‹ GethsémaniChapitre 5 sur 33 · PRÉFACE. | XIII · texte numérisé non relu

PRÉFACE. | XIII

Nous-même, nous avons cru devoir appeler l’attention, à l’occasion, sur la perturbation que la transposition du lieu de l’Agonie, du sud de Gethsémani à la grotte qui se trouve au nord, a produite, depuis quatre siècles et demi, dans la distribution topographique des Lieux saints de Gethsémani. Nous avons essayé de mettre au point cette délicate question, notamment dans notre Guide, nécessairement d'une manière très sommaire (1). k

Nous n'ignorons pas qu'il n'est point aisé d’avoir raison de certains préjugés invétérés et caressés par Pamour-propre. Mais dans quel but étendrait-on le s{atu quo sur les erreurs qui se sont glissées dans l’histoire des Lieux saints à une époque relativement récente? Pourquoi ces erreurs, nées par une opération inconsciente ou irréfléchie, devraient-elles continuer à prévaloir sur les témoignages des écrivains qui ont recueilli la tradition orale au 1iv° et au v° siècle? Que peut-on bien redouter?

Dans son traité sur la critique historique dans la vie des saints, le Bollandiste P. H. Delehaye dit avec àpropos : « Aider à reconnaître les matériaux de qualité inférieure, ce n’est pas nier qu’il y en a d’excellents; c'est sauver la moisson que de signaler l’ivraie qui s’est mêlée au bon grain{2). » Cette opération de sarclage

(1) Nouveau Guide de Terre sainte, Paris, 1907, p. 157-158. — Déjà en 1904, le R. P. Lagrange a pu faire cette réflexion (Revue biblique 1904, p. 446) : « Le R. P. Barnabé d’Alsace peut, sans offenser ses confrères, soutenir que le lieu de l’agonie du Sauveur n’est pas dans la grotte de Gethsémani. » C’est très juste. Nos ouvrages, d’ailleurs, n’ont été publiés qu’après avoir été soumis à un sérieux examen et approuvés par le Re Père Custode. Le Nouveau Guide de Terre sainte (p.1v), en particulier, a été honoré d’un « Décret » des plus flatteurs par le R"° P. Robert Razzoli.

(2) Les légendes hagiographiques, Bruxelles, 1905, p. 1x.

débarrassera le jardin de Gethsémani des ronces qui l'ont envahi et qui le défigurent. |

Déclarer intangibles « les traditions vivantes de la Terre sainte, » et condamner a priori toute étude relative aux Lieux saints, serait méconnaître les intérêts les plus sacrés des sanctuaires de la Palestine, et indiquerait l'absence de toute notion sur la valeur des traditions populaires et historiques, ou bien, cé qui serait pire, ce serait confondre la tradition apostolique, règle de foi pour tout chrétien, avec la tradition purement de foi humaine, sujette aux fluctuations, comme tout fait historique.

La vérité n’a jamais à craindre la lumière, et la piété n’a rien à perdre par les rectifications qui s'imposent. Les pèlerins ne visiteront le jardin de Gethsémani qu'avec plus de confiance et n’y prieront qu'avec plus d'amour, d’autant plus que, si la grotte de Gethsémani n’a pas abrité le divin Sauveur durant son agonie, elle est devenue assez sainte et assez glorieuse par d’autres événements, pour rester à Jamais un des premiers sanctuaires de la Terre sainte.

Comme, d’un côté, l'authenticité du Gethsémani actuel a été révoquée en doute, et même rejetée, par des écrivains, que l’agonie au fond d’une grotte a, peut-être, déroutés, et comme on n’a jamais exposé méthodiquement l’histoire des variations qui se rencontrent dans les récits des pèlerins depuis une certaine époque, ni déterminé leur origine, nous nous sommes proposé de reprendre la question de Gethsémani, sous toutes ses formes. Notre butest d’arriver à la vérité par un examen diligent et objectif de toutes les difficultés qu’elle offre, faisant appel à toutes les sources d’informations que nous avons pu atteindre, et que l’érudition a mis de nos jours à la disposition des travailleurs.

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