CHAPITRE II
nature Tauxiliaire la plus sure pour Tentreprise ardue à laquelle ils se dévouèrent. Nicolas de Pise avait cherché ce guide dans Tart antique; son fils, Jean, Timita, mais, en même temps, il tenta d'exprimer les émotions de Tâme dans la physionomie et les attitudes. Dans les basreliefs de Nicolas, c'est-à-dire dans les chaires du Baptistère de Pise et de la cathédrale de Sienne, les personnages sont lourds, massifs et sans mouvement; dans ceux de Jean, dans les chaires de Pistoie et de la cathédrale de Pise, l'action pèche souvent par son extrême liberté, les visages trahissent les émotions avec une rare puissance, un courant de vie et de passion s'établit entre les acteurs du même drame.
C'est par les efforts faits pour exprimer les mouvements de Tâme que Jean de Pise est Tancêtre de Ghiberti, filiation qui se manifeste en dépit de son ignorance de Tanatomie et de son inexpérience technique.
A l'exception d'un bas-relief de Nicolas de Pise (la Déposition de croix) ^ du dôme de Lucques, on ne trouve pas d'exemple avant Jean de Pise de ce lien, de ce courant, entre les divers personnages, sans lesquels le mot de composition n a pas de raison d'être. Les bas-reliefs des premiers maîtres pisans nous montrent une suite de figures placées côte à côte, mais sans action commune, tandis que dans ceux de Jean et de son école, tels que les reliefs de la façade de la cathédrale d'Orvieto, les personnages concourent tous à Tactîon principale sous l'influence d'un sentiment commun. Dans les scènes de la Création, par exemple, les anges qui suivent les pas du Seigneur en témoins sympathiques et émus, pendant qu'il tire du néant les êtres divers, et aussi les anges groupés près de chaque scène de la Passion assistent au drame avec une évidente émotion. Ces bas-reliefs d'Orvieto, qui surpassent tout ce qui avait été fait précédemment en Italie, au point de vue de la conception comme à celui de la technique, sont plus pittoresques que plastiques. Les rochers, les arbres, les animaux de toute sorte, et jusqu'aux personnages mouvementés qui y abondent, font tableau ; à cet égard ils comptent parmi les. œuvres qui ont précédé et influencé Ghiberti*.
I. Il n^est pas sans intérêt de constater que môme les formes des rochers^ dans les bas- reliefs d'Orvieto, ont de Tanalogie avec celles des bas-reliefs des premières portes de Ghiberti.
Parmi les ouvrages du xiv"^ siècle appartenant à la même catégorie, les bas-reliefs du Campanile de Giotto méritent un des premiers rangs. Vasari affirme que le grand peintre modela lui-même quelques-uns de ces bas-reliefs, et que les autres furent sculptés, d'après ses dessins, par André de Pise. Cette coopération est admissible, car les compositions en question sont moins plastiques que celles d'André sur les portes du Baptistère, ouvrage pour lequel cet artiste n'a pas eu de collaborateur. Le sentiment pittoresque qui se manifeste dans les bas-reliefs du Campanile provient donc, selon toute vraisemblance, de Giotto. L'un des compartiments nous montre la vie pastorale : les jambes croisées, un homme est assis sous sa tente; à ses pieds, trois moutons et, près d'eux, un petit chien de garde.
Un bas-relief représente VIvresse, symbolisée par Noé endormi à terre, avec une coupe vide qui s'échappe de sa main gauche. Dans le fond, une treille dont les feuilles et les grappes de raisin sont soigneusement étudiées. Sous la treille, on aperçoit une grande barrique. Un troisième bas-relief, ayant pour sujet V Agriculture, nous montre deux bœufs vigoureux tirant la charrue; l'un d'eux lève la tête en mugissant. Un bouvier les dirige, tandis que son compagnon se tient au pied d'un arbre derrière les animaux. Les arbres, à la fois touffus et rabougris, ressemblent à ceux des tableaux de Giotto. Si l'on cherche d'autres exemples de l'application du pittoresque dans le domaine plastique du temps, il suffit d'examiner les seize bas-reliefs du tombeau de l'archevêque Guido Tarlati, dans la cathédrale d'Arezzo, sculptés sous l'inspiration de Giotto, en i33o, par deux artistes siennois, Agostino et Agnolo. Dans ce vaste ensemble qui représente les exploits militaires du belliqueux prélat, guerriers ou citoyens de toute espèce, à pied ou à cheval, entrent en foule dans les villes assiégées, dont les murs crénelés, les portes et les maisons s'étendent jusque sur les collines. Autant que l'imperfection de leurs connaissances le leur permettait, les sculpteurs de ces tableaux en pierre contribuèrent à préparer la voie dans laquelle Ghiberti devait s'engager un siècle plus tard. Dans l'intervalle, André Orgagna manifeste les mêmes tendances dans les bas-reliefs de son tabernacle, à Or San Michèle. Il nous suffira de citer le bas-relief