‹ Ghiberti et son écoleChapitre 18 sur 105 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Vasarî rapporte que Ghibertî fit exécuter tout d'abord un grand châssis de bois, de la mesure nécessaire, et qu'il Torna de têtes et de

l'ÉVANGÉLISTE saint LUC.

(Baptistère de Florence.)

frises. Étant achevé, et le modèle complètement sec, il en fit la fonte en bronze, dans un local qu'il avait acheté dans ce but, en face de

Santa Maria Novella. Comme la fonte ne réussit pas, il le répéta une seconde fois, et avec succès. Après le cadre, il modela les bas-reliefs en cire, les coula en bronze, et, à mesure qu'ils sortaient de la fournaise, après une dernière révision, il les mit en place.

Cette analyse, par trop sommaire, ne donne qu'une faible idée du caractère et de l'importance du travail. Il faut se rappeler que le sculpteur qui a modelé en terre glaise une statue ou un bas-relief, destiné à être exécuté en marbre, peut calculer d'avance le résultat à obtenir. Tout ouvrier habile est capable de reproduire, en marbre, un modèle de plâtre en suivant les points de repère, et, quand il Ta suffisamment avancé, le sculpteur, revenant à son œuvre, peut l'achever à sa satisfaction. Ceux qui ont lu la description faite par Benvenuto Cellini de tout ce qu'il a souffert, à l'occasion de son Persée, savent que le sculpteur qui opère sur le bronze a infiniment plus de difficultés à vaincre que le sculpteur en marbre. La fonte à la cire perdue, encore en usage du temps de Cellini, demande de grandes précautions, et cause à l'artiste de vives appréhensions, même dans les circonstances les plus favorables. Si les matières composant le bronze ne sont pas dans la proportion voulue, le métal liquéfié par le feu ne coulera pas également, et Tespace d'abord occupé par la cire, étant mal rempli, ne sera pas reproduit dans toute son étendue. Il faut en outre considérer que, si les conduits n'ont pas été bien ménagés pour laisser échapper l'air au moment où le métal pénètre dans l'intérieur, le moule se brise et le modèle est détruit. Pour pouvoir subir le limage, la ciselure, le martelage et autres opérations que nécessite le modèle sorti de la fournaise, pour acquérir toute la beauté de surface dont il est susceptible, il faut que le bronze ait assez de résistance et de ténacité pour ne pas se briser sous le marteau, ou s'érailler sous le ciseau et la lime.

Les trois conditions essentielles pour assurer le plein succès de l'entreprise sont donc la ductilité, la résistance et la ténacité du bronze, qualités toutes subordonnées aux proportions des parties constitutives. Le reste dépend du jugement, de la patience et de l'habileté technique de l'opérateur.

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