CHAPITRE III
Le monde extérieur et le inonde des apparences.
Sqmmaire. — Le monde connu par notre intelligence. — Le monde connu par les sens. — La vraie physique.
A. — Partie générale de la ^physique.
I. La première idée que nous avons du monde extérieur est celle d'étendue. — L'étendue est « infinie. » — Le vide est impossible. — Dieu même ne pourrait produire le vide. — L'espace. — Le corps en soi, corps simple ou universel. — Le corps simple n'est pas un tout. — Il est indivisible. — IL Idée du corps particulier, mode du corps simple. — Tendance spinoziste. — Les trois dimensions. — Notions de superficie, de ligne et de point. — III. Ordre logique de ces idées. — L'abstraction chez Geulincx. — IV. Divisibilité du corps particulier. — Le mouvement. — Il vient de Dijeu. — Le temps. — Pas de temps sans mouvement. — Dieu n'est pa dans le temps. — L'intelligence a précédé la matière et lui a prescrit des règles. — V. Nous ne connaissons ce monde que comme possible. ^ L'existence du monde in actu est prouvée par l'existence en nous des représentations sensibles. — Dieu n'a pu faire l'homme sans faire le monde. — Greulincx admet à regret l'existence de la matière.
B. — Partie spéciale.
I. Explication des phénomènes ; conciliation des sens et de la raison. — Rôle des hypothèses. — Conditions des hypothèses. — II. Les hypothèses physiques. — III. Application des hypothèses à l'explication des phénomènes. — Intérêt de ces hypothèses. — Autre espèce d'hypothèses. — Importance assignée au mouvement. — Physique purement mécanique.
^ Inspiciendo nostram conditionem simul etiam » facile discimus, quid sit mundus ille in quem a » pâtre nostro missi sumus. » Bth., p. 287.
L'étude de nous-mêmes nous conduit d'abord à la connaissance de Dieu, .ensuite à la connaissance du monde où notre Père divin nous a placés.
Ce monde, que nous appelons extérieur, n'est que rétendue en mouvement ('). Nous en avons l'idée indépendamment du témoignage des sens. Donc même privés de nos sens, nous poumons avoir une idée du monde tel qu'il est en lui-même « non comme existant mais comme possible », d'après les notions innées de notre intelligence (^).
Le ni onde extérieur est r« occasion » d'un autre monde, renfermé en nous-mêmes, qui se compose des apparences, des perceptions sensibles. — Comme celui-ci l'emporte en beauté sur le premier, et quel Dieu bon et sage il suppose ! Ici je vois l'éclat du soleil et les splendeurs du firmament étoile, je contemple l'azur du ciel, les nuages aux teintes blanches, la verdure des plantes, les mille couleurs des fleurs, j'entends le frémissement de la mer, le murmure de la brise, je sens le froid que produit le vent. Mais tout cela n'appartient pas au monde tel qu'il est en lui-même. C'est le domaine des sens (^). Or, les choses ne peuvent être telles qu'elles paraissent aux sens (^). Le témoignage des sens eux-mêmes le prouve. Quand j'ai reçu un coup de poing dans l'œil je vois des étincelles; les rayons d'une roue tournée avec rapidité paraissent réunis, le bâton plongé dans l'eau semble brisé!
Avant d'étudier les phénomènes, tels que le son, la lumière, la chaleur, « la vraie physique » (^) commencera
(i) Phys,, p. I. Met., p. 120. Eth„ p. 367. Corpus in motu.
(2) Met,, p. 126, note i.
(3) Verum omnia haec non spectare ad mundum ipsum ut in se est, sed ad eas quas ipse nobis imprimit perceptiones et sensus. Phys,, p. 2.
(4) Notandum res extra nos sub eadem specie non posse esse ut sensum afficiunt. Phys., pp. 120 et 3.
^5^ Physicavera, par opposition à Physica peripatetica, Met.perip,, p. 156.
donc par approfondir les idées relatives à l'étendue et au mouvement, que nous trouvons en nous. Qeulincx appelle cette partie de la physique : FragmentummetaphysiaeC). Aussi dans, les trois premiers traités de la Physica vera se bome-t-il à résumer les principes qu'il avait développés dans sa métaphysique, sous le titre de somatologie. Ce dernier terme, en effet, n'est pas entendu ici, dans son acception restreinte; il s'applique à l'étude du monde corporel tout entier (^).