou ne tardèrent pas d'y revenir et de s’y établir grâce à une certaine bienveiliance que, depuis Malek el-Kamel plusieurs sultans avaient témoignée aux disciples de saint Francois d'Assise. Dans le firman du sultan Barsabaï Seif ed-Din Archérâf (24 novembre 1427), on lit : « Ces religieux « les Frères « de la Corde » sont en possession de nobles firmans qui leur ont été octroyés par les rois nos prédécesseurs qui sont : Île victorieux roi Bibars (1), le victorieux roi Kalaoûn (2), le victorieux roi Mohammed (3), etc. (4).» Le plus ardent désir des franciscains était de vénérer et de maintenir au culte catholique les Lieux sanctifiés par la vie et la mort du divin Sauveur. On se représente aisément ces humbles et pauvres religieux se présentant à Jérusalem en qualité de pèlerins et logeant d’abord dans l'Hôpital de Saint-Jean. Peu à peu ils gagnent la sympathie des musulmans et se voient autorisés, au moins tacitement, à s'établir dans quelque masure au mont Sion.

On ne sait pas en quelle année précise, ils revinrent dans la Ville sainte et prirent part au service divin dans la basilique du Saint-Sépulcre. Mais le P. J. Golubovich est d’avis que ce fut peu après l’année 1323. Car en 1327,

Melek ez-Zaher Bibars (1260-1277).

Melek Mansoûr Kalaoûn (1279-1290).

3) Melek Naser Mohammed qui régna à trois reprises : de 1293- 1204, de 1299-1309 et de 1310-1341.

(4) P. J. Golubovich, Serre cronol. dei Superiori di T, S., Document M, avec traduction en italien, p. 163-172.

Jacques II, roi d'Aragon, envoya un ambassadeur au sultan d'Égypte, Naser-Mohammed, avec lequel il entretenait depuis des années d'excellentes relations. Dans sa lettre datée du 20 août, le roi d'Aragon expose au sultan que, commeil vient de l'apprendre des Frères Mineurs arrivés de Jérusalem, le service religieux au Saint-Sépulcre n’était pas suffisant ni assez digne d’un tel lieu saint. Il le prie, en conséquence, d'autoriser quelques Frères Mineurs Aragonais, par firman, de posséder dans la basilique une chapelle avec une habitation y attenante(1). Le firman demandé a été concédé, comme nous le savons par celui du sultan Barsabaï mentionné ci-dessus.

Nous arrivons à un événement qui fait époque dans l’histoire franciscaine de Terre sainte, et qui nous est connu par de nombreux documents contemporains, surtout par deux bulles du pape Clément VI, dont l’une, Graltias agimus, est adressée au Ministre général des Frères Mineurs, et l’autre, Nuper carissimae, à Sanche, reine de Naples, datées l’une et l’autre d'Avignon, le 21 novembre 1342.

Le P. Roger Garini d'Aquitaine a été envoyé en Terre sainte, avec de nombreux confrères, par le Ministre général Gérard Odon, de la même province, l’an 1332 à 1333. Il était chargé par le roi et la reine de Naples, Robert d'Anjou et Sanche, fille de Jacques I‘ roi de Majorque, de négocier en leur nom avec Naser Mohammed, sultan d'Égypte, les conditions pour le libre exercice du culte catholique dans certains sanctuaires. D’après les bulles de Clément VI et les documents contemporains, l'année 1533 les Frères Mineurs entrèrent en possession

(1) P.J. Golubovich, Biblioteca b. b., t. III, ad an. 1327. — L'auteur publie intégralement la lettre de Jacques II au sultan avec une traducuon en italien.

de quatre sanctuaires principaux qui sont : 1° l’église délabrée du Saint-Cénacle, le berceau du christianisme, dont le sultan a cédé la propriété, sans restriction, aux souverains de Naples par un contrat de vente, « ef non sine magnis sumplibus et laboribus gravibus Regt et Reginae concessit eisdem », dit la bulle Gratias agimus; 2° dans la basilique du Saint-Sépulcre, les Frères Mineurs obtinrent des droits, ou mieux la confirmation de leurs droits sur le Tombeau du Christ et les sanctuaires adjacents, et de leur possession ou jouissance exclusive d’une chapelle et d’un local ou couvent y attenant; 3° ils acquirent des droits semblables sur la grotte de la Nativité du Christ et sur l’église de Bethléem, ainsi que, 4° sur le Sépulcre de la Vierge Marie dans la vallée de Josaphat (1).

(1) Pour les documents, voir : P. J. Golubovich, Biblioteca b, b., t. IV, ad ass. 1333 et 1342 (sous presse). — Le distingué chronologue met le premier au point la question juridique de ces possessions (Op. cit., Osservazioni preliminari). Si le Cénacle est devenu la propriété absolue de l'Église catholique, il n’en est pas de même des acquisitions faites par les Frères Mineurs dans les trois autres sanctuaires, qui, n'ayant pas été, soit en tout, soit en partie, l’objet de vente et d’achat, sont restés propriétés de l’État.

Cependant, l’histoire et le droit commun reconnaissent aux Frères Mineurs sur ces trois derniers sanctuaires une possession vraie, légale et perpétuelle, en vertu de contrats, de tributs, de concessions et de firmans signés par les sultans. Cette possession, parce que acquise au nom de l'Église catholique et à propos de monuments insignes du christianisme, a créé un droit, non pas privé, mais public et sacré. De fait, cette possession a été reconnue, confirmée, garantie et protégée par l’autorité ecclésiastique et par l'autorité civile. De, là d’un côté, les nombreuses bulles du Saint-Siège en faveur des droits de l'Église latine sur ces sanctuaires; de l’autre côté, ces nombreux traités, rescrits et capitulations stipulés entre les sultans du Caire et de Constantinople et les Puissances chrétiennes, comme Naples, Venise, l'Espagne, l’Autriche, la Pologne et particulièrement la France, dont le protectorat sur la Palestine et la Syrie a été reconnu si longtemps et si souvent par les congrès européens.

On est donc en face d’un droit public, qui constitue un quasi-droit des gens ou droit international, et qui confère un vrai dominium à l'Eglise catholique et un condominium où patronage aux Puissances chrétiennes

Dans la suite, ils obtinrent des sultans d’autres concessions dans les Lieux saints dans les mêmes conditions et avec les mêmes garanties.

Nous avons déjà rapporté ce que le curé de Sudheim dit des Frères Mineurs qu'il a rencontrés au Saint-Cénacle. Ajoutons encore le jugement qu’il porte sur eux, avec quelques autres détails intéressants : « Dans le monde, dit-il, tous ces moines étaient puissants et fortunés. Les marchands et les Sarrasins font leur éloge, à cause du bien qu'ils font aux uns et aux autres (1). » Puis, parlant de la basilique du Saint-Sépulcre, il dit : « Aux Latins a été concédé le lieu où le Christ apparut à Marie (Madeleine) sous la forme d’un jardinier (2). Près de l’église du Saint-Sépulcre habitèrent les Johannites (3). Dans ce palais existe une vaste et magnifique hôtellerie, où l’on peut loger plus de mille personnes, et qui est pourvue de tout le nécessaire. Il y existe la coutume que tout étranger qui y séjourne au moins deux Jours verse la somme de deux couronnes vénitiennes; après quoi, 1l peut y demeurer une année entière, sans payer rien de plus. De mon temps, ce palais était tenu par une respectable matrone

sur ces Lieux saints. Ce dominium n'est limité que par le droit souverain de l'État qui les détient pour les conserver et les entretenir, et qui, en défendant à ceux qui en ont la jouissance, de les détériorer ou de les modifier, n'y introduit lui-même aucun changement sans entente préalable avec les intéressés, à peu près selon les lois aujourd'hui universellement admises pour les édifices sacrés classés par l’État comme monuments historiques et nationaux:

(1) Op. cit., fol, 449 v°.

(2) Ludolphe ne mentionne que le lieu occupé par les Frères Mineurs à l’intérieur de la basilique, et ne parle pas de la chapelle de la Vierge contiguë à leur couvent. D’après la Chronique de Jean de Vitodurano (Winterthur) (1220-1348), on fit part au chapitre général de Marseille en 1345,'que douze Frères Mineurs prêtres étaient logés au couvent du Saint-Sépulcre à Jérusalem (P. J. Golubovich, Biblioteca, t'IE, Dr #47)

(3) C'est le Muristan, au sud de la basilique du Saint-Sépulcre.

du nom de Marguerite de Sicile, dont le frère, Nicolas, était chanoine au Saint-Sépulcre (1). Cette Marguerite avait fait beaucoup de bien aux chrétiens, et le sultan usa de beaucoup d’égards et de bienveillance envers elle(2). Les chanoïnes du Saint-Sépulcre jouissent d’une grande liberté, comme je l’ai lu dans leur Ordinarium (3). »

Les documents sur le séjour des Frères Prêcheurs à Jérusalem au xiv° siècle sont moins abondants : L'an 1322, Jacques II, roi d'Aragon, avait envoyé un ambassadeur à Naser Mohammed, sultan d'Égypte, avec une lettre, par laquelle il demandait, entre autres, que le sultan confiât la garde et le service religieux du Saint- Sépulcre à des Frères Prêcheurs Aragonais. L’année suivante, douze Dominicains d'Aragon vinrent au Caire, d’où ils se rendirent en Palestine avec d’autres pèlerins. Mais, après avoir visité les Lieux saints de la Judée et de la Galilée et, en dernier lieu, le mont Sinaï, ils retournèrent tous en Espagne, d’après un /finéraire catalan, à

(1) Nicolas était Frère Mineur. A cette époque-là on appelait « chanoines » tous les prêtres qui chantaient les offices de chœur. Ludolphe donne aussi ce nom aux moines Arméniens de l’église de Saint-Jacques le Majeur (Op. cit., fol. 449 v°).

(2) Les Frères Mineurs usèrent souvent de l'influence dont jouissait Marguerite de Sicile, pour acquérir des terrains.

(3) Op. cit., fol. 450 v°. — Cet Ordinarium était le rituel des chanoines du Saint-Sépulcre. En 1485, Suriano rappelle encore ce même « Ordinario de lo officio divino », et dit y avoir lu le cérémonial du feu sacré le Samedi saint, qu'il traite de comédie. (Op. cit., p. 28 et 30). Cet Ordinario existait au Saint-Sépulcre antérieurement à l’année 1238; car le 9 mars de cette année, le pape Grégoire IX interdit cette cérémonie au Saint-Sépulcre, déclarant que le prétendu miracle n’était qu'une indigne supercherie. (Rinaldi, Annales, an. 1238, 5 3.) Dans l'église du Saint-Sépulcre de Barletta en Pouille, propriété, dès le xu° siècle, du prieuré du Saint-Sépulcre à Jérusalem, on conserve un magnifique exemplaire de cet Ordinarium, dont une partie fut écrite avant 1187. (Voir, Ch. Kohler, Un rituel et un bréviaire du S.-Sépulcre de Jérusalem (xu°-xr° s.), dans Revue de l'Orient lat., t. VIT, 1907, p. 383-500). 2

la rédaction duquel les douze Religieux ont coopéré (1). Il est de nouveau question de la présence de quelques Frères Précheurs à Jérusalem dans les relations de deux pèlerins, qui ne nous apprennent pas de quelle province ils étaient venus. |

Le premier, Ludolphe de Sudheim (1336), en parle en ces termes : « Près du champ de Haceldama existe un terrain délicieux, couvert d’un grand nombre d'arbres, que les moines Prêcheurs ont acheté alors que je quittai (la ville); je ne sais s’ils l'ont gardé. Il y a là beaucoup | d'habitations d'anciens ermites ; mais à présent elles sont abandonnées et désertes (2)..» Ces ermitages sont, sans doute, les sépulcres judaïques qui forment la nécropole de Saint-Onuphre à l’est du Haceldama, et qui servirent de cellules à des anachorètes du v° au vu siècle. Le couvent des Frères Prêcheurs occupait, dans ce cas, une partie de l’ancien jardin du Roi, et plus spécialement le verger où saint Jérôme indique le haut lieu du célèbre Tophet(3).

Les Frères Prêcheurs devaient alors se trouver à Jérusalem depuis quelque temps; car dans ce pays les transac-

(1) Voir P. J. Galubavich, Biblioteca, t. III, p. 232-237.

(2) Op. cit., fol. 451. — Le texte latin, éd. par le P. Neumann, porte aussi : « quem nunc emerunt fratres Predicatorum » sans émettre le doute « s'ils ont gardé » au abtenu le jardin. Mais, comme il ne sera plus question dans la suite de leur séjour à Jérusalem, et qu’au pied de Haceldama ou de Saïint-Onuphre on n’a jamais signalé des bâtiments, il est à peu près certain que ce groupe de Dominicains a quitté la Terre sainte avant de se décider à construire un couvent dans le dit jardin. Ils se contentèrent, peut-être, pendant quelque temps de l’abri que leur offraient les ermitages creusés dans le roc.

(3) « Le haut lieu de Tophet dans la vallée du Fils de Hinnom est le lieu irrigué par la fontaine de Siloé. C’est un endroit agréable et boisé, qui offre aujourd’hui les délices des jardins. » (Comment in Jerem., vu, 31. Migne, P. L., t. XXIV, col. 735. — Cf. Eusèbe, Onom. éd. Kilostermann, p. 102).

tions entre les moines étrangers et l'autorité civile ont toujours été longues et hérissées de mille difficultés. On ne peut pas opposer le silence des pèlerins antérieurs à Ludolphe; car, tout occupés à enregistrer les Lieux saints qu’ils ont visités, beaucoup ne mentionnent pas la présence des moines latins à Jérusalem, même après le passage du curé de Sudheim.

Félix Fabri O. P. (1480 et 1483), raconte avoir lu dans un ancien traité de pèlerinage qu'avant l’acquisition du jardin près de Haceldama, ses confrères habitèrent le couvent et l’église de Saint-Jacques le Mineur dans la vallée de Josaphat. Cette information est fort acceptable, comme nous l’avons déjà fait remarquer, si l’on voit dans ce couvent, non pas l’hypogée juif creusé entre le monument d’Absalon et celui de Zacharie, et dénommé depuis le milieu du xrv° siècle « église et tombeau de Saint-Jacques », comme l’a pensé notre pèlerin, mais bien l’antique couvent du sépulcre traditionnel de l’apôtre, situé dans le voisinage, au nord du pont inférieur, et qui avait été reconstruit par les Latins au xrr° siècle.

Parmi les écrivains modernes nous ne connaissons que deux Frères Prêcheurs, qui se soient intéressés aux sites des couvents dominicains à Jérusalem. Le premier, le P. Dominique Zanecchia, écrit : « Non loin de Saint- Onuphre, les Pères Dominicains possédaient un couvent : ils en avaient un autre près du monument d’Absalon et un troisième, on ne sait au juste en quel endroit. Ils y habitèrent de 1220 à 1310 (sic) et eurent cinq patriarches à Jérusalem (sic) (1). » Le site du troisième couvent, inconnu au P. Zanecchia, est celui qui avait été

(1) La Palestina d'oggi, t. 1, Rome, 1896, p. 342. GETHSÉMANI. 1

habité le premier par les Frères Prêcheurs, de 1220- 1240. Fra Ricoldo de Monte Croce, O. P. (12094) en indique l'emplacement en disant après avoir parlé de l’église Saint-Pierre #7 Gallicantu : « Ibi descendentes de monte Syon invenimus locum predicatorum. Ubi ad huc manet ortus. Est autem locum inter templum Salomonis et templum Domini(i). »

Le P. Mandonnet, O. P., professeur à l’Université de Fribourg en Suisse, est un peu mieux renseigné sur le séjour de ses confrères dans la Ville sainte; seulement la succession chronologique des trois endroits occupés par eux demande une rectification. Dans sa recension sur l'Itinéraire de Fra Ricoldo de Monte Croce, il dit : « Il semble que les Dominicains se soient établis en trois endroits différents à Jérusalem pendant les treizième et quatorzième siècles. Une fois, vraisemblablement la première, lors de leur arrivée, dans les grottes au pied du mont des Oliviers, près du tombeau de saint Philippe (lisez saint Jacques). Puis, au lieu où Ricoldo en vit les ruines. Enfin en 1350 (/isez 1336), au champ de Haceldama où ils ne purent tenir longtemps à cause des incursions des Turcs et des Arabes{(2). » Les Frères Prêcheurs ne vinrent s'établir à Jérusalem, pour la première foïs, que l’année 1229 ou 1230, lorsque la ville fut cédée pour dix ans et dix mois à l'empereur Frédéric IT par le sultan Melek el-Kamel, en vertu d’une trêve conclue entre eux. Pendant cet intervalle, la Ville sainte se trouvait au pouvoir des Latins, et les Frères Prêcheurs purent s’installer dans l’intérieur de la cité comme les Frères Mineurs. Peu après l'expiration de la trêve, en 1240, la ville fut reprise par le prince de Kérak, neveu du sultan. Le

(1) Jtinerarius, éd. Laurent, Peregrinatores, Leipzig, 1864, p. 108. (2) Revue biblique, t. I, Paris, 1893, p. 56, n. 2.

patriarche, le chapitre et tout le clergé séculier et régulier furent alors contraints d’évacuer la ville et de quitter la Judée. C’est donc dans la vallée de Josaphat, au couvent de Saint-Jacques qu’habitèrent les Frères Prêcheurs au quatorzième siècle(1). C’est là que Guillaume de Boldensel a pu les rencontrer en 1333.

A qui incombe, dans ces circonstances, la transposition du lieu de l’agonie dans la grotte? Si, en 1333, de Boldensel affirme avec tant d'assurance que Jésus a sué comme des gouttes de sang dans la grotte, il aura suivi selon la coutume des pèlerins, l'opinion de son guide (2). Mais ses récits ne laissent pas deviner qui a pu le faire

dévier des traditions courantes relatives à Gethsémani. Mais ce n'était pas un Franciscain. Car douze ans plus tard, Nicolas de Poggibonsi, un Frère Mineur qui vécut avec ses confrères au mont Sion et les eut comme guides dans ses pérégrinations, indique à deux reprises, d’une manière formelle, l'endroit où Jésus subit les transes de l’agonie au sud du chemin, « dans le jardin fleuri ». Le premier il signale dans la grotte de Gethsémani l'épigraphe peinte au-dessus de la pierre posée sur le sol et sur laquelle se tenait le Seigneur pendant son agonie. Il rappelle le sujet de l’inscription, en substance, mais sans reproduire celle-ci à la lettre, et ainsi on ignore s’il l’a

(1) Au chapitre général tenu à Lyon dans l’octave de Pentecôte 1348, le Maître général de l’ordre des Frères Prêcheurs autorisa la province de Syrie d'ouvrir un couvent à Jérusalem et un autre à Bethléem. (P. Masetti, O. P., Monum. et antiq. Ord. Praedicatorum, Rome, t. I, p. 457-466.) — Mais on n’a pas donné suite à ce projet, et les Pères Dominicains ne sont revenus en Palestine qu'en 1884, pour fonder à Jérusalem une Ecole biblique.

(2) De Boldensel ne parle pas de son guide pour la visite des sanctuaires. Il raconte seulement que pour visiter « les nombreux tombeaux des prophètes », dans le voisinage de Jérusalem, il était accompagné

« par un Juif allemand très instruit ». (Op. cit., éd. Canisius, op. cit., p. 350.) ,

vue dans son état premier ou après qu’elle a été modifiée par l'introduction d’une phrase nouvelle.

Puis, quel est l’auteur de l’épigraphe, qui veut faire revivre, semble-t-il, le vrai souvenir attaché à cette pierre, et combattre les opinions erronées qui avaient si longtemps eu cours à son sujet? À qui, surtout, doit-on attribuer sa modification, l'introduction de deux mots destinés à donner le change et à faire croire que le « hic » de l’inscription qui ne visait que la pierre, se rapportait à la grotte elle-même? Est-ce aux Frères Mineurs établis au mont Sion ou aux Frères Prêcheurs habitant les grottes au pied du mont des Oliviers? Question bien oiseuse, en vérité, puisque à cette époque la grotte était ouverte à tout le monde et n’appartenait à personne. Si les pèlerins la visitaient pour y prier, les musulmans s’en servaient occasionnellement pour y enfermer leur bétail. Ensuite, outre les moines, on rencontrait autour des Lieux saints, même aux époques des plus grandes hostilités, quelques ermites latins. Nous savons, par exemple, qu'Arculphe avait comme guide Pierre, un ermite natif de Bourgogne, familiarisé avec la Palestine(r). Vers 1028, Meingoz, archevêque de Trèves, eut comme compagnon de ses visites saint Simon, un ermite grec de Sicile, qui connaissait fort bien les Lieux saints (2). Tancrède en rencontra un au mont des Oliviers en 1009, pendant le siège de la ville(3)}. Puis Ludolphe nous apprend que pour une légère quote-part payée à leur arrivée, les Européens, pèlerins, marchands et voyageurs, étaient hébergés pendant une année entière à

(1) Tobler et Molinier, op. cit., p. 184 et 185.

(2) L. Bréhier. L'Eglise et l'Orient au moyen âge, Paris, 1907, p. 43.

(3) Radolphe de Caen, Gesta Tancredi, Rec. Hist. Crois:, Hist. occ., t. III, Paris, 1886, p. 685.

l'Hôpital de Saint-Jean. Le même écrivain termine sa nomenclature des Lieux saints en disant : « Il existe aussi une église appelée Sainte-Marie des Latins; on trouve en ‘outre à Jérusalem beaucoup d'églises, de chapelles et de beaux lieux de prière tenus par les chartreux (1). » Par le mot de « Karthauser » il ne peut entendre que les ermites ou les anachorètes.

Au milieu de toutes ces circonstances, il est difficile de savoir à qui incombe la maladroite translation de l’agonie du Sauveur dans la grotte de Gethsémani. Une seule chose est certaine; c’est que l'initiative n’en est pas imputable aux Frères Mineurs, qui, au moins pendant douze ans après le passage de Boldensel, ont continué à montrer le lieu de l’agonie du Sauveur dans le jardin, au sud du chemin.

Cependant, l'opinion partagée par Guillaume de Boldensel fit son chemin rapidement et vingt-cinq ans après la visite de Nicolas de Poggibonsi et de Jacques de Berne, elle avait même fini par prévaloir, sans doute, grâce à l'ambiguïté de l’épigraphe. Nous savons, en effet, par des documents authentiques, qu’en 1361, les Frères Mineurs de Jérusalem admirent à leur tour que la froisième supplication de Jésus, suivie d’une sueur comme de gouttes de sang, eut lieu dans la grotte de Gethsémani.

Le 9 novemhre 1361, Innocent VI publia, en faveur des Frères Mineurs de Terre sainte, la bulle Ad ea quae in laudem, qu'Urbain V a renouvelée le 8 novembre de l’année suivante. Cette dernière, Rafione congruit, est adressée : Dilectis Filiis Andreae Chesham et Ioanni Ponher (2), Ordinis Fratrum Minorum professori-

(1) Feyrabend, op. cit., fol. 449 v°.

(2) Ces deux religieux, André Chesham et Jean Ponher, sont complèétement inconnus dans l’histoire de l’ordre franciscain. Le fait qu'ils

bus (1). Par ces bulles, les Frères Mineurs sont autorisés à construire un petit couvent « près du Sépulcre de la glorieuse et bienheureuse Vierge Marie, situé dans la vallée de Josaphat, et du lieu voisin appelé vulgairement Cavea, où, comme on l'affirme, pendant que le Sauveur Notre-Seigneur Jésus-Christ supplia son Père dans la nuit de sa Passion, sa sueur devint comme des gouttes de sang découlant jusqu’à terre (2) ».

Rappelons, à ce propos, qu’en concédant les privilèges demandés par des tiers en faveur de tel ou tel Lieu saint, les souverains pontifes, et les Congrégations romaines, n’entendent nullement garantir par là l'authenticité des sanctuaires en question, car, il s’agit ici de croyances simplement humaines, qui n’ont rien de commun avec les vérités de foi divine. Par les formules « wé asseritur, ut pie creditur, ut fama est », ils déclinent toute responsabilité, abandonnant l'examen de leur valeur historique et topographique à l'étude d'hommes compétents; ils admettent même en temps et lieu, les changements et les corrections qui s'imposent. En vertu de cette sage et prudente réserve, les bulles, brefs et décrets pontificaux désignent généralement les sanctuaires intéressés par les termes mêmes avec lesquels ils sont présentés dans les suppliques. Voici un exemple frappant et de fraîche date.

ont adressé ensemble la supplique au pape, et que celui-ci répond aux deux sans leur donner aucun titre, laisse supposer que ni l’un ni l’autre n’était alors soit Custode, soit Provincial. On sait par un document arabe, un contrat d'achat, que le 29 janvier 1348 le Custode était « Nicolas, fils de Jean ». Puis d’après l’auteur des Gesta Dei per Fratres Minores, Bernardin de Padoue était Custode de Terre sainte en 1363. (V. J. Golubovich, Serie chronol. dei Superiori di T. S., p. 14.) Il est vraisemblable que les deux religieux mentionnés dans la bulle administraient la Custodie par interim.

(1) Quaresmius (0p. cit., t, I, p. 309 b) rend le mot « professoribus » par « professis ».

(2) Quaresmius, op. cit., t. [, p. 309 b et 310 4.

Par un indult du 31 août 1865, la S. Congrégation des Rites a renouvelé le privilège de célébrer la messe votive De Passione et Orationis D. N. J. C. in monte Olivarum « in Cryptâ Agoniae », termes employés par le postulateur, le R"° P. Milani, Custode de Terre sainte, dans sa supplique, pour désigner la grotte de Gethsémani. Ce même indult renouvelle aussi l’autorisation de dire la messe votive de l’Assomption de la sainte Vierge dans l’église de Sainte-Marie de Josaphat. Mais, comme depuis longtemps les prêtres catholiques ne peuvent plus accomplir le service divin dans ce sanctuaire, le Re P. Robert Razzoli, Custode de Terre sainte, a prié le Saint-Siège d'autoriser les prêtres catholiques de célébrer la messe votive de l’Assomption de Marie dans la grotte de Gethsémani. Ce fut après la découverte de l’ancienne église de la Prière près du jardin de Gethsémani. Le Re P. Razzoli était alors convaincu que l’agonie de Jésus n’a pas eu lieu dans la grotte, et il voulut le premier redresser, d’une manière indirecte, mais officielle, l'erreur commise par les Latins depuis le xiv° siècle, en évitant, avec affectation, de présenter la grotte avec son titre habituel de « Grotte de l’Agonie ». Dans le nouvel indult accordé le 9 mars 1910, la S. Congrégation des Rites s'inspire des termes mêmes du postulateur et dit : «.… L’humble Postulateur demande ardemment que la messe votive de l’Assomption de la Bienheureuse Vierge Marie. puisse être dite par tous les Prêtres dans le contigu Sanctuaire de Gethsémani ou Chapelle publique, qui est séparée de la distance d’un petit jet de pierre du même Sépulcre de la Bienheureuse Vierge Marie (1)... » L’en-tête porte « dans la contigüe

(1) « … Idem humilis Orator enixe postulat, ut Missa votiva de

Chapelle publique ou Sanctuaire de Gethsémani (1) », et la conclusion, « dans ladite Chapelle publique ou Sanctuaire de Gethsémani(2) ». Nous le répétons, si dans ce document la grotte de Gethsémani ne figure plus, sous son titre habituel de « Grotte de l’Agonie », c'est uniquement parce que la S. Congrégation s’en est tenue aux termes employés intentionnellement dans la supplique.

Du xiv® au xvi° siècle les pèlerins ont pu s’imaginer que l'opinion qui cherchait l’agonie du Sauveur dans la grotte était confirmée par l'autorité pontificale, et dès lors ils ne s’'imposèrent aucun effort, aucune recherche pour arriver à la vérité. Mais il n’en fut pas de même des exégètes, qui n'ont jamais pu concilier l’agonie du Sauveur dans un souterrain avec les récits évangéliques. Même les pèlerins se sont livrés à d’ingénieuses combinaisons pour concilier « l’agonie dans la grotte » avec « la prière dans le jardin », pendant que les chrétiens orientaux maintinrent jusqu’à nos jours l’agonie du Sauveur à la même place où elle a été indiquée au 1v° siècle. Ce sera là le sujet du chapitre suivant.

Assumptione Beatae Mariae Virginis.. ab omnibus et singulis Sacerdotibus dici valeat in continenti Sanctuario Gethsemani seu Cappella publica, quae parvo lapideo spatio disiungitur a Sepulchro ipso Beatae Mariae Virginis in eodem Gethsemani fundo.. » (Diarium Terrae Sancae, Jérusalem, 1910, p. 96.)

(1) «In continenti publica Cappella seu Sanctuario Gethsemani. »

(2) « In enunciata Cappella publica seu Sanctuario Gethsemani, »

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