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L'anonyme de 1170 la trouve « près de l’église Sainte- Marie, presque aux portes de l’abbaye (1) ». Vers 1187, l’auteur de La Cilez de Therusalem l'indique « devant le moustier de Madame Sainte-Marie (2) ». Perdicas d'Éphèse (3) et Guillaume de Boldensel (4) la mentionnent « près de l’église ». Jean de Mandeville (5) et Marien de Sienne (6) l’indiquent « à côté de l’église de Sainte- Marie ». En 1470, le chanoine Ulrich Brunner dit : « En sortant de l’église, on monte à gauche XII marches entre deux murs, et l’on arrive au mont des Oliviers, au lieu où Notre-Seigneur souffrit son angoisse et sa crainte, et sua du sang(7). » L’anonyme allemand de 1473 trouva la grotte « à main gauche, en sortant de l’église de Notre-Dame(8) ». Six ans plus tard, Jean Tuchern de Nuremberg écrit dans le même sens que Brunner : « Nous sortimes ensuite de l’église et nous allâmes à main gauche, vers le mont des Oliviers au pied de la montagne, sur une petite élévation, où se trouve dans une grande caverne le lieu où le Tout-Puissant fit sa prière (9). » Jean, comte de Solms dit de même en 1483 : « En sortant de l’église mentionnée ci-dessus, nous arrivâmes, à main gauche, au bas de la montagne et, en montant un peu, nous trouvâmes dans une excavation rocheuse l'endroit où Notre-Seigneur
(1) Voir ci-dessus, p. 175.
2) Voir ci-dessus, p. 176.
(3) Voir ci-dessus, p. 190.
(4) Voir ci-dessus, p. 190.
(5) Voir ci-dessus, p. 202.
(6) Voir ci-dessus, p. 239.
7) Die Jerusalemfahrt, Z. D. P. V., t. XXIX, Leipzig, 1906, D 0:
8) Conrady, op. cit.; p. 125.
9) Beschreibung der Reysz ins h. Land, éd. Feyrabend, op. cit., fol. RICE op
pria et sua du sang (1). » Félix Fabri, son compagnon de voyage, raconte que de l’église il est arrivé à la grotte «en passant entre deux murs de jardin (2) ». Ces deux murs, dont Brunner a déjà parlé, sont nettement représentés sur le dessin de Zuallart entre l’église et la grotte, à son angle nord-ouest, à la même place qu'on les voit aujourd’hui encore. Le dessin de Zuallart représente aussi sur le flanc oriental de la cour de l’église, des jardins en terrasse, avec des murs de soutènement. La montée entre l’église et la grotte s’explique par le monceau de terre que les eaux de pluie torrentielle y ont accumulée et dont il sera question au xvur* siècle encore. C’est ce qui fait dire à Anselme de Cracovie, O. F. M. (1507), parlant du souterrain : « Ce rocher apparaît au-dessus du sol, à la hauteur des genoux d’un homme (3).» Vers 1530, Philippede Hagenditquele« Tombeau de Notre-Dame se trouvait tout près de la caverne où Jésus sua du sang et de l’eau (4) ». En 1560, Jacques Wormbser de Strasbourg fait le même rapprochement (5).
Nous savons par d’autres écrivains que la grotte de Gethsémani s’ouvrait au fond d’une impasse. Dans la seconde moitié du xiv° siècle, l’anonyme de Francfort alla de la grotte vers le pont du Cédron, pour visiter ensuite les lieux mémorables du jardin au sud du chemin (6), Zuallart est plus explicite : « (De cette église) on s’avance environ trente-trois pas dans la direction du
(1) Reysbuch des h. Lands, éd. Feyrabend, op. cit., fol. 61.
ENOPACt. It L, p2378;
(5) Descriptio T'errae Sanctae, éd, Canisius, Thesaurus mon. eccl., Amsterdam, 1725, t. IV, p. 786.
(4) Hodoporika, éd. Conrady, op. cit., p. 263.
(5) Beschreibung der Wallfahrt 7. h. Grab, ap. Feyrabend, op. cit. fol. 219 vo.
(6) Voir ci-dessus, p. 237.
levant, pour descendre par un sentier dans la grotte ou caverne taillée dans le roc... Retournant ensuite audevant de l’église du Saint-Sépulcre de la Vierge Marie, nous suivimes le chemin du mont des Oliviers (pour se rendre au Rocher des trois apôtres, etc.) (1). » Cotovic, de même, tourne à gauche au sortir de l’église de la Vierge et arrive à la grotte « par un chemin étroit ». Puis, il revient sur ses pas, « dans la cour de l’église de Saiïnte- Marie, à l’extrémité de laquelle se trouve une petite mosquée turque(2) ». De ce ouéli, bien marqué dans le dessin de Zuallart, et qui existe encore avec la même enceinte, le pèlerin alla visiter les Lieux saints du jardin. Vers 1583, Nicolas de Radzivil parle du même sanctuaire en ces termes : « C’est un lieu tranquille, tout à fait écarté et aucun chemin n’y conduit (3). »
Les distances indiquées par les pèlerins entre l’église de la Vierge et l'entrée de la grotte de Gethsémani offrent encore plus d'intérêt, parce qu’elles précisent davantage la position de celle-ci. Depuis 1655, la distance de la porte de l’église à celle qui s’ouvre au-devant de la grotte est de 22 mètres, et de 26 jusqu’à l’entrée de la caverne. Les pèlerins latins l’indiquent en pas; mais, tandis que les uns emploient le pas ordinaire, qui est d’environ 75 centimètres, d’autres, comme cela est manifeste, se servent du pas romain, qui est un double pas, c’est-à-dire, l’intervalle entre les deux points successivement occupés dans la marche par le même pied (4). Cette mesure est restée longtemps en usage dans certains pays d'Europe, et en France, par exemple, où elle était appelée « pas géomé-
(1) Op. cit., p. 144-145.
(2) Op. cit. p, 201-2092.
3) Hierosolymitana peregrinatio, Anvers, 1614, p.61. (4) On compte 1",48 pour le pas romain.
trique », elle ne fut abolie qu’à la grande Révolution. Remarquons en outre que les pèlerins ne font pas toujours savoir s'ils mesurent cette distance depuis la porte de l’église jusqu’à l'entrée du Duras ou seulement depuis l’angle de la façade jusqu’à l'escalier établi audevant de la grotte. On ne sera donc pas étonné de trouver des mesures des plus variées dans leurs relations, d’autant plus qu’elles ne sont qu'approximatives.
Daniel, l’hégoumène russe (1), et l’archimandrite Grethénios (2) comptent dix sagènes, mesure qui vaut 21%, 33. Jacques de Vérone parle de 30 brassesitaliennes, de trois pieds chacune (3). Nicolas de Poggibonsi trouve 12 pas jusqu’au portail qui s'élevait « à 4 pas » au-devant de l'ouverture de la grotte (4). Un anonyme de 1425 donne 25 pas de l’église à la grotte, et ajoute que celle-ci a 20 pas de longueur (5); or elle mesure 19 mètres de l’est à l’ouest. Ariosti (6), Aquilant Rocchetta (7) et Zuallart (8) indiquent 33 pas. Iodocus de Meggen (1542) marque 10 pas seulement (9), Pantaléon d’Aveiro (1552), 1o à 12 pas (10), et l’anonyme franciscain de 1436 environ 12 (11). Le duc Alexandre parle de 14 pas (12), Albrecht de Saxe de 15 à 16 (13), ainsi que Ogier, baron
(1) Voir ci-dessus, p. 169.
(2) Voir ci-dessus, p. 246.
(3) Voir ci-dessus, p. 201.
(4) Voir ci-dessus, p. 208.
(5) P. Marcellin, Le Missioni franc., Florence, 1805, t. VI, p. 67.
(6) Topographia Terrae prom., éd. Marcellin, Rome, 1863, p. 20.
(7) Op. cit., p. 164.
(8) Op. cit, p. 144.
(9) Peregrinatio hierosolymitana, Dilingae, 1580, p. 107.
(10) Ttinerario da Terra santa, Lisbonne, 1593, fol. 131.
(11) Description de la T. S., éd. Ch. Kobhler, ap. Revue de l'Orient lat., Paris, 1909, t. XII, p. 23.
(ra) Voir Tobler, Die Hier DATA
(13) Id., ibid.
d'Anglure (1395) (1), et Greffin Affagart (1533) (2). Anselme de Cracovie indique « XVI passus pedum » (3), Jean Poloner 14 pas (4), Gumpenberg 36 (5), et le chanoine Doubdan en 1652, 40 (6). Nous avons réservé les plus gros chiffres pour la fin. ; Dans son premier traité écrit en Orient, Burchard de Mont Sion localise les « trois apôtres privilégiés » dans la grotte de Gethsémani, et estime la distance du porche de celle-ci jusqu’à celui de l’église de la Vierge à « environ 20 pieds (7) ». Puis, dans le traité plus développé sur la Terre sainte qu’il composa à son retour en Allemagne, il place les « huit apôtres » dans la grotte de Gethsémani, passe sous silence le lieu où s’arrêtèrent « les trois apôtres » et éloigne la grotte « à cinquante pas bien mesurés (8) » de l’église de Sainte-Marie de Josaphat. Comment expliquer ces divergences dans les récits d’un même pèlerin à peu d’années d'intervalle? Burchard, après mûre réflexion, ne se trouvait-il pas aussi embarrassé que Jacques Goujon devant le désaccord du « jet de pierre de l'Évangile » et de la grande distance qu’il a notée entre la place assignée aux trois apôtres et celle où le Seigneur a prié durant son agonie? N'a-t-il pas essayé d’y remédier en rapprochant davantage la grotte de Gethsémani des ruines de l’église de Saint-Sauveur, ou mieux, pour plus de succès, n’a-t-il pas cherché à corriger l’erreur qui s'était glissée dans la tradition par une nouvelle combi-
(1) Le Saint Voyage de Jérusalem, Paris, 1858, p. 68. (2) Relation de T. S., éd. Chavanon, Paris, 1902, p. 106. 3) Op. cit., p. 786.
4) Voir ci-dessus, p. 252.
B)HRobler, Op pazi 4; 6) Le Voyage de la Terre sainte, Paris, 1661, p. 105. (7) Brocardi Descriptio T. S., ap. Canisius, Z'hesgurus mon. eccl., AIM AIPENS:
(8) Descriptio Terrae S., éd. Laurent, op. cit., p. 08.
naison, en logeant dans la grotte les huit apôtres, et en plaçant les trois, en conséquence, entre la grotte et les ruines de l’église de la prière, en un point qu’il n’ose déterminer?
Marin Sanudo (1), il est vrai, ainsi que Francois Alcarotti, chanoine de Novare (1586) (2), donnent exactement la même distance que Burchard entré la porte de l’église de Sainte-Marie et celle de la grotte, savoir « cinquante pas ». Mais on sait que Sanudo a fait de nombreux emprunts à l'ouvrage de Burchard, et le chanoine de Novare a utilisé celui de Sanudo. Mais, supposons même que les trois pèlerins aient mesuré cette distance et bien compté les pas. En comparant leur mesure avec celles des dixneuf pèlerins cités précédemment, et en tenant compte que quinze autres placent l'entrée de la grotte tout près de l’église de Sainte-Marie, il faut conclure, ou bien que le pas de Burchard, de Sanudo et d’Alcarotti était vraiment fort petit, ou bien qu'ils n’ont pü atteindre la grotte qu’en faisant un détour.
Peu importe, du reste. En prenant leurs « cinquante pas » pour des pas ordinaires, il faudrait doubler, voire tripler leur nombre pour arriver de l’entrée de la grotte au Rocher des apôtres, entre lesquels Jacques Goujon a compté 197 pas (3).
S'il pouvait rester l'ombre d'un doute que « l’ancienne ouverture de la grotte au midi » n’est qu’une fiction, il
(Op: cr parte eIVENCE
(2) Viaggi, Novare, 1616, p. 106.
(3) La distance indiquée par Goujon n’est nullement exagérée. De la grotte à l’église il y a 22 mètres; de l’église à l’extrémité méridionale de la cour il y a 19 mètres. Pour arriver à la route en passant par l'escalier de l’angle sud-est de la cour, la distance est au moins de 40 mètres. De là au sud de la grotte, en face du Rocher des apôtres, il faut
compter une cinquantaine de mètres, et autant pour arriver de là au Rocher lui-même, La distance totale est d'environ 180 mètres.
sera vite dissipé par le témoignage de Marien Morone de Maléo qui, en 1655, fit construire la porte actuelle audevant de l’entrée du souterrain. Il nous apprend, d’abord, que de son temps on descendait de la route, du côté du pont, par six marches dans la cour qui s'étend au-devant de l’église de l’Assomption, et qui était entourée d’un mur assez bas (1). Le 5 octobre 1648, une pluie torrentielle s’abattit sur le mont des Oliviers, et en ravina les flancs avec une telle impétuosité, que le canal de la cour, qui débouche dans le torrent du Cédron, fut obstrué en un instant par les pierres et la boue charriées de la montagne. L'eau emplit la cour et pénétra par les fissures de la porte dans l'intérieur de l’église, où elle s’éleva à la hauteur d’un palme au-dessus des autels (2). Les Franciscains, les Grecs et les Arméniens s’occupèrent en commun à débar-
rasser le sanctuaire des flots boueux et à réparer les dégâts (3). Le Père Custode ajoute : « La même chose est
(1) Aujourd’hui cet escalier se bifurque à partir de la quatrième marche inférieure. De là un escalier de 11 marches se dirige du côté du pont; un autre de 16 marches conduit vers l’orient.
(2) Plusieurs pèlerins parlent de ces inondations. Déjà, Burchard de Mont Sion a constaté que de haut en bas elles ont dégradé les peintures murales. Seulement, celui-ci s’est imaginé que les eaux du torrent de Cédron, coulant sous terre, avaient envahi le fonds de l’église en temps d’averses extraordinaires. [l ajoute même qu’elles étaient montées si haut dans ce souterrain, qu’elles s’échappaient, parfois, par la porte du porche (Op. cit., éd. Laurent, p. 68). à
(3) D’après Marien de Maléo, la basilique de l’Assomption était gardée par un santon musulman qui percevait un petit tribut, un maïdin, de tout pèlerin qui y entrait, Les Franciscains jouissaient du droit exclusif d’officier journellement à l’autel du sépulcre de la Vierge, les Grécs à Pautel situé à l’orient de l’édicule, les Arméniens à l'autel appuyé contre le mur oriental au bas de l'escalier, Les Syriens-Jacobites avaient un autel au nord du sépulcre et les musulmans un mihräb au sud, Il en était déjà ainsi au temps de Jean Poloner (1422), qui y trouva en outre un autel pour les Géorgiens et un autre pour les Zndiens, nom qui désignait les Nestoriens. En 1720, il y avait encore les Nestoriens, d’après le P. Marcel Ladoire, Vicaire Custodial( Voyage fait à la Terre sainte, Paris, 1720, p. 164). Mais les Géorgiens étaient remplacés par
arrivée pendant que je me trouvais à Constantinople (de 1653 à 1654). À mon retour dans la Ville sainte, je fis des démarches auprès des prélats grecs et arméniens, pour arriver à une entente, afin d’y remédier en commun. Il fut décidé qu’on abaisserait la cour. Cela se fit aisément; car après avoir enlevé la couche d’une brasse de terre charriée par la pluie des flancs de la montagne, on mit à découvert le sol tout pavé de grosses dalles, avec une vaste citerne qui fut aussitôt fermée, afin que les Turcs ne s’en emparassent point (1). La bouche en très beau marbre fut transportée sur l’orifice de la citerne située dans l’église (2). Après cela, les Grecs se mirent à réparer l'aile occidentale de la cour et à en enlever les décombres. De mon côté, pour faire valoir mon autorité, Je fis remettre en ordre l’aile orientale (3). Je me suis même hasardé à restaurer la grotte où le Christ pria et sua du sang. J'ai fait niveler le chemin qui a une longueur de 35 pas, et qui part de la cour même. J’ai ensuite prolongé la voûte de l’entrée en dehors, afin que la pluie ne pénétrât plus dans la grotte, et j'ai fait enlever la boue que les eaux y avaient entraînée. Ici aussi on a retrouvé le pavement formé de dalles en pierre, dont plusieurs provien-
les Coptes, au moins déjà depuis 1666, d'après Ferdinand de Troilo (op. cit., p. 251).
(1) Cette citerne doit remonter à la fondation de l’église au v° siècle; dans les anciennes basiliques, l’atrium possédait toujours un puits pour les ablutions. À mesure que le sol s’est exhaussé, l’orifice du puits aura été allongé. — C’est là, vraisemblablement, un des « deux puits très profonds et fermés », que le texte d’Adamnan place dans la grotte.
(2) Cette margelle en marbre se voit encore sur l'orifice du puits creusé au fond de l’église, dans le bras occidental, à une profondeur de 42,50.
(3) Les précautions prises en cette occasion furent insuffisantes. Déjà, en 1666, Gabriel de Brémond, de Marseille, a pu dire : « Quand il pleut fort, comme c'était le cas lorsque nous nous y trouvions, l’église se remplit d’eau, » (Viaggi, trad. du franç., Rome, 1870, p. 303.)
nent de sépulcres chrétiens, comme on le sait par les épitaphes. Mais je n’ai pas voulu qu’elles fussent entièrement découvertes, de peur qu’elles ne soient emportées par les Turcs... La grotte est sous notre juridiction, parce que le Père Gérard Chauvet d'Aquitaine en a pris possession juridiquement, ainsi que du Temple du sépulcre de Marie (1). »
Il n’est pas question ici, ni d’un ancien passage qui a été muré, ni d’une nouvelle entrée percée dans la roche, mais d’un simple nettoyage du sol, et de la restauration d’une petite voûte timidement entreprise à l'entrée de la grotte. De plus, le P. Marien n’a rien créé de nouveau;
(1) Terra Santa nuovamente illustrata, t. T, Plaisance, 1669, p. 213- 216. — Lorsqu'en 1362, les Frères Mineurs demandèrent au Saint- Siège l'autorisation de construire un-couvent dans la vallée de Josaphat, ils célébraient déjà les offices divins dans l’église de l’Assomption. Jeanne, reine de Naples et Pierre, roi d'Aragon, firent des démarches auprès du sultan d'Égypte pour obtenir la permission de bâtir ce couvent; mais la guerre que Pierre I de Lusignan, roi de Chypre, déclara aux Sarrasins en 1365, fit avorter le projet et suscita une persécution contre les Frères Mineurs. Douze d’entre eux furent massacrés à Jérusalem, et seize autres, arrêtés çà et là, furent conduits à Damas, où ils moururent en prison après cinq ans de captivité (Wadding, Ann. O. F. M., t. VIIL, ad ann. 1363, n. 22 s.). Plus tard, intervint la République de Venise, Léonard Frescobaldi, parlant en 1384 du Custode, Nicolas « gentilhomme de Venise », dit : « Ce religieux est venu pour obtenir (du sultan d'Egypte) la faveur de construire un couvent de Frères Mineurs dans la vallée de Josaphat, où il y a le sépulcre de la Vierge; mais elle ne lui a pas été accordée, » (Viaggio in T. S., Rome, 1818, p. 103). Du 11 au 13 novembre 1391, quatre Hrères Mineurs ont été cruellement martyrisés à Jérusalem. (Procès-verbal du martyre de quatre Frères Mineurs, éd. Paul Durrieu, Archives de l'Orient. lat., Paris, 1886, t. I, p. 539-546.) L'année suivante, le P. Gérard Chauvet d'Aquitaine (Custode de 1388 à 1394) obtint officiellement pour les Frères Mineurs le droit exclusif de célébrer librement les offices divins au sépulcre proprement dit de la sainte Vierge et dans la grotte de Gethsémani. Le projet de la construction du couvent avait été de nouveau mis en avant, mais les vicissitudes des temps n’en ont jamais permis l'exécution. (Pour un acte notarié de l'acquisition du sépulcre de Marie et de la grotte, voir P. Marcellin de Civezza, La Palestina e le missioni franc., t. I, Rome, 1890, p. 256).
il a rétabli l'accès au souterrain tel qu’il avait été arrangé au xu° siècle au moins.
C'est le moment de rappeler ce qu'en dit Nicolas de Poggibonsi : « En sortant de la porte de l'église, et en allant à gauche sur une distance de XII pas, tu rencontres une grande porte qui est maintenant ruinée, et au dedans de la porte, à quatre pas (euviron six mètres) se trouve une grande grotte appelée Gethsémani (1).» Ce portail, qui s'élevait à peu près à la même place que la porte construite par Marien, servait d'ornement au sanctuaire souterrain et empêchait l’eau de pluie d'y pénétrer en protégeant l'escalier, à l'instar du beau portique qui recouvre l'escalier monumental de l’église de Sainte-Marie. Une construction de ce genre a dû protéger l’entrée de la grotte au vu siècle, puisque Arculphe jugea à propos d’en parler à Adamnan, qui a rendu ce renseignement tant bien que mal en ces termes : « Hujus speluncae portula ligneo, ut refert sanctus Arculfus, concluditur ostio (2). »
Au xu° siècle, comme au temps de Marien et de nos jours, on descendait dans la grotte par un escalier de sept à neuf marches. Voici par quelles inductions on peut arriver à le savoir : à la suite de la destruction du portail, les eaux qui ravinaient en temps d’averses les flancs de la montagne, pénétraient dans la grotte au moins aussi facilement que dans l’église, et y déposaient des couches considérables de limon, surtout près de son entrée. En effet, la grotte qui atteint ici une hauteur de 1 m. 8o entre le sol et la voûte, n'avait en 1483, comme nous l’apprend
(}Or>-cit., t. P'p. 187.
(2) Voir ci-dessus, p. 82. — C'est donc à juste titre que Jean de Wurzbourg appelle ce sanctuaire « cappella cum caverna ». L'auteur de La Citez de Iherusalem le nomme « moustier en une roche », et plusieurs écrivains antérieurs et postérieurs au xn‘siècle la désignent sous le nom de « ecclesia », comme l’église voisine.
Félix Fabri, que celle d’une coudée et demie (1), soit environ 8o centimètres. Il y avait donc alors près d’un mètre de terre qui, naturellement, recouvrait une grande partie de l'escalier, ou avait même envahi toutes les marches transformées en chemin incliné; c’est ce qui explique pourquoi Félix Fabri, si minutieux dans ses descriptions, n’en parle même pas. Le sanctuaire aura été nettoyé de temps à autre par les Frères Mineurs ; mais les pluies torrentielles se renouvelèrent aussi. Jean d'Ehrenberg en 1556 (2) et Aquilant Rocchetta en 1509 (3), y trouvèrent trois marches, nécessairement les supérieures. Au commencement du xvn° siècle, un nouveau nettoyage a dû avoir lieu; car, en 1612, Jean Boucher (4) et, en 1626, Quaresmius (5) y trouvèrent neuf degrés. Bernardin Surius (1644-1647) y descendit par un escalier « de neuf vieilles marches (6) », et Doubdan (1652) y vit « sept à huit degrés grossièrement faits (7) ». C'était après la première averse dont parle Marien de Maléo.
En résumé, le P. Custode profita de la bonne occasion qui s'était offerte en 1655 pour réparer l'escalier disloqué et pour le protéger par une voûte robuste, qu'il prolongea à quatre mètres au-devant de l’ouverture de la grotte. A l'entrée du petit couloir, il éleva une porte assez étroite. Malheureusement il n’était pas autorisé à la munir d’un
(Or et p377:
(2) Reyse zu dem h. Grab, éd. Feyrabend, op. cit., fol. 274.
(3) Op. cit., p. 164.
(4) Le-Bouquet sacré, Lyon, 1660, p. 232.
(5Y Op: cit. TEE, p.124; D.
(6) Den Godvrugtigen Pelgrim, t. Il, Gand, 1789, p. 103.
(7) Op. cit., p. 105. — En 1627, François de Secli (Viaggio da Gerusalemme, Lecce, 1639, p. 141) parle encore de trois marches seulement. Pour rédiger ses mémoires, il aura eu recours à un auteur du siècle précédent; car, depuis 1612 jusqu’à nos jours, tous les écrivains comp-
tent de huit à neuf marches, selon qu’ils prennent ou non le gros seuil de la porte pour une marche de l'escalier.
battant et à la fermer à clé. Il enleva aussi le monceau de terre accumulée entre l’église de Sainte-Marie et la grotte, pava solidement le chemin avec une légère pente vers la cour, et l’encaissa entre de hautes murailles capables de résister à la poussée des décombres entassés sur les deux flancs. C’est ainsi que fut rétabli, modestement sans doute, l’ancien accès à la grotte de Gethsémani. Le P. Marien a le mérite d’avoir fait, avec zèle et intelligence, de la besogne simple et durable.
Il n’y a donc plus à en douter : la grotte n’a jamais eu qu’une seule entrée, celle par laquelle on y accède aujourd’hui. Ce fait n’est pas dépourvu d'intérêt. C’est d’abord une grande consolation pour le pieux pèlerin de savoir qu’il entre dans ce sanctuaire et qu’il en sort par la même baie qui a livré passage au Fils de Dieu, lorsqu'il venait s’y réfugier avec ses disciples, particulièrement la veille de sa mort.
Connaissant l'entrée primordiale, il n’est pas diffcil de se représenter la physionomie extérieure que la grotte devait avoir il y a vingt siècles. Débarrassons, par la pensée, ses alentours des décombres qui s’y sont accumulés, particulièrement après le siège de la ville par Titus, et aussitôt apparaît à quelques mètres au-dessus du lit du torrent un grand banc rocheux qui s'étend du nord au sud. L'existence de cette escarpe naturelle .se manifeste encore aujourd’hui à l'angle nord-est du jardin de Gethsémani et comprend le Rocher des apôtres et le talus sur lequel s'engage le chemin méridional du mont des Oliviers. Le fait que la grotte s’ouvre au nord permet d'admettre que le massif qui la renferme faisait une forte saillie sur la ligne du banc rocheux (1). Par sa position,
(1) La masse rocheuse qui renferme la grotte devait être dégagée, au
l'entrée n'était guère apparente du côté de la ville, et pouvait être aisément masquée par les arbres. Cela explique pourquoi Judas dut se mettre en tête de la cohorte pour la mener à cette retraite. On comprend aussi par là, pourquoi le traître, qui comptait surprendre le Maître et les disciples, n'eut aucune crainte, en descendant de la colline opposée avec des torches et des lanternes, de leur donner l'éveil.
Lorsqu'on pénètre dans le souterrain froid, silencieux et aux lignes tourmentées, on est saisi par le caractère mystérieux de la demi-obscurité qui y règne, et qui laisse entrevoir presque partout l’imposante nudité du roc. L'art avait bien essayé d’embellir les parois en les recouvrant de peintures; mais celles-ci se sont écaillées sous l'influence de l’humidité, et il n’en reste plus que des traces. De toutes parts le rocher apparaît dans son état naturel, nu, raboteux, inégal et noirci par le temps. Il est plus facile de sentir que d'exprimer ce que ce vénérable sanctuaire inspire à l’âme chrétienne.
La grotte creusée en plein roc est de forme irrégulière, mais ovale dans son ensemble. Elle mesure 19 mètres dans sa plus grande longueur, 9 mètres dans sa largeur et 3", 30 dans sa hauteur maxima. La voûte repose sur trois gros piliers naturels, qui ont été réservés dans le massif, et qui au sud et à l’ouest forment une sorte de nef latérale très basse. Un petit pilier carré en maconnerie y a été construit probablement au x11° siècle, certainement pas plus tard (1); un autre pilier double y a été élevé à une époque assez récente, près de l'entrée. La
moins partiellement, en 333; car le Pèlerin de Bordeaux vit à gauche « le rocher où Judas Iscariote trahit le Christ ».
(1) Il semble, en effet, que ce pilier existait déjà, quand la voûte a été peinte pour la dernière fois.
voûte est percée vers le sud-ouest d’un soupirail profond, affectant la forme carrée, par où pénètre la seule lumière qui éclaire cette excavation. Un dôme en verre protège cette ouverture contre la pluie.
Cette grotte est-elle, à peu près, dans le même état dans lequel l’a vue Notre-Seigneur, ou bien son aspect primitif a-t-il été notablement altéré par des modifications et des agrandissements subséquents? Il est certain que la main de l’homme n'a pas été complètement étrangère à sa forme actuelle. Nous savons par Théodose que vers 530 elle était à peu près plongée dans l'obscurité.
Lorsque les fidèles y prenaient de la nourriture par dévotion, en mémoire de la cène que le divin Sauveur y servit un jour à ses apôtres, on allumait des torches pour éclairer le lieu. Le soupirail n'aura été creusé qu'après cette date, sans doute lorsqu’à la suite de l’affluence des visiteurs, la grotte fut définitivement transformée -en église, et qu'elle fut munie « d’une porte » suivant l'expression d’Adamnan, ou même d’un portique selon Nicolas de Poggibonsi. Remarquons cependant, que cette ouverture, loin de changer son caractère primordial, lui a rendu, au contraire, l'aspect qu’elle devait offrir au temps de Notre-Seigneur; car, aussi longtemps que le massif rocheux restait dégagé au nord-ouest et qu’on montait à la grotte, celle-ci recevait presque autant de lumière par son entrée, que par le soupirail creusé depuis.
Les géologues reconnaissent sans hésitation que la grotte de Gethsémani est naturelle, comme tant d’autres grottes qu’on rencontre au mont des Oliviers et sur les montagnes voisines, dont les couches supérieures sont de formation calcaire. Les géologues comptent six ou sept stratifications dans cette masse rocheuse. La couche la-plus profonde, d’un calcaire rouge et compact, est
it 1728,
appelée « mizzi inférieure », parce qu'elle fournit la pierre appelée par les Arabes « mizzi », c’est-à-dire, l'excellente. Puis vient un second banc de on à dix mètres d’épaisseur dont la pierre est appelée «malaky », la royale, belle roche blanche nuancée de rose qui se prête mieux que . toute autre à la création des hypogées, n'étant ni fendillée, ni caverneuse. Aussi, la plupart des sépulcres, surtout les plus beaux, qui sont disséminés autour de Jérusalem, sont-ils creusés dans cette roche (1). Dans la vallée de Josaphat, ce stratum est visible au village de Silouän, où il est criblé de tombes; il renferme aussi les quatre beaux monuments au bord du Cédron. Mais, au nord du tombeau d’Absalon, le malaky s’abaisse et disparaît de la surface du sol. On ne le rencontre plus qu’au fond de l’église de l’Assomption, où le sépulcre de la Vierge se trouve encore creusé dans cette pierre (2). Le stralum suivant, appelé « "1771 supérieur », forme une couche de vingt-deux à trente mètres d'épaisseur. La pierre qui en est extraite est nommée par les indigènes « mizrt hélu », l'excellente douce ou tendre, parce que, moins dure que le 71771 inférieur, elle se taille avec facilité et a la propriété de durcir à l'air (3). Le mizzi hélu
était moins recherché que le malaky pour l'excavation des hypogées, parce que sa masse est moins homogène et renferme dans son sein des dépôts de marne, de gypse et d'argile ou offre des fissures et des cavités vers sa surface. C’est dans ce banc qu'est creusé, d’un côté, la grotte du rocher sacré de la mosquée d'Omar, de l’autre celle de
(1) Le sépulcre de Notre-Seigneur est taillé dans cette masse.
(2) Blankenhorn, Geologie der nühere Umgebung von Jerusalem, Z. D. P. V., t. XXVIIL, Leipzig, 1905, p. 88-80.
GrG'est Fe ce banc qu'ont été extraits les blocs gigantesques de Penceinte du Temple. Pour faciliter leur transport, on les a taillés au
nord de la ville, dans les cavernes royales.
Gethsémani (1). Celle-ci formait à l’origine une poche de marne crétacée ou d’autres dépôts de roches solubles. Ces dépôts ont été partiellement entraînés au dehors par les eaux, qui, notamment pendant l'époque pluviale, filtrèrent à travers la voûte et en furent saturées. Le creux du rocher une fois découvert, l’homme n'avait plus qu'à enlever les dépôts friables qui restaient encore, pour l’accommoder à ses besoins (2).
Personne ne doute que toute la partie nord-est de la grotte ne soit très antique; mais on peut se demander s’il en est de même de la partie sud-ouest située derrière les trois piliers rocheux. Les anciens pèlerins ne nous ont laissé aucune description de l’intérieur du sanctuaire; ils ne songeaient qu’à intéresser le lecteur à la sainteté du lieu. Ce n’est que vers le xv° siècle qu’on commence à mentionner les piliers. Il ne faudrait, toutefois, pas en conclure, comme certains écrivains l'ont fait en pareil cas, qu’ils étaient inconnus jusqu'alors, c’est-à-dire qu'ils n’existaient pas auparavant. Nous trouverons, d'autres preuves à faire valoir en faveur de leur âge bien respectable. Vers 1400, l’archimandrite Grethénios décrit la grotte en ces termes : « Elle a six sagènes de longueur sur quatre de largeur et est taillée, ainsi que trois colonnes, dans la montagne (3). « Zuallart (4), Alcarotti (5), de Villamont (6), Cotovic (7), Martin Seusenius (8), Boucher (0)
(1) Blankenhorn, op. cit., p. 05:100.
(2) Au-dessus de ces trois bancs viennent des couches de pierre friable ou spongieuse, dont il est inutile de parler ici.
(3) Voir ci-dessus, p. 246.
(AMOp Ace per 42.
(5) Op. cit., p. 106.
(6) Les voyages du seigneur de Villamont, Lyon, 1607, p. 267. (TN OPAMET MDI 20 (8) Reise in das h, Land, F. D. P. V., t. XXIV, Leipzig, 1903, p. 31. (0) Op tp 252
et Thévenot(1) parlent de quatre piliers, tandis que Brémond (2), Quaresmius (3), Michel Nau (4) et Dapper (5) ne font mention que de trois. Ces derniers font généralement ressortir, comme Grethénios, que leurs piliers étaient de grosses colonnes rocheuses, tandis que : les premiers y comprennent aussi le petit pilier en maconnerie élevé vers le midi(6).
Derrière ces piliers, le plafond porte de nombreuses traces de stuc d’une décoration identique à celle du centre de la grotte. Ce sont des cercles d'environ 34 centimètres de diamètre, formés d’une bande en couleur rouge, large de trois centimètres et encadrés de côté et d’autre d’un gros filet noir. Au ss me centre est peint un disque de cinq centimè- "11e la Grotte. tres de diamètre, autour duquel sont disposés huit rayons en forme d'étoile ou de rose; disque et rayons sont également peints en rouge et bordés de noir.
Cette décoration, qui est de même style que celle des parois latérales, ramène l'existence des trois gros piliers ‘au moins au xrr° siècle. Maisils sont plus anciens encore;
) Voyage au Levant (1658), t. II, Amsterdam, 1727, p. 583. ODNCT- DD 20 OPA CE Mpe22458b ) Voyage nouveau de la T°. S., Paris, 1757, p. 247. ) Beschryving van Syrie en Palestine, Amsterdam, 1677, p. 311. (6) Dominique Laffi ( Viaggio al Sepolcro, Bologne, 1683, p. 197) et Antoine dez Castillo ( Viage di Terra S., p. 170) parlent de cinq piliers, lis auront été induits en erreur par Zuallart qui, tout en parlant de quatre piliers dans le texte, a dessiné l’intérieur de la grotte avec une belle file courbe de cinq piliers carrés, reliés entre eux par des arceaux en plein cintre d’une régularité parfaite. Ce dessin fantastique a été reproduit dans plusieurs ouvrages de l’époque. — Par contre, Eugène Roger (La Terre sainte, Paris, 1665, p. 120) et Pantaléon d'Aveiro (Op. cit., fol. 131, a) ne parlent que de deux colonnes, sans doute par défaut de mémoire.
car, sous le stuc orné de ces rosaces, on apercoit partout, derrière les piliers comme dans le grand compartiment nord-est, une autre couche de plâtre recouvert de peinture d’un caractère tout à fait différent; il est d'autant plus facile de s’en assurer, qu’on peut toucher le plafond de la main presque partout. Ce plafond a donc été revêtu de peintures une première fois avant l’époque des Croisades, ce qui nous ramène à l'époque antérieure au passage des Perses et à la conquête de la Palestine par les Arabes. Derrière les colonnes, le plafond ne s’élève, en général, que de 1",85 à 2 mètres au-dessus du sol, tandis que la partie nord-est de la grotte est partout plus haute et s'élève jusqu’à 3",30. De plus, la voûte latérale, basse.et presque horizontale, est manifestement une croûte géologique. Légèrement inclinée vers la vallée, elle s'appuie, d’un côté sur les trois piliers, de l’autre côté, à peu près à angle droit sur les parois latérales. On n’y constate nulle part la régularité des surfaces ou des lignes qu'on observe dans les cavernes creusées ou élargies artificiellement avec le pic pour les transformer en sépulcres ou en habitations. Ici aussi il devait y avoir à l'origine une poche de roches tendres et friables, faisant corps avec les dépôts voisins.
* Après cette constatation, deux questions se posent tout naturellement à l’esprit : Les premiers propriétaires de la grotte, qui, peut-être, pendant des siècles en ont fait leur demeure, où au moins ceux qui plus tard y ont installé un pressoir d’huile, n’auraient-ils jamais été tentés d'élargir le souterrain au sud et à l’ouest, quand cela leur eût coûté si peu de travail? Si, au contraire, on voulait attribuer cette dernière excavation aux chrétiens qui ont fait de cette grotte une chapelle, on se trouve en face d’un nouveau problème. S'ils l'avaient agrandie pour
‘en faire un oratoire plus spacieux et l’accommoder aux exigences de la liturgie, ne lui auraient-ils pas imprimé le cachet d’un oratoire chrétien, en lui donnant les dispositions d’une petite église, plutôt que de la réduire en caverne plus informe qu'auparavant? Dans le compartiment principal, ils ont respecté ses moindres détails avec un scrupule tel, que même pour la couvrir de peintures, ils n’ont pas osé dégauchir les murs, dresser les bosses trop saillantes, rectifier les lignes trop capricieuses, ou aplanir les rochers suspendus à la voûte comme des stalactites menaçants, et ces mêmes chrétiens se seraient permis d’en changer complètement la physionomie d’une manière si peu esthétique, en creusant par-ci par-là des trous latéraux, remarquables par leur irrégularité ? Nous ne le pensons pas. Tout nous porte à croire que les chrétiens l’ont trouvée à peu près telle que nous la voyons aujourd’hui, sauf l’ouverture au plafond et la rectification des parois à l'extrémité orientale pour l'installation d’un autel. La paroi sud-est et celle du nord-ouest ont également été dressées à leur base, où l’on a ménagé une banquette basse pour servir de siège. Le gradin du nordouest a été régularisé avec du ciment dans lequel on a enfoncé des cubes de mosaïque blanche.
Rien ne s'oppose donc à admettre qu’à l’intérieur la grotte a conservé les formes et l'aspect qu’elle avait lorsqu'elle a été fréquentée par Notre-Seigneur.
C’est là ce qui donne à ce souterrain un charme indicible, et qui, sans doute, l’a rendu si précieux aux yeux des fidèles dès les premiers siècles. Ce n’est pas seulement un oratoire où le recueillement et le silence solennel du tombeau invitent l’âme à la prière et à la contemplation. Ce n’est pas seulement un sanctuaire consacré par le souvenir du Christ, comme tant d’autres Lieux
saints de la Palestine. Ici, le chrétien sent qu’il se meut dans la même enceinte où le divin Maître a vécu, qu’il a sous les yeux le même tableau qui a frappé ses regards, qu’il prie sous la voûte qui a si souvent tressailli à sa voix, et qu’il peut coller ses lèvres sur la roche qui a dû séntir mille fois son contact. à L'on ne peut que se réjouir de ce que les anciens n'aient point songé à lambrisser la grotte de marbres précieux, comme ils l'ont fait pour d’autres sanctuaires, et il est très heureux de ce qu'ils se soient contentés de revêtir les parois rustiques de stuc peint, pour les embellir et, peut-être aussi, pour les dérober à l'indiscrétion des pèlerins. L'eau qui emplissait le souterrain à l’occasion des grandes averses
et qui a bien souvent
nmnmmé saturé l’air d'humidité, des bergers qui y ont
longtemps parqué leurs troupeaux, ont fait disparaître la couche de plâtre qui cachait le rocher, et n’en ont laissé subsister que des traces. Au haut des parois, à la naissance de la voûte, on remarque encore une bordure monochrome de huit à dix centimètres de largeur, divisée en arcatures. Dans chaque compartiment sont tracées à mi-hauteur deux barres verticales. Dans l'angle nordouest, sous une espèce d’arc taillé dans le roc, on voit en deux endroits, au-dessous de la bordure, les extrémités d'arbres, dont l’un se développe comme un olivier. Ils sont peints en couleur très foncée, noirâtre, toujours sur fond jaune clair comme les autres dessins. Sur le stuc, qui n'est resté attaché aux parois qu’à la partie supérieure, on ne découvre pas d’autres couleurs. Les murs représentaient donc des paysages, et peut-être même des
Fig. 16. — Décoration de la Grotte, bordure. ©t AUSSI le vandalisme
ri
sujets historiques; mais ces peintures semblent avoir été exécutées en camaïeu, ou n'étaient que monochromes comme la bordure. Ce n’est que dans la voûte, au-dessus du maitre-autel, qu’on distingue les plis d’une étoffe rouge et dés traces d’autres teintes. Là aussi, vers le midi, apparaissent sous la couche peinte au xu° siècle, de larges bandes rouges sur fohd bleu foncé, travail qui doît remonter au vi* siècle. La voûte centrale est trop noircie par la fumée des lampes qui y brûlent nuit et jour, pour qu'il soit permis de se rendre compte de son ancienne décoration, sans un nettoyage préalable.
Plusieurs pèlerins mentionnent les peintures de la grotte de Gethsémani. En 1165, Jean de Wurzbourg, parlant « des disciples tristes et somnolents que le Seigneur vint de rejoindre (1) », ajoute : « Cela y est encore représenté par une peinture (2). » Basile Posniakov, vers 1561, dit que les murs de cette grotte « étaient couverts de peintures, et une image du Sauveur est peinte au-dessus de l’entrée (3) ». Au-dessus de l'entrée immédiate de la grotte, la paroi offre une surface assez grande pour recevoir une telle image en buste ou à mi-corps. Mais depuis longtemps tout est badigeonné à la chaux. Doubdan et Quaresmius rappellent aussi les peintures de la grotte, sans nous apprendre rien de nouveau. Eugène Roger en parle d’une manière plus intéressante : « Il se voit à la voûte de cette grotte, dit-il, de grandes étoiles et autres peintures confuses qui représentent ce mystère [l’ago-
(1) Ce tableau pouvait fort bien représenter Notre-Seigneur réveillant les onze apôtres à l'approche de Judas.
(2) Op. cit., p. 137. — T. Tobler (Die Siloahquelle, p. 218) écrit : « De fait, au plafond vers le sud, existent des fresques très reconnaissables, mais énigmatiques et indéchiffrables, comme on en rencontre dans les chapelles rupestres de l'Hinnom., »
(3) Op. cit., p. 330.
nie?] (1). » Ces paroles font entendre qu’au xvir° siècle on y voyait encore les traces de PACE sujets historiques.
En débarrassant la grotte des détritus que les eaux de pluie y avaient entraînés, Marien de Maléo mit à découvert le sol pavé de dalles « dont quelques-unes provenaient de sépulcres chrétiens, dit-il, comme l’indiquent les épitaphes (2) ». « C’est regrettable, dit Tobler à ce sujet, qu'il nait pas copié ces inscriptions, qui nous auraient peut-être appris où reposent les ossements de quelques célèbres seigneurs de l'Occident, restés en Terre sainte au temps des croisades (3). » Disons d’abord que Tobler a eu tort de s'imaginer que le Père Custode a trouvé ces dalles funéraires « près de l’entrée de la grotte », et qu’elles portaient « des inscriptions latines (4) ». Marien de Maléo parle du sol de la grotte elle-même, et ne dit pas en quelle langue étaient gravées ces épitaphes. Il n’a probablement mis au jour que des fragments de. pierres tombales, comme on en a retrouvé deux dans le dallage de l’église de Saint-Sauveur ou de l’Agonie; car, si elles avaient été entières, il aurait supposé, comme c'eût été naturel, qu’elles recouvraient les cendres de personnes ensevelies en ce lieu, et n'aurait pas dit que « quelques-unes provenaient de sépulcres chrétiens, comme l’indiquent les inscriptions ». Comme M. Clermont-Ganneau en fait la remarque (5), ce religieux avait un esprit d'observation remarquable, jusqu’à noter dans son ouvrage les sigles lapidaires ou
ROPACHNp:eT20;.
MOPACHS At pa.
) Die Siloahquelle, p. 214-215.
) Op. cit., loc. cit.
(5) Archaeological Researches, t. I, Londres, 1899, p. 6-7.
marques de tâcheron qu’il a rencontrées sur les pierres de la basilique du Saint-Sépulcre, bien qu’il ne pût pas en deviner le sens. S’il parle d’épitaphes chrétiennes sans
les reproduire au moins sommairement, on doit supposer
qu’elles étaient trop mutilées, ou bien qu’elles étaient
écrites en langue qui lui était étrangère et qu’il ne recon-
nut leur caractère chrétien que par quelque symbole qui accompagnait les inscriptions.
La grotte renfermait bien quelques tombes; mais celles-ci ne se trouvaient pas sous le dallage. Zuallart en 1566 (1) et Aquilant Rocchetta en 1599 (2), qui ont dû trouver le sol de la grotte couvert d’une couche de
terre (3), disent l’un et l’autre qu’on y voyait « trois
sépulcres grossièrement taillés dans le roc, derrière les piliers ». Ces trois sépulcres, en maçonnerie, furent effectivement retrouvés au ras du sol dans une anfractuosité du rocher, lorsqu’en 1909 on fouilla la paroi méridionale, à la recherche de la prétendue ouverture de Jacques
Goujon (4).
Le dallage a été renouvelé au commencement du
ÉAAODACIES Cp PA
(2) Op. cit., p. 164.
(3) En 1552, Pantaléon d'Aveiro dit de cette grotte : « À terre, il y a du gravier battu. » (Op. cit., fol. 131, a).
(4) Les débris de grands chandeliers en albâtre et d’autres objets de sacristie trouvés dans la même anfractuosité, indiquent que ce lieu a déjà été fouillé au siècle passé. L’enfoncement a été fermé avec du mortier à une hauteur de 1",50 au-dessus du sol, et jusqu’en ces derniers temps, beaucoup de visiteurs ont cru que c'était là l’ancienne entrée murée. — Cette maçonnerie, le nouveau dallage, et les autels actuels doivent être l’œuvre du P. Vite, qu’on louait au temps de Martin Scholtz (1821) (Reise in... Palaestina, Syrien.… Leipzig, 1822, p. 2706, cité par Tobler, op. cif., p. 220), comme un vénérable religieux, qui s’est donné beaucoup de peine pour décorer cette chapelle souterraine, C'est, peut-être, le même religieux qui a orné la grotte de cinq peintures sur des plaques de cuivre découpées, représentant Jésus, l’ange avec le calice et les trois apôtres endormis.
siècle dernier; mais quelques spécimens du pavé du xt siècle y subsistent encore. Derrière le gros pilier, par exemple, vers l’occident, on voit, quelques petites
dalles de marbre, dont deux côtés sont taillés en lignes
droites et les deux autres en lignes courbes. Elles sont espacées l’une de l’autre d’une dizaine de centimètres, et les intervalles sont remplis de gros cubes de mosaïque, enfoncés dans le ciment sans régularité. Ce travail est identique à celui du pavé découvert dans les ruines de l’église de Saint-Sauveur (1).
Avec le xv° siècle, les pèlerins commencent à montrer aussi l'endroit où apparut le messager céleste pendant la prière du Sauveur. Marien de Sienne (1431) (2), Henri le Pieux, duc de Saxe (1498) (4), Jean, comte de Solms (3), Melchior de Sedlitz (1556-1559) (5) et Pierre Fassbender (1406) (6) l’indiquent sur une pierre ou un rocher qu'on y voyait au midi, c’est-à-dire, en face de la pierre de l’agonie, située sous l’épigraphe. Félix Fabri dit que cette pierre fut très dure (7); mais pour Zuallart ce fut « une colonne renversée à terre (8) », et pour Nicolas de Radzivil « une colonne taillée dans le roc, à quatre coudées de l'autel (9) » qui s'élevait à
(1) La construction de l’ancien pavé et la simplicité de la décoration de la grotte constituent deux nouvelles preuves qu’elle n’a pas été restaurée par la munificence des croisés ou des moines latins, mais plutôt par les chrétiens indigènes, les Syriens.
2) Op C1L. pass
3) Die Jerusalemfahrt, dans Z. D. P. V., t. XXIV, Leipzig, 1901, Pi 16, 4) Op. cit., éd. Feyrabend, op. cit., fol. Gr.
5) Op. cit., éd. Feyrabend, op. cit., fol. 254.
6) Deutsche Pilgerfahrten, éd. Rohricht und Meisner, Berlin, 1880, CPE
TN OP SCIE MEURp 710:
8) Op. cit., p. 145.
(9) Op. cit, p. 6x.
l'Orient. La place de l’ange fut ensuite montrée d’un autre côté. Douze ans plus tard (1599), Cotovic nous apprend que « lautel de l’ange servait quelquefois à dire la messe (1) ». Cet autel se trouvait au nord de la grotte; car Michel Nau dit expressément : « Il y a deux autels pratiqués dans la roche même; l’un est tourné à l'Orient, et l’autre au Septentrion (2). » En 1667, le voyageur Jean Benedetti écrit de même : « Près de là, on voit la grotte où Notre-Seigneur pria une seconde fois et sua du sang, et dans la même grotte, à main gauche, se trouve l’autel, à l'endroit où l’ange apparut au Christ, avec le calice (3). » Il existe encore un petit autel appuyé contre la paroi septentrionale de la caverne, mais il n’est plus dédié à l’ange consolateur. Il est dressé devant une niche très grossièrement creusée dans le roc. Celle-ci a la forme d’une gueule de four de 1,80 de longueur, de 0,85 de hauteur et de 0",70 de profondeur (4). Il est vraisemblable qu’à l’origine il y eut là l’enfoncement destiné au levier du pressoir. Peu à peu, la niche aura été élargie par les pèlerins, qui y trouvèrent une mine facile à exploiter pour emporter des éclats de pierre comme précieux souvenirs de la grotte de Gethsémani. à
Ludolphe de Sudheim (1336) raconte déjà que cette vénérable grotte était convertie en étable dans laquelle des bergers musulmans renfermaient leurs troupeaux. En 1392, Gérard Chauvet d'Aquitaine obtint du sultan
(1) Op. cit., p. 291.
(2) Op. cit., p. 248.
(3) Ragguaglio di Terra santa, éd. P. Marcellin, Le Missiont franc. t. II, Florence, 1897, p. 170.
(4) C'est ici que dans ces derniers temps on a cherché le débouché du prétendu passage souterrain de Jacques Goujon, entre l’église de l’'Assomption et la grotte. La niche est loin d’être un tunnel.
d'Éovote, entre autres faveurs, l’autorisation, pour les Sypte, , ls
Latins exclusivement, d’y célébrer les divins offices.
Mais elle resta, comme auparavant, un lieu public ouvert à tout le monde et exposé à toutes les profanations (1). |
Les avanies que des rustres ne cessèrent d’y commettre, n’ont, cependant, jamais ni rebuté, ni découragé les disciples de saint François: Forts de leur droit, ils la visitaient souvent avec leurs ouailles et avec les pèlerins, pour y prier, et plusieurs fois pendant l’année, selon les circonstances, ils y célébraient la messe. En 1627" François de Secli "OEM dite cs Tousles vendredis, les Frères Mineurs y viennent dire la messe sur un autel en pierres rustiques, apportant avec eux tout ce qu’il leur faut, parce que chaque fois les Maures détruisent tout (2). » Plus tard (1667), Jean Benedetti parle de la messe quotidienne : « Chaque jour, dit-il, les Pères de saint François y vont célébrer des messes et chanter des hymnes et des psaumes (3). » Cela a eu lieu pendant son séjour à Jérusalem, mais non en tout
temps. Quaresmius, Eugène Roger, Doubdan, Gabriel:
Brémond, Dominique Laffi et d’autres racontent avec douleur combien il était difficile de célébrer le divin sacrifice en ce lieu, où des pasteurs à demi-sauvages étaient autorisés à parquer leurs chèvres et leurs moutons
pendant la pluie ou les grandes chaleurs du jour, et où
chacun pouvait se livrer à son aise à toutes sortes de déprédations.
Mais même dans les circonstances les plus critiques,
(1) P. J. Golubovich, Serie cronol. de: Superiori di T. S. — Santuari, p. 250.
(2) Viaggio di Gerusalemme, Lecce, 1630, p. 141.
(3) Op: cit id, "bid;"p: 170:
les franciscains se rendaient avec les fidèles à Gethsémani la nuit du Jeudi saint pour chanter la Passion dans la grotte (1). Boniface de Raguse, deux fois Custode de Terre sainte au milieu du xvi siècle, fait une description touchante du pèlerinage du Jeudi saint au fond de la vallée de Josaphat. Le soir, moines et fidèles y descendaient pieds-nus, et récitaient ou chantaient dans la sainte grotte les psaumes pénitentiaux, suivis de la discipline. Ils visitaient ensuite les divers lieux mémorables du jardin, passant la nuit à prier, à méditer et à entendre la parole de Dieu. A laube du jour, on montait à Sion, à la maison d'Anne et à celle de Caïphe. Puis, on se rendait au Prétoire de Pilate, et de là, au Calvaire (2). PERS
Plus tard, les religieux, retenus du Jeudi au Vendredi saint dans la basilique du Saint-Sépulcre par l’adoration du Très saint Sacrement, célébraient solennellement la messe dans la grotte de Gethsémani le mercredi de la Semaine sainte, comme cela se pratique encore aujourd’hui.
Si quelques rustres se permettaient de profaner la grotte, des musulmans, moins sauvages, savaient la respecter, comme nous l’apprend Ferdinand de Troilo, en 1666, par cette notice : « Les chrétiens orientaux, et même les Turcs, n’y entrent qu’en laissant leurs babouches à la porte (3). » Mais l'autorité civile restait indifférente. Nous avons déjà vu que Marien de Maléo n’osa pas mettre le pavement à découvert, de peur que les dalles ne disparussent aussitôt. Michel Nau, parlant
(1) François Suriano (1485), 1 trattato di T!. S., éd. P. J. Golubovich,
Milan, 1900, p. 102.
(2) Liber de perenni cultu T. S., (1552). Venise, 1875, p. 35-37. (3) Orient. Reise Beschreibung, Dresde, 1676, p. 252.
de la pierre qui, d’après Marin Sanudo, dit-il, portait les empreintes des genoux et des mains de Notre- Seigneur, ajoute : « Cela ne paroist plus : le bas de la grotte est couvert de terre, et je ne sçay si on oseroit l'enlever, pour l’en nettoyer et rechercher la vérité de ce miracle. On ne l’oseroit pas sans la permission du Turc, et il n’accorde ces sortes de permissions qu'avec de grandes difficultés et forcé par de grosses sommes d'argent, ausquelles seules il se laisse vaincre (1). » Il en était ainsi au xvi‘siècle encore, comme nous le savons par le P. Marcel Ladoire, Vicaire custodial. « Cette grotte, écrit-il, est grande, mais mal tenue et malpropre, parce que nous ne pouvons pas empêcher les Turcs et les Arabes d’y entrer et d’y faire entrer les bestiaux (2). »
En 1757, l'autorité civile, menée par les intrigues des Grecs, enleva définitivement aux Latins leur autel du tombeau de la Vierge, et, par ce moyen, toute possibilité d'exercer des fonctions religieuses dans cette église.
Pendant la grande Révolution en France, on mit tout en mouvement pour faire enlever aux Franciscains leurs droits sur la grotte de Gethsémani. En 1802, par l’entremise du général Brune, ambassadeur de France à Constantinople, le sultan octroya aux Franciscains un firman qui leur reconnaît la pleine et entière propriété de la grotte (3). Leur persévérance à maintenir ce sanctuaire au culte catholique, malgré les avanies et les humiliations essuyées pendant quatre siècles, fut ainsi finalement couronnée d’un plein succès. Ils purent dès lors fermer
(rhOPACT Sp (2)-OpNcit-1p.#05 (5) P. Léon Patrem, Tableau synop. de l'ordre séraphique, an. 1802.
-. 5 HÉTERPRRTRE ER 4 5 AR 2i: ; at
la porte à clé, garnir le sanctuaire d’autels et y entretenir jour et nuit des lampes.
L’unique modification que la grotte a subie depuis consiste dans les deux piliers carrés reliés entre eux par un petit arceau, qu'on a dû construire entre l'entrée et le soupirail pour consolider la voûte, après la construction du mur de clôture du jardin au-dessus de la grotte (1). À l’orient, on éleva un beau maître-autel, et, comme lors des grands pèlerinages tous les prêtres désirent célébrer la messe dans cet auguste sanctuaire, on y a dressé deux, puis trois petits autels latéraux. Ceux-ci, composés de simples panneaux en bois peint, sont provisoires (depuis trop longtemps déjà), et demandent à être remplacés par de petits autels en marbre, de style simple, mais correct, qui répondraient davantage à la sainteté du lieu, et résisteraient mieux à l’humidité. A droite de la balustrade du maître-autel, un troncon de colonne sert à marquer la place de l’ange consolateur. Tout auprès on a fixé sur le rocher, vers la fin du siècle dernier, une belle dalle de marbre noir portant en lettres dorées le texte de saint Luc, xxr1, 44. Au midi, derrière les piliers, quelques vieux meubles disparates représentent la sacristie et sa décharge!
En 1675 déjà, les Pères franciscains avaient acheté le beau champ d'oliviers qui s'étend par-dessus la grotte, sur une superficie d’environ vingt-cinq ares. Au commencement du siècle passé, ils l’ont entouré d’un mur de clôture, pour le préserver des envahissements et des déprédations. Puis ils firent paver la plate-forme du souterrain et la bordèrent également d’un petit mur
(1) On devrait songer, cependant, à débarrasser la grotte de ces deux encombrants piliers, après avoir déchargé ce point de la voûte du poids du mur de clôture, opération très facile aujourd’hui.
(marqué au pointillé sur le plan de Gethsémani, fig. 5), pour empêcher l’infiltration des eaux de pluie, surtout en temps de grosses averses.
Tels sont les principaux traits de l’histoire de la grotte de Gethsémani, que les chrétiens de tous les rites visitent
et vénèrent, à juste titre, comme un des premiers sanc-
tuaires du monde.