CHAPITRE II
d'une somme de cent florins d'or, afin qu'il pût acheter les matériaux dont il aurait besoin. Outre le contrat, nous possédons sept lettres autographes de Ghiberti à Messer Bartolomeo, marguillier (operajo) de la cathédrale de Sienne, datées de 1424, et une autre adressée à l'orfèvre Giovanni Turini, un an plus tard ; ces pièces nous expliquent en partie les causes du retard apporté à l'exécution de ses engagements. A la date du 10 mars 1424, Ghiberti écrit en ces termes au marguillier : « Les bas-reliefs, presque achevés maintenant, seraient livrés depuis longtemps si la peste ne m'avait obligé de partir. Je suis allé à Venise ; tous mes ouvriers m'ont quitté ; telle est la cause du retard. Votre commande sera prête à livrer à la fin de juin*. Je n'ai rien de plus à ajouter. Que le Seigneur vous conserve en paix. »
Le 16 avril 1425, Ghiberti écrit à Turini pour le remercier de son offre obligeante de l'aider à nettoyer un des deux bas-reliefs. « Sachez, cher ami, dit-il, qu'ils sont presque terminés ; des deux, l'un est entre les mains de Giuliano di Ser Andréa^, Tautre dans les miennes, et ils seront prêts pour l'époque que j'ai fixée à Messer Bartolomeo. L'ingratitude de ceux qui ont été mes associés et qui m'ont nui non pas une fois, mais à plusieurs reprises, est cause que ces travaux sont encore inachevés.
« Du moins, si je dois être seul, serai-je maître chez moi et recevrai-je qui me plaira en lui faisant bon et joyeux accueil. Je te remercie de tes bonnes et parfaites dispositions envers moi. Que le Christ te conserve en paix. »
Trois mois plus tard (le 26 juin), Ghiberti s'informa auprès du marguillier si l'on désirait que les reliefs fussent dorés à Sienne ou à Florence même, « ce qui lui offrirait plus de commodité ». Le 2 août, il fit la même proposition par écrit. Sa lettre paraît indiquer que précédemment il avait expédié à Sienne un des deux bas-reliefs, non doré, pour y être examiné, et qu'il serait tenu de payer une taxe à la
1. Promesse non tenue, car, à la date du 8 juillet suivant, on lit dans la déclaration de biens faite par Ghiberti (voir le Carteggio de Gaye, tome I*"", page 104) : « J*ai dans ma boutique deux reliefs en bronze que j^ai faits pour les fonts baptismaux de Sienne. »
2. Cest un des associés de Ghiberti mentionné dans le premier contrat pour les premières portes du Baptistère.
douane si ce bas-relief n'était pas renvoyé dans un délai de trois semaines. Nous savons par une autre lettre, écrite au mois de mars 1426, que Tartiste attendit neuf mois la restitution de cet ouvrage-; il espérait, néanmoins, que la taxe ne serait pas exigée. L'année suivante (1427), Ghiberti écrit au marguillier qu'il a reçu la visite d'Antonio di Giacomo de Sienne, qui lui avait été probablement envoyé pour hâter son travail; il ajoute qu'un des reliefs est terminé et que l'autre le sera pour Pâques. Enfin, le 12 mars, il écrit que les deux sont finis, a Ce matin », dit-il, « nous avons commencé à dorer le relief du Baptême. » Au second il ne manque aussi que la dorure — et il demande qu'on lui envoie l'or dont il a besoin. — Le 3i mai, il annonce qu'un relief est doré et qu'il lui manque l'or nécessaire pour l'autre. A cet effet le banquier Antonio di Jacopo Pini lui remet vingt-cinq florins d'or, et la dernière lettre du marguillier, laquelle ne porte que la date de l'année (1427), constate qu'il s'en est servi et que son travail est complètement terminé.
Bien que ces reliefs lui eussent été commandés en 14 17, il est certain que Ghiberti ne les commença pas avant 1424, c'est-à-dire en même temps que les secondes portes du Baptistère de Florence. Ils appartiennent en effet à une période de transition entre sa première manière, où il semble encore ignorer la perspective scientifique, et sa deuxième, où cette science est partout appliquée. On distingue dans les bas-reliefs des fonts baptismaux de Sienne, comme dans les deuxièmes portes du Baptistère de Florence, une plus forte étude de l'antique, un effort pour imposer les lois de la perspective aux matières rebelles, en d'autres termes une disposition plus prononcée à traiter la sculpture dans les données de la peinture.
Saint Jean devant Hérode est une conception des plus dramatiques. D'une main, le Précurseur montre le ciel, tandis que le tétrarque prête l'oreille aux conseils d'une sibylle placée derrière lui. Le second bas-relief, le Baptême du Christ, nous semble supérieur au premier. L'artiste s'est inspiré de l'antique, surtout dans la figure d'une des deux femmes qui se tiennent sur la rive du fleuve, celle qui, drapée à la grecque, remarquable par la noblesse de son attitude, contemple