‹ GeulincxChapitre 14 sur 39 · IS · texte numérisé non relu

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ne sont pas en elles-mêmes ce qu'elles nous paraissent être. Mais il ne suffit pas de connaître les choses telles qu'elles sont indépendamment des formes de la sensibilité, il faut encore voir ce qu'elles sont en dehors des formes de l'intelligence. Après avoir examiné ces formes de la sensibilité et de l'intelligence, nous sommes forcés d'avouer que nous ne pouvons, d'aucune façon, connaître les choses en elles-mêmes. Tel est bien le point de vue du criticisme, auquel aboutit finalement le cartésianisme après une longue évolution. Ainsi, d'un bond, Geulincx se rapproche de Kant plus qu'aucun autre cartésien.

Descartes avait voulu connaître les choses indépendamment de l'expérience sensible. Geulincx, en soumettant les formes de la pensée à un examen rigoureux, est allé beaucoup plus loin que son maître. Mais il ne voit pas qu'il continue ici l'idée cartésienne. « C'est quelque chose de divin », qui nous avertit sans cesse que les choses ne sont pas telles que nous les représentent les sens et l'intelligence!

Que si nous passons maintenant à l'éthique, nous remarquons que Geulincx, comme plus tard Kant, attache la plus grande importance à sa philosophie pratique, qui est pour lui le couronnement de l'édifice philosophique. L'éthique est la véritable patrie de la raison; c'est là que la raison commande d'une manière absolue, tandis qu'ailleurs elle se borne « à montrer, à exposer ». Or, celui qui est arrivé là n'habite plus le monde que par ses sens; dans sa raison, il est au-dessus du monde et près de Dieu ('). On peut encore relever ici le caractère rigoriste et élevé de la morale de Geulincx. Pour lui, comme pour le philosophe de Kônigsberg, le devoir a une valeur absolue, le devoir ne saurait être un moyen : il a en lui-même sa fin.

(i) Voir plus haut, p. io8.

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