‹ Ghiberti et son écoleChapitre 16 sur 105 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

collectionneurs florentins, commença de réunir les antiques sous son toit*, et, sauf quelques sarcophages romains et quelques médailles trouvées à Fiesole ou ailleurs, la ville n'ofFrait que peu de monuments de ce genre aux investigations des artistes. Le champ d'observation étant si restreint pour Ghiberti, Tinfluence de Tantique qui se montre dans son Isaac est d'autant plus remarquable, que cette influence, qui commençait à se faire jour de si bonne heure et qui fît plus tard de lui un des meilleurs connaisseurs et des plus fameux collectionneurs de son époque, ne Ta jamais poussé à traiter des sujets classiques, ni à travailler dans le style gréco-romain. Il y a là une énigme qu'il n'est pas facile de résoudre; et ce qui nous surprend encore davantage, c'est que l'antique n'ait pas eu assez de prise sur lui pour empêcher cette sorte de débauche pittoresque qui caractérise sa seconde manière; en effet, il semble y ignorer complètement cette délimitation naturelle de la sculpture, que les anciens ont toujours respectée avec un soin scrupuleux.

Dans sa première manière, telle qu'elle se montre dans le Sacrifice d* Abraham et dans les bas-reliefs de la première porte du Baptistère, Ghiberti est bien moins peintre-sculpteur que dans la seconde porte, faite après que la perspective linéaire, codifiée à l'usage des artistes par Brunelleschi, mit à sa disposition des ressources jusqu'alors inconnues. Constatons néanmoins que l'auteur des portes travailla en peintre, dès le début, autant qu'il le pouvait sans le secours de la perspective ; dans ses bas-reliefs il se servit en eflFet du paysage comme fond pour ses figures, et donna à celles-ci une légèreté et une plasticité particulières, en calculant les ombres portées comme un élément intégrant de l'effet à obtenir.

En 1402, lorsque Ghiberti modela le Sacrifice d'Abraham, il n'avait pu voir que des sculptures gothiques et quelques marbres, bronzes et pierres gravées antiques.

D'où a-t-il donc tiré les nouveautés qu'on observe dans son premier ouvrage, et qui se trouvent développées dans les bas-reliefs de sa première porte? Comment a-t-il pu créer de toutes pièces ce

I. Voir sa correspondance avec Leonardo Bruni, Epistolœ, tome I*% page 19; tome II, page 188.

i8 LORENZO GHIBERTI

Style si nouveau, si essentiellement moderne, dont on ne trouve le pendant en peinture que dans les fresques commencées au Carminé, vingt-cinq ans plus tard, par Masolino, alors que la première porte de Ghiberti ornait depuis longtemps déjà le portail du Baptistère?

Toutes les fois que Thistorien rencontre un maître tel que Ghiberti, se frayant ainsi une voie nouvelle, il peut être sûr que ce qui nous paraît absolument original dans son art a ses racines quelque part dans le passé, car il est certain que nulle invention, en philosophie ou en art, ne s'est jamais manifestée subitement, armée de pied en cap comme Minerve sortant de la tête de Jupiter. L'art de Ghiberti ne fait pas exception à cette loi, car le gland, qui grâce à lui se développa en chêne, était tombé sur le sol longtemps avant sa naissance; nous essaierons de le montrer dans le chapitre suivant.

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