PRÉFACE, XI
indiquèrent le lieu de la trahison et celui de la capture du Christ dans intérieur de la grotte de Gethsémani, sans doute, parce que celle-ci avait été convertie en oratoire et qu’on y allait prier en mémoire de ces événements.
Puis au xn° siècle, après la longue période d’oppression sous laquelle avait gémi l'Église de Jérusalem, nous trouvons des faits mémorables presque tombés dans l'oubli. D’autres ont été plus ou moins altérés par des interprétations exégétiques qui n'étaient pas toujours heureuses. Ainsi, par exemple, croyant que Judas s'était approché de Jésus pendant que celui-ci « parlait encore (1) » aux trois disciples privilégiés, ils transposèrent le lieu de leur repos du voisinage de l’église de la Prière ou de l’Agonie, dans la grotte, prise pour le théâtre de la trahison de Judas.
Vers le milieu du xiv° siècle, les Latins furent amenés par une série de circonstances bizarres à transposer le mystère de l’agonie du Seigneur dans la grotte de Gethsémani. Pendant deux siècles, ils reconnurent, cependant, que Jésus avait fait la première, et même la seconde supplication à son Père à l’emplacement de l’ancienne église dans le jardin; mais ils se laissèrent persuader que l'agonie a eu son dénouement dans la grotte par la mystérieuse sueur de sang. En conséquence, ils localisèrent de nouveau le repos des trois disciples au traditionnel Rocher des Apôtres près des ruines de l’église de l'Agonie. Seulement, en vertu de l'interprétation donnée aux paroles de Maith., xxvi, 47 mentionnée ci-dessus, ils crurent aussi que la trahison de Judas et l'arrestation du Christ ont dû avoir lieu près du rocher où les trois disciples avaient sommeillé.
(1) Matth, xxvI, 47.
Peu à peu, les Latins perdirent complètement de vue les vestiges de l’église qui marquait le lieu où Jésus avait prié, et ils finirent par concentrer dans le souterrain les trois supplications de Notre-Seigneur. Comme on ignorait alors la plupart des témoignages des anciens pèlerins, l'esprit le plus studieux et le plus perspicace n’a pu réussir à démêler le vrai du faux, et à distinguer les enseignements de la tradition, des opinions récentes fondées sur des interprétations personnelles du texte de l’un ou de l’autre Evangile. Tout effort de concilier les opinions alors courantes avec le texte sacré ou avec quel-. que rare document du 1v° siècle, n’a fait qu’augmenter la confusion.
Hâtons-nous de dire que, malgré tout, l'antique tradition est sortie indemne de ce conflit. Les chrétiens des rites orientaux n’ont jamais cessé jusqu’aujourd’hui de commémorer l’agonie du Sauveur à sa place traditionnelle, c'est-à-dire sur le bord méridional du jardin actuel de Gethsémani. C’est là, en effet, que les Pères Franciscains ont mis au jour les vestiges de l’église de Saint- Sauveur, ou de lPAgonie, du xrr° siècle, qui avait remplacé celle de la suprême Prière du Christ, dont parlent déjà sainte Silvie d'Aquitaine et saint Jérôme.
De plus, les relations des anciens pèlerins et d’autres documents publiés en ces derniers temps nous apprennent également que c'est au même endroit que les Latins vénérèrent invariablement le lieu de l’agonie de Jésus, depuis le iv° siècle jusqu’à la seconde moitié du xrv°, comme A. de Noroff(i)}, Victor Guérin (2) et d’autres palestinologues l’ont signalé depuis longtemps. Fe
(1) Pèlerinage de l'isoumène russe Daniel, Saint-Pétersbourg, 1864, p. 38-40, en notes.
(2) Jérusalem, Paris, 1889, p. 290.